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01 avril 2008

L'équipe Leterme s'installe sur internet


La chancellerie virtuelle est encore en cours d’installation. Si vous visitez ces jours-ci le site http://www.premier.be/ vous découvrirez le nouveau site d’Yves Leterme en tant que premier ministre. Le nouveau locataire du 16 a choisi un style sobre et aéré, dans une tonalité orange pâle pas désagréable. D’emblée les différences sautent aux yeux avec la version précédente du site, gérée par Guy Verhofstadt : place plus importante pour l’iconographie, présence de vidéos (ce n’était pas le cas avec l’équipe de Guy : on franchit ici une étape) et surtout une volonté de faire apparaître l’ensemble de l’équipe gouvernementale. Les trombines de tous les ministres apparaissent désormais sur la page d’accueil alors qu’autrefois les liens vers les autres ministres étaient introuvables.
Je ne sais pas depuis combien de temps ce site est ouvert au public, mais il reste encore des imperfections. Ainsi l’agenda ne propose que des évènements passés (en temps que journaliste c’est plutôt l’agenda des jours à venir qui m’intéresserait), beaucoup de rubriques restent vides et lorsque j’essaye d’importer le feed xml il arrive chez moi… en néerlandais… Fâcheux.

Vous souhaitez comparer avec l’ancienne version ? Très simple. Si le site premier.be est désormais géré par l’équipe Leterme, l’adresse http://www.ruedelaloi.be/ a été oubliée et reste pour l’instant aux couleurs de Guy Verhofstadt. Précipitez-vous, car après la publication de cet article cela risque de ne pas durer très longtemps. Le dernier billet mis en ligne est celui qui indiquait les horaires de la mise en place du nouveau gouvernement. Tout un symbole.

19 février 2008

Verhofstadt met le turbo vers la sortie


Eric Donkier, éditorialiste du Belang van Limburg l’écrivait dès ce matin : ce n’est pas le 23 mais dès le 20 mars (le jeudi saint) que Guy Verhofstadt remettra son tablier de premier à Yves Leterme. Les services du premier ministre l’ont confirmé dans ce communiqué publié ce midi (texte intégral) :

Le Premier ministre, Monsieur Verhofstadt, a eu un entretien, hier, avec les présidents de parti en vue de fixer l’agenda, pour qu’au plus tard le 23 mars, comme prévu, le flambeau puisse être transmis à M. Leterme. Ci-après, l’agenda mis en avant qui a reçu l’aval des présidents de parti :

Un premier volet relatif aux réformes institutionnelles sera soumis, vendredi, au groupe Octopus. Ce volet sera déposé au Sénat sous la forme d’une proposition de loi.

Ce week-end, l’exercice budgétaire se traduira par un équilibre. La mise en œuvre du budget sera approuvée en deuxième lecture sous la forme d’une loi-programme à l’occasion du Conseil des ministres du 20 mars.

Etant donné que s’achève ainsi le travail de M. Verhofstadt, celui-ci transmettra le flambeau à M. Leterme le 20 mars. Les lignes de force de la déclaration gouvernementale du nouveau Premier ministre se retrouveront, pour ce qui est du volet des réformes institutionnelles, dans le texte explicatif joint à la proposition de loi relative aux réformes institutionnelles. L’amorce du volet socio-économique sera reprise dans l’exposé des motifs de la loi-programme.

Ainsi, M. Verhofstadt respecte-t-il entièrement l’engagement qu’il a pris à la fin de l’année 2007 en vue de résoudre la crise politique et de permettre l’avènement d’un gouvernement définitif sans problème aucun.

Que retenir du texte ci dessus ?

1) Verhofstadt souhaite rester maitre du calendrier et imprime lui même le tempo.
2) Le groupe des sages est bien parvenu (ou est en passe de le faire) à un accord sur une première phase de réformes institutionnelles
3) Verhofstadt n’a aucun doute sur une issue positive des discussions budgétaires
4) Le premier a décidé de soigner sa sortie, au risque, en optimiste indécrottable qu'il est, de s’enfermer une fois de plus dans un calendrier.

