Au carrefour de la politique et de la culture... Belgique, Bruxelles, la communication, le pouvoir, les idées, le théâtre ou la musique ... le blog perso du journaliste Fabrice Grosfilley
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11 décembre 2014
Emily Hoyos préfère se retirer : Ecolo changera de présidence
Elle aura fait durer le suspense. Ce jeudi soir à la RTBF et demain dans plusieurs quotidiens Emily Hoyos annonce qu'elle ne se présentera pas aux élections internes. Le souhait de prendre du recul expliquera-t-elle sans doute. Le constat d'une impasse aussi. Comme je l'expliquais dans mon article précédent il se confirme que la co-présidente sortante a bien cherché un colistier bruxellois... mais qu'elle a eu du mal à en trouver un capable de convaincre les militants. L'annonce d'Arnaud Pinxteren se déclarant candidat avec Véronica Cremasco a donc brusqué les choses. Emily Hoyos qui avait prévu de faire part de sa décision la semaine prochaine a décidé de parler la première, histoire de donner le sentiment qu'elle fixait l'agenda et maitrisait sa sortie. Active à la Fédération des Etudiants Francophone, Emily Hoyos était entrée en politique en intégrant le cabinet de Jean-Marc Nollet, alors ministre de l'éducation. Parlementaire, elle avait été la première femme à occuper la présidence du parlement wallon. Agée de 37 ans elle avait été élue coprésidente avec olivier Deleuze en 2012. La contreperformance de son parti aux dernières élections aura eu raison de cette ascension rapide.
09 décembre 2014
A Écolo, les couples se forment (lentement)
Ne dites pas aux écologistes que le temps passe et que rien ne bouge. Ne leur dites pas non plus qu'ils sont en train d'entrer doucement dans une période de campagne électorale. Officiellement, il ne se passe rien. D'ailleurs l'opinion publique a les yeux occupés ailleurs : la reine Fabiola, les grèves à répétition, ou encore le black-out ou la Syrie.
Et pourtant. Cette semaine déjà, le journal le Soir a révélé une partie du rapport de regénération dont des écologistes débattront ce vendredi en conseil de fédération. Fusionner Ecolo et Groen, la grande et belle idée a déjà fait le tour des gazettes ce weekend. Derrière ce rapport c'est pourtant une autre question tout aussi fondamentale que les écologistes devraient se poser et qu'ils refusent pourtant obstinément d'aborder : qui incarnera leur projet ?
"Dans la situation actuelle, nous n'avons pas le droit à l'erreur, l'enjeu c'est d'éviter de disparaître" commente, amer, un écologiste. C'est dire l'importance du scrutin interne annoncé. En coulisse les membres influents ne parlent donc que de ça : quel est le bon tandem pour trouver un nouveau souffle ? Dans la lumière et face à un journaliste la question frise le tabou. "Nous avons convenu qu'aucune candidature ne serait mise sur la table avant que le rapport ne soit adopté", circulez il n'y a rien à voir.
Vendredi l'adoption du rapport interne lancera pourtant ces hostilités que les écologistes s'acharnent à vouloir éviter. Ne leur dites que des candidats se profilent déjà, cela les ulcèrent. Officiellement personne n'est candidat. On réfléchit, on analyse, on discute. Officieusement la campagne est pourtant déjà bien lancée. Trois équipes au moins se préparent. Même s'il est possible que certains renoncent à se présenter au final.
Le premier tandem à s'avancer sur la place militante est celui que pourraient (le conditionnel est nécessaire) constituer le bruxellois Arnaud Pinxteren et la liégeoise Veronica Cremasco. Deux parlementaires régionaux qui font partie de la génération montante. Avantage de l'équipage : ce ne sont pas des novices et ils occupent une position centrale, pas trop proches de la présidence sortante, pas catalogués comme opposants non plus, ils peuvent incarner ce qu'il faut de continuité avec une pointe de rajeunissement. Arnaud Pinxteren a reconnu ce mardi sur le plateau de Tele Bruxelles que le duo réfléchissait, mais que la candidature n'était pas formellement arrêtée. Surtout ne rien dire avant vendredi.
Second tandem probable une équipe composée de Zakkia Khattabi et Patrick Dupriez. La députée fédérale bruxelloise alliée à l'ancien président du parlement wallon formeraient (toujours ce conditionnel) un duo plus à gauche et plus contestataire que le précédent. Il incarnerait la rupture et un parti plus en phase avec les fondamentaux militants, quitte à paraître plus radical et moins grand public pour l'électeur.
Enfin, une troisième équipe peine à se former : celle d'Emily Hoyos. La co-presidente sortante devrait se représenter mais on ne sait pas encore avec qui (sauf que ce sera un Bruxellois comme l'exigent les statuts). D'après mes informations Benoit Hellings et Christos Doulkeridis ont été approchés et réservent leurs réponses. Hellings, qui s'était présenté contre Hoyos la dernière fois semble moyennement chaud et Doukeridis sait qu'il convainc plus facilement à l'extérieur qu'à l'intérieur de son parti. On parle désormais d'un troisième homme qui constituerait la surprise du scrutin. La puissance médiatique d'Hoyos étant largement contrebalancée par le syndrome "femme à battre" le colistier, quel qu'il soit, sait qu'il prendra des risques.
