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04 mars 2019

Didier Reynders, l’intelligence et l’ironie

Peut-on rire de tout ? Oui mais surement pas avec tout le monde. Peut-on rire de soi ? C’est encore mieux, mais les réactions du public sont parfois décevantes.
Au départ il y a donc cette petite phrase de Didier Reynders au journal le Soir qui l’interroge sur ses ambitions post-électorales. Le ministre des Affaires Etrangères y fait cet étrange aveu : il a le souhait de pouvoir rester en politique belge si sa candidature n’est pas retenue au Conseil de l’Europe. Et comme le journaliste le relance sur une hypothétique fonction européenne (genre commissaire européen), Didier Reynders de répondre : « Même pape, je l’ai toujours dit, je peux le faire : je suis baptisé ! Après les élections, on verra bien qui fait quoi. Mais le problème au parlement européen, c’est qu’il y a une incompatibilité entre le maintien au gouvernement en affaires courantes et le mandat de député européen. Je ne me voyais pas quitter le gouvernement en juin ou en juillet, alors qu’on serait peut-être encore en pleine négociation. »
De cette interview on ne retiendra que la petite phrase « même pape, je peux le faire ». Elle est reprise sur les réseaux sociaux, partagée, commentée, raillée et sert même de point de départ à une chronique au vitriol du Vif. C’est la règle à l’heure des réseaux sociaux : la portée d’une déclaration est difficile à maitriser et sa propagation et son commentaire dépendent désormais des internautes et des algorithmes  bien plus que du locuteur ou du journaliste qui retransmet ses propos. Corrolaire :  si tu pêches par l’excès de  punchline le bad buzz te rattrapera un jour.
D’accord. Sauf que la petite phrase en question n’était évidement pas à prendre au premier degré.  « Même pape je peux le faire » : arrêtez de fantasmer sur des scénarios qui sont hypothétiques, ne me posez pas des questions sur du sable. Une petite ironie, mi-amusante, mi-cinglante comme le libéral en a l’habitude, sauf que cette fois il mettait en boite son interlocuteur et s’amusait de lui-même par la même occasion. Le problème de l’ironie c’est qu’à moins de fournir le mode d’emploi dans la phrase suivante on est pas certain qu’elle soit comprise. Au final cette interview, si on veut l’analyser vraiment,  est plutôt un terrible aveu de faiblesse de Didier Reynders : il a postulé pour une fonction qu’il n’est pas sûr d’obtenir, il a la trouille de quitter le monde politique parce qu’il ne sait faire que cela, il ne sait pas ce qui l’attend après les élections et son destin ne dépend plus de lui.
De la déferlante des moqueries qui ont suivi on se dira qu’elles étaient de mauvaise foi ou que leurs auteurs ne sont pas aptes à comprendre du second degré. Ce serait sans importance si elle ne participait pas à un appauvrissement sans fin du débat politique ou de son analyse.  Bien sûr Didier Reynders paye ici pour une image personnelle qui  ne date pas d’hier : celle d’une certaine suffisance et d’une  grande intelligence plus souvent mise au service de l’ambition personnelle que de l’intérêt collectif. Peut-être. Sauf que pas là. Vraiment pas là. Pour interpréter cette phrase comme elle le fût il ne fallait vraiment pas lire l’article avec le minimum d’honnêteté intellectuelle requis. L'ironie il faut de l'intelligence pour en faire et de l'intelligence pour la comprendre.
Nous approchons des élections. Un peu de finesse (intellectuelle) dans un monde de brutes ne ferait pas de tort. Prendre le temps de lire les interviews pour ce qu’ils disent vraiment avant de flinguer gratuitement les orateurs  non plus. 


12 octobre 2014

Comment la NVA pourrait essayer d'asphyxier Bruxelles .... et Didier Reynders lui résister

Revenons un an en arrière. Nous sommes au début de la campagne électorale. Avant que le thème de la fiscalité ne s'impose comme le débat dominant, beaucoup d'interrogations tournent autour de la NVA. On attend avec impatience le programme du parti néerlandophone , en particulier sur un point : quel statut prévoit-il pour Bruxelles ? A l'époque, dès le programme connu sur cette question, la condamnation est unanime, y compris dans les rangs des bruxellois néerlandophones, Guy Vanhengel en tête , et Didier Reynders précise en novembre 2013 que le programme de la NVA pour Bruxelles ne pourra pas etre digéré. 

Un an et une élection plus tard, si la NVA reste sur les bancs de l'opposition en région Bruxelloise elle est donc désormais au cœur du pouvoir fédéral. Le poids de la NVA est évident, avec 33 sièges sur les 85 députés qui devraient voter la confiance dans quelques jours. Et depuis le fédéral la NVA a bel et bien les moyens de corseter la région bruxelloise. Ses ministres ont en main les compétences nécessaires à une asphyxie lente de la capitale. 

Jan Jambon par exemple , ministre de l'intérieur et de la sécurité, pourra peser sur le financement des zones de police. Les zones bruxelloises, parce qu'elles ont des besoins spécifiques liées à la densité de population, à la présence des navetteurs, ou aux institutions présentes sur leurs territoires auront peut être du mal à se faire entendre. Le nouveau ministre aura probablement à cœur de renforcer la lutte contre les départs pour le Djihâd. Quel dialogue (qu'on espere efficace) pourra-t-il nouer avec les bourgmestres et le ministre-président Bruxellois dans ce cadre ?  Jan Jambon est également compétent pour la politique des grandes villes. Ce programme, qui pèse une 50aine de millions, profite à 17 communes du royaume, dont 7 en région Bruxelloise (Bruxelles, Schaerbeek, Anderlecht, Forest,  Saint-Gilles, Saint-Josse et Molenbeek ). Faire des économies sur ce poste pénaliserait ces communes. Il a également en main la régie des bâtiments, un des acteurs du développement à Bruxelles. Jan Jambon pourrait ainsi  facilement accélérer ou ralentir la construction de la prison de Haren par exemple. Il interviendra dans le débat sur le palais de justice ( pour rappel le gouvernement précédent a décidé de sortir la chaîne pénale du bâtiment Poelaert , on ne sait toujours pas où, et on ignore ce qui remplacera les salles d'audiences ). Et on oubliera pas la tutelle sur les lois linguistiques. Ce ne sont que des exemples. 

Johan Van Overtveldt, aux finances, et Steven Vandeput, à la fonction publique et à la défense, n'ont pas de compétences directement en lien avec Bruxelles , mais peuvent toujours délocaliser l'un ou l'autre service. 

L'action de Theo Francken, secrétaire d'état à l'asile et à l'immigration aura forcément des répercussions plus sensibles localement : c'est dans la capitale qu'arrivent et vivent la plupart des demandeurs d'asile. Pire : c'est vers Bruxelles que de nombreuses communes renvoient ces demandeurs. 

Idem pour Elke Sleurs, chargée de la lutte contre la fraude et la pauvreté (curieuse association quand même ). Aujourd'hui un Bruxellois sur trois vit sous le seuil de pauvreté (cela concerne 4 enfants sur 10). Elke Sleurs a également la tutelle sur la politique scientifique, et à ce titre, décidera de l'avenir des musées royaux des beaux arts et du cinquantenaire. On sait déjà que la NVA ne juge pas utile de financer un musée d'art moderne, on peut même douter de sa volonté d'investir les fonds nécessaires aux travaux d'entretien, et on sera vigilant au maintien des collections à Bruxelles. Allez, je le reconnais, l'auteur de ces lignes fait un procès d'intention à la NVA. Je pars du principe qu'il vaut mieux prévenir que guérir. 

Les Bruxellois ont-ils été abandonnés aux mains des ministres nationalistes  ? La réponse est non, bien sûr. On scrutera ainsi avec attention les travaux de Jacqueline Galant, nouvelle ministre de la mobilité. Parce qu'elle s'occupera du survol, comme l'ont souligné tous les journaux. Mais aussi parce qu'elle a la tutelle sur la SNCB et que le dossier du RER concerne les Bruxellois au premier chef. Ses propos de l'été 2012 comparant Anderlecht à une zone de non-droit ne laissent pas transparaître un amour immodéré pour Bruxelles et ses habitants, visiblement à la peau trop basanés pour elle, mais dans la vie on peut toujours se racheter. L'annonce selon laquelle la dotation de la SNCB serait amputée de deux milliards sur les 5 prochaines années ne va probablement pas l'aider. 

