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23 juin 2007

Super Didier et sa belle-mère



« Les élections du 10 juin démontrent au moins une chose : Didier Reynders n’a pas besoin de belle mère ». La phrase émane d’un membre de l’équipe qui travaille rue de la toison d’or. Elle exprime un changement d’état : le 10 juin Didier Reynders a conquis une autonomie et une autorité que certains membres du MR étaient parfois tentés de lui contester. Le président du MR, susceptible de perdre beaucoup dans l’aventure électorale, a donc tout gagné. Il est devenu le patron incontestable du mouvement.


Qui est la «belle mère » visée par par mon interlocuteur ? Louis Michel, bien sûr. On a senti dans cette fin de campagne combien le commissaire européen entendait rester présent sur la scène belge. La parenthèse européenne doit dans son esprit prendre fin en 2009 et l’homme fort de Jodoigne n’excluait pas jusqu’il y a peu de revenir avant si l’état du pays l’exigeait. Au mieux 2007 lui aura permis de se rappeler au souvenir de ses supporters. Au pire, le retour piteux à la fonction pourtant estimable de commissaire peut être considéré comme un faux pas. Evoquer un éventuel « signal des électeurs » chiffré à 100 000 voix en cours de campagne, pour l’oublier quelques semaines plus tard peut passer pour de la surdité.

La décision de Didier Reynders d’endosser lui même la fonction d’informateur du roi peut donc être interprétée de deux manières :

- Soit le patron du MR est assuré de la validité de la combinaison orange bleue, et il s’assure ainsi une belle visibilité dans un exercice qu’il juge sans risque majeur (ce qui n'empêche pas quelques musculations nécessaires pour justifier des compromis).


- Soit la formation du gouvernement reste difficile, mais Didier Reynders a estimé que l’ascendant sur ses troupes que lui confère la fonction d’informateur l’emportait sur le risque de devoir endosser un éventuel échec. Il aura ainsi chercher à "tuer sa belle-mère".


En agissant de la sorte « Super Didier » se fixe une obligation de résultat. Si en octobre, pour la rentrée du parlement, aucun gouvernement n’est formé, l’hypothèse Louis Michel ressortira. Les belles-mères ont parfois la peau plus dure qu’il n’y paraît.

14 juin 2007

Sondages et cyclisme

Plusieurs internautes lecteurs de ce blog ironisent désormais sur le billet que j’avais publié au sujet d’un « sondage » donnant le MR en tête. Que les choses soient bien claires : je ne renie pas une seule ligne de ce texte. Le sondage en question (publié par Vers l’Avenir) souffrait bien d’une méthodologie inadaptée à un sondage « intentions de vote ». Pour rappel ce sondage donnait 5 points d’écart entre le mouvement réformateur et le PS, pointait le CDH à 20% et situait le FN largement en dessous du seuil des 5%. Et je continue de penser que puisque les sondages conditionnent une partie des discours et des analyses, il serait opportun d’autoréguler leur diffusion.

Il n’est pas inintéressant en revanche de s’intéresser aux sondages suivants. L’institut dedicated research (il faut toujours citer ses sources) a fait parvenir aux rédactions un récapitulatif des études publiées dans la dernières période. Il s'agit bien entendu de faire la pub de l'institut en question, mais un tableau de synthèse interessant a été réalisé. Je me permets d’en reprendre l’essentiel ci dessous.



Qu’en retenir ?
1) qu’aucun institut n’a donné le MR gagnant
2) que le score du CDH est toujours surestimé et celui d’Ecolo sous estimé, quelque soit l'étude
3) que le sondage Dedicated Resaerch publié par Vers l’avenir le 06 juin est le plus proche du résultat final.

Explication : bien que publié en début de semaine ce sondage « Dedicated resarch/ Vers l’avenir» a en réalité été réalisé plus tard que les deux études publiées par le Cevipol pour « Le Soir/ RTBF » et le baromètre Ipsos « RTL / La Libre », le mode opératoire (sondage téléphonique et non en « face à face ») lui permettant d’être plus réactif. L’impact des évènements de Charleroi n’a commencé à se faire réellement sentir que dans cette étude là.

Conclusion générale : un sondage reste une photographie de l’opinion à un instant « T ». L’étude la plus correcte est celle qui a été réalisée au plus proche de l’élection. On peut également constater que les rapports de forces ont évolués dans les tous derniers jours de campagne. Tout c’est donc joué dans le sprint final. C’est bien sur la ligne d’arrivée que l’électeur a jugé que la course des bleus et des verts était la plus pertinente.

Les oranges et les rouges devraient regarder plus souvent le tour de France : un coureur qui se relève à quelques mètres de la banderolle doit toujours vérifier qu'il n'y a personne dans son dos.

12 juin 2007

Le recul rouge crée l'orange bleue


Je dois reconnaître que sur ce coup-ci j’ai un peu de retard. Les longues journées et partie de nuit passées à préparer la soirée électorale sur RTL TVI m’ont un peu éloigné de ce blog. Je ne résister pas malgré tout à au plaisir de vous livrer ma vision des gagnants et perdants de dimanche. Au moins cela flattera mon égo, et sans doute cela provoquera-t-il une discussion passionnée entre internautes.

Commençons par la Flandre. Vainqueur incontestable le cartel CD&V-NVA avec 30 sièges. Il faut reconnaître à Yves Leterme la pertinence de cette alliance sur le plan électoral. Le cartel permet aux sociaux chrétiens de se placer au centre du jeu politique. Mais il faut aussi souligner dans la foulée le prix payé par les sociaux chrétiens : sur les 30 députés du groupe CD&V-NVA 5 sont des membres de la NVA. Un « sous groupe » qui pourrait même compter jusqu’à 8 membres en raison des suppléances.

L’autre grand vainqueur du scrutin au nord, se trouve à droite d’Yves Leterme et ne devrait pas inciter le probable futur premier ministre à adopter un profil bas sur le plan institutionnel : Jean- Marie Dedecker surprend tous les analystes en décrochant d’entrée 5 sièges (ce qui donne droit à un groupe parlementaire, avec secrétariat et droit de vote en commission). Même Groen, parti structuré et également en forte progression ne fait pas aussi bien.

