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24 mars 2014

Le papillon se radicalise

Le passage de la chrysalide au papillon n'aura pas pris beaucoup de temps. Ce lundi matin sur Bel RTL Elio Di Rupo a encore franchi un pas dans sa démarche de mutation qui le fait passer de chef de gouvernement à chef de campagne. Certes le premier ministre continue d'incarner l'image d'un homme sérieux et responsable, imprégné de sa charge, conscient des difficultés du pays (termes qui reviennent souvent dans sa bouche) et comptable de l'image qu'il donne à l'étranger (il représente aujourd'hui la Belgique lors d'une réunion internationale à la Haye avant d'avoir un court entretien avec Barack Obama demain). Un petit pins aux couleurs du drapeau belge au revers du costume nous le rappelle aimablement.
Mais le candidat s'impose en parallèle du premier ministre. Ce matin Elio Di Rupo a ainsi utilisé le terme de "bain de sang social", indiquant par là que les mesures proposés par les autres formations politiques pour faire baisser les impôts risquaient de se traduire par des suppressions de postes dans la fonction publique fédérale.
"On ne peut pas dire qu'on va récupérer 10 à 15 milliards sur l'Etat fédéral. L'Etat fédéral, c'est d'abord la sécurité sociale, ce sont des policiers, des membres de la Justice, des gens qui 
travaillent au ministère des Finances, des gardiens de prison. Que va-t-on faire ? Les supprimer ?"
s'indigne le candidat-premier. "On sent qu'il y a une volonté de la droite de former un gouvernement des droites" assène-t-il également, renvoyant à une hypothèse de coalition qui verraient MR et NVA cohabiter, thème déjà  employé  lors du meeting du PS de ce dimanche par Laurette Onkelinx.
 Le premier est en campagne, on le savait depuis hier. Il n'hésite  désormais pas à employer un discours radical, prenant ainsi le leadership sur ses propres troupes et imposant un clivage fort dans l'opinion, c'est sans doute plus surprenant.

22 mars 2014

C'est le printemps, changez de costume

C'est le printemps. Cette année le printemps météorologique avait même un peu d'avance sur la date officielle du calendrier (il fait même un peu frisquet ce samedi matin, comme si le climat, se rendant compte qu'il était un peu en avance, avait fait un pas en arrière). Le printemps politique est pile à l'heure. La campagne c'est maintenant. L'avenement du printemps sonne le retour des congrès (une flopée ce week-end dont le PS place Flagey et le MR à Charleroi) et la mobilisation des militants.

 C'est le printemps, et comme à chaque saison correspond une garde-robe, c'est le moment de jeter un œil sur les artifices vestimentaires de nos candidats. Ce vendredi soir Elio Di Rupo avait ressorti un nœud-papillon rouge. Fini le subtil bordeaux ou les noeud-pap gris pour ne froisser personne. Pour la première fois depuis longtemps le premier ministre prenait la parole dans un meeting à Ostende. Double symbole : le retour du rouge indique que le premier entre en campagne, et il le fait en terre flamande pour réaffirmer son soutien au SPA et confirmer ainsi que c'est d'abord en Flandre que se joue l'avenir du pays. Sur le fond le discours du premier/candidat s'arcboute sur la défense de la sécurité sociale :" voulons-nous une société avec une sécurité sociale forte ou une société où le droit du plus fort primera ? "

Dimanche le premier ministre prendra aussi la parole au congrès du PS francophone et enchaînera avec quelques prestations médias. Noeud-papillon rouge ou chemise ouverte pour faire plus jeune, c'est en réalité le costume de candidat qu'enfile Elio Di Rupo, contraint de laisser la veste de premier ministre au vestiaire pendant la dernière ligne droite. Même si, on s'en doute, l'homme et ses conseillers essaieront de faire coexister les deux gardes robes et que ce sera un angle d'attaque pour l'opposition : choisissez votre costume ou laissez la campagne à Paul Magnette. 

On est là dans un figure classique de notre système politique, et Elio Di Rupo suit en cela les traces de Guy Verhofstadt : refuser les débats sous prétexte qu'on est au dessus de la mêlée en tant que premier ministre, éviter au plus possible les interviews politiques mais apparaître, apparaître, apparaître. On notera que la stratégie de Bart De Wever n'est pas si éloignée. Il serait pourtant sain, puisqu'ils sont candidats, que les deux hommes acceptent la confrontation avec leurs opposants. 

Si Elio ressort ses vieux nœud-pap on oubliera pas de jeter un œil aux autres congrès ce week-end. Si le rouge est vif, le bleu devrait être profond et soutenu, le vert sera brillant, et l'orange (avec une semaine de décalage car le printemps arrive plus tard à Bastogne) sera joyeux. C'est le printemps et carnaval est derriere nous : prions que les deguisements de panda ne sortent plus. Ces dernieres semaines la campagne ressemblait en effet à un champ de bataille désordonné. La violence des attaques s'accompagnait de tenues de combat plus ou moins bien camouflées. L'entrée officielle des troupes en campagne ( on attend encore quelques clarifications de listes, notamment coté MR bruxellois , pour que tout le monde soit en ordre de bataille) va permettre, on l'espère de comparer les idées. Les numéros de listes sont connus. Triez vos garde-robes. Nous votons dans 2 mois, c'est le printemps, la politique reprend des couleurs. 