16 janvier 2008

23 mars : "mon choix est définitif" dit Verhofstadt


Guy Verhofstadt a accordé un entretien au journal Le Monde de ce mercredi. L'entretien est mené par Jean-Pierre Stroobants, ancien du soir et correspondant du journal français à Bruxelles, et vous pouvez le lire ici. Retenez trois phrases :


Interrogé sur la méfiance entre les hommes politiques du nord et du sud, le premier affirme que sa note a été bien accueillie, ce qui me semble quand même un peu excessif : "Je tente de restaurer la confiance entre les leaders les plus importants, nous allons devoir préparer un budget, le rapport institutionnel que j'ai déposé a été accueilli assez positivement du côté flamand, mais du côté francophone aussi."


Comme Yves Leterme lors son allocution devant le groupe de travail le premier se refuse ensuite à envisager un échec : "Je ne prends pas en compte un tel scénario. Je crois en la possibilité d'un accord sur les grandes lignes à ce moment. L'important n'est pas le temps disponible, mais la volonté politique."


Enfin, confirmant qu'il souhaite écrire un livre sur le "cosmopolitisme" en Europe, Verhofstadt confirme le passage de relais le 23 mars au plus tard : "mon idée est surtout de revisiter Gdansk, Odessa, Sarajevo ou Istanbul. C'est après le 23 mars que je ferai cela, car mon choix de cesser d'être premier ministre à ce moment est définitif."

09 janvier 2008

Une note très bien vendue


Il est fort, très fort. En écoutant Guy Verhofstadt hier matin à la radio, en le croisant ensuite dans les couloirs de RTL, en l’écoutant dans l’après midi j’avais l’espoir d’une note véritablement équilibrée. Le concept de « critères de convergences », avec ses fourchettes à l’intérieur desquelles les régions devraient s’inscrire, mis en avant lors des interviews, était un bon signe : enfin une idée nouvelle que ne caressait pas l’électeur flamand dans le sens du poil.

Comme toujours, il aurait fallu se méfier davantage. La note ne fut accessible qu’à la mi-journée (et encore, d’abord dans une version en néerlandais, puis peu après 13 heures, en français : ne vous étonnez donc pas d’un certain décalage dans le traitement, j’étais, je l’avoue, plus positif dans mon reportage du journal de 13 heures que dans celui de 19 heures). Dans l’après midi tous les éditorialistes du royaume se retrouvaient au 16 pour un « brieffing » Il faut lire le document pour comprendre que le premier ministre, chouchou des francophones dans les sondages a en réalité remis une contribution très flamande.


Il faut ainsi faire la liste des matières que Guy Verhofstadt en visage de confier aux régions :


- l’assurance chômage (contrôle de la disponibilité, sanctions, montant et durée des allocations)
- les prépensions, crédit-temps et interruption de carrière
- les programmes de remise à l’emploi
- Les Ale et les titres services
- Les congés éducations et l’apprentissage
- Les conventions collectives
- L’implantation des grandes surfaces
- La politique scientifique
- La distribution électrique (jusqu’à 30 000 volts) et celle du gaz
- Le prix de l’énergie
- Sécurité routière : les limites de vitesse, les normes de sécurité, le fonds des amendes, le contrôle technique et le permis de conduire
- Justice : la formation des magistrats, le droit sanctionnel de la jeunesse
- Les allocations familiales

Ouf. Belle liste, qui reprend en réalité l’essentiel de la déclaration du parlement flamand. Compensations ? Le premier propose de re-fédéraliser les normes de bruit, ce qui revient à une belle arnaque puisque les bruxellois perdraient tout levier dans le dossier de l’aéroport de Bruxelles, ainsi que la coopération au développement, qu’aucun francophone ne réclame vraiment.

Reste la création d’une circonscription fédérale (33 députés, et un double bulletin pour tous les belges) et ces fameux critères de convergences, qui n’occupent que 18 lignes sur 19 pages (point 3.7 de la note) et dont il est indiqué qu’ils seront introduits pour « certains domaines stratégiques cruciaux (…) pour éviter que de nouvelles distorsions néfastes ne surgissent entre les communautés et régions ». Un peu flou non, pour une grande idée ?

Même topo sur BHV. La scission pure et simple. Seuls les habitants des 6 communes à facilités voteraient avec les bruxellois (la note ne précise pas si cela concerne les nouveaux arrivants). Pour faire bonne mesure Guy Verhofstadt indique que la circonscription fédérale fait partie du compromis (une seule mesure vendue à deux endroits distincts de la note, vous croyez que cela ne se voit pas ?) et préconise une solution négociée pour l’inspection des écoles de la périphérie. Enfin, pas question de toucher aux frontières des régions : la communauté urbaine de Bruxelles est une manière polie de refuser l’élargissement.

