10 avril 2006

Petite leçon de sémantique


Dominique de Villepin a donc renoncé au Contrat Première Embauche. Après deux mois de manifestations et désordres divers le premier ministre français a confirmé ce matin que son "CPE" serait remplacé. Voilà pour l'essentile de l'info. L'interêt , pour moi, était de savoir quels mots utiliserait le premier ministre. Assez rapidement dans son intervention de Villepin dresse un constat : "les conditions nécessaires à la confiance ne sont pas réunies ni du côté des jeunes, ni du côté des entreprises pour permettre l'application du contrat première mbauche." C'est factuel, froid, presque clinique, cela permet à l'orateur de dire l'essentiel sans employer les mots "retrait" ou "abrogation". De Villepin précise juste que l'on "remplace" le paragraphe tant contesté par un nouveau dispositif. Un peu plus loin le premier minsitre tente quand même un "mea culpa " : "J'ai voulu proposer une solution forte, parce que j'ai la conviction qu'au-delà de l'engagement nécessaire de l'Etat, seul un meilleur équilibre entre plus de souplesse pour les entreprises et plus de sécurité pour les salariés nous permettra de rompre avec le chômage dans notre pays. Cela n'a pas été compris par tous, je le regrette. Le débat est désormais ouvert, nous ne devons pas le refermer. Je propose donc d'engager une discussion sans a priori avec les partenaires sociaux". D'un point de vue purement lexical De Villepin n'a donc pas cédé. Même si dans les faits, c'est bien le cas.

Sur le site officiel du premier ministre français, l'intégralité de sa déclaration.

07 avril 2006

Flafaut, lanterne (forcément) rouge


André Flahaut serait l’homme politique le moins populaire auprès des électeurs du CD&V et du Vlaams Belang. C’est ce qui ressort d’une enquête réalisée par le centre d’analyse de marketing politique et électoral de l’université flamande de Bruxelles (VUB) annonce ce vendredi l’agence Belga. Selon cette étude sur le seul électorat flamand baptisée «imagoscan 90 » (l’agence ne précise pas l’échantillon ni le détail des chiffres), seul Louis Michel aurait une image favorable auprès des électeurs de 3 formations sur 5 (VLD, Groen et SPA).
Elio Di Rupo serait bien noté par les électeurs du SPA et de Groen.

Relativisons l’info : que les hommes politiques francophones soit peu appréciés au nord, c’est assez logique. En lisant la presse flamande quotidiennement on pourrait même penser que cela pourrait être pire. On suggère d’ailleurs à l’ULB de mener la même enquête coté francophone. Il est peu probable qu’Yves Leterme, Franck Vandenbroucke ou Fientje Moerman obtiennent des scores canon.

Les chercheurs de la VUB devraient se rendre à l’évidence : la Belgique en tant que territoire politico-médiatique unique est désormais une fiction. Le nord et le sud évoluent dans deux systèmes médiatiques différents. Les infos développées, les personnalités les plus populaires, même les techniques d’écritures des journalistes ne sont pas les mêmes en Flandre et en Wallonie. Il n’est pas rare que les confrères francophones et flamands, le même jour au même endroit interrogent les mêmes ministres sur deux thèmes différents. Et les hommes politiques n’ont que peu d’intérêt à être populaires dans l’autre communauté, puisqu’ils n’y comptent pas d’électeurs potentiels. Recréer une circonscription nationale serait sans doute le seul moyen de contrer cette évolution. En attendant, André Flahaut se préoccupera toujours plus de Nivelles que d’Hasselt.

Timides candidats sur le web

Les prochaines élections communales seront elles un virage dans la communication politique avec une montée en puissance de l’Internet ? A 6 mois de l’échéance rien ne permet de le penser. Un exemple, Schaerbeek, enjeu sensible par excellence. Le site de Laurette Onkelinx www.onkelinx.be était ces jours ci en construction. Il vient de rouvrir aujourd’hui. Celui du bourgmestre sortant Bernard Clerfayt www.clerfayt.be aurait bien besoin d’être rafraîchi, puisque la page d’accueil fait toujours référence aux élections régionales de 2004 !
Coté site réussi on signalera celui de Christos Doulekridis , www.doulkeridis.be président écolo du parlement francophone bruxellois, recette de la moussaka maternelle incluse. Sur le site de Didier Reydners, www.didierreynders.be la priorité est donnée aux images (nous avouons un faible pour le diaporama de la visite de musée des sciences naturelles). Notez que l’adresse www.milquet.be renvoie au site du CDH et qu’Elio Di Rupo n’a pas de site personnel (ou je ne l’ai pas trouvé…). Pour l’instant Alain Destexhe peut encore se vanter d’être le seul élu francophone à avoir un blog alimenté quotidiennement www.destexhe.blogs.com .

