Au carrefour de la politique et de la culture... Belgique, Bruxelles, la communication, le pouvoir, les idées, le théâtre ou la musique ... le blog perso du journaliste Fabrice Grosfilley
28 septembre 2014
Quand Joëlle conseille les négociateurs de la suédoise
04 septembre 2014
Charles Michel premier ministre : il peut y penser
11 juin 2008
Pourquoi personne ne bouge

Cette absence d’engagement (sur la place publique, les choses peuvent être différentes en coulisses) a des effets collatéraux. Depuis plusieurs jours Didier Reynders indique lui aussi qu’il ne lui revient pas de faire des propositions. Si le premier renvoie la balle aux vice-premiers, le président du MR la dégage aussitôt dans les rangs du CD&V. C’est une attitude logique : le francophone n’est pas demandeur d’une réforme de l’état, il n’a donc pas à en porter la négociation. Continuons à suivre la cascade : si le MR ne prend pas de risques, le PS et le CDH (dont il faut souligner qu’il est en concurrence électorale frontale avec le MR, notamment pour capter un vote « francophonissime » à Bruxelles) n’iront pas dans un sens contraire.
La situation des jours prochains risque donc de se résumer à une course d’observation ou les uns et les autres se regardent sans lancer le sprint. Déposer une note de négociation dans les circonstances actuelles revient à prendre un risque politique majeur. On ne voit pas, actuellement, ce qui permettrait de débloquer la situation. Mais on rappellera aussi aux partenaires de la majorité que si la réforme de l’État peut attendre un an ou deux, la situation juridique de l’arrondissement BHV est plus problématique. Ce serait du bon sens que de vouloir régler ce problème avant de retourner aux urnes.
L'interview d' Yves Leterme est ici.
02 juin 2008
Négociations, le retour

Discussions institutionnelles, acte IV, scène 1. Après l’échec de l’orange bleue, la tentative avortée de l’explorateur Van Rompuy, les deux gifles de Bruxelles-Hal-Vilvorde, l’Octopus et le gel du premier paquet, le gouvernement d’Yves Leterme s’apprête à mettre sur pied un nouveau cénacle communautaire. Yves Leterme n’est plus en première ligne. Les deux ministres des réformes institutionnelles, Jo Vandeurzen et Didier Reynders, sont chargés de faire le boulot à sa place et multiplient depuis une dizaine de jours les contacts avec les présidents de parti. Cela ne veut pas dire que le premier ministre s’en désintéresse, mais confier le dossier à d’autres a été jugé moins risqué. Mercredi ces deux poids lourds du gouvernement devraient faire un nouveau rapport au conseil restreint et lancer (enfin) une nouvelle négociation. Ce n’est pas que nous trépignions d’impatience et d’enthousiasme, mais il faut se souvenir qu’il ne reste déjà plus que 45 jours avant cette fameuse date du 15 juillet. Ce lundi les négociateurs potentiels sont en possession d'une première note. Il est acquis que Groen et Ecolo seront associés aux discussions, ce qui ne sera pas le cas du SPA. Cela fait donc 7 partis autour de la table. Qui négociera (ou essaiera de le faire) ? L’idée de se limiter au Kern ou celle de reconstituer le groupe des sages ont été abandonnées.
Si je suis bien informé c’est un groupe élargi qui devrait être mis sur pied : chaque parti pourrait envoyer une délégation de 3 ou 4 membres. Un dispositif nécessaire au cartel CD&V-NVA qui souhaite que toutes ses composantes soient autour de la table (oui, vous avez bien compris : Bart sera là, et on fera une place aux deux courants du CD&V avec les régionalistes d’un coté, les historiques de l’autre). Faites le calcul : cela fera entre 20 et 30 personnes autour de la table. Autant dire que les chances de négocier en toute discrétion sont assez minces.
Si je suis bien informé encore, l’équipe gouvernementale procédera de la manière suivante pour Bruxelles-Hal-Vilvorde. En échange de la scission de l’arrondissement il est demandé aux partis de se prononcer sur l’opportunité de discuter 4 thèmes :
- l’élargissement de la région bruxelloise
- le principe d’extra-territorialité qui permettrait à la communauté française et à la région bruxelloise d’être compétentes pour certains domaines dans les communes de la périphérie
- les droits civils accordés aux francophones de Flandre (traduisez la possibilité de voter ailleurs, le régime des facilités et la convention cadre sur les minorités)
- la constitution d’une « communauté urbaine » autour de la région bruxelloise
Les partenaires doivent maintenant indiquer s’ils veulent ou non discuter et de quoi. On peut d’ores et déjà parier que tous les partis flamands ne voudront pas entendre parler de l’élargissement. Ce sera ensuite aux francophones de dire si une discussion sur les thèmes restants est suffisante.
Avec une inconnue : en cas d’échec des discussions le gouvernement Leterme peut-il se maintenir ? Dans la majorité on trouve des partisans des deux thèses. Ceux qui pensent que oui, car un échec en juin et des élections en septembre n’arrangent personne. Ceux qui pensent que non, parce que le CD&V ne peut pas rester éternellement les mains vides. A ce stade on ne sait pas qui a le plus de chance d’avoir raison. Mais honnêtement : on voudrait croire que les premiers l’emporteront, car on mesure bien, depuis notre confortable place d’observateur, combien ce débat lasse les électeurs….