Conclusion : Guy Verhofstadt n’est, contrairement aux apparences, pas moins flamand qu’Yves Leterme. C’est une réalité que les francophones doivent prendre en compte : le programme régionaliste est porté par tous les partenaires du nord. Et si le ministre du budget passe parfois pour rigide et sans imagination, le premier ministre est tellement porté sur la communication qu’il ressemblait (hier en tout cas) à ce vendeur de voiture qui tente de vous faire croire qu’il vous propose un modèle flambant neuf alors qu'il vous refourgue une vieille occasion.

20 décembre 2007

Guy Verhofstadt et le miracle de Noël


Il a la réputation d’avoir la baraka, et une fois encore elle ne lui a pas fait défaut. Guy Verhofstadt vient de réussir un retournement de situation spectaculaire. Mardi en fin d’après midi les carottes de Guy semblaient tellement cuites qu’elles en étaient devenues immangeables. Et puis il y eu ce déclic : vers 18 heures les présidents de partis francophones, tous invités dans les JT, annoncent, à la demande du premier lui -même paraît-il, qu’ils ne viendront finalement pas sur les plateaux.


L’auteur de ce blog qui était ce jour là l’éditeur du journal de RTL, avoue avoir eu une bouffée d’angoisse sur le coup de 18H10 : genre – je sais que nous sommes entre nous- : «mer-bip de censure-, les rats, qu’est ce qu’on va mettre dans ce journal maintenant, put-rebip de censure-, pourraient prévenir avant ces zouaves, savent pas ce qu’ils veulent ». Je vous rassure il y eu quand même un journal sur RTL TVI 50 minutes plus tard, l’essentiel fût bien consacré à la crise politique, et, mieux encore, ma consoeur Kathryn Brahy, en duplex rue de la loi, nous expliqua fort justement que si les présidents déclinaient l’invitation (et on sait que l’appel du plateau télé fait aux politiques un effet comparable à celui d’ un verre de chimay bleu sur un journaliste en fin de journée : un appât auquel il est difficile résister) c’était justement pour laisser une chance à la négociation et que c’était bon signe. Bien vu Kathryn. J’ai déjà souligné, et je ne suis pas le seul : une véritable négociation impose une pause dans la communication.

En milieu de soirée tous les clignotants étaient donc repassés au vert (bien que le verts ne soient pas là justement, j’y reviens dans quelques lignes). A 1h30 sms du porte parole du premier « de premier heeft de situatie gedeblokkeerd ». Série de sms pour confirmer et coup de téléphone avec l’équipe de reportage (les courageux) qui campe au CDH : « oui, ils sont toujours là, non Joëlle n’a pas encore parlé, ça fait 3 heures que tu nous dit de rester-3ième bip de censure- quand est-ce qu’on va se coucher ? ». Bon, le temps de me rendormir il était 3 heures, mais on a pas un gouvernement tous les jours.

A première vue ça ressemble donc à un miracle de Noël qui aurait juste une semaine d’avance. Avec Guy dans le rôle du créateur, Joëlle en vierge Marie (« j’ai rien demandé, je vous jure, on l’a voulu pour moi, mais quelle responsabilité »), Didier en Joseph (il est là tout le temps mais la conception du miracle lui a un peu échappée) Yves, Jo et Elio en costumes de roi mage (manque un Melchior, je sais pas si vous avez remarqué). Bon je m’arrête là car je sens que je suis à la limite du blasphème.

A première vue aussi ça ressemble à un triumvirat. Guy n’aura que deux vice-premiers ministres, qui de plus piloteront désormais la formation du gouvernement définitif (notez que deux pilotes dans un F16 c’est le crash assuré). Mais il faut se méfier des apparences. Si PS, CDH et VLD n’ont pas de vice-premiers ils seront bien présents en Kern (le conseil restreint où tout se décide) et devraient même bénéficier de « cabinets vice premier » (un cabinet élargi qui permet d’avoir des collaborateurs dans toutes les matières gouvernementales, histoire de suivre le travail des collègues et de préparer les grandes décisions). Il y a un précédent : Magda Alvoet pour Agalev n’était pas vice première ministre non plus, mais elle assistait au kern de l'arc-en-ciel quand même.