On en est là. Dans ce round d'observation ou tout se commente mais rien ne se confirme. Les élections sont programmées pour le printemps. Et même si les écologistes préfèrent toujours vous expliquer qu' ils donnent la priorité aux grands discours, au programme et aux projets collectifs ils ne peuvent oublier une réalité politique et médiatique qui s'impose à tous : celui qui incarne un parti a besoin de temps pour s'affirmer. Partir de nulle part pour des élections qui tomberont au plus tard en 2018 (on n'exclut pas que ce soit plus tôt) et qui risquent d'être très communautaires, ce n'est pas gagné. Déjà , Écolo semble inaudible dans les grands débats des dernières semaines (alors qu'on a abondamment parlé d'énergie ). Ce n'est pas la fable du lièvre et de la tortue, mais plutôt celle du loup et de l'agneau. A passer trop de temps sur la ligne de départ, on finit par être mangé avant même de se lancer.
01 septembre 2013
Les stratégies de rentrée
Nous y sommes. Demain, ou les jours suivants, les écoliers reporteront le cartable. Les politiques eux sont déjà de retour sur les plateaux TV et dans les pages "interviews" des quotidiens. Cela mérite qu'on s'y arrête. Le contenu de ces déclarations le moment ou elles prononcées, et même le média choisi, cela nous dit beaucoup sur les objectifs de communication que s'assigne chaque formation politique. Derrière ces communications on devine un peu de l'image que se font les partis des rapports de force, des attentes du public, de leur propre position sur l'échiquier et donc un peu des stratégies de campagne à venir. Distinguons 4 grandes tendances :
1)Les offensifs
Ce sont ceux qui sont les premiers à prendre la parole. Faire votre rentrée avant les autres, cela permet d'essayer de donner le "la" et d'obliger les autres à se positionner autour de vos propositions. C'est la stratégie suivie par le Mouvement Réformateur où Charles Michel puis Didier Reynders ont accordé leur interview de rentrée dès la semaine dernière. Les mauvaises langues glisseront que le MR pouvait ainsi mettre un terme aux polémiques du mois d'août (Gaëlle Smet, Jacqueline Galant) pour réorienter le débat. Cela indique une volonté de corriger son image, de se repositionner, ou tout simplement de commencer à peser sur la campagne. Limite de la formule : sortir le premier c'est parfois sortir trop tôt, quand tous les électeurs ne sont pas rentrés.
2) Les Sphinx
Ce sont ceux qui décident d'en dire le moins possible. Quand les choses marchent, que vous êtes persuadé que votre image est bonne, il faut surtout ne pas vous abîmer dans des déclarations qui constituent toujours une prise de risque. Le sphinx ne fait pas d'interview de rentrée. Au pire il le fait en dernier, après tout le monde, histoire de marquer son autorité. Cette technique est depuis longtemps celle d'Elio Di Rupo : pour la rentrée de septembre, comme pour les voeux de janvier, l'homme au noeud papillon intervenait après tous ses camarades. Cette année, outre le premier ministre, Paul Magnette et Bart De Wever appliquent la communication du sphinx : aucune interview à ce stade. Le patron de la NVA a même indiqué à une consoeur qu'elle ne pouvait pas attendre une interview avant 2014. Limite de la posture : se taire vous donne un caractère hautain, méprisant, et en cas de problèmes vous paraitrez éloigné des difficultés.
3) Les opposants et leurs cibles
Il en va des interviews de rentrée comme des autres déclarations : les nuances s'évaporent, les petites phrases perdurent, surtout quand elles ciblent vos adversaires. L'interview sert alors à cliver le débat, à souligner les lignes de fractures. C'est ce à quoi s'emploient Emily Hoyos et Ecolo : se poser fortement en opposition avec le Mouvement Réformateur. Ce n'est pas qu'un différent idéologique. Certes Ecolo et le MR n'ont sans doute pas la même vision économique et budgétaire. Mais en tentant d'isoler le MR (en mettant le financement de l'école au centre de l'attaque) Ecolo renforce l'Olivier... Limite de la tactique : cela ressemble à un sauvetage de dernière minute, et on attend que les autres partis se positionnent. Si Benoit Lutgen a raillé la réforme fiscale Columbo du MR on ne sent pas la même ferveur.
4) Les francs-tireurs
Dans tout parti, la communication est un dosage subtil entre les consignes présidentielles et les aspirations personnelles. Les interviews de rentrée c'est aussi l'occasion de jouer une carte personnelle, pour mettre en avant un accent particulier et espérer soigner sa notoriété. Les médias adorent les petites musiques originales, qui passent parfois pour des couacs dans la belle mélodie partisane. Siegfried Bracke vient de nous en livrer un bel exemple en plaidant pour un gouvernement fédéral plus soucieux d'économie que de réformes institutionnelles. Coté francophone Alain Destexhe essaye de jouer une partition ouvertement sécuritaire, flirtant avec des thèmes utilisés par des partis peu démocrates. Avec une différence : la ligne Siegfried a été immédiatement corrigée par Bart De Wever. Alain Destexhe, comme le souligne Marcel Sel, bénéficie du silence de son président.
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