NB : Depuis la rédaction de ce billet, il se confirme que les négociations reprennent ce mardi à 20H. Mon reportage pour le 19 heures de lundi est ici.
25 mars 2008
L'accord de gouvernement et son brouillon
Ainsi la première page de l’accord sera amplement remaniée. Le préambule de la version finale est donc plus lisible. Ce n’est qu’une question de style, pas de fond. Mais il y a aussi entre le brouillon et la copie finale quelques modifications plus substantielles.
Ainsi la partie sur les impôts sera remaniée et les négociateurs retireront tous les chiffres du document final. Ainsi si la version du 17 mars contient la phrase « une phasage sur plusieurs années doit permettre de faire passer progressivement, dans le courant de cette législature le montant de la quotité exempté d’impôt dans le chef de personnes physique à 8400 euros, revenu d’insertion pour une personne » ce passage est remplacée le 18mars par un très vague « le gouvernement a décidé de relever la quotité exonérée d’impôt en vue d’augmenter le pouvoir d’achat des gens ».
La mention, déjà mise entre parenthèse dans le document du 17 mars, « simplification des tranches du barème de calcul d’impôt des personnes physiques, en ramenant le nombre de tranches barémiques de calcul de l’impôt de 5 à 3 tranches, en supprimant les tranches de 30 et 45% » est remplacée par « dans cette législature, le Gouvernement fera un pas complémentaire en vue d’une limitation du nombre de barèmes intermédiaires »
Vous conviendrez que c’est moins précis...
Le paragraphe sur les pensions est également un de ceux qui sera le plus réécrit. Première version : « le gouvernement poursuivra à adapter (sic) les pensions au bien-être et en plus il fera un effort particulier pour les pensions les plus anciennes et basses tant pour les travailleurs salariés que pour des travailleurs indépendants. Au sein de cette législation, il souhaitera réaliser une augmentation de 8% pour cette catégorie ». Version finale : « Il convient de poursuivre l’augmentation des pensions les plus basses et les plus anciennes et d’élargir le nombre de bénéficiaires pour permettre qu’un maximum de pensionnés puissent obtenir une augmentation de leur pension légale en vue d’augmenter leur pouvoir d’achat ». Le chiffre de 8% a disparu en route.
Au chapitre pauvreté le gouvernement annonce un « plan ambitieux de réduction de la pauvreté et d’augmentation du pouvoir d’achat. » La première version poursuit « il confirme son objectif qu’à terme les allocations de base ne devraient pas se situer à un niveau inférieur au seuil européen de pauvreté. A cet égard il ferra un effort annuel qui est compatible à celui de l’année dernière de 250 millions » (soyons honnête, le chiffre est « entre crochets » ce qui signifie que tout le monde n'a pas marqué son accord) , cela devient « a cet égard il fera un effort annuel » . Ici aussi le montant a disparu de la version publique.
Au chapitre justice, en revanche, la 2ième version est légèrement plus précise que la première. Le texte initial indiquait « la loi concernant la libération conditionnelle sera évaluée et le cas échéant adaptée. Cette évaluation portera notamment sur la possibilité pour le juge de fond de fixer pour des infractions très graves qui donnent lieue à une mise à disposition obligatoire, la partie minimale de la peine qui doit être exécutée ne prison ». La version finale ne parle plus d’évaluation et indique « la loi relative au statut juridique externe des personnes condamnées à une peine privative de liberté sera adaptée pour prévoir la possibilité pour le juge de fond de fixer, pour des infractions très graves qui donnent lieu à une mise à disposition obligatoire, la partie minimale de la peine qui doit être exécutée en prison et qui peut se situer entre 1/3 et 2/3 de la peine infligée ».
Le chapitre migration est entièrement réécrit. L’introduction « notre pays ne peut avoir d’autre vocation que celle d’un pays ouverte et tolérant. L’ouverture au monde et la tolérance créent des droits mais génèrent également des devoirs » et les deux paragraphes suivants sont supprimés. Le chapitre commence directement par « Le gouvernement entend mener une politique d’immigration humaine, équilibrée et ferme qui tient compte de la politique d’insertion et d’intégration des communautés ». Dans la version initiale les critères permettant de bénéficier d’une régularisation occupent presque une page. Ce texte est deux fois plus court dans la version finale.
Au chapitre institutionnel après avoir évoqué la première phase de réforme de l’Etat, la version du 17 mars se termine par « le Gouvernement entend poursuivre ce travail et déposer une proposition de loi spéciale avant la mi juillet, afin de poursuivre la mise en œuvre de davantage d’homogénéisation et de l’augmentation de la cohérence de compétences à chaque niveau de pouvoir ». Version du lendemain « le gouvernement fera avant la mi juillet une déclaration à la chambre des représentants sur le contenu du second paquet comme annoncé dans les développements de cette proposition. Les textes de loi nécessaires y seront adjoints afin de les approuver avant les vacances parlementaires. »
Si le style des deux versions ne permet à aucun d’entre elles d’entrer en lice pour le prochain Goncourt il faut confirmer qu’un texte législatif est bien attendu pour juillet.