Le grand défenseur de Bruxelles devra donc être Didier Reynders. D'abord parce qu'il a la main sur Beliris, le fonds qui permet de financer les travaux d'infrastructures, à hauteur de 125 millions par an. Rénovations, logements, mobilité et même espaces verts : les grands chantiers bruxellois passent par Beliris. Didier Reynders a aussi la tutelle sur les institutions culturelles fédérales ( la Monnaie et Bozar) qui participent bien évidemment au rayonnement culturel de la capitale. Enfin, en tant que vice-premier il est en mesure de voir et de bloquer des décisions qui seraient négatives pour les bruxellois. En cas d'offensive NVA c'est bien par cet homme que passe le salut de Bruxelles. Rudi Vervoort, mais aussi ses lieutenants Guy Vanhengel et Didier Gosuin, et même, en coulisse, Laurette Onkelinx, devront, si l'intérêt de Bruxelles leur tient à cœur, renouer le contact. Le gouvernement régional et le vice-premier sont condamnés à se parler, et si possible, à s'entendre. C'est l'un des grands paradoxes de notre paysage politique. Didier Reynders n'a pas, loin de là, quitté la scène bruxelloise. 





17 août 2014

Les lasagnes du commissaire

Cela remonte
à une quinzaine d'années. Je passais la journée à Liège pour fêter l'anniversaire d'un collègue journaliste. Avec une dizaine de confrères,  et après un long préambule apéritif (on est à Liège et entre journalistes), repas dans une trattoria connue des  liégeois de l'époque. On m'y avait recommandé les lasagnes du commissaire, et si mes souvenirs sont bons (15 ans c'est loin) presque toute la tablée opta pour la spécialité. Bien sur, il n'était pas  possible de connaître à l'avance les ingrédients  des fameuses lasagnes du commissaire, mais je me souviens que je n'avais pas regretté d'avoir suivi le conseil des habitués. L'anecdote gastronomique me revient en mémoire au moment où les négociateurs de la probable coalition suédoise doivent justement désigner un candidat-commissaire européen. A bien y réfléchir, le processus de désignation s'articule sur plusieurs étages. Chaque couche peut être analysée séparément mais c'est l'ensemble qui donne au plat toute sa subtile saveur. Et voilà que les lasagnes du commissaire se rappellent à ma mémoire gustative. 

Entendons-nous d'abord sur le temps de cuisson. La lasagne est un plat gratiné qui nécessite un four bien chaud et une cuisson longue. De ce point de vue la désignation du commissaire belge ne souffrira pas de précipitation. Les autres états membres ont tous déjà désigné leurs candidats. Pas la Belgique, formation du gouvernement oblige. On a d'autres casseroles sur le feu. Les noms des candidats commissaires sont dans un coin de la cuisine, mais pas d'urgence. Ils mijotent. 

Le cuistot responsable n'est pas encore désigné d'ailleurs. Si l'on s'en tient à la stricte orthodoxie légale c'est le gouvernement en affaires courantes (celui d'Elio Di Rupo)  qui devrait désigner le commissaire belge, lui seul ayant une existence reconnue. Le pragmatisme belge nous permet de confier cette tâche aux négociateurs du futur gouvernement (le duo Peeters/Michel). À condition bien sûr que les discussions ne s'éternisent pas. Jean-Claude Juncker a demandé à la Belgique d'avoir une réponse avant la fin août. C'est tard, car il risque de ne plus avoir y avoir beaucoup de choix dans les portefeuilles européens. C'est tôt car l'accord de gouvernement ne peut souffrir une cuisson aussi rapide. Or désigner un commissaire ou un ministre alors que l'accord gouvernemental  n'est pas encore bouclé c'est un peu comme servir le tiramisu avant la tomate mozzarella, ça brusque le cuisinier. 

Prenons les ingrédients. Trois noms circulent avec insistance  : ceux de Marianne Thyssen (CD&V) Karel De Gucht (open VLD) et Didier Reynders (MR). 

La première couche de notre lasagne est une question de sexe (ça relance l'attention du lecteur, ça, hein ?). Plus précisément de parité. Les autres états membres ayant choisis une armada de candidats masculins la petite Belgique serait bien inspirée de choisir une femme. Banco pour Thyssen alors ? "Il ne faut pas rire, c'est pas à la Belgique à elle toute seule d'assurer la parité" me confiait l'autre jour un observateur. Comprenez que la logique paritaire ne s'impose pas plus en Belgique qu'ailleurs. En revanche en Belgique nous avons inventé le sexe linguistique, et là, nous sommes habituellement plus rigoureux dans l'équilibre. D'abord en évoquant une forme d'alternance : Davignon, Van Miert, Busquin, Michel, De Gucht : francophones et néerlandophones se succèdent à ce poste. Comme Karel De Gucht vient d'enchaîner deux mandats (enfin, un et demi, soyons justes) il serait logique de confier la charge à un francophone. Cela l'est d'autant plus dans l'hypothèse où le poste de premier ministre pourrait échoir à un néerlandophone (coucou Kris Peeters). 

Deuxième couche de notre lasagne, le poids des partis de la future coalition. En fin de négociation c'est le moment délicat du partage des compétences. Ici, il faut sortir la balance de précision. La cuisine est une mélange de chimie et d'arithmétique. C'est au gramme près. 
Vous avez déjà entendu parler de la clef D'Hondt ? Bien. En Belgique il existe une règle non écrite qui veut que l'on applique la clef D'Hondt à la distribution des fonctions ministérielles. C'est un peu comme une recette de grand-mère que les formateurs se repassent sous le manteau. Personne n'est obligé de l'appliquer mais ça permet de se sortir des situations difficiles en évitant les improvisations et au final le dosage est toujours equlibré, ça satisfait l'appétit de tous les convives. Toujours d'après cette recette non-écrite le poste de premier ministre vaut 3 points. Les postes de commissaire européen, de président d'assemblée et de ministres, deux points chacun, et  les secrétaires d'état à un point permettent de rectifier l'assaisonnement. Vous prenez le nombre de points global (on parle beaucoup d'un gouvernement passant de 15 à 13 ministres) et vous commencez la distribution. D'emblée vous comprendrez que si le CD&V obtient un poste de premier ministre il lui est difficile de revendiquer aussi la commission (au revoir Marianne), et que si l'Open VLD veut la commission il doit abandonner la présidence de la chambre ( c'est Patrick ou Karel mais pas les deux)  et que le MR avec 5 ou 6 ministres a déjà atteint un score plafond. 

Si l'on s'en tient aux stricts équilibres électoraux c'est la NVA qui devrait empocher le poste de commissaire européen. Le problème est qu'on ne lui connaît pas de candidat valable  et qu' en optant pour un groupe eurosceptique au parlement européen les copains de Bart De Wever ont sérieusement amoindri leurs chances. Les nationalistes flamands ont des progrès à faire pour rendre leurs recettes digestes.  La lasagne  peut être légèrement épicée, pas excessivement pimentée. 

La troisième couche de notre lasagne nous ramène à la cuisine federale. Vous aurez compris que Didier Reynders à des chances d'être choisi. L'homme a indéniablement le profil (on notera d'ailleurs que Louis Michel ou Karel De Gucht sont comme lui passés par les affaires étrangères avant de devenir commissaires) :  l'expérience, les connaissances européennes, et il s'entend bien dit-on avec Jean-Claude Juncker. En l'éloignant vers la scène européenne Charles Michel assiérait son autorité sur le mouvement réformateur. Sauf que ce raisonnement est peut être un peu trop à court terme. Dans une coalition très flamande les libéraux francophones doivent présenter un vice-premier qui aura l'expérience et la carrure. Pensez-donc : les partis néerlandophones, en coalition au niveau régional, ne manqueront pas de se parler avant chaque kern. Il faudra décoder leur jeu et éventuellement y résister. On ne voit que trois réformateurs capables de faire le job : Didier Reynders, Charles Michel ou son père Louis. Laisser Didier Reynders partir à l'Europe c'est condamner la famille Michel à assumer seule la conduite du parti, l'opposition en régions et la gestion et du gouvernement fédéral. En d'autres terme privilégier les lasagnes du commissaire, c'est risquer d'être à court de légumes quand on attaque l'osso buco. Ça doit faire réfléchir. 
Je vous souhaite un bon appétit. 



PS : si des lecteurs liégeois peuvent me rappeler le nom de la trattoria et m'indiquer si elle existe toujours, merci à eux 





07 mai 2014

Reynders, bis repetita


En écoutant les excuses de Didier Reynders hier soir, j'ai eu envie de relire cette chronique qui date de 2012. A l'époque le vice-premier ministre avait assimilé Molenbeek à un territoire étranger. Les propos avaient provoqué quelques remous, limités, dans l'hémicycle, mais c'est ensuite sur les réseaux sociaux que la polémique avait tellement enflée que Didier Reynders avait fini par faire machine arrière et présenter des excuses. Le parallèle avec la journée d'hier et ses propos sur les enlèvements d'enfants "sans les libéraux au pouvoir" est saisissant.