Du coté des observateurs peu de blogs développent une vision positive où même simplement informative de la politique. Les blogs « citoyens » sont parfois à la limite du poujadisme. Je me permet de signaler, parce qu’ils sortent du lot, le site "t'as vu l'actu ?" de Ludovic Delory, confrère de Bel Rtl , http://ludovic.over-blog.net le blog bruxelles politique d’un certain « alex » http://bruxelles-politique.hautetfort.com . Enfin le journaliste David Leloup propose des réflexions sur la science et les médias www.david-leloup.blogspot.com

06 avril 2006

Mon bus n'est pas bilingue

On n'en finira jamais avec le ridicule. La société De Lijn (transports en commun de la région flamande) s'apprete à revoir l'affichage des destinations dans ses autobus. En cause une décision de la commission permanente de contrôle linguistique qui estime qu'en Flandre il n'est pas raisonable d'indiquer "bruxelles midi/ brussels zuid" et que la mention en langue néerlandaise est la seule autorisée. Soit.Mais la province du vlaams brabant s'apprete maintenant à demander des explications pour des dépliants bilingues disponibles à bord de ces autobus... (dont le terminus reste une région bruxelloise officilement bilingue). Et la société telenet (télédistribution) devra aussi expliquer pourquoi un écran en Français figure parmi ses pages télétexte... Tout cela se passe aux portes de Bruxelles. C'était notre rubrique "pourquoi les facilités sont indispensables"...

L'agenda est un moyen de pression

Renaat Landuyt introduira-til un recours en casssation contre le dernier arrêt de la cour d'appel de Bruxelles (chambre néerlandophone) dans le dossier des nuisances aériennes? La réponse ne va pas de soi. Certes le ministre a bien introduit de tels recours lors de deux décisions de justice précédentes. Mais il s'agissait des décisions d'une chambre francophone, favorables aux riverains de la périphérie Est de Bruxelles (majoritairement francophones), alors que cette 3ième décision est favorable à la périphérie Nord (majoritairement néerlandophone, je ne sais pas si tout le monde suit toujours...). Interpellé à la chambre le ministre n'avait d'ailleurs pas hésité à déclarer qu'il trouvait une logique "sociale" à ce troisième arret. En ne tentant pas de faire casser une décision de justice défavorable à l'état fédéral le ministre marquerait clairement sa préférence communautaire... et se mettrait ainsi hors-jeu pour les délicates négociations à venir avec les régions bruxelloise et flamande. Officiellement son cabinet indique ce jeudi que la question du recours est toujours à l'étude, et que le ministre a commandé une étude juridique sur sa faisabilité. Sa porte parole affirme que le délai pour introduire un tel recours est de 60 jours. Le ministre attendra donc probablement les deux réunions mentionnées dans le message précédent pour rendre sa décision publique.
En prenant le temps de la réflexion Renaat Landuyt s'offre donc un moyen de pression sur ses partenaires francophones du gouvernement fédéral et sur la région bruxelloise...

05 avril 2006

Renaat tenté par un passage en catimini ?


Renaat Landuyt ne pourra pas se passer d’un accord de coopération avec les régions bruxelloise et flamande. C’est ce qui ressort de l’avis rendu hier par le conseil d’Etat en extrême urgence sur l’avant projet de loi du ministre de la mobilité qui détermine la procédure à suivre pour fixer les plans de vol au départ de Bruxelles-National. Le conseil écrit notamment que les plans d’actions ne «peuvent être adoptés que par la voie d’un accord de coopération, compte tenu de l’imbrication des compétences régionales et fédérales ». Adopter le projet de loi sans avoir cet accord soulèverait donc de réelles difficultés. Ministres fédéraux, flamands et bruxellois se retrouveront le 19 avril en comité de concertation. Renaat Landuyt prévoit de faire adopter son texte par le conseil des ministres le 21, soit deux jours plus tard. Ce matin l’un de ses collaborateurs avait pourtant indiqué à l’agence Belga qu’il cherchait à obtenir cette adoption « avant la fin des vacances ». Comme aucune réunion du conseil n’est à l’agenda cela signifiait une adoption par procédure écrite, sans discussion des ministres. Politiquement, c’était difficilement soutenable…

Joelle et Guy au Grand Défi

Joelle Milquet, présidente du CDH (le 5 mai) et Guy Verhofstadt, premier ministre (le 19 mai) seront les prochains invités du "Grand Défi" l'émission politique de RTl TVI présentée par Katryn Brahy.