Ces deux « vice-premiers » ne vont pas avoir la vie facile. Yves Leterme n’a toujours pas sa réforme de l’état, et il lui reste trois mois pour la trouver, ou faire semblant de la trouver en espérant que la NVA de Bart feindra de croire que c’est vrai. On peut voir la mention d’une date pour passer de l’intérim au définitif et de Guy à Yves (le 23 mars) de deux manières : soit Guy s’est vraiment engagé, soit Yves s’est laissé enfermé dans une date. Beau piège, même s’il vaudrait être fou pour ne pas respecter la parole donnée dans un cas pareil, car ce serait la crise assurée.


Didier Reynders termine la période de formation dans un état moins flamboyant qu’il ne l’avait commencée. Dans la nuit de mardi à mercredi le président du MR a bien du accepter la large coalition francophone qu’il récusait quelques heures plus tôt. La reculade nocturne était devenue incontournable après la demande publique du CD&V d’intégrer le CDH dans la coalition (je vous signale au passage que la période de Noël est propice aux réunions de familles qui, souvent, s’ignorent le reste de l’année). Le président du MR, qui aurait pu être l’homme fort de l’orange bleue s’est retrouvé isolé. Et même s’il garde une partie des manettes en main il doit faire face à un front PS-CDH réel. Ce sera problématique pour 2009 : à l’exception d’Ecolo le président du MR n’a que des adversaires face à lui et ne peut, à ce stade, guère envisager de stratégies d’alliances susceptibles de lui ouvrir les portes de la région wallonne. On peut gagner les élections seul contre tous. Gouverner exige en revanche des compromis et des alliances, pas un flingage permanent. Mais il peut y avoir d’autres miracles d'ici aux régionales.

Elio Di Rupo, dont on aurait pu penser qu’il allait bientôt avoir son avenir derrière lui (l’avant dernier baromètre RTL-La Libre n’était pas bon) opère un rétablissement spectaculaire. En position de nommer des ministres, un président du PS est toujours plus influent. Je sous signale au passage aussi qu’ Elio a ressorti son nœud papillon et son costume d’homme d’Etat qu’il affectionne tant. Mais le PS devra affronter un SPA dans l’opposition. Schizophrénique.

Joëlle Milquet doit faire face à une grogne interne : 6 mois de bataille pour un seul poste ministériel est un maigre butin, surtout si vos « partenaires » annoncent eux même le nom du lauréat, ce qui laisse penser qu’il a fallu négocier une nomination qui est habituellement l’essence d’un pouvoir présidentiel. De plus Joëlle va de nouveau retrouver ses amis Bart et Didier (on ne sait pas lequel elle préfère) au mois de janvier, ce qui va la mettre encore dans des états pas possibles. Mais son boom dans les sondages devrait la consoler.

Les verts, seuls gagnants de l’élection (Ecolo était passé en juin de 4 à 8 sièges) n’entreront pas au gouvernement. Et à dire vrai on les a senti un peu hors du coup. Il n’est pas exclu que l’on fasse quand même appel à eux un jour ou l’autre : avec 101 sièges la nouvelle coalition gouvernementale dépend des voix de la NVA et du FDF pour atteindre la majorité des deux tiers, c’est un dépendance assez inconfortable. Mais les écolos ne sont pas le seuls à être à même de faire l’appoint, le SPA s’étant également déclaré disponible. Seul dans l’opposition le parti vainqueur doit ruminer. D’autant qu’une progression en 2009 ne lui ouvrira pas forcément les portes du pouvoir non plus.

Le seul vrai gagnant est donc Guy Verhofstadt qui a réussi en une nuit ce que tous les autres n’ont pas réussi en 6 mois : transformer une situation de blocage en compromis, grâce à un peu d’enthousiasme et une bonne idée (ne pas aller sur les plateaux de télé). Super Guy a donc sauvé la Belgique du ridicule, permet à tout le monde de ne pas vivre ce traumatisme redouté d’un premier de l’an sans gouvernement, laisse en selle pour la suite Leterme et Reynders tout en préparant l’avènement du premier nommé avec l’arrivée des cloches de Pâques. Beau lapin sorti d’un chapeau magique ce gouvernement Verhostadt III est donc un gouvernement de transition qui s’autodétruira au quatrième bip (il n'est pas exclu que ce bip là soit une motion de censure si la formation du gouvernement définitif tourne au vinaigre). Rien d’autre. Mais au passage Guy se repositionne sur la scène européenne, et on ne sait jamais, des fois qu’un poste se libère…