A l'époque je n'avais pas été tendre avec le dérapage douteux, mais  j'avais aussi  écrit les phrases suivantes : Il n’est jamais simple pour un homme public de faire machine arrière. Etre capable de reconnaître qu’on a dérapé est une qualité. Il serait sain que ces excuses soient franches et réellement assumées. Personne ne disconvient que le ministre des Affaires étrangères est, en plus d’être d’une vive intelligence, un autenthique démocrate.

J'aurai envie d'écrire la même chose. Sauf que deux fois en deux ans ça fait beaucoup, et qu'un homme avertit en vaut théoriquement deux. Je voudrais donc aller un peu plus loin dans l'analyse.
Bien sûr Didier Reynders est dans un débat électoral. Il répond à une question d'un journaliste et aux arguments d'Elio Di Rupo qui vient d'associer les années Martens-Gol à l'austérité. Comme l'a souligné Bertrand Henne, attaquer Gol c'est attaquer le père spirituel de Didier Reynders et la réaction est épidermique. Le vice-premier ministre MR a donc probablement voulu signifier que la période suivante (le gouvernement Dehaene-Di Rupo) fut, à ses yeux, pire encore. Soit. Cela n'autorise pas la sortie de route.

Depuis 15 ans que je suis Didier Reynders je sais aussi que l'homme rode ses bons mots. Quand il trouve une bonne formule Didier Reynders la teste en petit comité.  Puis il l'utilise à de multiples reprises : avec des journalistes, dans une réception, dans un diner, à la tribune d'un congrès. L'assimilation de la Wallonie socialiste à une république soviétique, les critiques récurrentes contre la RTBF ou le journal Le Soir ont ainsi été déclinés sous toutes ces formules. Il est probable que ce qui a été dit au micro de la première hier l'avait été auparavant ailleurs. La différence c'est que l'ironie qui aurait pu permettre de faire passer le propos n'était pas possible dans l'exercice radiophonique.

Enfin, il faut ajouter une dimension qui n'échappe pas aux insiders du  monde politique ni aux vieux journalistes donc je fais partie (comme quoi il ne faut pas trop vite ranger les journalistes  poussiéreux, ils peuvent parfois servir). C'est face à Elio Di Rupo que Didier Reynders a cette phrase malheureuse. Il ne peut pas ignorer que l'homme a été marqué à vie par les accusations d'Olivier Trusgnach dans la foulée de l'affaire Dutroux. Or à l'époque (on est en 1996)  certains libéraux francophones et flamands ont pensé pouvoir tirer bénéfice de l'affaire pour écarter l'étoile montante du PS. C'est une déchirure définitive entre Di Rupo et certains libéraux. Ils le paieront cash en 2004 lorsque le PS préfère l'olivier. Didier Reynders ne peut pas l'ignorer. En s'aventurant sur ce terrain face à cet homme précisément il ajoute une faute à la faute.

Enfin je voudrais m'arrêter sur  le fond de la communication de Didier Reynders. Il faut bien écouter : "si j'ai blessé certaines personnes je m' en excuse" indique-t-il devant les caméras à 17h30. C'est une version minimale qui ne s'adresse qu'à ceux qui auraient été blessés. Puis à 19h au journal de RTL TVI le vice-premier ministre indique qu'il présente des excuses "aux citoyens", une formule  qui exclue le personnel politique.. En étant ainsi restrictif Didier Reynders fait sans doute savoir qu'il n'a pas aimé être la cible de ses adversaires sur Twitter. Ses excuses restent ainsi un acte politique, un ton en dessous de ce que le grand public perçoit réellement.

29 avril 2014

Peut-on se passer de la NVA ?



Voici donc la question du jour : quel parti francophone acceptera de discuter avec la NVA après le 25 mai ? Ce soir la réponse est personne. Un doute subsistait sur les intentions du Mouvement Réformateur. Didier Reynders dans le Soir et Charles Michel dans le Standaard et sur Bel RTL ont donc délivré le message clarifiant. Le MR ne mènera pas de discussion avec le parti de Bart De Wever. 

Du coup tous les partis francophones se sont sentis obligés d'être explicites : discuter avec la NVA, nous? Jamais ! Très bien. Allons voir derrière le message. D'abord la déclaration de Charles Michel est soigneusement calibrée. Dans le Standaard le président du MR précise qu'il ne discutera pas avec les nationalistes " s'il a l'initiative "  en d'autres termes, si son parti décroche le statut de premier parti qui lui permettrait de revendiquer le rôle de formateur. Que  ce soit au federal ou à Bruxelles, c'est possible, mais ce n'est pas gagné. Faut-il comprendre que si c'est une autre formation qui invite le MR se retrouvera quand même autour de la table ? La réponse n'est pas claire. On notera d'ailleurs que les partis francophones manquent un peu de modestie. Le formateur est souvent un néerlandophone dans ce pays. C'est donc lui qui, formellement, décidera qui il invite (on écrit formellement, car c'est plus complexe que ça, et il faut un relatif consensus pour que les pourparlers soient rendus publics). 

Ensuite cette double sortie concertée (et il faut signaler que les deux poids lourds du MR se sont parfaitement coordonnés cette fois-ci, ce n'est pas une déclaration par accident) a surtout pour but de mettre en difficulté les autres partis francophones. Dire non à la NVA c'est contraindre le PS à devoir en faire autant. C'est une manière pour les libéraux d'intervenir dans le débat Magnette/De Wever et d'exister aussi sur le terrain communautaire. 

Enfin, l'ensemble des déclarations fluctuent. Rappelons-nous il y a quelques mois de cet appel lancé par les FDF, invitant les autres formations à bâtir un front du refus, aucun parti n'avait jugé utile de dire oui à l'époque. Au contraire on ne compte plus les déclarations indiquant qu'il ne faut marginaliser personne, que ce serait contre-productif, qu'il ne faut pas permettre à la NVA de se poser en victime, ce ne serait pas rendre service aux partis flamands,etc. Je passe sur les déclarations de Didier Reynders indiquant que Bart De Wever ferait un premier ministre acceptable. 

Osons écrire que la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain. Et c'est justement pour ça que les formations de gouvernement prennent parfois tant de temps : il faut permettre à chacun de justifier ses évolutions (ses revirements parfois), les semaines de blocage et le parfum de crise sont les meilleures excuses pour renier ses propos de campagne. Osons écrire aussi que si la NVA se rend incontournable (quand on séduit un électeur sur trois dans les sondages on n'en est plus très loin) il faudra bien que des francophones acceptent de discuter s'il ne veulent pas porter la responsabilité du blocage. 

Conclusion : la communication du jour est avant tout une communication de campagne. Le MR a voulu décrocher un sparadrap qui lui colle à la peau, et qui jusqu'à présent soudait l'olivier contre le présumé traitre à la cause francophone. Aujourd'hui les libéraux se sont donc désenclavés en s'éloignant de Bart De Wever. Pas plus, pas moins.

29 mars 2014

Bruxelles attend les listes libérales



Le Mouvement Réformateur prend du retard. Alors que FDF, Ecolo, PS et maintenant CDH ont publié leurs listes  bruxelloises, côté libéral, rien. Certes toutes les listes ne sont pas complètes. Mais pour les autres formations ont connait au moins l'ossature centrale, qui occupe les places éligibles, qui est en"place de combat" , qui prend les premieres suppléances souvent synonymes de victoire sans combat et quels sont les soutiens placés en fin de liste.


Pour le MR officiellement on doit se limiter aux têtes de listes, Vincent De Wolf pour la région, Didier Reynders pour la chambre.

La raison de ce retard à l'allumage est double. D'abord le MR s'interroge toujours sur la probabilité de voir adopter un décret anti-cumul (voir un de mes billets precedents) qui pourrait limiter le nombre de députés-bourgmestres en région Bruxelloise. Là, le suspense n'est plus très long : l'avis du conseil d'Etat  est attendu pour la fin de la semaine prochaine et il se susurre déjà dans les cercles parlementaires qu'il est négatif. Reste à voir quelle formation tirera en premier pour saborder le texte à une encablure de l'élection. Mais il est vraisemblable que ce texte ne soit pas adopté, ce qui va simplifier  la vie des dirigeants libéraux.

Deuxième raison la nécessité de réaliser ces listes à trois. Didier Reynders a confectionné l'essentiel de la liste à la chambre, Vincent De Wolf a consulté beaucoup pour réaliser celle de la région et Charles Michel, en lien avec les deux hommes, a supervisé les arbitrages. Les trois dirigeants sont condamnés à s'entendre sur l'exercice. Selon certaines mauvaises langues (celles qui n'ont pas obtenu la place espérée peut-être)  il semble que cela n'ait pas été simple, les relations Reynders- De Wolf restant teintées de méfiance et de mépris réciproques.