NB : photo d'illustration trouvée  sur le site www.premier.be 

17 mars 2014

Un tour pendable

Un tour pendable. Depuis quelques jours l'expression (en français châtié une mauvaise farce) me trotte dans la tête. Oui cette histoire de Pandas ressemble à une mauvaise blague. Et un cran a encore été franchi avec la désormais très commentée prestation de Bart De Wever lors de la cérémonie des étoiles de la télévision flamande. Qu'un producteur d'une soirée télévisée  offre une telle tribune à un homme politique en pleine campagne électorale laisse songeur. Qu'un président de parti qui entend jouer un rôle historique en guidant la Flandre vers l'état de Nation puisse endosser le déguisement d'un panda achève de nous assommer.
Nous étions déjà restés interdits face à la frénésie politique et médiatique qui s'était installée autour de ce dossier. Fallait-il vraiment en faire des tonnes, diplomatie oblige ? Le premier ministre était-il obligé, sérieux comme un pape, de se cramponner à ce ridicule panda en peluche, histoire que son image personnelle soit bien associé à l'arrivée des animaux sur le tarmac de l'aéroport  ?
Oui Elio Di Rupo et Bart De Wever, l'un dans le style de l'overdose de communication, l'autre dans le registre de l'humour  plus lourd que gratuit (avec en prime quelques belles contre-vérités), nous jouent un tour pendable.
Hao Hao et Xing Hui semblent la métaphore d'un débat politique qui a choisi de se donner en spectacle plutôt qu'en échange d'arguments. Un spectacle où deux animaux patauds tentent d'attirer notre attention et nous hypnotisent. Un affrontement en noir et blanc, pour essayer de faire oublier la palette de couleurs d'autres espèces qui voudraient distraire nos regards.
Hao Hao, Xing Hui et leurs cousins Bart et Elio cabotinent. Nous serions bien inspirés de nous rappeler que le panda, bien que se nourrissant principalement de pousses de bambou est un animal potentiellement carnivore et que son apparence bonhomme cache de redoutables coups de griffe.

01 septembre 2013

Les stratégies de rentrée


Nous y sommes. Demain, ou les jours suivants, les écoliers reporteront le cartable. Les politiques eux sont déjà de retour sur les plateaux TV et dans les pages "interviews" des quotidiens. Cela mérite qu'on s'y arrête. Le contenu de ces déclarations le moment ou elles prononcées, et même le média choisi, cela nous dit beaucoup sur les objectifs de communication que s'assigne chaque formation politique. Derrière ces communications on devine un peu de l'image que se font les partis des rapports de force, des attentes du public, de leur propre position sur l'échiquier et donc un peu des stratégies de campagne à venir. Distinguons 4 grandes tendances :


 1)Les offensifs 
Ce sont ceux qui sont les premiers à prendre la parole. Faire votre rentrée avant les autres, cela permet d'essayer de donner le "la" et d'obliger les autres à se positionner autour de vos propositions. C'est la stratégie suivie par le Mouvement Réformateur où Charles Michel puis Didier Reynders ont accordé leur interview de rentrée dès la semaine dernière. Les mauvaises langues glisseront que le MR pouvait ainsi mettre un terme aux polémiques du mois d'août (Gaëlle Smet, Jacqueline Galant) pour réorienter le débat. Cela indique une volonté de corriger son image, de se repositionner, ou tout simplement de commencer à peser sur la campagne. Limite de la formule : sortir le premier c'est parfois sortir trop tôt, quand tous les électeurs ne sont pas rentrés.

 2) Les Sphinx 
Ce sont ceux qui décident d'en dire le moins possible. Quand les choses marchent, que vous êtes persuadé que votre image est bonne, il faut surtout ne pas vous abîmer dans des déclarations qui constituent toujours une prise de risque. Le sphinx ne fait pas d'interview de rentrée. Au pire il le fait en dernier, après tout le monde, histoire de marquer son autorité. Cette technique est depuis longtemps celle d'Elio Di Rupo : pour la rentrée de septembre, comme pour les voeux de janvier, l'homme au noeud papillon intervenait après tous ses camarades. Cette année, outre le premier ministre, Paul Magnette et Bart De Wever appliquent la communication du sphinx : aucune interview à ce stade. Le patron de la NVA a même indiqué à une consoeur qu'elle ne pouvait pas attendre une interview avant 2014. Limite de la posture : se taire vous donne un caractère hautain, méprisant, et en cas de problèmes vous paraitrez éloigné des difficultés.

 3) Les opposants et leurs cibles
 Il en va des interviews de rentrée comme des autres déclarations : les nuances s'évaporent, les petites phrases perdurent, surtout quand elles ciblent vos adversaires. L'interview sert alors à cliver le débat, à souligner les lignes de fractures. C'est ce à quoi s'emploient Emily Hoyos et Ecolo : se poser fortement en opposition avec le Mouvement Réformateur. Ce n'est pas qu'un différent idéologique. Certes Ecolo et le MR n'ont sans doute pas la même vision économique et budgétaire. Mais en tentant d'isoler le MR (en mettant le financement de l'école au centre de l'attaque) Ecolo renforce l'Olivier... Limite de la tactique : cela ressemble à un sauvetage de dernière minute, et on attend que les autres partis se positionnent. Si Benoit Lutgen a raillé la réforme fiscale Columbo du MR on ne sent pas la même ferveur.

 4) Les francs-tireurs
 Dans tout parti, la communication est un dosage subtil entre les consignes présidentielles et les aspirations personnelles. Les interviews de rentrée c'est aussi l'occasion de jouer une carte personnelle, pour mettre en avant un accent particulier et espérer soigner sa notoriété. Les médias adorent les petites musiques originales, qui passent parfois pour des couacs dans la belle mélodie partisane. Siegfried Bracke vient de nous en livrer un bel exemple en plaidant pour un gouvernement fédéral plus soucieux d'économie que de réformes institutionnelles. Coté francophone Alain Destexhe essaye de jouer une partition ouvertement sécuritaire, flirtant avec des thèmes utilisés par des partis peu démocrates. Avec une différence : la ligne Siegfried a été immédiatement corrigée par Bart De Wever. Alain Destexhe, comme le souligne Marcel Sel, bénéficie du silence de son président.