Coté francophone on ne peut désigner qu’un réel vainqueur : Ecolo. En obtenant 8 sièges les écologistes doublent leur représentation. Le CDH est également en hausse mais sur base des sondages et des dernières élections communales on s’attendait à une progression plus forte. C’est un demi succès (et donc un demi échec).

Contrairement aux apparences et aux apparitions de balcon le MR n’a pas énormément gagné, il perd même un siège par rapport à 2003. Mais il est le seul parti de la coalition sortante à se maintenir, ce qui s’apparente à une victoire. Le PS en perdant 5 sièges est clairement sanctionné. C'est donc le « différenciel » MR-PS qui donne raison au président du MR qui plaidait pour un glissement à droite du « centre de gravité » (on lui suggère au passage de trouver une autre expression plus compréhensible du grand public). Didier Reynders en annonçant qu’il convoquera désormais les présidents de parti francophones pour les questions communautaires a d’ailleurs immédiatement enfilé le costume de « numéro 1 francophone ».

La plus grande surprise, qu’aucun sondage n’avait anticipé reste la défaite sans précédent des socialistes flamands. Cette contreperformance rend impossible une alliance rouge-romaine qui quelques jours avant les élections semblait pourtant la plus probable. Au sein du cartel Spirit paye comptant la contre performance : aucun élu indépendantiste de gauche ne retrouvera le chemin de la chambre (à moins que je ne me trompe).

Résumons nous : Yves Leterme gagne, mais reste dépendant de son alliance avec les indépendantistes flamands. Le MR, grâce à la stratégie offensive de son président résiste à l’usure du pouvoir. Les rouges dégringolent et imposent par leur défaite l’orange bleue comme une évidence.

05 juin 2007

Dans les coulisses des débats


Je viens de sortir de quelques débats. En radio pour Bel RTL, ou en télé (Duels de président, vendredi dernier sur RTL TVI) j’ai noté quelques moments intéressants. Comme vous êtes assez nombreux a demander des anecdotes je vous en livre donc quelques unes. En précisant que ce n’est pas du « off the record » puisque nous étions sur antenne.

Duels des présidents
Jöelle Milquet(CDH) se met à tutoyer Jean Michel Javaux (ecolo) en plein débat. Un truc pour essayer de le déstabiliser ou pour faire passer l’idée que les humanistes ne sont pas si éloignés des écolos ?
Pendant que Joëlle Milquet parle avec Elio Di Rupo (PS) d’une augmentation des pensions, Didier Reynders, hors antenne (MR) hausse les épaules et bougonne. Il attaquera quelques minutes plus tard le président du PS sur le même thème. Jean Michel Javaux, à la même table souffle alors au président du MR « en vérité c’est une augmentation index et liaison au bien être compris ». Conseil utile ?

Du même Javaux lorsque Kathryn Brahy pose une question sur Charleroi à Didier Reynders et Elio Di Rupo : " Ils partent sur Charleroi ? Ca va pêter".

Débat Brabant Wallon.
André Flahaut (PS) arrive sans note. Il sort un minuscule carton, d’une taille inférieure à un paquet de cigarettes, pour noter ses idées au fur et à mesure. L’hostilité entre le ministre de la défense et Charles Michel, tête de liste MR est très perceptible. La tête de liste socialiste proteste contre le décompte des temps de parole. Ce décompte est pourtant correct et c’est bien le ministre de la défense qui a parlé le plus longtemps dans ce débat là.

Débat Bruxelles-Hal-Vilvorde
Laurette Onkelinx(PS) surveille également la bonne utilisation du chronomètre (il faut reconnaître qu’elle fût victime d’une erreur humaine – corrigée- lors d’un débat des communales). Olivier Maingain (MR) affirme que sa formation propose une exonération des charges pour les premiers emplois crée dans une PME. Je lui indique que je ne l’ai pas lu dans le programme. Il maintient. Je viens de vérifier : je ne trouve toujours pas.


Débat Hainaut
Longue partie sur la situation à Charleroi. Rudy Demotte (PS) semble isolé et sombre. En revanche lorsque je lance le thème de la santé, vent de panique chez les autres candidats. Marie Christine Marghem (MR) et Jean Marc Nollet (Ecolo) comprennent que les écrans installés derrière chaque micro permettent de surfer sur internet. Ils se précipitent sur les sites de leurs partis respectifs pour relire les programmes. Ils avaient besoin d’une antisèche ?

03 juin 2007

La clarification



Le choix est désormais clair. Entre le parti socialiste et le mouvement réformateur l’entente semble désormais difficile pour ne pas écrire franchement compromise. On a beaucoup glosé sur le peu de chances de voir la violette refleurir et sur l’animosité croissante entre Elio Di Rupo et Didier Reynders. A une semaine des élections ce qui semblait relever de l’analyse et du positionnement tactique est donc devenu un discours explicite. Le parti socialiste confirme par la voix de son président qu’il n’envisage pas de poursuivre au fédéral avec les libéraux. Ceux-ci, en plaçant au cœur de leur stratégie un glissement du centre de gravité politique wallon, ayant déjà clairement indiqué qu’ils souhaitaient pouvoir renvoyer le PS dans l’opposition.




Certes, on peut toujours douter de la sincérité des grandes déclarations de fin de campagne électorale. Rappelons que le schéma idéal pour les deux partenaires de la majorité fédérale sortante est bien de s’inscrire dans un face à face qui mobilise l’opinion autour des seules deux grandes formations et que la bipolarisation entre les grands méchants bleus et les affreux rouges est un classique des tensions électorales. Mais revenir en arrière à ce stade serait suicidaire : cela reviendrait à renier ses discours et décrédibiliserait un peu plus une vie politique qui n’en a vraisemblablement pas besoin.