04 avril 2006

Les impôts, marqueur violet

Freya Van den Bosche (SPA) avait donné le ton a l'issue du contrôle budgétaire : en renforçant la lutte contre la fraude fiscale on allait "chercher de l'argent chez les gens qui trichent pour en faire bénéficier les gens qui en ont besoin". Le discours a été repris tel quel par le secrétaire d'état aux finances Hervé Jamar (MR). En détaillant les mesures qui devraient permettre aux services des finances de récupérer 380 millions supplémentaires en 2006, il indiquait ce mardi que le but de la lutte contre la fraude fiscale était de "redistribuer ces sommes aux citoyens et aux entreprises honnetes par le biais d'une nouvelle réforme fiscale." Libéraux et socialistes ont donc un argumentaire commun : en surveillant de pres les fraudeurs, on pourra baisser les impôts. Ce matin l'accent était donc mis sur la lutte contre les fraudes de grande envergure (TVA, faillittes frauduleuses) et accessoirement sur la surveillance des résidences secondaires (on estime que 8 maisons sur 10 construites par des belges en France sont dissimulées au fisc). Soit autant de marqueurs d'une politique " de gauche"... avant de décider (ce sera lors d'un conseil des ministres spécial le 26 avril) de la forme que prendra la nouvelle réforme fiscale...

03 avril 2006

Minder Brigitte, meer bevoegheid *


Elle a l'habitude de taper fort, et elle ne deçoit jamais ceux qui craignent le pire. Brigitte Grouwels (CD&V), secrétaire d'état du gouvernement bruxellois vient de se mettre les francophones a dos deux jours de suite. Ce dimanche, interrogée par Pascal Vrebos elle indiquait qu'entre un néerlandophone bilingue incompétent et un francophone unilingue hyper-compétent, elle choisissait le bilingue. Invitée ce lundi a préciser sa pensée elle enfonce le clou : "je ne connais personne a Bruxelles de super compétent qui ne parle pas le néerlandais". Et la secrétaire d'Etat d'expliquer que quelqu'un d'intelligent ayant suivi des cours de néerlandais doit forcément en avoir gardé quelque chose...
Quand on lui objecte qu'en disant cela elle ferme les portes de la fonction publique bruxelloise aux wallons, Brigitte bredouille... elle sait bien que la réglementation n'oblige pas les fonctionnaires bruxellois a etre bilingues.
Ce lundi soir les partis francophones ont donc fait part de leur irritation... Brigitte n' en est pas a sa premiere provocation communautaire. Pour Jacques Simonet (MR) il est temps que "Charles Picqué remette ses ministres flamands a leur place". Chritos Doulekridis (Ecolo) demandant lui au CD&V de s'expliquer..


(*)Moins de Brigitte, plus de compétence. Le slogan de Brigitte Grouwels aux élections régionales était "Minder frans, meer Brigitte"...

01 avril 2006

Belgique a bout, premier tabou


Peut-on imaginer un premier ministre francophone dans la Belgique actuelle ? La question est (re)posée apres l' interview de Rudy Demotte publiée ce matin par Het Latste Nieuws. Dans cet entretien le ministre de la santé indique que " ce serait mieux que le Premier ministre soit a nouveau flamand, pour la survie de la Belgique ". Le ministre de la santé rejette donc l'idée d'un premier ministre francophone. Pourtant, dans le cas ou le parti socialiste serait premier parti lors des prochaines élections législatives, Elio Di Rupo serait logiquement en position de briguer ce poste. Les efforts déployés par le président du PS pour accroitre sa connaissance du néerlandais laisse d'ailleurs penser que cette possibilité ne lui a pas échappée.
Dans la journée le porte parole de Rudy Demotte précisait donc a l'agence Belga que la question d'un premier ministre francophone ne devait pas etre considérée comme un tabou et que son ministre répondait en réalité a une question sur sa propre candidature. En clair il tentait de corriger le tir. Rudy Demotte avait visiblement marqué contre son camp.
Et pourtant, peut on donner tort au ministre de la santé ? Peut on sérieusement imaginer qu?un premier ministre francophone puisse avoir le soutien de l' opinion publique flamande dans le contexte actuel ? Accepter un tel poste ne reviendrait-il pas a se condamner a des renoncements douloureux sur le maintien de l?arrondissement Bruxelles- hal- vilvorde ou sur le financement de la région Bruxelloise ? Peut on imaginer qu'en se retrouvant premier ministre, et donc en position d'arbitre, un francophone, quelle que soit sa superficie électorale , puisse continuer a participer au front du refus ?