18 avril 2008

Petit péché d'orgueil, grosses conséquences


Les deux dernières semaines ont donc été dominées par les polémiques autour de Frédéric Laloux, puis par un débat sur l’organisation des institutions francophones. Je ne ferai pas l’injure aux deux ministres présidents de penser que les deux événement sont liés ( et que le second épisode ferait ainsi office de diversion du premier, Rudy Demotte et Charles Picqué sont au dessus de cela) mais je ne peux m’empêcher de penser que l’un et l’autre doivent être lus au travers d’un même prisme : celui d’un affaiblissement relatif et progressif d’ ElioDi Rupo.


Ces dernières années le président du PS a régné en maître sur la politique francophone. Son goût pour la communication, le changement de style qu’il a imposé à son parti, sa maîtrise de l’agenda et sa stratégie en faisait l’incontournable numéro 1 au sud. Longtemps le patron du boulevard fût incontesté au sein de son parti et jalousé en dehors. Cette époque a pris fin lors des élections de 2007 (le MR est désormais premier parti francophone) mais il aura sans doute fallu 9 mois supplémentaires pour qu’on en mesure toutes les conséquences.


En désignant des secrétaires d’état inattendus Elio Di Rupo réitère une politique qui lui a souvent réussi lors de la nomination des exécutifs : créer la surprise, et donc focaliser l’intérêt des médias, propulser de nouveaux visages, et donc renouveler les cadres du parti, réaffirmer son autorité et exposer au grand public les candidats de l’élection suivante dans les arrondissements les plus sensibles. Sans doute le casting est il moins réussi cette fois-ci. Mais il conviendrait sans doute que les analystes et les concurrents politiques conservent un peu de mémoire : on connaît des nomination de secrétaires d’état à la famille (FDF) ou des exécutifs bruxellois (avec des personnalités pour lesquelles Philippe Moureaux, très critique aujourd’hui, était à la manoeuvre hier ) qui ne furent pas beaucoup plus brillantes.


Le péché d’orgueil du président du PS est sans doute d’avoir pensé que ses choix seraient, comme toujours, approuvés par les ténors du PS, au moins sur la place publique. Elio Di Rupo a sous-estimé le malaise qui couve au sein du parti socialiste. Certains parlementaires étaient au bord des larmes paraît-il lorsqu’ils ont appris la composition du nouveau gouvernement. D’autres ne cachaient pas leur colère ou semblaient démobilisés, convaincus que la défaite était désormais inéluctable lors du prochain scrutin. Ce ras-le-bol des « cadres intermédiaires » (ceux qui « rament » pour décrocher leur siège) a été signifié au grand chef lors d’une réunion du groupe parlementaire socialiste. Ce malaise a fini par déborder dans les journaux, radio et télévision. Elio Di Rupo a reçu un message clair de son vice-président bruxellois : il n’est plus seul maître à bord et doit se résoudre à une direction plus collégiale à moins d’être poussé vers la sortie plus tôt que prévu.


Si le débat institutionnel n’a de prime abord rien à voir avec la désignation de Fédéric Laloux, il est difficile, là aussi de ne pas voir un affaiblissement d’Elio Di Rupo. Il y a moins d’un an une telle initiative n’aurait été prise que par le montois lui-même. Qu’elle émane cette fois-ci de Rudy Demotte et Charles Picqué, même si l’on peut imaginer que le président du PS a au moins été averti (ou impliqué) dans la démarche, est donc aussi un signe que les rapports de force évoluent au boulevard de l’empereur. C’est vrai aussi sur le fond : Elio Di Rupo a jadis évoqué une « patrie francophone ». Il était plutôt perçu jusqu’ici perçu comme un « rempart » contre les tentations régionalistes. Mais attention : l’affaiblissement est relatif, et si un débat interne est possible ces jours-ci il deviendra suicidaire dès que les élections approcheront (et cela sera très rapide). Ceux qui contestent Di Rupo aujourd’hui sont condamnés à rentrer dans le rang au nom de l’intérêt du parti et les successeurs potentiels n’ont pas intérêt à provoquer un effondrement général avant 2009. Ce dimanche le président du PS tentera même de reprendre la main sur les plateaux de télévision.

Reste à décoder la fameuse carte blanche du Soir. Celle-ci préconise, ce que je pourrai résumer par un « renforcement du fait régional » et une « confédération bruxelles-wallonie ». Mais Rudy Demotte et Charles Picqué sur les plateaux télévisés jeudi soir insistaient sur leur souhait de conserver la communauté française (les journalistes à les entendre auraient forcé le trait). A vrai dire la carte blanche peut sans doute être lue sous plusieurs angles. Et faire plaisir à un panel très large qui va de Jean Claude Van Cauwenberghe (régionaliste affiché) à des personnalités beaucoup moins en pointe sur ce combat là comme Serge Kubla ou Marcel Cheron.


Je ne peux m'empêcher toutefois de souligner un tournant : les francophones, hier "demandeurs de rien", auront bien besoin de négocier avec la Flandre, surtout s'ils veulent toucher à l'architecture des institutions bruxelloises. Cela change tout. Il suffit de lire le communiqué courroucé du parti de "madame non" pour s'en convaincre.