Dans les rangs libéraux on commence du coup à s'agiter. Certes il reste plusieurs semaines pour déposer officiellement  les copies. Mais le temps tourne et sans liste impossible de mener campagne ( si un candidat ne peut pas communiquer sur sa place il ne se lancera pas vraiment). Surtout la situation devient délicate maintenant que toutes les autres formations sont prêtes ou presque. On ne peut pas se permettre de partir trop tard sans prendre le risque de jouer au lièvre et à la tortue. Le MR à beau être en bonne forme dans les sondages, une élection ne se gagne pas sans mener campagne. Surtout, attendre plus longtemps serait relancer les spéculations sur la mésentente qui règne au sein de l'écurie libérale dans la capitale. Ce week-end on annonce donc comme imminentes les listes bleues bruxelloises, comprenez qu'on devrait être fixés dans la semaine. Le problème c'est que les libéraux disaient déjà cela avant leur congrès du 8 février. Le temps passe et sœur Anne ne voit toujours rien venir. 

Soyons honnêtes. En coulisse quelques informations filtrent. Certaines sont fausses, manœuvre d'intoxication ou ballon d'essai, d'autres s'avéreront exactes. Voici, ce que je pense, de mon côté, pouvoir vous annoncer après plusieurs conversations avec des élus libéraux.
D'abord la chambre. Il se confirme que Françoise Schepmans, bourgmestre de  Molenbeek sera bien en seconde position derrière Didier Reynders, et que Damien Thiery, ex-FDF sera en dernier de liste. L'idée est de mettre en place très visible des personnalités jeunes et représentatives de la diversité bruxelloise, histoire de montrer que le MR change et s'adapte à la sociologie de la capitale.  Exit le mâle blanc de plus de 50 ans. Attendez-vous a voir de nouvelles têtes dans le top 5. 

À la région, Françoise Bertieaux et Corinne De Permentier accompagneront Vincent De Wolf aux avant-postes tandis qu'Armand De Decker poussera la liste. Là aussi il faudra mélanger jeunes et élus sortants. C'est à cela qu'on mesurera la capacité des libéraux à se renouveler. Alain Destexhe sera sur cette liste régionale et l'objectif des libéraux est d'atteindre une vingtaine de parlementaires régionaux. D'autres suppositions circulent. J'écris donc ce dont je suis à peu près certain. Et pour le reste, comme les convoyeurs, on attend.

La photo d'illustration est emprunté au site des libéraux bruxellois mr-bxl.be 



01 septembre 2013

Les stratégies de rentrée


Nous y sommes. Demain, ou les jours suivants, les écoliers reporteront le cartable. Les politiques eux sont déjà de retour sur les plateaux TV et dans les pages "interviews" des quotidiens. Cela mérite qu'on s'y arrête. Le contenu de ces déclarations le moment ou elles prononcées, et même le média choisi, cela nous dit beaucoup sur les objectifs de communication que s'assigne chaque formation politique. Derrière ces communications on devine un peu de l'image que se font les partis des rapports de force, des attentes du public, de leur propre position sur l'échiquier et donc un peu des stratégies de campagne à venir. Distinguons 4 grandes tendances :


 1)Les offensifs 
Ce sont ceux qui sont les premiers à prendre la parole. Faire votre rentrée avant les autres, cela permet d'essayer de donner le "la" et d'obliger les autres à se positionner autour de vos propositions. C'est la stratégie suivie par le Mouvement Réformateur où Charles Michel puis Didier Reynders ont accordé leur interview de rentrée dès la semaine dernière. Les mauvaises langues glisseront que le MR pouvait ainsi mettre un terme aux polémiques du mois d'août (Gaëlle Smet, Jacqueline Galant) pour réorienter le débat. Cela indique une volonté de corriger son image, de se repositionner, ou tout simplement de commencer à peser sur la campagne. Limite de la formule : sortir le premier c'est parfois sortir trop tôt, quand tous les électeurs ne sont pas rentrés.

 2) Les Sphinx 
Ce sont ceux qui décident d'en dire le moins possible. Quand les choses marchent, que vous êtes persuadé que votre image est bonne, il faut surtout ne pas vous abîmer dans des déclarations qui constituent toujours une prise de risque. Le sphinx ne fait pas d'interview de rentrée. Au pire il le fait en dernier, après tout le monde, histoire de marquer son autorité. Cette technique est depuis longtemps celle d'Elio Di Rupo : pour la rentrée de septembre, comme pour les voeux de janvier, l'homme au noeud papillon intervenait après tous ses camarades. Cette année, outre le premier ministre, Paul Magnette et Bart De Wever appliquent la communication du sphinx : aucune interview à ce stade. Le patron de la NVA a même indiqué à une consoeur qu'elle ne pouvait pas attendre une interview avant 2014. Limite de la posture : se taire vous donne un caractère hautain, méprisant, et en cas de problèmes vous paraitrez éloigné des difficultés.

 3) Les opposants et leurs cibles
 Il en va des interviews de rentrée comme des autres déclarations : les nuances s'évaporent, les petites phrases perdurent, surtout quand elles ciblent vos adversaires. L'interview sert alors à cliver le débat, à souligner les lignes de fractures. C'est ce à quoi s'emploient Emily Hoyos et Ecolo : se poser fortement en opposition avec le Mouvement Réformateur. Ce n'est pas qu'un différent idéologique. Certes Ecolo et le MR n'ont sans doute pas la même vision économique et budgétaire. Mais en tentant d'isoler le MR (en mettant le financement de l'école au centre de l'attaque) Ecolo renforce l'Olivier... Limite de la tactique : cela ressemble à un sauvetage de dernière minute, et on attend que les autres partis se positionnent. Si Benoit Lutgen a raillé la réforme fiscale Columbo du MR on ne sent pas la même ferveur.

 4) Les francs-tireurs
 Dans tout parti, la communication est un dosage subtil entre les consignes présidentielles et les aspirations personnelles. Les interviews de rentrée c'est aussi l'occasion de jouer une carte personnelle, pour mettre en avant un accent particulier et espérer soigner sa notoriété. Les médias adorent les petites musiques originales, qui passent parfois pour des couacs dans la belle mélodie partisane. Siegfried Bracke vient de nous en livrer un bel exemple en plaidant pour un gouvernement fédéral plus soucieux d'économie que de réformes institutionnelles. Coté francophone Alain Destexhe essaye de jouer une partition ouvertement sécuritaire, flirtant avec des thèmes utilisés par des partis peu démocrates. Avec une différence : la ligne Siegfried a été immédiatement corrigée par Bart De Wever. Alain Destexhe, comme le souligne Marcel Sel, bénéficie du silence de son président.

20 mai 2008

Rue de la loi, version vidéo


C'est le prolongement de naturel de ce blog : proposer sur le net un interview vidéo d'une personnalité politique. Chaque semaine je vous propose de revenir en image sur les derniers jours écoulés. L'invité de ce premier numéro est Didier Reynders. Le vice premier ministre s'y montre relativement ouvert sur le plan institutionnel, précisant que la nomination des bourgmestres de la périphérie et l'arrondissement BHV ne sont pas des "préalables" à une négociation sur la réforme de l'Etat mais que cela doit "faire partie d'un tout".
Le président du MR est en revanche plus critique sur le rôle d'Yves Leterme lors de l'inscription du point Bruxelles-Hal- Vilvorde à la chambre, le 9 mai:"ne pas réagir quand sa propre communauté va trop loin me parait un peu court comme message (...) c'est à lui de faire la démonstration qu'il peut aller plus loin".




11 mai 2008

BHV : le CD&V voulait ouvrir la discussion générale

Il est minuit passé d’une dizaine de minutes dans la nuit de jeudi à vendredi. Olivier Maingain, président du FDF prend la parole et fait observer qu’on a changé de journée, donc qu’on ne peut plus ajouter un point à l’ordre du jour d’une séance qui remonte à la veille. A moins d’être soi même juriste (je n’ai rien contre les juristes, mais j’en fréquente suffisamment, y compris dans ma vie privée, pour savoir qu’ils raffolent de ces défis qui consistent à interpréter les situations les plus banales pour en tirer des conclusions improbables) le raisonnement semble un peu tiré par les cheveux. Politiquement pourtant l’intervention était pertinente. Et Olivier Maingain a peut être permis aux francophones d'éviter une humiliation qui aurait pu être fatale à la majorité.