17 décembre 2007

Le petit déjeuner de la discorde

La scène se passe le lundi 10 décembre (il y a une semaine) au Lambermont, la résidence officielle du premier ministre. GuyVerhofstadt, dans le cadre de sa mission d’information, a convié les 4 présidents des partis francophones à un petit déjeuner. Elio Di Rupo arrive avec une bonne vingtaine de minutes de retard. Objectif du premier : tenter de pacifier les relations entre francophones et s’assurer qu’une grande partie d’entre eux est susceptible de soutenir un projet de coalition.

Au cours de ce petit déjeuner les intervenants vont régulièrement faire référence à l’année 1980, au cours de laquelle, sous l’égide de Wilfried Maertens, les 3 familles vont préparer ensemble une réforme de l’état.

Didier Reynders pour le MR indique que pour souscrire à un tel scénario il lui faut des assurances sur le programme d’un tel gouvernement ou à un défaut un gage de confiance. Une partie de la conversation va ensuite tourner autour de l’entrée du MR dans les gouvernements régionaux et communautaires. Guy Verhofstadt, tente une médiation en indiquant que si le MR doit consentir à la montée de plusieurs partenaires au fédéral il est juste, selon lui, que les libéraux francophones puissent en compensation obtenir leur place dans les majorités régionales. Joëlle Milquet puis Elio Di Rupo estiment que les deux échelons sont découplés et qu’une telle compensation n’a pas de raison d’être. Par la suite il sera question d’une entrée du MR « différée » , d’abord à pâques puis en 2009. CDH et PS refusent de prendre un engagement en ce sens.

La présidente du CDH interroge ensuite Guy Verhofstadt sur la position du SPA. Le premier ministre fait savoir que les socialistes flamands ne semblent pas disponibles malgré plusieurs tentatives d’approches. Didier Reynders, souhaitant toujours un gage de confiance de ses partenaires se heurte alors de nouveau à un discours commun du CDH et du PS. A l’évidence Joëlle (qui parle en premier) et Elio ont préparé l’entretien. Didier Reynders quitte alors le petit déjeuner, visiblement fâché. Verhofstadt poursuit la conversation quelques instants avec Joëlle Milquet, Elio Di Rupo et Jean-Michel Javaux. Le président des écologistes indique alors à ses interlocuteurs qu’il n’est pas particulièrement demandeur d’une entrée dans les gouvernements régionaux et communautaires. Fin de la réunion. Le premier ministre n’a pas réussi à mettre les francophones d’accord.
Pourquoi vous raconter tout cela ? D’abord parce que j’ai pu récolter suffisamment d’éléments auprès de différentes sources pour rapporter un récit que je crois pas trop éloigné de la réalité. Ensuite parce que l’incident illustre assez bien l’importance des relations humaines dans la crise que nous traversons ainsi que la bipolarisation de la vie politique francophone sur le « clivage wallon » : PS et CDH d’un côté, MR et Ecolo de l’autre. Enfin, parce que toutes les déclarations et difficultés de la semaine dernière découlent de ce petit déjeuner très peu convivial.

04 décembre 2007

Pour son retour, Guy soigne les journalistes

On a déjà beaucoup écrit sur les relations tendues entre Yves Leterme et les journalistes (francophones en particuliers), l'ironie mordante de l'ex- formateur en interview, ses sprints devant les caméras et ses formules vides et méprisantes ("moi, Monsieur, je travaille pour trouver une solution", signifiant sans doute "quelle bête question").
Guy Verhofstadt, qui n'a pas toujours montré un grand interêt pour le confort des journalistes, a décidé d'en prendre le contrepied. Conseillé par un nouvel attaché de presse (le précédent, Didier Seeuws a repris sa carrière de diplomate au sein de la délégation belge auprès de l'UE), le premier a ouvert les portes de sa chacellerie ce vendredi. Entre chaque entrée et sortie des visiteurs, les journalistes ont donc eu accès à une salle chauffée, et même droit au café. Les services du premier n'ont pas agit sur un coup de tête : ils avaient condamner certaines portes pour éviter que la presse, tout en étant à l'abri des intempéries, ne se retrouve dans le hall ou dans l'escalier, en contact direct avec les négociateurs. Une idée qu'Yves Leterme et ses services n'ont pas eu pendant 5 mois (et pour être honnête que Guy n'a pas eu non plus pendant les 8 années précédentes). On découvre que la communication a un impact ? Et que les journalistes ont parfois mauvais caractère ?