Une version antérieure indiquait plus précisément le menu institutionnel à négocier et faisait référence : au marché de l’emploi (sans que la solidarité interpersonnelle et la sécurité sociale ne puisse être remise en cause précise ce projet de texte), à certains aspects de la politique familiale, à la fonction publique, à la zone maritime, à la politique de poursuites des infractions en matières régionales, au renforcement du comité de concertation, à la réforme du Sénat, à la création d’une circonscription fédérale, à une solution négociée pour BHV, à la responsabilisation financières des entités fédérées et à un élargissement de l’autonomie fiscale. L’ensemble de ce paragraphe était déjà biffé dans la version du 17 mars. On peut soit en conclure qu’il n’y a pas eu d’accord sur cette liste, soit que celle-ci ressortira le moment venu, quand les négociateurs estimeront nécessaire de sortir du flou artistique.
19 mars 2008
Les régularisations en échanges des peines incompressibles

NB : la Libre Belgique développe des infos sensiblement comparables aux miennes ici.
18 mars 2008
Le texte sans les chiffres

Argument avancé par Yves Leterme et les présidents de parti qui le soutiennent : il ne faut promettre Noël avant les vacances de pacques, l’accord de gouvernement fixe les objectifs, leur concrétisation se fera pas à pas lors des contrôles budgétaires des années à venir. Cela pourrait passer pour une sage décision : il n’est pas idiot de vérifier les marges dont on dispose avant de délier le porte-monnaie. Cela passera sans doute pour un exercice de flou artistique. Quand rien n’est détaillé, rien n’est fixé. Chaque mesure annoncée ici devra donc faire l’objet de nouvelles négociations et d’un nouvel équilibrage. Le débat va se poursuivre, et ce n’est pas forcément très rassurant.
12 mars 2008
Elio, en direct des négociations

Le casting de Leterme Ier

La réalité est sans doute plus nuancée. Oui, madame non n’exclut plus de monter au sein de l’équipe gouvernemental. Non, il n’est pas acquis qu’elle puisse cumuler les deux fonctions, une partie de son entourage lui déconseillant même fortement de le faire. Seul un cumul limité dans le temps (pour permettre la préparation d’une élection présidentielle interne) semble envisageable. En cas de cumul prolongé Joëlle Milquet ne pourra plus se plaindre d’un agenda débordé ou vie de famille et vie politique sont parfois en concurrence. Autre nuance à apporter à l’article du Tijd : la justice n’est pas le département le plus envisageable. Ces derniers jours c’est plutôt l’intérieur qui était envisagé, et la présidente humaniste semblait avoir marqué un certain intérêt pour ces matières. Du coté de Patrick Dewael, titulaire actuel du poste, un conseiller concédait même que quitter ce ministère « ne serait pas un drame » pour son patron.
Si Joëlle réfléchit, elle n’est pas la seule. Didier Reynders par exemple aimerait gonfler son portefeuille, histoire de rappeler qu’il est bien le numéro 2 du gouvernement. Outre les réformes institutionnelles le président du MR souhaiterait ajouter le budget aux finances. Scénario idéal dans son esprit : un ministre du budget a l’œil sur toutes les dépenses de ses collègues, et peut même les freiner de temps à autre. Le CD&V n’est pas chaud, la sortie d’Hendrick Bogaert (qui reprochait ce weekend au président du MR de faire trop de choses à la fois) avait peut-être l’ambition de le souligner (signe de crispation : ce député, croisé au parlement reste désormais prudent et se refuse à « en remettre une couche »). A défaut de budget le ministre des finances pourrait recevoir le département des entreprises publiques.
Coté VLD Vincent Van Quickenborn a toutes ses chances de devenir ministre. Au CD&V Inge Vervotte semblait intéressée par le portefeuille de l’emploi mais pourrait finalement conserver ses attributions actuelles.
Pour un casting complet, ajoutez un secrétaire d’état par formation politique. Olivier Chastel pour le MR est le nom le plus cité. S’il devait décliner la proposition le poste pourrait être proposé au FDF (Bernard Clerfaydt est mis en avant par Olivier Maingain) mais cette option n’est pas la seule sur la table (le FDF pourrait ne rien obtenir dans le gouvernement mais avoir l’assurance de conduire la liste aux élections régionales de 2009). Au CDH Melchior Wathelet tient toujours la corde mais les noms d’Anne Delvaux et Maxime Prévost restent régulièrement cités. Karine Lalieux ou Joëlle Kapompole pour le PS pourraient compléter l’équipe, mais l’on sait qu’Elio Di Rupo dans ce genre d’exercice aime provoquer la surprise.
07 mars 2008
Négocier pour 3, 15 ou 37 mois ?
La véritable question réside plus dans la capacité de la famille sociale-chrétienne à apporter des nuances oranges clairement identifiables et à faire apparaitre le coup de pinceau d’Yves Leterme. Après tout c’est bien au futur premier ministre qu’il revient d’équilibrer la toile pour pouvoir y apposer sa signature. On mesure là toute la difficulté du défi que se lance le futur premier ministre : ne pas renoncer aux pigments de la NVA, intégrer Joëlle Milquet dans une dynamique de compromis, permettre au PS d’exister sans se mettre à dos les libéraux du nord et du sud.