Depuis mercredi soir les partenaires gouvernementaux s’étaient en effet mis d’accord sur le scénario suivant : voter d’abord la loi programme, permettre l’inscription de la proposition BHV ensuite et compter sur les francophones pour bloquer les débats. Le premier ministre avait lui même présenté en kern ce synopsis jeudi matin. Petit problème dans la journée de jeudi : les éminents juristes des services de la chambre doutent que le renvoi au conseil d’état des amendements déposés par les partis francophones suffise à bloquer le processus parlementaire. En clair l’examen des amendements par les conseillers d’état n’empecherait pas les députés d’entamer le débat explosif en séance plénière. Pour être plus précis tous les juristes n’étaient pas d’accord : pour certains d’entre eux, le fait que les francophones demandent eux même cet examen et que cette demande émane de plus de la moitié d’un groupe linguistique avait bien un effet suspensif, mais là on entre dans les détails du détail (les juristes sont en effet des cousins proches des constitutionnalistes : il suffit d’en consulter suffisamment pour finir par un trouver un qui pense comme vous).

Voilà donc que le scénario d’apaisement risque d’être moins apaisé que prévu. Une discussion générale commence toujours par la lecture du rapport des débats en commission (dans le cas présent, les francophones avaient quitté la commission de l’intérieur le 7 novembre après le votre flamand, entendre ce récit de ce moment là vaudra sûrement le détour) et se poursuit par le prise de parole des députés qui en font la demande (30 minutes par orateur). Un grand barnum en perspective ou chaque parti flamand aurait eu à cœur de démontrer qu’il était plus flamand que son voisin et que décidément ces francophones ne comprennent pas le sens de l’histoire. Dans la majorité le ton monte : les députés CD&V-NVA font savoir qu’ils souhaitent bien après l’inscription du point BHV entamer la discussion générale. A tel point que Didier Reynders menace même , excédé, de déclencher la procédure de la « sonnette d’alarme » plutôt que celle du conflit d’intérêt : renvoyer le dossier au gouvernement pendant 30 jours et chute du gouvernement en cas d’échec. En fin d’après midi/début de soirée il semble même qu’une partie des francophones se soit résignée à vivre un début de débat parlementaire…

Vient alors la précision horlogère d’Olivier Maingain. Elle offre un moyen de pression supplémentaire et va permettre aux francophones d’obtenir l’arrangement suivant : seuls les chefs de groupe pendront la parole avant la mise à l’ordre du jour du point BHV. Si d’aventure l’extrême droite insiste pour ouvrir la discussion malgré les amendements francophones les groupes de la majorité s’y opposeront. De source flamande on m’indique qu’ Yves Leterme avait marqué son accord. On ne vérifiera pas ce dernier point : les flibustiers de la liste Dedecker ou du VB ne disposent visiblement pas des conseils de juristes aussi créatifs que ceux qui sont au service du président de la chambre. Ils n’ont donc pas tenté un coup de force qui aurait permis d’ouvrir la discussion générale (sans la clore) et qui aurait offert à tous les parlementaires qui le souhaitaient de prendre la parole.

Quelle conclusion tirer de ce bras de fer plus tendu qu’il n’y parait ?

D’abord que les députés flamands de la majorité souhaitent réellement discuter de BHV, et qu’il faut donc réellement que les francophones s'y opposent. Ce n’était pas que du cinéma : le scénario avait beau être ficelé, certains acteurs ont mis un certain zèle dans l’interprétation de leur rôle. Ensuite qu’Herman Van Rompuy et ses juristes (contrairement à une image peut être trop flatteuse dans les médias francophones) ont plus tendance à appuyer sur la pédale d’accélérateur que sur celle du frein. Qu’enfin Yves Leterme, n’est pas l’homme impuissant que l’on décrit parfois au sud du pays. Si Yves Leterme ne contrarie pas ses troupes ce n’est pas tant qu’il ne peut pas le faire, c’est surtout parce qu’il ne le souhaite pas. Le premier ministre, comme les autres élus, est aussi un homme en campagne électorale, et il est sûrement profondément partisan de la scission de l’arrondissement (au passage, je rappelle que tous les partis flamands du VB à Groen en passant par le SPA et le VLD souhaitent la scission et que Guy Verhofstadt, dont on dit tant de bien, n’avait pas résolu ce problème, mais on a tendance à l’oublier).

Bien sûr ce que je vous raconte là reste entre nous, car cela n’aurait jamais du sortir des salons de la présidence de la chambre. Cela permet de comprendre pourquoi les acteurs étaient si crispés alors que l’on croyait le scénario approuvé par tous. J’avoue que c’est ce décalage qui m’ a poussé à étudier les dessous de la séance de jeudi soir.



Si d’aventure un député nationaliste flamand lisait ces lignes je lui présente mes sincères excuses pour la frustration que je pourrai lui causer. Passer ci près d’un débat historique alors que l’on croyait que tout était écrit d’avance ! Pour tous les autres (y compris les juristes) je propose de méditer sur ce qui pourrait être un bon sujet de dissertation : éviter le pire est nécessaire, mais est-ce satisfaisant ?

08 avril 2008

Reynders corrige Ducarme

Didier Reynders était mon invité lundi sur Bel RTL. Alors que je l’interroge sur l’opportunité d’un boycott de la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques de Pékin le président du MR se montrait sceptique « je pense que c’est un débat européen » répond-il d’abord et comme que je lui fait remarquer que le député MR Denis Ducarme a déposé une proposition de résolution en ce sens il précise « il faut qu’on en débatte, si une démarche doit intervenir elle doit être européenne, cela n’a pas de sens d’avoir à Pékin la présence des uns et l’absence des autres ».
Le président indique ainsi publiquement qu’il n’est pas sur la même longueur d’onde que le parlementaire. Alors que je m’en étonne à la sortie du studio Didier Reynders lâche, accompagné d’un haussement d’épaule : « ce n’était pas concerté. Si ce n’est pas concerté, alors… ».

19 mars 2008

Les régularisations en échanges des peines incompressibles


Si toute la nuit de lundi à mardi fut nécessaire pour s’en sortir c’est parce que les négociateurs sont passés à deux doigts du gouffre sur le chapitre immigration. Voici résumé en une phrase les dessous de la dernière ligne droite du gouvernement telle que me l’on racontée plusieurs participants (dans mon jargon on écrit « vérifié à plusieurs sources », tout en sachant que les journalistes ne peuvent jamais que reconstruire des parcelles de vérité). Lundi soir peu avant de minuit le groupe de travail immigration, animé par Patrick Dewael (VLD) , Philippe Moureaux (PS) Jo Vandeurzen (CD&V) Charles Michel (MR) et Benoit Dreze (CDH) , trouve un accord. Quelques minutes plus tard le texte est recalé en conférence des présidents. Les libéraux, et notamment Didier Reynders le trouve déséquilibré. Pour être plus précis : les libéraux demandent que l’on soit aussi détaillé dans le chapitre exécution des peines que dans le chapitre immigration. Philippe Moureaux, qui négocie en continu depuis quelques jours déjà, pique une des colères dont il a le secret. Le socialiste, excédé, veut rompre les négociations. D’après ses proches ce n’était pas du cinéma. On envisage de rouvrir tous les dossiers. Pour faire baisse la tension Yves Leterme suspend les débats et évite soigneusement de convoquer une pleinière. Il rencontre les présidents en petit groupe (libéraux d’un coté, PS- CDH de l’autre, et tête avec Etienne Schouppe pour le CD&v). On commande des pizzas, qui, confidence de négociateurs, mettront un peu de temps à arriver. Le duo Reynders- Di Rupo va se réconcilier sur un troc. Le chapitre immigration est maintenu, mais la formulation sera moins précise, et on reverra, pour l’étoffer, le passage sur les libérations conditionnelles. Dans les cas les plus graves (en coulisse on parle des meurtres accompagnés de viols ou de tortures ou liés à une activité terroriste) le juge pourra accompagner la peine d’une mention qui interdit toute libération avant que les 2 tiers de la sentence ne soient purgés. C’est le principe des vases communicants. Basique, mais efficace.

NB : la Libre Belgique développe des infos sensiblement comparables aux miennes ici.

12 mars 2008

Elio, en direct des négociations




Cela fait quelques jours que cela dure. Le mouvement réformateur a visiblement décidé de se démarquer de ses futurs partenaires (le mot n'est pas le plus approprié) de la probable majorité. Devant les caméras et les micros Didier Reynders ne rate pas une occasion de souligner sa différence et d'éreinter ses petits camarades de négociation francophones. "C'était plus facile sans les socialistes" lançait ainsi le président des réformateurs il y a quelques jours avant de préciser que si les rouges étaient de retour c'était, selon lui, à cause/grâce (biffer la mention de votre choix) de/à Joëlle Milquet. Ce mercredi les libéraux du nord et du sud estimaient que la négociation en cours courrait les mêmes risques que celles de l'orange bleue et imputait implicitement la responsabilité des blocages au CDH. Elio Di Rupo n'a, dans un premier temps, réagit que mollement face aux caméras des confrères stationnés au 180 rue royale, batiment qui abrite le cabinet Leterme. Mais il a mis ce soir en ligne un billet très interessant sur son blog.