L’électeur sait donc à quoi s’en tenir : voter PS c’est souhaiter que la majorité wallonne (PS-CDH) puisse s’installer aussi au fédéral. On peut y adjoindre les écolos éventuellement (noter les clins d’œil dans leur direction ces derniers jours). Voter CDH c’est voter pour la même alliance, mais en changeant le rapport de forces entre les deux partenaires. Voter MR c’est en revanche vouloir sanctionner le parti socialiste et se passer de ses services (le pari est osé : il faudra ensuite former une majorité, ce ne sera pas si simple). Voter écolo c’est souhaiter que les thèmes portés par les verts soient pris en compte (sans que l’on puisse affirmer avec certitude que cela se fera à l’intérieur ou en dehors d’une majorité).


On a suffisament écrit (y compris sur ce blog) que les enjeux électoraux belges pouvaient parfois manquer de clarté par rapport à la campange électorale française pour ne pas souligner l'évolution de ces derniers jours. On doit se réjouir de la clarification. Car il y a là de quoi motiver les citoyens les plus désabusés : puisque les intentions sont clairement exprimées, les alliances ne se feront pas dans le dos de l'opinon publique comme on l'entend parfois. Le 10 juin c'est donc bien l'électeur qui décide.

30 mai 2007

Suivez le guide (publicité non électorale)

A 10 jours de l’élection, il serait grand temps de s’intéresser aux programmes, non ? Je vous invite à faire ce test (http://91.121.27.46/CWS/Index.aspx?PageID=64) mis en ligne sur le site RTL.be/federales. Inspiré de l’émission « pour qui voter ? » que j’avais montée en 2004. Le principe est simple : en sélectionnant une réponse vous validez des propositions reprises dans un ou plusieurs programmes. Le questionnaire a été élaboré par le Cevipol de l’ULB. A la fin du quizz vous découvrirez votre « profil partisan ». Avec une petite réserve : votre choix d’électeur peut se baser sur d’autres éléments que votre adhésion au programme. L’image que vous avez des leaders des différents partis (adhésion ou rejet), une réaction à l’actualité du moment, le soutien que vous souhaitez apporter à un candidat en particulier sont des motivations qui ne sont pas prises en compte par ce test. Mais pour ceux d’entre vous qui sont indécis c’est un outil instructif. Et pour ceux qui sont déjà sûr de leur choix, l’occasion de vérifier le bien fondé de leurs convictions.

Tant qu’à faire de la pub le site www.politique2.be, auquel RTL collabore, vous propose une sélection de la blogosphère belge. Un bon outil pour découvrir les blogs des partis et des commentateurs plus ou moins engagés. Ce site est personnalisable : vous pouvez modifier la mise en page, incorporer les flux d’autres sources que nous n’aurions pas référencées ou zapper celles qui ne vous intéressent pas.
Si après ces deux conseils d’amis vous ne votez pas en connaissance de cause la semaine prochaine, je ne peux plus rien pour vous.

29 mai 2007

Le délicat équilibre du CDH


C’est désormais à Charleroi que bat le cœur de la campagne électorale. La délicate situation de la majorité communale alimente désormais l’essentiel des discours et commentaires. Le mouvement réformateur en attirant ainsi l’attention de l’opinion publique sur la ville a probablement atteint l’un de ses objectifs : ramener les affaires au cœur de la campagne. Ce n’est évidemment pas positif pour le parti socialiste, mais on ne peut pas être sûr que cela sera forcément bon pour le MR. Accessoirement cela nous éloigne des enjeux d’une élection qui est bien fédérale et ni wallonne ni communale, mais il se peut bien que ce type de cohérence échappe au grand public, et donc, par voie de conséquence, aux conseillers en communication, mais ça c’est une autre histoire.

Revenons à notre campagne et à son épicentre carolo. Le PS, à Charleroi, et le CDH, à Bruxelles, ont tenu de nouvelles conférences de presse aujourd’hui sur les suites de l’affaire. Léon Casaert pour le PS carolo a pris acte du départ des réformateurs et indiqué, pour faire court, qu’il ne les regrettera pas.

A Bruxelles autre discours : le CDH attend le 10 juin mais précise déjà que rester tout seul avec le PS n’est pas du tout à son goût.

Décodons : si le CDH veut ouvrir à tout prix la majorité carolo à un troisième partenaire ce n’est pas par charité chrétienne. Ce n’est pas non plus parce que le CDH aurait peur d’être seul face aux socialistes carolos. Non, ce que cherche le CDh aujourd’hui c’est surtout d’éviter le piège tendu par le mouvement réformateur. A Charleroi les libéraux ont polarisé la campagne, se posant en adversaire résolu du parti socialiste. Et apportent du coup de l’eau à un moulin qu’ils font tourner depuis quelques mois : voter CDH c’est voter PS. Pour le CDH il fallait donc prendre des distances avec le PS carolo. Question de survie, pour éviter que le vote pour le parti du centre ne soit perçu comme un vote inutile. Joëlle Milquet va devoir naviguer entre deux écueils : être suffisamment critique vis à vis du partenaire socialiste pour contrer la manœuvre du MR. Sans renier pour autant le travail effectué en commun dans les régions et à la communauté française, ce qui risquerait de la faire passer pour une renégate. Et de compliquer encore un peu plus le débat.

28 mai 2007

Le cas carolo


Les affaires qui secouent une fois de plus la ville de Charleroi sont comparables en bien des points à un cancer : une maladie silencieuse qui ronge la démocratie de l’intérieur et qui pourrait bien, si l’on n’y prend garde, finir par terrasser la confiance des citoyens dans leurs élus. Dans le cas qui nous occupe l’ablation de la plus grande ville de Wallonie n’est pas envisageable. Traiter la maladie impose donc un combat qui devrait mobiliser tous les démocrates.

Une fois ce préambule posé intéressons nous aux derniers développements.