Ce matin, dans ses déclarations, le président du MR continue de souffler le chaud et le froid. En ironisant sur la perspective de voir Yves Leterme s’installer au département des finances, ou en faisant référence à Guy Verhofstadt le président du MR rappelle sans cesse que l’installation d’Yves Leterme au 16 ne va pas forcément de soi (et donc que cela a un prix). La publication de pleines pages de publicité du MR dans certains journaux samedi fait partie de cette stratégie de pression. Le MR fait ainsi savoir à ses partenaires qu’il est prêt à des élections anticipées, au cas où… Et suggère donc à ses partenaires-adversaires de faire des concessions s’ils veulent éviter le retour aux urnes. A ce stade pourtant, personne ne prévoit que la négociation gouvernementale puisse échouer. Il y aura donc en fin de semaine ou en début de semaine prochaine un accord. Avec le risque que certains paragraphes restent un peu flous. Car la situation politique du moment a ceci de particulier qu’elle nous fourni un gouvernement avant d’en connaître le programme. Même si on ignore si ce gouvernement tiendra jusqu’à l’ultimatum posé par les durs du CD&V (c’est pour juillet, donc dans 3 mois), jusq’aux élections régionales de 2009 (dans 15 mois, hypothèse la plus probable) ou jusqu’au terme de la législature (juin 2011), dans 37 mois
06 mars 2008
Le provisoire est définitif

Yves Leterme, qui joue ici son rôle de patron, a acté l’absence de consensus au sein de sa majorité sur une ouverture aux écolos. Puisque tout le monde ne souhaite pas leur présence, que les écologistes posaient leurs conditions, et que le temps presse, ce sera donc pour une autre fois. Les regrets affichés des autres présidents francophones ne changent pas grand chose à l’affaire.
Dès lundi la pentapartite pourra donc entrer dans le vif du sujet et négocier un programme. Bien sûr on pourra de nouveau s’empoigner et se déchirer sur les priorités des uns et des autres. Un peu de spectacle en vue donc, même si l’on se rappellera que le budget 2008 est bouclé et que toute prévision au delà de juin 2009 est aussi crédible que votre horoscope de ce matin.
En point d’orgue des discussions : la répartition des postes ministériels. Traditionnellement cela fait au dernier moment, juste avant de se rendre chez Albert II, qui, formellement, nomme ses ministres. Cela n’est pas anecdotique : la composition du gouvernement traduira la réalité du rapport de force. La revendication posée ce matin sur Bel RTL par Herman De Croo d’obtenir 4 ministres pour le VLD prend ainsi tout son sens : elle rééquilibrerait la coalition en faveur de la famille libérale.
05 mars 2008
Un peu d'énervement, beaucoup de postionnement

Tous les partenaires autour de la table souhaitent rester dans l’attelage gouvernemental : ce souhait est un ciment dont Yves Leterme pourrait tirer parti. Leterme, Verhofstadt et Reynders se sont d’ailleurs vu lundi midi et personne n’a claqué la porte. Sur Bel RTL Jean-Michel Javaux, hier mardi, restait plus que prudent sur une éventuelle participation d’Ecolo. Si Olivier Maingain lors de l'interview sur la même radio ce matin continuait d’ouvrir la porte aux verts il démentait clairement toute velléité de Didier Reynders de débarquer Yves Leterme pour raison de santé ou autre. En revanche le président du FDF n’a pas caché qu’il souhaitait que le CD&V se contente de 3 ministres. Toute l’agitation de ces dernières semaines peut en fait s’expliquer par un double phénomène : un enchainement de déclarations et une guerre d’influence.
L’enchaînement part du retrait de la NVA. Difficile à accepter pour les plus durs du CD&V cela pose un défi électoral au parti d’Yves Leterme. Si le cartel se disloque la place de formation flamande numéro 1 est de nouveau en jeu et Jean Marie Dedecker est assuré de faire une belle progression. Le CD&V, sur un plan électora,l se devait donc de réagir, en soulignant par exemple que le retrait de la NVA n’était pas définitif et aussi en assurant ses électeurs que le programme communautaire n’était pas passé aux oubliettes. C’était logique jusqu’à un certain point, mais laisser dire au chef de groupe du parlement flamand que son parti, sans réforme de l’état conforme à ses désirs, quittait la majorité au fédéral relève de la confusion des genres. Entend-on côté francophone Serge Kubla et Maurice Bayenet dicter leur conduite à Didier Reynders et Elio Di Rupo ?
Le deuxième dérapage CD&V vient de Kris Peeters qui indiquait que faute d’accord il reprenait sa participation budgétaire. A Kris Peeters comme aux autres : un accord est un accord, et la participation budgétaire en question consiste seulement en un gel de montants transférés du fédéral aux régions. Remettre en question ce que l’on vient de signer la veille n’est pas une preuve d’un grand sens de l’Etat.
Troisième temps de la crispation : Didier Reynders accorde vendredi une interview dont il a le secret à La Libre Belgique où il remet la position d’Yves Leterme en cause. Sans doute le président du MR a-t-il été ulcéré par les menaces de Kris Peeters, mais on lui fera la même remarque : un accord est un accord, et ajouter une crispation à une autre ne semble, pour le citoyen lambda, pas franchement nécessaire.
Cette série de déclarations cache un vrai bras de fer sur l’équilibrage interne du futur gouvernement. Logiquement le CD&v est en position de réclamer un ministre supplémentaire (il se dit que cela aurait même été convenu lors des négociations bouclées par Guy Verhofstadt lors de la mise ne place du gouvernement intérimaire, mais je ne peux vérifier ce point avec certitude). Côté libéral on estime que le retrait de la NVA ne justifie plus ce 4ième maroquin.
Didier Reynders qui souligne que sa formation pèse à peu près la même chose que le CD&V réclame donc une compensation. C’est purement logique et arithmétiquement défendable.