Regarder l’interview de Jean-Claude Van Cauwenberghe
Regarder l’interview de Charles Michel

19 mars 2008

Les régularisations en échanges des peines incompressibles


Si toute la nuit de lundi à mardi fut nécessaire pour s’en sortir c’est parce que les négociateurs sont passés à deux doigts du gouffre sur le chapitre immigration. Voici résumé en une phrase les dessous de la dernière ligne droite du gouvernement telle que me l’on racontée plusieurs participants (dans mon jargon on écrit « vérifié à plusieurs sources », tout en sachant que les journalistes ne peuvent jamais que reconstruire des parcelles de vérité). Lundi soir peu avant de minuit le groupe de travail immigration, animé par Patrick Dewael (VLD) , Philippe Moureaux (PS) Jo Vandeurzen (CD&V) Charles Michel (MR) et Benoit Dreze (CDH) , trouve un accord. Quelques minutes plus tard le texte est recalé en conférence des présidents. Les libéraux, et notamment Didier Reynders le trouve déséquilibré. Pour être plus précis : les libéraux demandent que l’on soit aussi détaillé dans le chapitre exécution des peines que dans le chapitre immigration. Philippe Moureaux, qui négocie en continu depuis quelques jours déjà, pique une des colères dont il a le secret. Le socialiste, excédé, veut rompre les négociations. D’après ses proches ce n’était pas du cinéma. On envisage de rouvrir tous les dossiers. Pour faire baisse la tension Yves Leterme suspend les débats et évite soigneusement de convoquer une pleinière. Il rencontre les présidents en petit groupe (libéraux d’un coté, PS- CDH de l’autre, et tête avec Etienne Schouppe pour le CD&v). On commande des pizzas, qui, confidence de négociateurs, mettront un peu de temps à arriver. Le duo Reynders- Di Rupo va se réconcilier sur un troc. Le chapitre immigration est maintenu, mais la formulation sera moins précise, et on reverra, pour l’étoffer, le passage sur les libérations conditionnelles. Dans les cas les plus graves (en coulisse on parle des meurtres accompagnés de viols ou de tortures ou liés à une activité terroriste) le juge pourra accompagner la peine d’une mention qui interdit toute libération avant que les 2 tiers de la sentence ne soient purgés. C’est le principe des vases communicants. Basique, mais efficace.

NB : la Libre Belgique développe des infos sensiblement comparables aux miennes ici.

12 mars 2008

Elio, en direct des négociations




Cela fait quelques jours que cela dure. Le mouvement réformateur a visiblement décidé de se démarquer de ses futurs partenaires (le mot n'est pas le plus approprié) de la probable majorité. Devant les caméras et les micros Didier Reynders ne rate pas une occasion de souligner sa différence et d'éreinter ses petits camarades de négociation francophones. "C'était plus facile sans les socialistes" lançait ainsi le président des réformateurs il y a quelques jours avant de préciser que si les rouges étaient de retour c'était, selon lui, à cause/grâce (biffer la mention de votre choix) de/à Joëlle Milquet. Ce mercredi les libéraux du nord et du sud estimaient que la négociation en cours courrait les mêmes risques que celles de l'orange bleue et imputait implicitement la responsabilité des blocages au CDH. Elio Di Rupo n'a, dans un premier temps, réagit que mollement face aux caméras des confrères stationnés au 180 rue royale, batiment qui abrite le cabinet Leterme. Mais il a mis ce soir en ligne un billet très interessant sur son blog.


Cela commence par un constat qui pourrait facilement être pris comme une menace "Je pourrai profiter de ce blog pour donner des indices de ce qui se fait en coulisse, distiller quelques petites anecdotes, évoquer les manies des uns et des autres. Je ne le ferai pas. En tout cas pas maintenant. " Cela se poursuit par une critique des propositions de Didier Reynders pour une nouvelle réforme fiscale chiffrée à plus de 3 milliards : "ce n’est selon moi pas acceptable de privilégier ouvertement les gens qui gagnent vraiment beaucoup par des mesures fiscalement très coûteuses". Le tout accompagné d'un appel " il revient à chacun de montrer sa bonne volonté" ou encore " que chacun accepte qu’en négociation, on ne peut pas obtenir chacun 100 % de nos exigences. C’est la règle dans les coalitions. Ca l’est d’autant plus quand la situation budgétaire est mauvaise". Conclusion du président du PS : il faut un véritable accord détaillé et pas une vague feuille de route comme le suggère désormais MR et VLD.
Si j'en crois mon agrégateur de flux rss ce message a été mis en ligne aux alentours de 18 heures. Elio di Rupo devait à ce moment là se trouver au cabinet Leterme. Il avait sans doute connaissance des dernières déclarations à l'entrée du président MR et a peut être profité d'une suspension de séance (nombreuses dans ce genre de circonstances, soit pour attendre l'avis d'experts, soit pour permettre un tête à tête entre le président de séance et un négociateur) pour taquiner son blackberry . Difficile en tout cas de ne pas y voir une réplique en temps réel aux soubresauts qui pouvaient secouer l'intérieur du batiment.

08 janvier 2008

Faux cartel et véritables convergences

L’expression a donc été lancée par le président du MR fin décembre et est désormais reprise systématiquement par toutes les éminences libérales et leurs supporters : PS et CDH formeraient désormais un « cartel électoral ». En utilisant ces mots Didier Reynders veut dénoncer l’apparente alliance entre Elio Di Rupo et Joëlle Milquet lorsqu’il fut question de trouver une alternance à l’orange bleue (cette fameuse semaine ou le président du PS fit savoir qu’il ne remplacerait pas au pied levée les humanistes pour dépanner les réformateurs). Accessoirement il établit un parallèle avec le cartel CD&V-NVA, ramenant le CDH au rang d’une petite formation nationaliste. Didier Reynders possède un talent incontestable pour trouver ces bons mots, cinglants et ironiques, qui constituent d’excellents missiles de campagne électorale.

Tant Joëlle Milquet qu’Elio Di Rupo démentent bien sûr tout accusation de cartel. Elio Di Rupo indiquait ce lundi en conférence de presse que, s’il n’entendait pas s’abaisser au jeu des petites phrases, il trouvait celle-ci particulièrement « désobligeante ». « Nous, nous ne parlons pas de cartel quand nous évoquons les relations entre le MR et Ecolo ajoutait-il avant de glisser : c’est curieux cette façon de faire porter la responsabilité de son échec sur autrui ».
Le bon mot a ses limites. Les remous provoqués par l’interview de Philippe Moureaux, et la réaction indignée du CDH suffisent à eux seuls à démentir l’idée d’un cartel. Si celui ci existait réellement, Didier Reynders en serait d’ailleurs la première victime. Avec 30 sièges de députés un cartel PS-CDH serait en position de revendiquer le leadership francophone.