L’inculpation d’un échevin est un fait grave. Plus encore lorsqu’il s’agit d’un délit commis dans l’exercice de ses fonctions. Personne ne devrait pouvoir tolérer qu’un élu soit suspecté de faux et usage de faux, à fortiori lorsqu’il s’agit d’une fausse délibération d’un conseil communal. En attendant que la justice statue définitivement (l’homme serait alors soit condamné, soit blanchi) cet échevin ne peut pas décemment continuer à exercer ses fonctions. C’est vrai pour toute la Belgique, cela l’est plus encore pour Charleroi. JeanPol Demacq devait donc démissionner immédiatement. En souhaitant entretenir le doute et faire traîner les choses en longueur le Parti Socialiste ne rend pas service à la démocratie.

Faut il pour autant approuver la décision du Mouvement Réformateur ? Quitter une majorité ne peut pas être un acte irréfléchi. On ne peut que s’étonner de la différence de ton entre les déclarations apaisantes de samedi (la majorité carolo reste unie disait-on alors) et la rupture décidée lundi matin. Il semble évident, même si Olivier Chastel s’en défend, que la position réformatrice a évoluée sans que de nouveaux éléments ne l’explique. Cette volte face doit donc apparaître pour ce qu’elle est : une manœuvre de campagne électorale qui n’est pas digne du débat sur la bonne gouvernance que ses auteurs entendent mener.

On peut comprendre que le MR quitte une majorité parce qu’un échevin inquiété par la justice refuse de s’effacer rapidement. On ne peut pas comprendre qu’il le fasse pour un obscur communiqué de presse publié 48 heures plus tôt. L’ambiguïté autour de la date du départ réel de Jean Pol Demacq aurait pu être levée dès ce mardi à l’occasion d’un collège échevinal. Au pire le MR aurait pu demander la convocation d’un conseil communal extraordinaire pour acter le remplacement immédiat de l’échevin démis.

A Charleroi, on est bien tenté ce lundi soir de renvoyer les deux principaux acteurs de la crise dos à dos. Vu l’état avancée de la maladie il faudrait davantage de courage et de détermination pour affronter les brebis galeuses. et les écarter sans ménagement de la vie publique. Le PS se grandirait en ne permettant pas à des élus visés par une enquête de continuer à siéger. Il serait même sain qu’il songe à exclure de ses rangs ceux dont la culpabilité est avérée. En rejoignant les bancs de l’opposition le MR fait le choix de ne plus pouvoir faire pression sur son partenaire. S’il crée un électrochoc celui ci sera de courte durée.

Même si la poussée de fièvre du jour peut bien s’expliquer par le scrutin du 10 juin, le conseil communal, avec le rapport de force voulu par l’électeur, restera lui bien en place jusqu’en 2012. Pour stopper la maladie, il est peut-être encore temps. Mais les discussions sérieuses ne pourront reprendre sur ce sujet qu'à partir du 11 juin.


NB personnel : j'ai reçu des deux camps ce lundi des coups de téléphones peu agréables. Ma vision du journalisme m' impose de me tenir à distance de toutes les formations politique et de n'adhérer qu'à ce que je crois être la vérité. Je tente toujours de vérifier ce que j'avance publiquement. Que cela déplaise à droite et à gauche m'incite à penser que je suis (un peu) dans le vrai. Même en période électorale j'apprécie toutefois que mes interlocuteurs gardent leur calme et un minimum de politesse. Constatant que ce n'est pas toujours le cas je vous confirme que la campagne rend nerveux... des deux côtés.

25 mai 2007

Inauguration + élections = communication



Ce vendredi a lieu l’inauguration du « Wiels », nouveau centre d’art contemporain à Bruxelles. Le carton d’invitation recèle une petite pépite. Il précise en effet que des discours d’inauguration seront lus par « Bert Anciaux, Vallams minister van Cultuur », « Benoît Cerexhe ministre du gouvernement de la région de Bruxelle-Capital » et « Pascal Smet, minister van de Brusselse Hoofdstedelijke Regering ». Rien de choquant ? Nous sommes en campagne électorale, et ces ministres sont candidats à la chambre … Le 26 mars dernier les présidents d’assemblée avaient pourtant signé un protocole d’accord sur la prudence à observer lors de la campagne 2007. Le texte (j'ai vérifié) s’applique bien aux ministres régionaux et stipule que « toute communication ou campagne d’informaton destinée au public (…) doit être diffusée ou menée de manière dépersonnalisée ».
Le document, dans le souçi d'être pratique, précise même qu’il ne peut y avoir ni photo, ni nom, ni signature…
Sur mon même carton d’invitation à l'inauguration du Wiels on indique d’ailleurs la présence de la ministre de la culture de la communauté française … sans préciser qu’il s’agit de Fadila Laanan, visiblement plus stricte dans l’interprétation de la loi que ses collègues masculins.

23 mai 2007

Ce qui est excessif est insignifiant




Les collègues de Vers l’Avenir l’appellent le « sondage qui fait tout basculer ». Et, niveau coup de pub, ils peuvent être satisfaits de leur coup puisque la plupart des médias, avec plus ou moins de distance, ont repris leur enquête d’opinion. Selon ce sondage c’est donc le MR qui arrive en tête des intentions de vote en Wallonie. Et pas qu’un peu : le parti socialiste est relégué à plus de 4 points. Vu le contexte et les sondages précédents qui indiquaient tous le PS plus haut que le MR il y a de quoi s’étonner. Explication du journal : le sondage a été réalisé lors de l’investiture du nouveau président français et le MR bénéficie d’un effet Sarko. Très bien.

Arrêtons nous un instant.

L’institut Tell Me More, auteur de l’étude, n’était pas connu jusqu’à présent pour ses études sur les intentions de vote. Ce n’est pas lui faire injure que de souligner que ce travail nécessite une certaine expertise et que plus un sondage a une histoire longue plus il est facile de vérifier sa pertinence. Les études du Soir et le baromètre La Libre-RTL ont donc sur le papier une crédibilité d’avance.