27 février 2008
Leterme I, sans SPA ni ecolo

Ces jours-ci les commentateurs s’interrogent aussi sur la forme que prendra le gouvernement Leterme I. Ce mardi, invitée sur Bel RTL, Joëlle Milquet suggérait d’approcher le SPA. D’autres évoquent l’appoint d’Ecolo et de Groen. Des contacts que je peux avoir avec les uns et les autres je retire le sentiment qu’aucune de ces pistes n’est sérieusement envisageable. Une négociation avec le SPA se heurterait au refus du VLD (les libéraux du nord et du sud ont suffisamment dit leur refus d’un tripartite classique pour ne pas avaler sans douleur cette couleuvre). Ecolo ne peut pas envisager de monter dans un gouvernement qui laisse planer le doute sur un prolongement des centrales nucléaires (pour écrire vrai le doute n’est même plus permis, puisqu’il s’agit de monnayer auprès d’Electrabel cette prolongation).
La pentapartite actuelle se maintiendra donc probablement, même si elle est un peu juste coté flamand (42 députés, il en faut 45 pour décrocher la majorité dans le groupe linguistique flamand). Guy Verhofstadt lors du journal de RTL TVI a clairement indiqué qu’il ne voyait pas où était le problème « nous avons une majorité » a indiqué le premier en précisant que le groupe octopus allait au delà des deux tiers nécessaire pour le vote d’une réforme de l’état. En clair SPA et Ecolo apporteront leur soutien au cas par cas pour les questions institutionnelles quand c’est nécessaire, et c’est suffisant. Au passage notez que le premier a bien confirmé qu’avec ou sans la N-VA il céderait son fauteuil à Yves Leterme. La question de soutenir ou non Didier Reynders ne se pose donc pas. Sans le soutien du PS et du CDH, et avec une indifférence polie du coté du VLD le ministre des finances sait qu’une candidature au poste de premier ressemblerait à un suicide politique.
25 février 2008
La NVA ne croit plus en Yves Leterme

Ce lundi soir la NVA a pourtant décidé de rester sur le bord de la route. Dans son communiqué de presse le parti de Bart de Wever précise que ce fameux deuxième paquet est sûrement un élément positif mais qu’il reste « vague ». Conséquence : la NVA s’abstiendra lors du vote de la confiance et attend le 21 juillet pour évaluer le travail effectué par l’équipe Leterme I et décider ou non de soutenir le gouvernement. En théorie la porte reste donc à moitié ouverte. En pratique, avec un tel communiqué la NV-A vient de quitter la majorité, si tant est qu’elle en fasse encore partie.
N’en déplaise à ceux qui ont maintenu le contraire pendant de long mois l’issue d’aujourd’hui était prévisible. Car c’est bien la NV-A qui a recalé un accord négocié par Yves Leterme, le contraignant, après une pirouette destinée à faire porter le chapeau au CDH, à démissionner de son mandat de formateur une seconde fois. Depuis ce jour là Yves Leterme lui même avait des doutes. Il en faisait part discrètement et jamais publiquement. Pour rompre un cartel il faut du temps et des hommes. Si la NV-A prend aujourd’hui ses distances c’est en partie à cause des nouvelles fonctions qu’occupent Jo Vandeurzen et Etienne Schouppe et sans doute pas si étranger à l’éloignement temporaire d’Yves Leterme.
Je m’explique : Vandeurzen et Leterme étaient de farouches partisans du cartel. En entrant au gouvernement Vandeurzen a perdu ses contacts quotidiens avec Bart De Wever. Le cartel ne fonctionnait plus. Etienne Schouppe ouvertement moins tenté par l’aventure régionaliste avait pris ses distances. L’ancien président du CD&V, très diplomate, appelait ses alliés pour régler avec eux le moindre détail. Son successeur agissait en patron qui prend ses décisions tout seul et les assume.
Depuis son lit d’hopital , outre ses doutes, Leterme n’a pas pu contrôler la situation.
Au moment même ou la NV-A annonçait sa décision les conseillers d'Yves Leterme diffusaient un communiqué où le futur premier ministre se disait « satisfait de voir que les efforts de huit mois de négociations et de travaux préparatoires ont aujourd’hui mené à un premier résultat.C’est par le biais de l’engagement soutenu de tant de personnes, qu’un processus de réforme de l’Etat dynamique est lancé ». Yves Leterme remerciait également le groupe des sages pour « leur grand engagement ». Pas un mot sur la NV-A qui claquait pourtant la porte au moment ou ces lignes arrivaient sur les mails des rédactions.
En publiant son communiqué Bart De Wever met Yves Leterme au défi d’attraper dans ses filets une grande réforme de l’Etat (un « gros poisson ») pour le 21 juillet. Et signifie publiquement qu’il n’y croit plus trop.
Dans l’immédiat ce n’est pas la catastrophe, au contraire. Les voix de la NVA n’empêche pas de constituer une majorité. SPA, Ecolo et Groen apporteront leur soutien pour les réformes nécessitant les 2/3. A ce stade Yves Leterme gagne une plus grande marge de manœuvre et se débarrasse d’une épine flamingante désagréable. Doit-il craindre les prétentions supposées d’un Didier Reynders, qui serait en position de réclamer le fauteuil de premier ministre ? Officiellement Reynders ne réclame rien et si il le faisait il n’aurait vraisemblablement pas le soutien des autres formations francophones pour obtenir une telle place. Le président du MR peut toutefois tirer parti de ce rapport de force lorsque prendra forme le gouvernement semi-définitif du 20 mars. Demain les éditorialistes flamands seront sans doute plus critiques : c’est Leterme lui-même qui avait négocié l’accord avec la NVA. L’épisode peut donc est considéré comme une nouvelle défaite du champion des voix de préférences. Mais il y a des défaites et des séparations qui vous libèrent.