Cela commence par un constat qui pourrait facilement être pris comme une menace "Je pourrai profiter de ce blog pour donner des indices de ce qui se fait en coulisse, distiller quelques petites anecdotes, évoquer les manies des uns et des autres. Je ne le ferai pas. En tout cas pas maintenant. " Cela se poursuit par une critique des propositions de Didier Reynders pour une nouvelle réforme fiscale chiffrée à plus de 3 milliards : "ce n’est selon moi pas acceptable de privilégier ouvertement les gens qui gagnent vraiment beaucoup par des mesures fiscalement très coûteuses". Le tout accompagné d'un appel " il revient à chacun de montrer sa bonne volonté" ou encore " que chacun accepte qu’en négociation, on ne peut pas obtenir chacun 100 % de nos exigences. C’est la règle dans les coalitions. Ca l’est d’autant plus quand la situation budgétaire est mauvaise". Conclusion du président du PS : il faut un véritable accord détaillé et pas une vague feuille de route comme le suggère désormais MR et VLD.
Si j'en crois mon agrégateur de flux rss ce message a été mis en ligne aux alentours de 18 heures. Elio di Rupo devait à ce moment là se trouver au cabinet Leterme. Il avait sans doute connaissance des dernières déclarations à l'entrée du président MR et a peut être profité d'une suspension de séance (nombreuses dans ce genre de circonstances, soit pour attendre l'avis d'experts, soit pour permettre un tête à tête entre le président de séance et un négociateur) pour taquiner son blackberry . Difficile en tout cas de ne pas y voir une réplique en temps réel aux soubresauts qui pouvaient secouer l'intérieur du batiment.

07 mars 2008

Négocier pour 3, 15 ou 37 mois ?

Les présidents de parti se retrouvent ce lundi après midi auprès d’Yves Leterme pour négocier un programme de gouvernement. Le document, dont la partie socio-économique a été rédigée par Didier Reynders pèse actuellement 22 pages mais devrait être encore largement amendé et complété. Le président du MR indiquait clairement ce matin sur Bel RTL qu’il entendait faire passer dans cette négociation l’essentiel des accords de l’orange bleue ainsi que quelques touches typiquement libérales (l’emploi du terme « réforme fiscale » dans une négociation gouvernementale équivaut à souligner au marqueur bleue les mesures dont le MR revendique la paternité). Bien entendu le PS va s’employer dans les prochains jours à faire la démonstration symétrique, en soulignant de rouge les plans cancer, fonds mazout et autres mesures « sociales ». C’est la logique de l’exercice. Contrairement aux apparences il n’y a rien de contradictoire à combiner des touches bleues et rouges dans un tableau gouvernemental : Guy Verhofstadt fait cela depuis 1999.

La véritable question réside plus dans la capacité de la famille sociale-chrétienne à apporter des nuances oranges clairement identifiables et à faire apparaitre le coup de pinceau d’Yves Leterme. Après tout c’est bien au futur premier ministre qu’il revient d’équilibrer la toile pour pouvoir y apposer sa signature. On mesure là toute la difficulté du défi que se lance le futur premier ministre : ne pas renoncer aux pigments de la NVA, intégrer Joëlle Milquet dans une dynamique de compromis, permettre au PS d’exister sans se mettre à dos les libéraux du nord et du sud.

Ce matin, dans ses déclarations, le président du MR continue de souffler le chaud et le froid. En ironisant sur la perspective de voir Yves Leterme s’installer au département des finances, ou en faisant référence à Guy Verhofstadt le président du MR rappelle sans cesse que l’installation d’Yves Leterme au 16 ne va pas forcément de soi (et donc que cela a un prix). La publication de pleines pages de publicité du MR dans certains journaux samedi fait partie de cette stratégie de pression. Le MR fait ainsi savoir à ses partenaires qu’il est prêt à des élections anticipées, au cas où… Et suggère donc à ses partenaires-adversaires de faire des concessions s’ils veulent éviter le retour aux urnes. A ce stade pourtant, personne ne prévoit que la négociation gouvernementale puisse échouer. Il y aura donc en fin de semaine ou en début de semaine prochaine un accord. Avec le risque que certains paragraphes restent un peu flous. Car la situation politique du moment a ceci de particulier qu’elle nous fourni un gouvernement avant d’en connaître le programme. Même si on ignore si ce gouvernement tiendra jusqu’à l’ultimatum posé par les durs du CD&V (c’est pour juillet, donc dans 3 mois), jusq’aux élections régionales de 2009 (dans 15 mois, hypothèse la plus probable) ou jusqu’au terme de la législature (juin 2011), dans 37 mois

05 mars 2008

Un peu d'énervement, beaucoup de postionnement


Les présidents de parti se retrouvent ce mercredi midi autour d’Yves Leterme pour discuter de la suite des évènements. Contrairement aux apparences la discussion ne devraient pas être si tendue qu’on veut bien le laisser penser.


Tous les partenaires autour de la table souhaitent rester dans l’attelage gouvernemental : ce souhait est un ciment dont Yves Leterme pourrait tirer parti. Leterme, Verhofstadt et Reynders se sont d’ailleurs vu lundi midi et personne n’a claqué la porte. Sur Bel RTL Jean-Michel Javaux, hier mardi, restait plus que prudent sur une éventuelle participation d’Ecolo. Si Olivier Maingain lors de l'interview sur la même radio ce matin continuait d’ouvrir la porte aux verts il démentait clairement toute velléité de Didier Reynders de débarquer Yves Leterme pour raison de santé ou autre. En revanche le président du FDF n’a pas caché qu’il souhaitait que le CD&V se contente de 3 ministres. Toute l’agitation de ces dernières semaines peut en fait s’expliquer par un double phénomène : un enchainement de déclarations et une guerre d’influence.


L’enchaînement part du retrait de la NVA. Difficile à accepter pour les plus durs du CD&V cela pose un défi électoral au parti d’Yves Leterme. Si le cartel se disloque la place de formation flamande numéro 1 est de nouveau en jeu et Jean Marie Dedecker est assuré de faire une belle progression. Le CD&V, sur un plan électora,l se devait donc de réagir, en soulignant par exemple que le retrait de la NVA n’était pas définitif et aussi en assurant ses électeurs que le programme communautaire n’était pas passé aux oubliettes. C’était logique jusqu’à un certain point, mais laisser dire au chef de groupe du parlement flamand que son parti, sans réforme de l’état conforme à ses désirs, quittait la majorité au fédéral relève de la confusion des genres. Entend-on côté francophone Serge Kubla et Maurice Bayenet dicter leur conduite à Didier Reynders et Elio Di Rupo ?


Le deuxième dérapage CD&V vient de Kris Peeters qui indiquait que faute d’accord il reprenait sa participation budgétaire. A Kris Peeters comme aux autres : un accord est un accord, et la participation budgétaire en question consiste seulement en un gel de montants transférés du fédéral aux régions. Remettre en question ce que l’on vient de signer la veille n’est pas une preuve d’un grand sens de l’Etat.


Troisième temps de la crispation : Didier Reynders accorde vendredi une interview dont il a le secret à La Libre Belgique où il remet la position d’Yves Leterme en cause. Sans doute le président du MR a-t-il été ulcéré par les menaces de Kris Peeters, mais on lui fera la même remarque : un accord est un accord, et ajouter une crispation à une autre ne semble, pour le citoyen lambda, pas franchement nécessaire.


Cette série de déclarations cache un vrai bras de fer sur l’équilibrage interne du futur gouvernement. Logiquement le CD&v est en position de réclamer un ministre supplémentaire (il se dit que cela aurait même été convenu lors des négociations bouclées par Guy Verhofstadt lors de la mise ne place du gouvernement intérimaire, mais je ne peux vérifier ce point avec certitude). Côté libéral on estime que le retrait de la NVA ne justifie plus ce 4ième maroquin.
Didier Reynders qui souligne que sa formation pèse à peu près la même chose que le CD&V réclame donc une compensation. C’est purement logique et arithmétiquement défendable.


Avec une limite : le MR ne pèse pas beaucoup plus que le PS, et bénéficie déjà de la présidence du sénat. Il faut donc arbitrer deux équilibrages : l’un entre francophones et flamands, l’autre entre partis francophones. Question subsidiaire : faut-il ajouter au calcul le poste de commissaire européen de Louis Michel qui court jusqu’en 2009 ? Si oui, le MR est alors déjà bien servi et ne pourrait plus espérer qu’un éventuel secrétariat d’état. Il n’est pas inutile de rappeler ces clefs de lecture pour comprendre ce qui se dira ce mercredi midi.