A la lumière des dernières déclarations, il existe même, me semble-t-il, plus de proximité entre PS et MR qu’entre PS et CDH. Les deux plus grands partis francophones ont désormais clairement fait savoir qu’ils étaient disponibles pour une discussion « sans tabous » sur les questions institutionnelles, des messages clairement destinés à leurs partenaires flamands. Quand Philippe Moureaux indique qu’il vaut mieux accepter une grande réforme de l’état il est en réalité très proche des formules utilisées par Didier Reynders il y a quelques mois.

01 octobre 2007

Elio raille l'orange bleue

A plus de 110 jours de l'élection, l'état de grâce de l'orange bleue est passé. Et le PS semble se remettre de sa gueule de bois. Sur son blog, Elio Di Rupo ironise en se demandant si "la Ferme" va succèder au "château" (on notera au passage le goût prononcé du président du PS pour les émissions de téléréalité made in TF1)... et en vient à se demander si les partenaires de l'alliance de centre droit n'auraient pas un agenda caché qui vise à faire traîner les choses jusqu'en 2009...

03 juillet 2007

De Clercq à boulets rouges vifs


Jean Pierre De Clercq, candidat à la présidence du PS était ce matin mon invité sur Bel RTL (l’interview se trouve à la seconde moitié de ce podcast ).


Vous y entendrez une attaque en règle contre Elio Di Rupo qui, selon De Clercq, se sert du PS comme un « marche pied pour ses ambitions ». Très clairement c’est l’homme qui est visé, même si l’ancien député permanent du hainaut affirme aussi incarner une autre ligne : « Nous avons perdu à gauche un pan de nos électeurs naturels par une politique du ‘ratissez large’ »

De Clercq qui se défend d’être soutenu par Van Cau, refuse l’étiquette de parvenu et affirme que son président a divisé les socialistes à Charleroi « il a soufflé sur les braises et n’a pas pris les bonnes décisions ».


« Que la justice fasse des enquêtes, très bien, qu’elle déploie des moyens disproportionnés à Charleroi, c’est excessif » glisse-t-il après avoir évoqué Paul Magnette , « je ne comprends pas comment avec 23 conseillers l’envoyé de Monsieur Di Rupo a pu ne pas obtenir le maïorat pour le parti socialiste. »


Pour l’instant, De Clercq fait cavalier seul : aucun ténor, même de second rang, n’a annoncé son intention de voter pour lui. Les réunions où il s’oppose, fédération après fédération, à Elio Di Rupo étant à huis clos, l’interview de ce matin aura donné une idée des débats internes au PS… et de leur violence.

04 juin 2007

Le sourire et le papillon


Pas beaucoup de temps cette semaine : dernière ligne droite avant dimanche, les préparatifs et le stress de la soirée électorale m'occupent à temps plein. Pour ne pas vous abandonner je vous propose la version écrite du portrait d'Elio Di Rupo écrit ce matin pour Bel RTL. Ces billets sont diffusés vers 07h10.


Pour évoquer Elio Di Rupo c’est très simple. Il faut un sourire et un nœud papillon.
Commençons par le sourire. Je me suis souvent demandé Elio Di Rupo si vous n’aviez caché sous votre tignasse, une sorte de radar qui vous permet dès qu’une caméra s’approche à moins de 10 mètres d’afficher immédiatement un sourire digne d’un représentant d’une grande marque de dentifrice.

Elio Di Rupo sourit donc, c’est vrai en toutes circonstances et surtout face aux difficultés. De ce coté là vous avez été servis. Né à Morlanwelz dans une famille d’immigré wallon. Avant de diriger le parti à la rose, votre enfance ne l’a pas été, rose. Ensuite vous avez croisé la route de quelques adversaires. D’abord au sein de votre parti. Cela commence à Mons avec un bourgmestre qui ne voulait pas vraiment vous laisser la place. Cela se termine quelques kilomètres plus loin à, Charleroi, par ceux que vous appelez les parvenus. Le seul problème avec vos parvenus c’est qu’ils ne sont pas réellement partis.

Vous avez également des adversaires en dehors du parti socialiste. Coté flamand, ou on vous accuse de bloquer la Belgique à vous tout seul. Coté MR aussi ou on n’est pas loin de dire que vous incarneriez le mal wallon.
Ce mouvement réformateur vous l’avez débarqué des majorités régionales en 2004. Avec le sourire bien sûr. 3 ans plus tard les bleus ont une peur bleue que vous leur fassiez le même coup au fédéral. Ce qui nous permet d’avoir un fin de campagne un petit peu épicée.

Coté papillon, vous avez eu une carrière en Zigzag. Député, sénateur, ministre de l’éducation, puis vice premier ministre du gouvernement fédéral. Il faut bien sûr ajouter bourgmestre empêché à Mons. Empêché dans votre cas, on a encore vu hier au doudou que cela ne veut pas dire grand chose.

Pour être complet, ajoutons vos cours de néerlandais. Cela vous a permis d’aller exhiber vôtre sourire sur les chaînes de télévisions flamandes, mais aussi de laisser s’installer l’idée que vous pourriez, si l’occasion s’en présentait, ne pas refuser de devenir premier ministre. En 2003 vous aviez été informateur. En 2007 vous pourriez l’être encore. Et on se demande qui gérera la Wallonie dans ce cas là. C’est un peu çà d’ailleurs le problème des papillons. On ne sait jamais si la fleur qu’ils sont en train de butiner est la dernière, ou si ils en rêvent d’une plus belle.