A plus long terme la fin du cartel pourrait quand même secouer le CD&V et peser sur ses performances électorales. Bart de Wever, Geert Bourgeois, Jan Jambon et les autres sont sur la voie de leur autonomie. Et rien ne les empêchera plus demain de conclure un accord avec Jean-Marie Dedecker. Le cocktail sera alors détonnant.
Un premier pas et trois codes de la route
19 février 2008
Verhofstadt met le turbo vers la sortie

Le Premier ministre, Monsieur Verhofstadt, a eu un entretien, hier, avec les présidents de parti en vue de fixer l’agenda, pour qu’au plus tard le 23 mars, comme prévu, le flambeau puisse être transmis à M. Leterme. Ci-après, l’agenda mis en avant qui a reçu l’aval des présidents de parti :
Un premier volet relatif aux réformes institutionnelles sera soumis, vendredi, au groupe Octopus. Ce volet sera déposé au Sénat sous la forme d’une proposition de loi.
Ce week-end, l’exercice budgétaire se traduira par un équilibre. La mise en œuvre du budget sera approuvée en deuxième lecture sous la forme d’une loi-programme à l’occasion du Conseil des ministres du 20 mars.
Etant donné que s’achève ainsi le travail de M. Verhofstadt, celui-ci transmettra le flambeau à M. Leterme le 20 mars. Les lignes de force de la déclaration gouvernementale du nouveau Premier ministre se retrouveront, pour ce qui est du volet des réformes institutionnelles, dans le texte explicatif joint à la proposition de loi relative aux réformes institutionnelles. L’amorce du volet socio-économique sera reprise dans l’exposé des motifs de la loi-programme.
Ainsi, M. Verhofstadt respecte-t-il entièrement l’engagement qu’il a pris à la fin de l’année 2007 en vue de résoudre la crise politique et de permettre l’avènement d’un gouvernement définitif sans problème aucun.
Que retenir du texte ci dessus ?
1) Verhofstadt souhaite rester maitre du calendrier et imprime lui même le tempo.
2) Le groupe des sages est bien parvenu (ou est en passe de le faire) à un accord sur une première phase de réformes institutionnelles
3) Verhofstadt n’a aucun doute sur une issue positive des discussions budgétaires
4) Le premier a décidé de soigner sa sortie, au risque, en optimiste indécrottable qu'il est, de s’enfermer une fois de plus dans un calendrier.
14 janvier 2008
Le grand saut

L ‘issue est incertaine. Les positions défendues au nord et au sud ne sont en apparence toujours pas conciliables et les 6 mois passés font douter de la pérennité de ce génie belge qui consistait à trouver des dynamiques acceptables par les deux communautés à force de patience et d’imagination.
Ce mardi ils devraient être 18, peut être 20 autour de la table : Yves Leterme, Hermann Van Rompuy, Etienne Schouppe, Bart de Wever, Bart Sommers, Patrick Vankrukelsven, Caroline Gennez, Geert Lambert et Magda Alvoet pour les néerlandophones. Didier Reynders, Armand De Decker, Olivier Maingain, Philippe Moureaux, Jean-Claude Marcourt, Joëlle Milquet, André Antoine et Marcel Cheron côté francophone. Guy Verhofstadt et Jean-Luc Dehaene seront invités permanents.
Ainsi il sera proposé aux 18+2 de commencer par entendre les représentants des communautés et régions (un lot de consolation pour les germanophones dont aucun élu n’est invité dans le groupe des 18), avant d’organiser trois tables rondes successives sur
- la répartition des compétences et leur financement (ce qui relève du fédéral, ce qui relève des régions et comment ces politiques sont financées)
- l’avenir de la région bruxelloise
- le système électoral (faut il un sénat paritaire, une circonscription électorale, une date commune pour les élections régionales et législatives)
Les deux co-présidents pourraient également suggérer d’auditionner des « experts » constitutionnalistes, politologues et économistes pour éclairer les débats.
Voilà pour le premier round. Cela devrait être suffisant pour « sentir » si la mayonnaise communautaire a une chance de prendre ou pas. L’ambiance qui émanera de cette première matinée sera ainsi déterminante. Lors de la dernière tentative du même genre, un « forum » lancé par la violette, la première séance, présidée par Didier Reynders (si mes souvenirs sont corrects Johan Vande Lanotte avait trouvé une excuse pour ne pas venir) avait aussi été la dernière car on n’ avait pas pu se mettre d’accord sur un ordre du jour. Ici Leterme et Reynders font tout pour éviter le piège : pas de note, pas de menu, pas d’agenda. Tout au plus devine-t-on que le succès consisterait à concevoir ces éléments pour le 23 mars. On se doute également que le groupe des 20 n’ira pas très loin. Il devrait laisser rapidement la place à un groupe restreint (5, 7 ou 8 participants, la formule ne semble pas encore clairement arrêtée) au sein duquel les vraies négociations se dérouleront (au passage : ceux qui s’inquiètent de la présence de 4 anciens de la Volksunie dans le groupe de travail seront rassurés en constatant que ces anciens nationalistes ne sont pas invités dans le groupe restreint).