27 février 2008

Leterme I, sans SPA ni ecolo


Yves Leterme devrait sortir ce jeudi de l’hôpital et reprendre une vie politiquement active dès la semaine prochaine. Son parti n’a pas attendu pour remettre un peu de pression : pas de gouvernement si le CD&V n’obtient pas de réforme de l’état conséquente. Ces propos, tenus au parlement flamand, ressemble avant tout à une diversion au lendemain du lâchage de la NVA. Les francophones feraient bien malgré tout de ne pas sous-estimer l’avertissement. Pas parce que l’on pense sérieusement à retourner aux urnes, argument qui en l’état actuel relève de la menace gratuite (aucun parti n’y a vraiment intérêt, ce n’est pas moins vrai pour le CD&V que pour les autres, et les finances de la plupart des formations politiques ne permettent pas de payer deux campagnes électorales à quelques mois d’intervalles) mais parce qu’un échec des négociations communautaires exacerbera les passions et nous précipiterait dans une aventure incontrôlable après 2009.

Ces jours-ci les commentateurs s’interrogent aussi sur la forme que prendra le gouvernement Leterme I. Ce mardi, invitée sur Bel RTL, Joëlle Milquet suggérait d’approcher le SPA. D’autres évoquent l’appoint d’Ecolo et de Groen. Des contacts que je peux avoir avec les uns et les autres je retire le sentiment qu’aucune de ces pistes n’est sérieusement envisageable. Une négociation avec le SPA se heurterait au refus du VLD (les libéraux du nord et du sud ont suffisamment dit leur refus d’un tripartite classique pour ne pas avaler sans douleur cette couleuvre). Ecolo ne peut pas envisager de monter dans un gouvernement qui laisse planer le doute sur un prolongement des centrales nucléaires (pour écrire vrai le doute n’est même plus permis, puisqu’il s’agit de monnayer auprès d’Electrabel cette prolongation).

La pentapartite actuelle se maintiendra donc probablement, même si elle est un peu juste coté flamand (42 députés, il en faut 45 pour décrocher la majorité dans le groupe linguistique flamand). Guy Verhofstadt lors du journal de RTL TVI a clairement indiqué qu’il ne voyait pas où était le problème « nous avons une majorité » a indiqué le premier en précisant que le groupe octopus allait au delà des deux tiers nécessaire pour le vote d’une réforme de l’état. En clair SPA et Ecolo apporteront leur soutien au cas par cas pour les questions institutionnelles quand c’est nécessaire, et c’est suffisant. Au passage notez que le premier a bien confirmé qu’avec ou sans la N-VA il céderait son fauteuil à Yves Leterme. La question de soutenir ou non Didier Reynders ne se pose donc pas. Sans le soutien du PS et du CDH, et avec une indifférence polie du coté du VLD le ministre des finances sait qu’une candidature au poste de premier ressemblerait à un suicide politique.

14 janvier 2008

Le grand saut


Alors que le groupe de travail sur les réformes institutionnelles doit se réunir dans quelques heures (ce sera ce mardi en fin de matinée), certains protagonistes devraient ce lundi soir ressentir quelque chose qui ressemble à du vertige. L’enjeu est important : réussir à réformer l’Etat c’est non seulement sortir de la crise qui nous occupe depuis six mois, mais aussi jeter les bases de la Belgique de demain. Plusieurs négociateurs flamands l’ont déjà laisser entendre : en cas de succès ils pourraient accepter une « clause » qui verrouillerait l’architecture étatique pour une décennie au moins. Raison de plus pour ne pas se rater.


L ‘issue est incertaine. Les positions défendues au nord et au sud ne sont en apparence toujours pas conciliables et les 6 mois passés font douter de la pérennité de ce génie belge qui consistait à trouver des dynamiques acceptables par les deux communautés à force de patience et d’imagination.


Ce mardi ils devraient être 18, peut être 20 autour de la table : Yves Leterme, Hermann Van Rompuy, Etienne Schouppe, Bart de Wever, Bart Sommers, Patrick Vankrukelsven, Caroline Gennez, Geert Lambert et Magda Alvoet pour les néerlandophones. Didier Reynders, Armand De Decker, Olivier Maingain, Philippe Moureaux, Jean-Claude Marcourt, Joëlle Milquet, André Antoine et Marcel Cheron côté francophone. Guy Verhofstadt et Jean-Luc Dehaene seront invités permanents.


La première réunion débutera par une allocution d’Yves Leterme (les caméras pourront rester pendant qu’il la prononce, la suite des travaux se fera à huis clos). L’essentiel de cette première séance sera consacrée à la méthode de travail.
Ainsi il sera proposé aux 18+2 de commencer par entendre les représentants des communautés et régions (un lot de consolation pour les germanophones dont aucun élu n’est invité dans le groupe des 18), avant d’organiser trois tables rondes successives sur
- la répartition des compétences et leur financement (ce qui relève du fédéral, ce qui relève des régions et comment ces politiques sont financées)
- l’avenir de la région bruxelloise
- le système électoral (faut il un sénat paritaire, une circonscription électorale, une date commune pour les élections régionales et législatives)
Les deux co-présidents pourraient également suggérer d’auditionner des « experts » constitutionnalistes, politologues et économistes pour éclairer les débats.


Voilà pour le premier round. Cela devrait être suffisant pour « sentir » si la mayonnaise communautaire a une chance de prendre ou pas. L’ambiance qui émanera de cette première matinée sera ainsi déterminante. Lors de la dernière tentative du même genre, un « forum » lancé par la violette, la première séance, présidée par Didier Reynders (si mes souvenirs sont corrects Johan Vande Lanotte avait trouvé une excuse pour ne pas venir) avait aussi été la dernière car on n’ avait pas pu se mettre d’accord sur un ordre du jour. Ici Leterme et Reynders font tout pour éviter le piège : pas de note, pas de menu, pas d’agenda. Tout au plus devine-t-on que le succès consisterait à concevoir ces éléments pour le 23 mars. On se doute également que le groupe des 20 n’ira pas très loin. Il devrait laisser rapidement la place à un groupe restreint (5, 7 ou 8 participants, la formule ne semble pas encore clairement arrêtée) au sein duquel les vraies négociations se dérouleront (au passage : ceux qui s’inquiètent de la présence de 4 anciens de la Volksunie dans le groupe de travail seront rassurés en constatant que ces anciens nationalistes ne sont pas invités dans le groupe restreint).


Ce soir les protagonistes s’apprêtent donc à sauter dans le vide. Il est rare qu’un dirigeant politique de grande envergure se lance dans une entreprise sans savoir où celle-ci va l’emmener. C’est le cas cette fois-ci. Et personne ne peut exclure l’échec, au contraire. On pourrait même se risquer à écrire que cet échec est probable, si l’on ne savait qu’en matière communautaire le prévisible se vérifie rarement. Prévenons quand même les lecteurs de ce blog : une nouvelle escalade ne serait pas sans vertus, contraindre les uns et les autres à plus de concessions passera probablement par une nouvelle période de crise.

08 janvier 2008

Faux cartel et véritables convergences

L’expression a donc été lancée par le président du MR fin décembre et est désormais reprise systématiquement par toutes les éminences libérales et leurs supporters : PS et CDH formeraient désormais un « cartel électoral ». En utilisant ces mots Didier Reynders veut dénoncer l’apparente alliance entre Elio Di Rupo et Joëlle Milquet lorsqu’il fut question de trouver une alternance à l’orange bleue (cette fameuse semaine ou le président du PS fit savoir qu’il ne remplacerait pas au pied levée les humanistes pour dépanner les réformateurs). Accessoirement il établit un parallèle avec le cartel CD&V-NVA, ramenant le CDH au rang d’une petite formation nationaliste. Didier Reynders possède un talent incontestable pour trouver ces bons mots, cinglants et ironiques, qui constituent d’excellents missiles de campagne électorale.

Tant Joëlle Milquet qu’Elio Di Rupo démentent bien sûr tout accusation de cartel. Elio Di Rupo indiquait ce lundi en conférence de presse que, s’il n’entendait pas s’abaisser au jeu des petites phrases, il trouvait celle-ci particulièrement « désobligeante ». « Nous, nous ne parlons pas de cartel quand nous évoquons les relations entre le MR et Ecolo ajoutait-il avant de glisser : c’est curieux cette façon de faire porter la responsabilité de son échec sur autrui ».
Le bon mot a ses limites. Les remous provoqués par l’interview de Philippe Moureaux, et la réaction indignée du CDH suffisent à eux seuls à démentir l’idée d’un cartel. Si celui ci existait réellement, Didier Reynders en serait d’ailleurs la première victime. Avec 30 sièges de députés un cartel PS-CDH serait en position de revendiquer le leadership francophone.