Regardons un peu plus loin encore. L’étude annonce une marge d’erreur de 3,2%. Statistiquement exact. Mais il faut souligner que si une répartition géographique a été observée la méthode des quotas n’a pas été suivie (ce n’est pas annoncé en tout cas). Ce qui veut dire que l’échantillon n’offre aucune garantie de représentativité : les ouvriers , les agriculteurs ou les cadres supérieurs, peuvent y être sous représentés ou su représentés. Quand il s’agit d’intentions de vote c’est un tout petit peu embêtant.

Enfin cherchez le score de l’extrême droite ou les « sans opinions ». Inexistant. L’ensemble des « petites formations » serait aux alentours de 3%, alors que Le FN à lui seul est susceptible de faire le double. Les personnes sans opinions n’ont pas été prises en compte. Vers l’avenir écrit pudiquement que le score de l’extrême droite est sous estimé. J’ose, même si ce n’est pas très confraternel je le reconnais, être plus franc : ce sondage souffre d’une méthodologie inadaptée.



Voilà la vérité : la publication d’un sondage sur les intentions de vote crédibles coûte cher et les rédactions n’ont pas toujours les moyens de se l’offrir. Si vous n’avez pas beaucoup vu de sondages belges ces dernières semaines c’est que les caisses sont vides et que les rédactions bruxelloises ont décidés de se garder un bon sondage pour le dernier moment (sans doute la semaine prochaine ou la suivante).

Doit on se gausser de l’étude publiée un peu vite par Vers l’Avenir ? Pas tout à fait. Toute étude de ce genre conditionne le commentaire et les analyses des acteurs médiatiques et peut donc jouer un rôle sur la suite de la campagne. Publier ou relayer une étude qui porte à caution c’est prendre le risque de « fausser le jeu ».Quand Joëlle Milquet avait proposé peu après les communales d’interdire les sondages en période électorale j’avais trouvé cela excessif et contraire à la liberté d’informer. Peut être serait il utile en revanche que l’on s’accorde sur un code de déontologie sur les sondages politiques.

Pour en revenir au paysage politique actuel il existe probablement un « effet sarkozy » (ceux qui arpentent les marchés dans leur campagne de terrain et ceux qui analysent les scores d’audiences des JT français ne me contrediront pas). Qui en est le bénéficiaire ? Le Mr probablement. Cela aura-t-il encore un impact dans 15 jours ? Peut être. Peut le mesurer ? Sûrement, mais pas avec ce sondage ci. Et c’est dommage.

21 mai 2007

Le sarko show, épisode belge


Tous les commentateurs (ou presque) se posent cette question : la victoire de Nicolas Sarkozy en France aura-t-elle un impact sur les élections législatives belges du 10 juin ? Il faut constater que l’intérêt pour la politique française ne faiblit pas dans les médias belges (coté francophone c’est même une déferlante) et que les citoyens eux même ne boudent pas le débat hexagonal. Si l’on peut être dubitatif sur un effet direct d’une élection sur une autre (il y a quand même des deux cotés de la frontière des partis, des leaders et des problématiques très différents) on peut en revanche s’interroger sur le « climat » que cette couverture de l’actualité politique génère. La « sarkomania», si elle se prolonge, pourrait bien finir par influencer la partie la plus indécise de l’électorat francophone. Pour l’instant le nouveau président français communique de main de maître et rien n’indique qu’il puisse disparaitre de l’actualité dans les prochains jours. Au contraire même, Nicolas Sarkozy sera à Bruxelles mercredi. Si sa rencontre a pour objectif principal les discussions sur l’avenir de l’Europe le président français devrait ensuite rendre une visite de courtoisie à Guy Verhofstadt. D’après mes informations la rencontre aura lieue à la résidence privée du premier ministre mercredi après midi en présence du ministre des affaires étrangères. Dans un second temps le rendez vous sera ouvert aux autres vices- premier ministres. Didier Reynders sera donc présent. Dans le contexte, c’est évidemment une poignée de main valorisante et dont la photo peut avoir un certain intérêt.
Belle opération bleue ? Cela pourrait être plus compliqué que prévu. Car si tous les vices premier sont invités, Laurette Onkelinx fait savoir ce lundi qu’elle ne boudera pas la rencontre (cela risque de refroidir l’ambiance puisque Laurette n’a pas tenu que des propos aimables pour Nicolas). Pour les libéraux l’impact électoral risque d’être moins évident s’il faut partager la photo avec les collègues socialistes. Au passage le cabinet Onkelinx précisait ce lundi soir ne pas avoir reçu d’invitation. Le courrier s'est perdu ?

04 mai 2007

Le vlog politique et son pastiche

Je l'ai déjà souligné lors de billets précédents : l'internet prend lors de cette campagne une place particulière. Outil privilégié des partis politiques : les VLOG (contraction de blogs et vidéos). Ainsi le CDH a-t-il lancé le sien (il était temps), lisez ici ce qu'en dit Damien Van Achter.
Plus fort encore, le VLOG parodique. Sur le site lemdr.be vous pourrez voir un pastiche de la MRTV débusqué par Thierry Dupiereux. Regardez en bas à droite la signature. Cet outil de campagne est lancé par le PS. Ce n'est pas parce qu'on est sur le net que cela doit être moins méchant/percutant (biffer la mention inutile selon votre opinion) que dans les médias classiques...

01 mai 2007

1er mai : la fête des chamailleurs



Dis moi qui est ton ennemi préféré je te dirai qui tu es. Ce premier mai est un étrange chassé croisé nous est proposé par les formations politiques. A Jodoigne le mouvement réformateur tape sur le parti socialiste. A Liège le parti socialiste cogne sur le CD&V, tandis qu’à Charleroi la FGTB prend ses distances avec son parti frère.