Ce soir les protagonistes s’apprêtent donc à sauter dans le vide. Il est rare qu’un dirigeant politique de grande envergure se lance dans une entreprise sans savoir où celle-ci va l’emmener. C’est le cas cette fois-ci. Et personne ne peut exclure l’échec, au contraire. On pourrait même se risquer à écrire que cet échec est probable, si l’on ne savait qu’en matière communautaire le prévisible se vérifie rarement. Prévenons quand même les lecteurs de ce blog : une nouvelle escalade ne serait pas sans vertus, contraindre les uns et les autres à plus de concessions passera probablement par une nouvelle période de crise.
20 décembre 2007
Guy Verhofstadt et le miracle de Noël

En milieu de soirée tous les clignotants étaient donc repassés au vert (bien que le verts ne soient pas là justement, j’y reviens dans quelques lignes). A 1h30 sms du porte parole du premier « de premier heeft de situatie gedeblokkeerd ». Série de sms pour confirmer et coup de téléphone avec l’équipe de reportage (les courageux) qui campe au CDH : « oui, ils sont toujours là, non Joëlle n’a pas encore parlé, ça fait 3 heures que tu nous dit de rester-3ième bip de censure- quand est-ce qu’on va se coucher ? ». Bon, le temps de me rendormir il était 3 heures, mais on a pas un gouvernement tous les jours.
A première vue ça ressemble donc à un miracle de Noël qui aurait juste une semaine d’avance. Avec Guy dans le rôle du créateur, Joëlle en vierge Marie (« j’ai rien demandé, je vous jure, on l’a voulu pour moi, mais quelle responsabilité »), Didier en Joseph (il est là tout le temps mais la conception du miracle lui a un peu échappée) Yves, Jo et Elio en costumes de roi mage (manque un Melchior, je sais pas si vous avez remarqué). Bon je m’arrête là car je sens que je suis à la limite du blasphème.
A première vue aussi ça ressemble à un triumvirat. Guy n’aura que deux vice-premiers ministres, qui de plus piloteront désormais la formation du gouvernement définitif (notez que deux pilotes dans un F16 c’est le crash assuré). Mais il faut se méfier des apparences. Si PS, CDH et VLD n’ont pas de vice-premiers ils seront bien présents en Kern (le conseil restreint où tout se décide) et devraient même bénéficier de « cabinets vice premier » (un cabinet élargi qui permet d’avoir des collaborateurs dans toutes les matières gouvernementales, histoire de suivre le travail des collègues et de préparer les grandes décisions). Il y a un précédent : Magda Alvoet pour Agalev n’était pas vice première ministre non plus, mais elle assistait au kern de l'arc-en-ciel quand même.
Ces deux « vice-premiers » ne vont pas avoir la vie facile. Yves Leterme n’a toujours pas sa réforme de l’état, et il lui reste trois mois pour la trouver, ou faire semblant de la trouver en espérant que la NVA de Bart feindra de croire que c’est vrai. On peut voir la mention d’une date pour passer de l’intérim au définitif et de Guy à Yves (le 23 mars) de deux manières : soit Guy s’est vraiment engagé, soit Yves s’est laissé enfermé dans une date. Beau piège, même s’il vaudrait être fou pour ne pas respecter la parole donnée dans un cas pareil, car ce serait la crise assurée.
Didier Reynders termine la période de formation dans un état moins flamboyant qu’il ne l’avait commencée. Dans la nuit de mardi à mercredi le président du MR a bien du accepter la large coalition francophone qu’il récusait quelques heures plus tôt. La reculade nocturne était devenue incontournable après la demande publique du CD&V d’intégrer le CDH dans la coalition (je vous signale au passage que la période de Noël est propice aux réunions de familles qui, souvent, s’ignorent le reste de l’année). Le président du MR, qui aurait pu être l’homme fort de l’orange bleue s’est retrouvé isolé. Et même s’il garde une partie des manettes en main il doit faire face à un front PS-CDH réel. Ce sera problématique pour 2009 : à l’exception d’Ecolo le président du MR n’a que des adversaires face à lui et ne peut, à ce stade, guère envisager de stratégies d’alliances susceptibles de lui ouvrir les portes de la région wallonne. On peut gagner les élections seul contre tous. Gouverner exige en revanche des compromis et des alliances, pas un flingage permanent. Mais il peut y avoir d’autres miracles d'ici aux régionales.
Elio Di Rupo, dont on aurait pu penser qu’il allait bientôt avoir son avenir derrière lui (l’avant dernier baromètre RTL-La Libre n’était pas bon) opère un rétablissement spectaculaire. En position de nommer des ministres, un président du PS est toujours plus influent. Je sous signale au passage aussi qu’ Elio a ressorti son nœud papillon et son costume d’homme d’Etat qu’il affectionne tant. Mais le PS devra affronter un SPA dans l’opposition. Schizophrénique.
Joëlle Milquet doit faire face à une grogne interne : 6 mois de bataille pour un seul poste ministériel est un maigre butin, surtout si vos « partenaires » annoncent eux même le nom du lauréat, ce qui laisse penser qu’il a fallu négocier une nomination qui est habituellement l’essence d’un pouvoir présidentiel. De plus Joëlle va de nouveau retrouver ses amis Bart et Didier (on ne sait pas lequel elle préfère) au mois de janvier, ce qui va la mettre encore dans des états pas possibles. Mais son boom dans les sondages devrait la consoler.