03 décembre 2007

Une mission camouflage

Guy Verhofstadt est donc rappellé en première ligne. Il faut lire attentivement le communiqué du palais pour se rendre compte que la mission du premier ministre est en réalité limitée. Que dit ce communiqué ? D'abord que le premier doit informer le souverain à très court terme sur une sortie de crise. Informer seulement. Le premier lui même a indiqué qu'il n'était pas sûr d'y parvenir. Caméras eteintes il indique qu'il se donne un mois. Son objectif sera donc de lancer la fameuse convention avec le plus grand nombre de participants possibles. Rendez vous fin janvier.
Deuxième mission assigné au premier : permettre des prises de décisions actuellement paralysées par le concept "d' affaires courantes". Guy Verhofstadt va donc chercher des majorités qui permettent d'avancer au coup par coup sur les dossiers les plus urgents. C'est tout.
Dans la journée l'idée d'un gouvernement d'urgence qui aurait joui d'un minimum de stabilité a donc été balayée d'un revers de la main. Il semble qu'un vote de confiance ne soit pas envisageable pour le moment. Il faut surtout constater que le souverain ne charge pas Verhofstadt de chercher un nouveau gouvernement. Albert II semble ainsi prendre acte du fait que la mise sur pied d'une majorité dans les prochaines semaines est illusoire. En chargeant son premier d'une mission d'information le communiqué du roi camoufle l'essentiel : la crise est toujours là et elle est partie pour durer.
Reste l'enthousiasme de Verhofstadt. Volontaire et communicatif. L'homme serait bien sûr ravi d'arriver à une solution et de damner ainsi le pion à son rival Yves Leterme. Verhofstadt a ainsi rencontré la presse pour un brieffing "off the record" ce soir, invitant reporters et éditorialistes francophones et néerlandophones confondus, ce que Leterme en 6 mois n'a jamais fait. Commentaire d'une consoeur : "Il est incroyable. On avait oublié que ça existait".

19 mars 2007

Grosse fatigue



Il n’est pas en grande forme. Dimanche soir, au moment d’entrer en salle de presse le premier ministre affichait le visage d’un homme fatigué. Les trois jours du débat budgétaire et environnemental contribuaient sous doute à marquer son visage, mais le mal-être du premier est sans doute plus profond. Acculé par des sondages où son parti ne décolle plus (17% selon la dernière étude pour la VRT et le Standaard) déstabilisé par les déclarations de ses partenaires du parti socialiste qui n’excluent plus de gouverner avec Yves Leterme, et sans doute un peu démobilisé par la fin de la législature, Guy Verhofstadt semble ces jour-ci manquer de ressort. En fin de conférence de presse, le chef de gouvernement qui a pour habitude se lever et de laisser ses ministres accorder les interviews « en face à face » avec la presse audiovisuelle, c’est cette fois-ci prêté au jeu, sans que l’on sache s’il s’agit d’une démarche délibérée (pour marquer son dernier conclave) ou d’un concours de circonstances (parce qu’il ne se serait pas lever assez vite, le premier s’est retrouvé entouré de reporters brandissant leur micros). Faut-il pour autant, comme « Le soir » de ce lundi, estimer qu’il a manqué sa sortie ? Le propos semble excessif. Il n’y a finalement pas dans ce conclave pas moins de décisions que lors des précédents. Sur l’environnement, le social ou la recherche son gouvernement a pris une série de décisions qui peuvent avoir un impact dans la vie des citoyens. Pour avoir suivi ces 8 dernières années la plupart des contrôles budgétaires celui de Louvain ne s’est donc pas tenu dans une atmosphère fondamentalement différente des précédents.
Peut être la mauvaise humeur des éditorialistes est-elle motivée par des conditions de travail un peu différentes de celle du centre ville de Bruxelles. Les confrères de la presse écrite, arrivés sur les lieux vers 16 heures, n’ont pas apprécié de devoir patienter dehors jusqu’à 18 heures et la « salle de presse » située 500 mètres plus loin n’offrait pas beaucoup de confort. Pour les journalistes TV, présents eux dès le matin, les courants d’air de Louvain valent bien ceux de la rue de la loi. A l’écart de la circulation automobile, ils sont même un peu moins pollués, c’est un début.