19 mai 2007

Question de personnes




C’est un élément qui revient régulièrement dans les commentaires des observateurs : les relations personnelles que nouent entre eux les présidents de parti influent-elles sur leur positionnement politique et sur les perspectives d’alliance au lendemain du 10 juin prochain ?

Observons d’abord la qualité de ces relations. Entre Elio Di Rupo et Didier Reynders les contacts sont aujourd’hui peu soutenus. Ils semblent même se tendre depuis le début de la campagne et la nouvelle stratégie du Mouvement Réformateur qui consiste à cibler le PS comme adversaire principal après avoir longtemps réservé ses critiques les plus assassines au CDH ne peut pas arranger les choses. Le président du PS laisse même régulièrement entendre qu’il pourrait en conserver une forme d’amertume. En petit comité Elio Di Rupo n’épargne pas Didier Reynders et se plaint du peu de considération que semble avoir pour lui le brillant ministre des finances. Ainsi le montois regrette-t-il parfois que le liégeois ne l’appelle que très rarement pour discuter de l’une ou l’autre décision à prendre. « Avec Louis Michel les conversations téléphoniques étaient quotidiennes » glisse Elio Di Rupo.

Toujours en petit comité, Didier Reynders hausse les épaules lorsqu’on évoque ce type de considérations. Pour Reynders visiblement les relations humaines ont peu de chose à voir avec la conduite d’une stratégie de parti, et lui préfère se concentrer sur les rapports de force et les positions de fond. La bonne entente entre Di Rupo et Michel ? « cette bonne relation nous a coûté cher en ministres » siffle-t-il (allusion à 2004 quand les réformateurs perdent 7 cabinets d’un coup).

Si Reynders et Di Rupo s’ignorent, le président du MR et sa collègue du CDH se vouent une franche hostilité. Ces deux là ne s’estiment pas et ne se voient guère en dehors des cérémonies officielles. Joëlle Milquet garde même une certaine rancœur de l’opération « pôle des libertés », qui si elle s’était achevée sur le départ de Richard Fournaux (député) et Luc Pâque (sénateur), aurait pu avoir en cas de succès des conséquences plus fâcheuses pour les centristes (d’autres élus, Benoît Cerexhe entre autres, avaient hésité, mettant la survie du CDH dans la balance). Evoquez un rapprochement avec les réformateurs dans les rangs CDH aujourd’hui ? « ils nous ont longtemps snobés, nous avons été ostracisés » glisse-t-on souvent dans les rangs humanistes. Y a t-il une prise de contact récemment ? « C’est trop tard » me répondait encore hier un dirigeant du CDH.

Entre Joëlle et Elio tout baigne en revanche. Les photos en duo donnent en tout cas cette impression et les artisans de la majorité wallonne prennent bien garde de ne pas se critiquer en public, à fortiori quand un journaliste est présent. Visiblement ces deux là on passé un pacte et se font confiance. « Elle est loyale » indique parfois le président du PS. Soulignons tout de suite que la qualité de cette relation ne lie que les principaux intéressés. J’entends souvent des barons socialistes ne pas partager la même estime que leur président pour Joëlle Milquet. Et ils plus nombreux encore à être irrité par l’activisme d’André Antoine à la région wallonne. Au point de suggérer que les choses étaient parfois plus simple sous l’ancienne majorité.

Reste Jean Michel Javaux. Un entente correcte sans plus avec Elio Di Rupo (celui ci ne dédaigne pas afficher un certain mépris avec les écolos, à l’exception de ceux qui se rallient au PS), et à peine meilleure avec Joëlle Milquet. En bon liégeois c’est avec Reynders que Javaux s’entend le mieux (les deux hommes s’estiment et se croisent parfois en dehors des circuits officiels).
Posons maintenant la question cruciale : la qualité des rapports humains a-t-elle un impact sur la conduite d’un parti ? La réponse se doit d’être nuancée. En politique la première logique est arithmétique (quelles sont les coalitions possibles, en fonction du résultat électoral ?). Viennent ensuite des considérations programmatiques (qui me permet d’aller loin dans mon programme ? ) et stratégique (qui ai-je intérêt à renvoyer dans l’opposition ? Ai-je intérêt à entrer dans cette majorité ?). Les questions de personnes, ne viennent qu’après. Un parti peut toujours changé de dirigeant et il est des haines farouches qui peuvent s’effacer devant un intérêt commun soudainement révélé. Et là, c’est l’électeur qui peut demain forcer la main de présidents qui aujourd’hui ne s’entendent pas.

01 mai 2007

1er mai : la fête des chamailleurs



Dis moi qui est ton ennemi préféré je te dirai qui tu es. Ce premier mai est un étrange chassé croisé nous est proposé par les formations politiques. A Jodoigne le mouvement réformateur tape sur le parti socialiste. A Liège le parti socialiste cogne sur le CD&V, tandis qu’à Charleroi la FGTB prend ses distances avec son parti frère.

Prenons l’ordre chronologique. A Bruxelles ce mardi ce sont les socialistes qui ouvrent le bal. Discours de Laurette Onkelinx, qui cible les flamands, le VLD et égratigne même un peu le CDH.
Quelques minutes plus tard discours de Sabine Laruelle, Guy Verhofstadt
et Didier Reynders à Jodoigne. Eux visent le CDH (« parti orange plus attaché à l’idée de pouvoir qu’au pouvoir des idées » lance Laruelle) et surtout le parti socialiste : en demandant un service minimum les jours de grève, en critiquant le bilan de Marie Arena à la communauté française, ou en s’opposant catégoriquement à une représentation syndicale au sein des PME les réformateurs soulignent leurs différences avec le PS.
Au même moment à Charleroi la FGTB à une union la gauche « nous avons pu souvent compter sur le parti socialiste pendant cette législature » glisse Anne Demelenne, secrétaire fédérale avant d’ajouter que « sur le pacte des générations le PS nous a déçus ».
Enfin à Liège dans l’après midi, Elio di Rupo prend la parole et revient notamment sur le débat national qui l’a opposé à Yves Leterme sur RTL TVI et VTM : « nous attendions des signes d'attachement personnel à notre pays (…) au lieu d'une main tendue, nous avons eu des bras croisés. J'ai ressenti, une certaine arrogance teintée d'une dose de dédain".