Les verts, seuls gagnants de l’élection (Ecolo était passé en juin de 4 à 8 sièges) n’entreront pas au gouvernement. Et à dire vrai on les a senti un peu hors du coup. Il n’est pas exclu que l’on fasse quand même appel à eux un jour ou l’autre : avec 101 sièges la nouvelle coalition gouvernementale dépend des voix de la NVA et du FDF pour atteindre la majorité des deux tiers, c’est un dépendance assez inconfortable. Mais les écolos ne sont pas le seuls à être à même de faire l’appoint, le SPA s’étant également déclaré disponible. Seul dans l’opposition le parti vainqueur doit ruminer. D’autant qu’une progression en 2009 ne lui ouvrira pas forcément les portes du pouvoir non plus.
Le seul vrai gagnant est donc Guy Verhofstadt qui a réussi en une nuit ce que tous les autres n’ont pas réussi en 6 mois : transformer une situation de blocage en compromis, grâce à un peu d’enthousiasme et une bonne idée (ne pas aller sur les plateaux de télé). Super Guy a donc sauvé la Belgique du ridicule, permet à tout le monde de ne pas vivre ce traumatisme redouté d’un premier de l’an sans gouvernement, laisse en selle pour la suite Leterme et Reynders tout en préparant l’avènement du premier nommé avec l’arrivée des cloches de Pâques. Beau lapin sorti d’un chapeau magique ce gouvernement Verhostadt III est donc un gouvernement de transition qui s’autodétruira au quatrième bip (il n'est pas exclu que ce bip là soit une motion de censure si la formation du gouvernement définitif tourne au vinaigre). Rien d’autre. Mais au passage Guy se repositionne sur la scène européenne, et on ne sait jamais, des fois qu’un poste se libère…
17 décembre 2007
Le petit déjeuner de la discorde
Au cours de ce petit déjeuner les intervenants vont régulièrement faire référence à l’année 1980, au cours de laquelle, sous l’égide de Wilfried Maertens, les 3 familles vont préparer ensemble une réforme de l’état.
Didier Reynders pour le MR indique que pour souscrire à un tel scénario il lui faut des assurances sur le programme d’un tel gouvernement ou à un défaut un gage de confiance. Une partie de la conversation va ensuite tourner autour de l’entrée du MR dans les gouvernements régionaux et communautaires. Guy Verhofstadt, tente une médiation en indiquant que si le MR doit consentir à la montée de plusieurs partenaires au fédéral il est juste, selon lui, que les libéraux francophones puissent en compensation obtenir leur place dans les majorités régionales. Joëlle Milquet puis Elio Di Rupo estiment que les deux échelons sont découplés et qu’une telle compensation n’a pas de raison d’être. Par la suite il sera question d’une entrée du MR « différée » , d’abord à pâques puis en 2009. CDH et PS refusent de prendre un engagement en ce sens.
La présidente du CDH interroge ensuite Guy Verhofstadt sur la position du SPA. Le premier ministre fait savoir que les socialistes flamands ne semblent pas disponibles malgré plusieurs tentatives d’approches. Didier Reynders, souhaitant toujours un gage de confiance de ses partenaires se heurte alors de nouveau à un discours commun du CDH et du PS. A l’évidence Joëlle (qui parle en premier) et Elio ont préparé l’entretien. Didier Reynders quitte alors le petit déjeuner, visiblement fâché. Verhofstadt poursuit la conversation quelques instants avec Joëlle Milquet, Elio Di Rupo et Jean-Michel Javaux. Le président des écologistes indique alors à ses interlocuteurs qu’il n’est pas particulièrement demandeur d’une entrée dans les gouvernements régionaux et communautaires. Fin de la réunion. Le premier ministre n’a pas réussi à mettre les francophones d’accord.
12 décembre 2007
Le MR peut-il se risquer à l'opposition ?

Problème depuis lundi le MR fait savoir urbi et orbi son peu d'enthousiasme pour la formule, surtout pour sa large composante francophone. Pour l'instant les libéraux s'en tiennent à un laconique " discutons du programme d'abord" mais on sent bien que le coeur n'y est pas.
Ce week end les réformateurs ont été tentés d'échanger leur soutien à la formule contre une entrée dans les gouvernements régionaux (l'information m'est confirmée à plusieurs sources dont certaines sont libérales, mais personne n'accepte de l'évoquer face caméra). Un "donnant-donnant" dont le PS et le CDh ricanent encore : l'hypothèse a fait long feu.
Pour le MR la situation est donc délicate : le pari de l' "orange bleue" a échoué, le poste de premier ministre semble acquis, pour l'instant, à un candidat flamand, et ses principaux concurrents électoraux (PS et CDH) ne sont pas écartés du pouvoir. Pire : il faut imaginer ce que donne la configuration "union nationale" en terme de mandats : le MR risque de n'avoir que 2 postes ministériels (en plus de la présidence du sénat)... soit autant que le PS (moins même si l'on doit prendre en compte le siège de commissaire européen). Ajoutez l'obligation de soutenir une réforme de l'Etat, et un programme socio-économique que les socialistes voudront "gauchiser" et les verts "ecologiser" (excusez ces néologismes). Bref, pas la formule gagnante.