A la lumière des dernières déclarations, il existe même, me semble-t-il, plus de proximité entre PS et MR qu’entre PS et CDH. Les deux plus grands partis francophones ont désormais clairement fait savoir qu’ils étaient disponibles pour une discussion « sans tabous » sur les questions institutionnelles, des messages clairement destinés à leurs partenaires flamands. Quand Philippe Moureaux indique qu’il vaut mieux accepter une grande réforme de l’état il est en réalité très proche des formules utilisées par Didier Reynders il y a quelques mois.

12 décembre 2007

Le MR peut-il se risquer à l'opposition ?


Le travail de Guy Verhofstadt n'est pas simple. Pour sortir de la crise le premier doit donc commencer par informer le souverain "sur la mise sur pied rapide d’un gouvernement intérimaire, chargé des affaires urgentes" ( attention c'est bien "informer" et pas "former" qui est le verbe utilisé par le palais). Depuis lundi la coalition la plus citée est une formule "2+4" : CD&V/NVA-VLD coté flamand, et MR-PS-CDH-Ecolo côté francophone.

Problème depuis lundi le MR fait savoir urbi et orbi son peu d'enthousiasme pour la formule, surtout pour sa large composante francophone. Pour l'instant les libéraux s'en tiennent à un laconique " discutons du programme d'abord" mais on sent bien que le coeur n'y est pas.


Ce week end les réformateurs ont été tentés d'échanger leur soutien à la formule contre une entrée dans les gouvernements régionaux (l'information m'est confirmée à plusieurs sources dont certaines sont libérales, mais personne n'accepte de l'évoquer face caméra). Un "donnant-donnant" dont le PS et le CDh ricanent encore : l'hypothèse a fait long feu.


Pour le MR la situation est donc délicate : le pari de l' "orange bleue" a échoué, le poste de premier ministre semble acquis, pour l'instant, à un candidat flamand, et ses principaux concurrents électoraux (PS et CDH) ne sont pas écartés du pouvoir. Pire : il faut imaginer ce que donne la configuration "union nationale" en terme de mandats : le MR risque de n'avoir que 2 postes ministériels (en plus de la présidence du sénat)... soit autant que le PS (moins même si l'on doit prendre en compte le siège de commissaire européen). Ajoutez l'obligation de soutenir une réforme de l'Etat, et un programme socio-économique que les socialistes voudront "gauchiser" et les verts "ecologiser" (excusez ces néologismes). Bref, pas la formule gagnante.



Depuis 2 jours l'état major des bleus francophones menacent donc de réfléchir à l'opposition. C'est un peu "retenez moi ou je fais un malheur". Didier Reynders semble donc en difficulté : renoncer au gouvernement fédéral c'est prendre le risque de bloquer toute solution et de passer pour un "facteur de crise". Y entrer c'est se contenter d'un rôle mineur et reconnaître l'échec de la stratégie menée pendant plusieurs mois. A trop vouloir isoler et affaiblir le CDH au lieu d'en faire un partenaire, Didier Reynders a contribuer au renversement de situation que l'on connaît aujourd'hui.


Pour l'instant le vice-premier ministre tente de gagner du temps : parlons d'abord programme assure-t-il. Mais il faut le souligner : exiger maintenant une discussion approfondie sur le programme entre en contradiction avec l'exigence royale d'une mise sur pied rapide d'un gouvernement intérimaire. Il ne saurait être question de repartir de zéro et Didier Reynders le sait bien. Comme ses adversaires doivent aussi savoir que laisser le MR seul dans l'opposition est contraire au signal de l'électeur et à double tranchant pour les régionales de 2009.



20 novembre 2007

De l'ouverture à l'essai


S’agit-il vraiment d’une ouverture réelle, ou bien simplement du 23ième rebondissement d’une négociation mal partie qui s’éternise ? A ce stade le doute est encore permis. Le mouvement réformateur a donc lancé au cours du weekend un message « d’ouverture ». A dire vrai le signal a même été émis dès vendredi matin par Didier Reynders. Au cours d’un point presse le président du MR lançait même « la Belgique de papa a vécue ». Histoire d’être sûr que le message serait bien reçu 5 sur 5 Charles Michel a fait le déplacement jusqu’aux plateaux de télévision flamands pour préciser le message : le MR est OK pour une régionalisation partielle de l’impôt et de la politique de l’emploi. L’honnêteté impose de dire que la position du MR n’est pas une nouveauté : Didier Reynders a toujours dit qu’il était ouvert à une réforme de l’état pour autant que celle-ci soit négociée. La nouveauté réside dans la tonalité employée (plus franche et clairement audible) et dans le moment choisi (un arrêt des négociations pour cause de crise confiance) que dans l’originalité de la position. L’art politique se confond parfois avec la communication : parler juste et au bon moment est parfois vital.

L’honnêteté impose également de dire que la position du président du MR, plutôt bien accueillie par le CD&V et le VLD n’est pas encore synonyme d’une sortie de crise. Car la NVA, le FDF et le CDH ont tenu à prendre leurs distances (ce qui n’est pas rien). Il n’est pas exclu que ces formations s’engouffrent malgré tout à terme dans la brèche ouverte. Prendre le risque de refuser l’ouverture c’est, alors que le ras le bol semble gagner du terrain dans l’opinion publique, prendre le risque de passer pour un facteur de crise. Le CDH n’y pas forcément intérêt (c’est plus discutable pour le FDF et surtout pour la NVA).
L’honnêteté impose enfin de rappeler qu’une ouverture n’est en rien une conclusion. A ce stade aucun acteur ne semble faire évoluer fondamentalement ses positions de fond : le CDH n’acceptera pas une réforme de l’Etat qui impliquerait une concurrence entre les régions, le MR s’oppose à une scission de BHV sans compensation, le CD&V exige des garanties sur la réforme de l’état, etc… L’ouverture seule n’est pas synonyme de déblocage, même si un nouveau climat s’installe.

Permettez-moi cette métaphore empruntée au ballon ovale. Au rugby le demi d’ouverture (ici Didier Reynders) a pour mission d’extraire le ballon de la mêlée. C’est un rôle crucial. Un bon demi d’ouverture se doit ensuite de faire « vivre son ballon », et a la redoutable tâche d’orienter le jeu. Si le demi d’ouverture est bien inspiré et si le « collectif fonctionne » (le rugby comme une formation de gouvernement est un jeu subtil où les qualités individuelles doivent s’inscrire dans un effort collectif) le ballon est alors transmis au ¾ qui lancent un ailier qui file, si tout va bien, jusqu’à l’essai. Si cela ne marche pas il y a de fortes chances que l’un des membres se retrouve plaqué au sol, que le ballon ne « vive plus », et que le jeu étant à nouveau bloqué l’arbitre ne siffle une nouvelle melée.

22 octobre 2007

Le patron

Didier Reynders peut avoir le sourire. Ce lundi le baromètre RTL-La libre confirme le leadership du MR tant à Bruxelles qu' en Wallonie. Mieux encore pour le président des réformateurs : il est désormais l'homme politique le plus populaire au sud du pays, devant Elio Di Rupo, ce que peu d'observateurs auraient parié il y a encore 6 mois.

Cette nouvelle stature donne à Reynders le droit de se poser en "premier francophone", et le pouvoir de négocier d'homme à homme avec Yves Leterme. C'est d'ailleurs bien ce qui est en train de se passer. Sur les dossiers communautaires le MR a préféré ne pas négocier aux cotés du CDH. Les entretiens ont lieu en délégations séparées : c'est chacun pour soi.

Au poker communautaire le patron du MR a en outre une carte cachée dans la manche. Il peut à tout moment faire tonner les canons du FDF. Ce qui se passe ce lundi soir dans la périphérie peut ainsi lui être utile dans une semaine où le formateur semble rediscuter de BHV. Reynders prend d'ailleurs bien soin d'accompagner son soutien aux bourgmestres d'un discours d'ouverture : agitation francophone et propositions d'apaisement sont les deux facettes de la négociation. Il est donc sain, contrairement à ce qu'avancent ses adversaires, que le premier des francophones ose publiquement s'avancer sur le terrain des compromis. C'est effectivement de sa responsabilité : reconnaître qu'il faut des concessions permet d'avancer. Ceux qui prétendent le contraire sont en campagne électorale.

"Le patron" comme l'appelle certains barons MR a sur ses épaules l'obligation de réussir. Et en avançant la fin novembre comme date d'un prochain gouvernement, il confirme un optimisme qui lui fait rarement défaut.