Décodons : si le mouvement réformateur vise le parti socialiste c’est parce qu’il veut se poser en alternative au PS. Les libéraux tentent de passer d’un match à 4 à une confrontation à 2. Avantage évident : le MR se pose ainsi en égal du PS et marginalise le CDH. Même stratégie pour le PS. En concentrant ses attaques sur Yves Leterme, Elio Di Rupo indique quels sont les partis qui comptent (le VLD n’est plus l’ombre que lui même dans les sondages) marginalise le MR et s’installe en rival du ministre président flamand dans la course au fauteuil de premier ministre. Pour le MR comme pour le PS il est toujours préférable de se mesurer à plus gros que soi et à ne pas daigner répondre au plus petit. Inconvénient pour l’électeur : si chacun choisit son adversaire on passe à coté du débat global. Avantage : cette fête des chamailleurs relance l’intérêt pour la campagne. Il suffit de jeter en œil vers la France pour comprendre que des opinions tranchées et des débats francs réconcilient les citoyens avec la politique. Et d'espérer du coup que ce premier mai 2007, ne sera pas qu'un feu de paille...

14 avril 2007

Le festival de Kanne

Désolé, même si le jeu de mot est facile je ne pouvais pas résister au plaisir d’un tel titre. Ce vendredi Elio Di Rupo et Yves Leterme étaient donc ensemble à Kanne (commune de Riemst, à une encablure de Bassenge) pour une action en hommage aux enfants disparus ou victimes de la violence. Ensemble, les deux ministres présidents ont participé à la plantation de deux arbres le long du canal Albert, l’un coté wallon, l’autre coté flamand. Pour renforcer l’aspect symbolique de la manifestation les organisateurs avaient mobilisé une vingtaine de jeunes enfants et la mère de Joe Van Holsbeek, assassiné gare centrale il y a un an, était également présente.
Voir ensemble le ministre président flamand et le ministre président wallon dans de telles circonstances pourrait passer pour un événement banal (n’est il normal que les deux grandes communautés du royaume se soucient de la sécurité des jeunes ?), mais c’est en réalité un rendez vous rare qui nous était proposé ici, surtout à quelques mois d’une élection cruciale. Il n’a échappé à personne qu’Elio di Rupo et Yves Leterme étaient deux candidats potentiels au poste de premier ministre. A Kanne, il était donc possible d’observer les comportements d’ Elio Di Rupo et Yves Leterme lorsqu’ils sont en présence l’un de l’autre. Edifiant. Si les deux hommes se sont bien salués (difficile de passer à côté, une vingtaine de journalistes étaient présents) c’était sans effusion excessive. Côte à côte, Di Rupo et Leterme se parlent mais cherchent du regard d’autres interlocuteurs. Quand Leterme entame une discussion avec un élu local, Di Rupo regarde ostensiblement ailleurs. Quand Elio répond à un journaliste, Yves en profite pour faire quelques pas de coté. Posant pour les photographes ils conservent quelques centimètres de distance, ou invitent Françoise Van Holsbeek à s mettre entre eux. Pour utiliser un vocabulaire de critique cinématographique le socialiste et le social chrétien donnent l’impression de deux acteurs contraints de partager la même affiche mais se contentant d’une prestation professionnelle minimale, peu à l’aise dans l’interprétation d’un scénario qu’ils n’ont pas écrit eux même. Répondant à l’une de mes questions Yves Leterme affirme pourtant que les deux ministres présidents se voient régulièrement. Deux minutes plus tard Elio Di Rupo refuse de le confirmer. C’est une évidence : si ces deux là veulent travailler ensemble demain, il vont devoir se voir beaucoup.

22 mars 2007

Blog d'Elio et concours de photos






Je l’avais annoncé sur ce blog il y a un petit temps déjà : Elio Di Rupo a mis en ligne un blog désormais accessible. La « patte » des « communicants » du PS y est bien présente, je me suis donc permis d’y déposer une question sur l’implication personnelle du président du PS dans la rédaction de ce blog. Elio Di Rupo annonce d’emblée qu’il ne répondra pas à toutes les questions (c’est plutôt lucide et honnête) mais propose un système de « vote » pour déterminer les interrogations auxquelles il devra répondre (à mon avis les autres formations politiques vont suivre cela de près, et il n’est pas garanti que les questions les plus dérangeantes soient perdantes à ce petit jeu). Vous noterez que certains commentaires ont déjà été postés alors qu’aucune pub pour le blog n’a été faite, signe d’une mise en ligne bien préparée. Les commentaires sont modérés, ce qui me semble logique vu la position singulière du blogueur. La question est de savoir si la modération permettra malgré tout un vrai débat. Ce blog est bien sûr un outil de communication supplémentaire dans la communication du PS en période de campagne électorale. Il a l'avantage d'être le premier réalisé par une personnalité de ce niveau. son lancement devrait permettre au PS de reprendre le leadership sur le terrain de l' internet, alors que l'avantage était au MR ces dernières semaines à la suite du lancement de la MRTV. C'est aussi une étape importante dans la reconnaissance de ces nouveaux outils de communication.
Ne ratez pas la page des photos, avec un jeune Elio en cravate.


Toujours rayon photo, celle ci n’est pas mal non plus : à l’occasion
de la semaine de la francophonie, Fadila Laanan passe à confesse.





Et pour ne pas faire de jaloux, voici Didier Reynders, au carnaval d'Eupen.