Prenons l’ordre chronologique. A Bruxelles ce mardi ce sont les socialistes qui ouvrent le bal. Discours de Laurette Onkelinx, qui cible les flamands, le VLD et égratigne même un peu le CDH.
Quelques minutes plus tard discours de Sabine Laruelle, Guy Verhofstadt
et Didier Reynders à Jodoigne. Eux visent le CDH (« parti orange plus attaché à l’idée de pouvoir qu’au pouvoir des idées » lance Laruelle) et surtout le parti socialiste : en demandant un service minimum les jours de grève, en critiquant le bilan de Marie Arena à la communauté française, ou en s’opposant catégoriquement à une représentation syndicale au sein des PME les réformateurs soulignent leurs différences avec le PS.
Au même moment à Charleroi la FGTB à une union la gauche « nous avons pu souvent compter sur le parti socialiste pendant cette législature » glisse Anne Demelenne, secrétaire fédérale avant d’ajouter que « sur le pacte des générations le PS nous a déçus ».
Enfin à Liège dans l’après midi, Elio di Rupo prend la parole et revient notamment sur le débat national qui l’a opposé à Yves Leterme sur RTL TVI et VTM : « nous attendions des signes d'attachement personnel à notre pays (…) au lieu d'une main tendue, nous avons eu des bras croisés. J'ai ressenti, une certaine arrogance teintée d'une dose de dédain".

Décodons : si le mouvement réformateur vise le parti socialiste c’est parce qu’il veut se poser en alternative au PS. Les libéraux tentent de passer d’un match à 4 à une confrontation à 2. Avantage évident : le MR se pose ainsi en égal du PS et marginalise le CDH. Même stratégie pour le PS. En concentrant ses attaques sur Yves Leterme, Elio Di Rupo indique quels sont les partis qui comptent (le VLD n’est plus l’ombre que lui même dans les sondages) marginalise le MR et s’installe en rival du ministre président flamand dans la course au fauteuil de premier ministre. Pour le MR comme pour le PS il est toujours préférable de se mesurer à plus gros que soi et à ne pas daigner répondre au plus petit. Inconvénient pour l’électeur : si chacun choisit son adversaire on passe à coté du débat global. Avantage : cette fête des chamailleurs relance l’intérêt pour la campagne. Il suffit de jeter en œil vers la France pour comprendre que des opinions tranchées et des débats francs réconcilient les citoyens avec la politique. Et d'espérer du coup que ce premier mai 2007, ne sera pas qu'un feu de paille...

30 avril 2007

Duels en série


Le Soir et la RTBF publient ce lundi à 40 jours des élections un intéressant sondage qui bénéficie de l'expertise du Cevipol de l’ULB. Profitons de cette photographie pour dresser un état des lieux et entrevoir ce que nous risquons de vivre dans les prochaines semaines. Si l’on en croit cette étude (à priori les grandes tendances ne sont pas très éloignées de celle des dernières livraisons du baromètre RTL-La Libre Belgique) PS et MR sont donc en recul coté francophone, tout bénéfices pour le CDH et Ecolo, tandis que le CD&V cartonne autant que le VLD s’écrase coté flamand. Le 10 juin au soir il y aura des formations qui affirmeront avoir « gagné », d’autres qui emploieront le terme « consolidé », et certaines qui auront reçu la « confiance de l’électeur ». Comprendre la campagne exige d’aller un peu plus profond dans les enjeux. Comme disent les sportifs il ya des « matchs dans le match ». Je vous propose d’en identifier quelques uns.

Le leadership francophone : PS et MR seraient donc en recul par rapport aux élections de 2003. Comme ce recul est également présent coté flamand on peut en conclure que les jours de la violette sont comptés. PS et MR se sont rendu comptes que s’ils reculent tous les deux et qu'il faut bien faire une (petite) place au gagnant seul l’un des deux pourra se maintenir au gouvernement. Dans cette perspective la place de première formation francophone reste un atout de taille, et perdre moins que son concurrent direct un argument supplémentaire. PS et MR sont donc en concurrence pour rester au pouvoir, avec pour l’instant un avantage chez les rouges, ce qui explique sans doute la stratégie des bleus : pour être sûr de rester dans la coalition, mieux vaut viser la première place, quitte à passer pour agressif et prendre le risque de tout perdre.

La deuxième place : si le PS conserve la première marche du podium, MR et CDH se disputent la deuxième place. Le MR a là une longueur d’avance. Mais le parti de Joëlle Milquet bénéficie d’un mouvement positif constant depuis plusieurs scrutins. Les centristes savent qu’à défaut d’être devant le MR, en enregistrant une nouvelle progression ils seront idéalement placés pour revenir au pouvoir. Le slogan "c'est l'heure" placardé lors du dernier congrès traduit même une certaine impatience. Tous les amateurs de football politique le savent : c’est au centre que la plupart des rencontres se jouent, et c’est donc là que la bataille est la plus âpre. On peut y ajouter un antagonisme personnel réel : Joëlle Milquet et Didier Reynders on toujours du mal à se parler.

Le gagnant des gagnants : CDH et Ecolo sont les partis en forme du moment. Etre le plus en forme des deux se joue sur deux critères : le plus fort score et la plus forte progression. L’avantage est pour l’instant au CDH mais les écolos savent qu’ils surfent sur un thème porteur (le climat). Les deux formations se disputent en outre un terrain fertile : l’éthique en politique.

Le match de la gauche : Ecolo depuis plusieurs mois affiche l’ambition de passer la barre des 10 pourcents. En privé certains de ses responsables mettent même la barre bien plus haut. Certes le parti vert a pris en 2003 une raclée monumentale, faire mieux est de l’ordre du possible, même sans se forcer. Mais pour faire mieux que mieux les écologistes devront prendre des voix au PS. La phrase de Jean Michel Javaux « le PS n’est pas le gardien de la gauche » prononcée à Mons doit être perçue par les socialistes plus comme un avertissement que comme une provocation.

Ajoutez le match Leterme-Verhofstadt au nord (avec avantage au premier pour l’instant). La liste n’est pas exhaustive, mais je crois qu’elle permet déjà d’y voir un peu plus clair.