14 mars 2007

Ebullition violette et salade verte



Il reste un peu moins de 90 jours avant les élections. Retirez les vacances pâques et les congés du mois de mai : nous sommes dans la période cruciale, celle où l’on peut marquer durablement les esprits sans que cela n’apparaisse comme un positionnement de dernière minute. Dans ce contexte le contrôle budgétaire de ce weekend prendra donc une saveur très électorale assez marquée. C’est logique et inévitable. Guy Verhofstadt a d’ailleurs voulu marquer de son empreinte ce dernier exercice comptable de la législature. Le contrôle n’aura pas lieu à Bruxelles, au Lambermont, la résidence du premier, comme c’est l’usage mais à Louvain, dans l’ancienne usine Philips. Un souci du décor qui indique que la mise en scène est un des paramètres fondamentaux de l’exercice. Comme lors des fameux super conseils organisés à Gembloux ou à Ostende les services du premier ont prévu un centre de presse et demande aux journalistes de s’accréditer. Trois jours de discussion programmés, précédés par un grand nombre de conseil restreints (dites « Kern » en néerlandais). Au menu : la traditionnelle « chasse aux millions », un exposé du gouverneur de la banque nationale (viendra-t-il avec de bonnes nouvelles) et une série de mesures de dernières minutes qui pourraient être coulées en loi-programme. La configuration des lieux devrait permettre un bel exercice de communication. Idée générale : éviter les déclarations contradictoires devant la presse et offrir aux heures adéquates (13 et 19 heures) de grands briefings généraux.
Mais il y a un hic : l’ambiance entre les bleus et les rouges. C’est ce qu’a rappelé aimablement ce matin Elio di Rupo en qualifiant la cotisation sur les emballages de « taxe Reynders » (pour un homme politique il y a des produits plus sympathiques pour passer à la postérité) et un indiquant que l’idée de taxer les billets d’avion, présentée comme une alternative par le ministre des finances ne pouvait pas être une solution budgétaire. Le PS a même émis une condition pour que le contrôle se passe bien : l’augmentation de 25 euros du salaire minimum.
Les rouges marquent donc leur territoire. Il n’est pas exclu qu’ils tentent un bras de fer pour avec le message subliminal suivant « nous sommes le seul parti sérieux, les libéraux ne respectent pas leurs engagements et vident les caisses de l’état ». Pari dangereux. Les libéraux aussi sont en campagne électorale et ils ne pourront pas se permettre de sortir affaiblis de l’exercice. On attend la réaction de Didier Reynders avec intérêt.
Ajoutez pour corser le tout que le gouvernement violet ne pourra pas ne pas parler de Kyoto et du réchauffement climatique, sujet porteur du moment. Hors, dans ce domaine le PS n’a pas de compétences ministérielles : il est condamné à donner de la voix pour se faire entendre, peut être même de souligner sa différence vis à vis d’une approche libérale essentiellement fiscale sur le sujet (le SPA est mieux placé, avec un ministre de l’environnement). La semaine dernière le passage de Al Gore au 16, posant pour la photo entre Guy et Didier avait déjà provoqué quelques belles colères. Il n’est pas exclu que ces crispations ressortent, et gâche la belle opération de communication du weekend.
Le PS a d’autant plus intérêt de ne pas laisser le terrain climatique aux seuls libéraux que quelques personnalités ecolos viennent de rejoindre ses rangs (pas des moindres, puisque l’ancien secrétaire fédéral Jacques Baudouin soutient la liste PS à Bruxelles et que le sénateur Josy Dubié fait part lui aussi de ses états d’âme). Comme en chimie, c’est une réaction en chaîne. Le rapprochement réel du MR et d’écolo (coalition turquoise en brabant wallon) entraîne des défections des verts les moins verts vers les rouges (sur un plan purement pictural le mélange des deux couleurs n’est pas terrible), au risque de voir la violette (rouges et bleus ensemble au fédéral) entrer en ébullition.