14 mars 2007

Ebullition violette et salade verte



Il reste un peu moins de 90 jours avant les élections. Retirez les vacances pâques et les congés du mois de mai : nous sommes dans la période cruciale, celle où l’on peut marquer durablement les esprits sans que cela n’apparaisse comme un positionnement de dernière minute. Dans ce contexte le contrôle budgétaire de ce weekend prendra donc une saveur très électorale assez marquée. C’est logique et inévitable. Guy Verhofstadt a d’ailleurs voulu marquer de son empreinte ce dernier exercice comptable de la législature. Le contrôle n’aura pas lieu à Bruxelles, au Lambermont, la résidence du premier, comme c’est l’usage mais à Louvain, dans l’ancienne usine Philips. Un souci du décor qui indique que la mise en scène est un des paramètres fondamentaux de l’exercice. Comme lors des fameux super conseils organisés à Gembloux ou à Ostende les services du premier ont prévu un centre de presse et demande aux journalistes de s’accréditer. Trois jours de discussion programmés, précédés par un grand nombre de conseil restreints (dites « Kern » en néerlandais). Au menu : la traditionnelle « chasse aux millions », un exposé du gouverneur de la banque nationale (viendra-t-il avec de bonnes nouvelles) et une série de mesures de dernières minutes qui pourraient être coulées en loi-programme. La configuration des lieux devrait permettre un bel exercice de communication. Idée générale : éviter les déclarations contradictoires devant la presse et offrir aux heures adéquates (13 et 19 heures) de grands briefings généraux.
Mais il y a un hic : l’ambiance entre les bleus et les rouges. C’est ce qu’a rappelé aimablement ce matin Elio di Rupo en qualifiant la cotisation sur les emballages de « taxe Reynders » (pour un homme politique il y a des produits plus sympathiques pour passer à la postérité) et un indiquant que l’idée de taxer les billets d’avion, présentée comme une alternative par le ministre des finances ne pouvait pas être une solution budgétaire. Le PS a même émis une condition pour que le contrôle se passe bien : l’augmentation de 25 euros du salaire minimum.
Les rouges marquent donc leur territoire. Il n’est pas exclu qu’ils tentent un bras de fer pour avec le message subliminal suivant « nous sommes le seul parti sérieux, les libéraux ne respectent pas leurs engagements et vident les caisses de l’état ». Pari dangereux. Les libéraux aussi sont en campagne électorale et ils ne pourront pas se permettre de sortir affaiblis de l’exercice. On attend la réaction de Didier Reynders avec intérêt.
Ajoutez pour corser le tout que le gouvernement violet ne pourra pas ne pas parler de Kyoto et du réchauffement climatique, sujet porteur du moment. Hors, dans ce domaine le PS n’a pas de compétences ministérielles : il est condamné à donner de la voix pour se faire entendre, peut être même de souligner sa différence vis à vis d’une approche libérale essentiellement fiscale sur le sujet (le SPA est mieux placé, avec un ministre de l’environnement). La semaine dernière le passage de Al Gore au 16, posant pour la photo entre Guy et Didier avait déjà provoqué quelques belles colères. Il n’est pas exclu que ces crispations ressortent, et gâche la belle opération de communication du weekend.
Le PS a d’autant plus intérêt de ne pas laisser le terrain climatique aux seuls libéraux que quelques personnalités ecolos viennent de rejoindre ses rangs (pas des moindres, puisque l’ancien secrétaire fédéral Jacques Baudouin soutient la liste PS à Bruxelles et que le sénateur Josy Dubié fait part lui aussi de ses états d’âme). Comme en chimie, c’est une réaction en chaîne. Le rapprochement réel du MR et d’écolo (coalition turquoise en brabant wallon) entraîne des défections des verts les moins verts vers les rouges (sur un plan purement pictural le mélange des deux couleurs n’est pas terrible), au risque de voir la violette (rouges et bleus ensemble au fédéral) entrer en ébullition.

01 mars 2007

Il n'y aura pas de combat des chefs


Le parti socialiste l’a annoncé dans un communiqué ce jeudi après midi : le 10 juin prochain Elio Di Rupo mènera la liste pour la chambre dans la circonscription du Hainaut. J’avais signalé dans un précédent billet le dilemme des présidents de parti : le ministre président wallon a décidé de préférer l’utile à l’agréable, tenter de conserver le plus de députés possibles à la chambre, plutôt que de flatter son ego à coup de voix de préférence au sénat. Sans surprise, Marie Arena et Rudy Demotte occupent la 2ième et la 3ième position de la liste. Alors que la tension avec Jean-Claude Van Cauwenberghe est encore monté d’un cran, le président du PS accueillera finalement Alysson De Clerq (fille de Jean Pierre) sur sa liste. La députée sortante (dont le travail parlementaire n’est pour l’instant pas inoubliable) se retrouve en 10ième postion. C’est la place de combat (le PS avait obtenu 10 députés en Hainaut en 2003), finalement moins enviable que l’une des 3 premières places de suppléants qui étaient demandé initialement. Les carolos noteront également qu’Eric Massin figue sur la liste, laors que l’accord de majorité à la ville prévoyait des « échevins à temps plein » pour redresser Charleroi. On attend avec intérêt de voir ce que décidera Olivier Chastel, et surtout quelle sera l’attitude des uns et des autres au lendemain des élections. La tentation du cumul est bien réelle.
Ce weekend un congrès du PS entérinera la liste pour le sénat (Anne Marie Lizin en sera probablement la tête de liste). Dans cette configuration il plus que probable de voir Didier Reynders emmener la liste MR à Liège. En 2003 les ténors francophones s’étaient disputé le titre de « leader populaire » en emmenant les listes pour la haute assemblée. Cette année, le combat, coté francophone, n’aura pas lieu.