28 avril 2007

Le 10 juin se joue sur le net

Osons un pronostic : la campagne des législatives 2007 sera marquée par l’utilisation massive d’Internet et une partie importante du débat se jouera sur le web. Certes le net fût déjà utilisé dans le passé, lors des communales de l’an dernier par exemple, mais l’on sent bien ces temps-ci un frémissement de la net politique belge. L’outil s’y prête bien entendu : léger et facile à mettre ne place (on écrirait presque à la porté du premier candidat venu), d’un coût modique (pas besoin de grever votre budget des dépenses électorales) interactif (si l’on s’en sait s’en servir) et ciblé (il est plus commode de trouver des citoyens réceptifs sur la toile que par l’intermédiaire des journaux télévisés). Il présente également l’immense avantage d’être direct (plus besoin de s’encombrer de ces intermédiaires pointilleux que sont les journalistes). Observez déjà : Elio Di Rupo poursuit son blog (ce n’(était pas un simple effet d’annonce), et la MRTV s’installe. Si vous surfez sur le blog du président du PS c’est la rubrique « réponses » (en haut à droite dans le "coin visiteurs") qui mérite le plus d’attention : on y voit Elio répondre face caméra aux questions des blogueurs. Une première. Toujours coté blogs, suivez Rudy Demotte (qui commente régulièrement l’actualité), Isabelle Durant et Hervé Jamar (dont le site très complet est une mine). Enfin n’oubliez pas Alain Destexhe : après l’avoir mis en sommeil pendant les élections communales le sénateur MR a réactivé un blog qui est probablement l’un des plus interactifs de ceux mis en place par le personnel politique. Pour moi, Destexhe (pour le débat) et Di Rupo (pour la maîtrise technique) sont incontestablement ceux qui utilisent le mieux internet aujourd’hui. Et je crois que ce n’est qu’un début (je prends le pari que d’autres blogs s’ouvriront dans les prochaines semaines).
Le débat sur internet est plus vif, plus partisan, contradictoire et complet que sur aucun autre média (tv comprise) : suivez les ramifications de site en site, vous aurez à la fois les infos et le spectacle. Observez enfin l’essor des « blogs citoyens ». La Belgique s’apprête à vivre dans les deux mois qui viennent le phénomène observé et souligné en France. Soulignons encore que 400 000 nouveaux électeurs voteront la première fois le 10 juin : des jeunes, qui surfent sur internet. Avec un rappel à l’ordre : être le plus présent dans la blogosphère ne vous assure pas de gagner les élections.

27 avril 2007

Fallait-il faire le "débat national" ?


Il y a bien sur ce couac technique pour lequel la chaîne a du s’excuser auprès des téléspectateurs avant de programmer une nouvelle diffusion sous titrée (si j’ai bien compris une opération sur le fichier son a endommagé les paramètres de mixage qui n’ont donc pas été transmis correctement vers notre site de diffusion à Luxembourg). Il faut y ajouter désormais le courroux du mouvement réformateur (vous pouvez lire ici le point de vue d’Hervé Hasquin) qui menace de déposer plainte devant le conseil supérieur de l’audiovisuel. Le but de ce blog n’est pas de polémiquer avec le président du MR : ses commentaires relèvent du débat politique je ne porterai pas de jugements (tout au plus soulignera-t-on que la dénonciation par les partis politiques d’un éventuel parti pris des médias est un grand classique des campagnes électorales et que François Bayrou, pour prendre un exemple étranger, a su en tirer un très bon profit). Pour éclairer les lecteurs de ce billet je voudrai néanmoins apporter quelques précisions sur le partage du temps d’antenne.


La couverture de la campagne électorale se divise en deux périodes : une période de prudence, au cours de laquelle nous respectons les équilibres de l’assemblée sortante, et une période de campagne à proprement parler où nous nous efforçons d’arriver à une égalité de traitement entres les formations démocratiques.
Le « débat national » intervient donc dans la première période dite de « prudence » (la période de campagne débute 40 jours avant l’élection, donc, pour ces législatives 2007, le premier mai). Durant cette période pas d’égalité de traitement entre les formations politique mais un équilibre correspondant au rapport de force des élections de 2003. Dans cette période il faut comptabiliser le débat national ET le grand défi de Louis Michel. Le temps de parole PS/MR ne semble pas, vu de mon bureau, si déséquilibrée.

A la question "fallait-il faire le débat national ?", la réponse est forcément oui.

20 avril 2007

Frictions de fin de législature


Le dernier devoir d’une majorité est traditionnellement de boucler la leste des articles à réviser. C’est ce qu’impose l’article 195 de la constitution : ouvrir sous une législature, ce que l’on pourra changer sous la suivante, par un vote à la majorité des deux tiers. En 2003 il avait été décidé d’ouvrir à réviser cet article 195. Idée : simplifier la procédure pour pouvoir éviter les blocages institutionnels et changer plus facilement la constitution. Inutile de vous faire un dessin : l’article 195 est un verrou qui protège les francophones. En 2003 l’idée de toucher à cet article 195 avait déjà divisé les sénateurs, il n’y avait eu qu’une voix de différence. Il y a deux semaines les partis de la majorité (tous les présidents réunis autour du premier ministre) avaient pourtant convenu de reconduire la liste des articles ouverts à révision, article 195 inclus.
C’était sans compter sur les caractères forts de Jean Marie Happart et Anne Marie Lizin. Le groupe PS depuis hier fait donc entendre sa différence au sénat. A tel point que le MR a à son tour ruer dans les brancards : du genre « si le PS fait savoir qu’il a des états d’âme alors nous aussi, pas question d’être les seuls à respecter la consigne de vote ». Ce vendredi Didier Reynders et Christine Defraigne (chef de groupe au sénat) se sont donc retrouvés face à Philippe Moureaux et Frédéric Delcor (chef de cabinet d’Elio Di rupo) à la chancellerie du premier ministre. Guy Verhofstadt et Rennaat Landuyt (SPA) en position d’arbitres n’ont pas pu dénouer la crise. En commission Jean Marie Happart a donc voté contre l’ouverture à révision du 195, Anne Marie Lizin, puis le groupe MR se sont abstenus. En soi ce n’est pas une catastrophe. Le vote est resté positif (6 voix « pour », 4 « contre », et 4 abstentions) et à la chambre déjà Olivier Maingain s’était abstenu. Sur la forme en revanche cela indique une certaine instabilité de la coalition violette. Guy Verhofstadt, intervenu personnellement à deux reprises n’a plus les moyens d’imposer une ligne de conduite à l’ensemble des sénateurs de la majorité. Le fait que l’une des « rebelles » soit tête de liste au sénat ne simplifie pas les choses. On peut donc s’interroger sur la sincérité de l’accord passé entre partenaires de la majorité. Soit Elio Di Rupo n’est mesure d’imposer un vote à tous les sénateurs socialistes, Anne Marie Lizin y compris. Soit il a décidé de laisser une marge de manœuvre à la présidente du sénat en pleine campagne électorale. Stratégie dangereuse. Si la semaine prochaine, lors du vote en séance plénière le 195 venait à être recalé (on en est pas encore là, mais cela fait désormais partie des scénarios possibles) l’hypothèse d’une reconduction de la coalition violette aurait pris un sacré coup.

18 avril 2007

Une campagne en panne de projets

C’est un exercice auquel nous devrions nous astreindre plus souvent. Quels sont aujourd’hui les thèmes de campagne dominants ? Autour de quelle question le débat se focalise-t-il ? L’interrogation concerne aussi bien les hommes politiques que les journalistes politiques, et au final intéresse tous les citoyens.
Depuis plusieurs mois je vois pour ma part quatre thèmes dominants.

1) L’enjeu climatique

En France cette thématique portée par Nicolas Hulot a fait l’effet d’un feu de paille : montée très haut avec le pacte écologique elle a perdu du terrain ensuite. Chez nous la question du réchauffement climatique reste un thème important, relancé par la réunion du GIEC à Bruxelles. On peut même écrire que cette thématique a « structuré » la première partie de la campagne, permettant à chaque formation d’avancer un programme et un positionnement spécifique.

2) Le débat institutionnel et communautaire

C’est une question plus permanente et plus délicate pour les partis politiques. Permanente parce que le débat communautaire est une réalité et que les négociations gouvernementales de l’après élection tourneront autour de cette question. Délicate puisque la tactique impose de respecter un « front francophone ». Le CDH s’est toutefois démarqué en évoquant un « stop institutionnel », cependant peu réalisable en pratique. Ce débat communautaire est l’occasion de muscler les discours des ténors. Ce débat avantage les deux plus grands leaders francophones : Didier Reynders peut se prévaloir de la présence à ses coté du FDF, la formation politique la plus présente sur cette question, tandis qu’Elio Di Rupo, fort de son statut de ministre président wallon et fréquemment pris à parti par la presse flamande en tant que président du PS, se pose en « rempart » des francophones.

3) La bonne gouvernance et les affaires

Le thème est prégnant depuis les affaires carolorégiennes et a déjà fortement marqué les élections communales. Le parti socialiste est le plus en difficulté sur cette thématique. Soumis aux aléas de l’actualité et des enquêtes judiciaires ce thème est aussi celui qui peut le plus alimenter une défiance générale vis à vis des partis politiques traditionnels.

4) Les alliances possibles

Ces questions occupent une bonne partie des interviews politiques. Si le discours officiel indique souvent que les « électeurs choisissent » et qu’il est prématuré de répondre à cette question, la thématique est en réalité abordée presque en permanence tout au long de la campagne. Les récents propos de Serge Kubla ou ces déclarations de Didier Reynders au journal Métro indiquent que le MR en fait un thème central de cette seconde partie de campagne. Cette thématique produit, pour l'instant l'effet suivant : PS et CDh d'un coté, MR-écolo de l'autre.


Au final on constate que des questions centrales comme l’emploi, l’économie, la dette, la sécurité ou la politique étrangère ne sont pas aujourd’hui des thèmes dominants de cette campagne électorale. Ce relevé est évidemment très subjectif, et je n’ai pas les moyens d’être plus précis (sans doute un travail plus scientifique est-il mené dans l’une ou l’autre université). Il sera intéressant de voir si les congrès de parti et les meetings programmés à partir de la fin de la semaine modifient cette « cartographie thématique ».

Un appel à l'incivisme

C’est un débat en commission de l’intérieur du parlement flamand. Le ministre flamand de l’intérieur Marino Keulen répond aux parlementaires qui s’inquiètent des conditions d’organisation des prochaines élections dans l’arrondissement Bruxelles-Hal-Vilvoorde. La tonalité est claire : l’arrondissement aurait dû être scindé (ce souhait a même été voté par le parlement régional), les bourgmestres qui menacent de ne pas organiser les élections n’ont donc pas tout à fait tort (ceux ci estime que les élections de 2007 seront inconstitutionelles). Seul le député francophone Christian Van Eycken adopte une position différente, estimant qu'en l'état du droit l'arrondissement existe bel et bien. Réponse du ministre : « les bourgmestres qui n’organisent pas les élections ne seront pas sanctionnés ». La formule est franche et affirmative. Certes, l’organisation des élections législatives est placée sous la responsabilité du gouvernement fédéral. Il reviendra donc au ministre Dewael de pallier aux bourgmestres récalcitrants en demandant au gouverneur du brabant de veiller au bon déroulement du scrutin. Mais depuis le début de l’année ce sont bien les régions qui sont compétentes en matière de sanction. « Cela revient à dire à un automobiliste qu’il peut rouler à 80 kilometres quand c’est limité à 50, et qu’on ne le sanctionnera pas » commentait mardi soir Christian Van Eycken. Dans un pays de droit il est en effet surprenant d’entendre un ministre de l’intérieur « couvrir » une autorité qui refuse d’appliquer la législation. A fortiori lorsqu’il s’agit d’un acte aussi fondamental que l’organisation d’une élection. En Belgique, plus précisement en Flandre, c’est possible.