16 janvier 2007

Le dilemme des présidents

C’est la question de la semaine. Qui sera candidat au sénat ou à la chambre lors des élections de juin prochain ? L’arrêt de la cour d'arbitrage qui interdit désormais d’être candidat dans les deux chambres complique singulièrement la position des présidents de parti. Politiquement c’est la chambre qui compte : le rapport de force y est déterminant pour la constitution de la future majorité fédérale. Electoralement le sénat n’est pas dénué d’intérêt : il permet sur une grande circonscription de mesurer la popularité des uns et des autres (on se rappelle qu’en 2003 Louis Michel y avait devancé Elio Di Rupo de 4 000 voix et que Steve Stevaert avait dominé Guy Verhofstadt) ce qui n’est pas inutile quand on a la prétention d’être premier ministre. Choisir l’un c’est renoncer à l’autre, un véritable déchirement et un choix stratégique délicat. Seul Ecolo a clairement annoncé la couleur jusqu’à présent : Isabelle Durant sera tête de liste au sénat et Jean-Michel Javaux n’apparaitrait qu’en soutien de liste à la chambre en province de Liège. Elio Di Rupo, Didier Reynders et Joëlle Milquet y réfléchissent encore même si l’hypothèse d’une candidature à la chambre semble chaque jour avoir un peu plus leur faveur.

Posons le problème, et vous verrez qu’il n’est pas simple.


Pour le PS, hypothèse 1 : Elio Di Rupo est tête de liste au sénat. Il faut alors désigner une tête de liste à la chambre pour le Hainaut. Rudy Demotte, Marie Arena ou Christian Dupont auraient la lourde responsabilité de mener une liste « stratégique » : 10 des 25 députés socialistes sont hennuyers, et les affaires carolos peuvent rendre leur reconduction difficile. Il faut également arbitrer la répartition des places entre les 5 fédérations socialistes actives dans la province.


Hypothèse 2 : Elio Di Rupo choisit la chambre. Il faut désigner une tête de liste au sénat : Laurette Onkelinx étant sans doute appelée à conduire la liste de Bruxelles Hal Vilvorde, cet honneur pourrait être confié à Anne Marie Lizin.


Pour le MR, hypothèse 1 : Didier Reynders se présente à Liège. Il lui faut trouver une locomotive pour le sénat. On évoque les noms de Sabine Laruelle, Christine Defraigne ou Arman De Decker. Le dosage entre liégeois et adhérents des autres fédérations sera délicat.


Hypothèse 2 : Didier Reynders est en lice au sénat, Christine Defraigne et/ou Daniel Bacquelaine emmènent la liste à Liège.


Pour le CDH, hypothèse 1 : Joëlle Milquet emmène la liste à la chambre. André Antoine conduit celle du sénat.

Hypothèse 2 : la présidente préfère le sénat, il faut trouver une tête de liste à la chambre. Benoît Cerexhe semble alors le mieux placé.


Interrogations identiques en Flandre, même si Guy Verhofstadt a laissé entendre qu’il se présenterait à la chambre (et ferait donc l’impasse sur le sénat).

Pour l’instant chaque président observe son voisin. Les premières annonces devraient tomber le mois prochain.

8 commentaires:

Anonyme a dit…

Je pense que c'est une bonne chose que les hommes politiques doivent choisir entre la Chambre et le Sénat. Cela me semble plus sain. Ce qui me choque, c'est qu'Elio Di Rupo, président du PS, bourgmestre de Mons et ministre-président de la région wallone ait encore du temps à consacrer à la campagne électorale des élections législatives. Qu'il se présente à la Chambre ou au Sénat, il ne siégera pas. C'est berner les électeurs qui verront leur vote attribué à un suppléant inconnu. Belle leçon de démocratie...

philochar a dit…

Rien à ajouter à cette réflexion très pertinente...

Anonyme a dit…

Le cumul des mandats est un sérieux problème pour la démocratie. Un geste fort serait que tous les ministres de la Région wallone, de la Région Bruxelloise et de la Communauté française annoncent ensemble qu'ils ne se présentent pas aux élections pour se consacrer à leur travail de ministre. On peut toujours rêver...

Big Bill a dit…

Elio est le parangon des dérives de la politique belge, il est donc normal qu'il torpille les fondements du système représentatif. Et les Panurge, de le plébisciter.

Tous les arguments bricolés pour justifier le système des "empêchements" au lieu d'une réelle incompatibilité, en amont du vote, sont irrecevables.

Le système électoral est tellement perverti que plus personne ne remet en cause les spolliation de vote qu'il permet. Bel exemple d'ésotérisme qui confisque l'expression de sa volonté.

Au fait, c'ets la Cour d'Arbitrage qui s'est prononcée, pas la Cassation qui n'a aucun titre à intervenir en la matière.

Là aussi, tout le monde est largué quant à l'organisation et les compétences de nos juridictions si versatiles.

Anonyme a dit…

Je suis tout à fait d'accord avec les commentaires ci-dessus. Joëlle Milquet, Elio Di Rupo et Didier Reynders doivent montrer l'exemple et limiter leurs mandats. Etre "bourgmestre empêché" devrait être interdit par la loi afin de laisser la place à quelqu'un de moins connu mais qui se consacre uniquement à sa commune.

Jonathan Loriaux a dit…

Je n'ai toujours pas compris pouquoi on reproche aux élus régionaux de se présenter aux élections fédérales. Quoi de plus normal dans la mesure où ces élections ne tombent pas en même temps ?

Je ne suis pas pour la carièrisme politique, mais je ne vois pas pourquoi un député ou même un ministre régional ne pourrait pas prétendre sièger au parlement fédéral après son mandat régional.

On est tout de même bien d'accord que cela brouille la vision de l'électeur dans la mesure où il votera peut-être pour quelqu'un qui ne siègera que deux ans plus tard.

Anonyme a dit…

Cher Jonathan Loriaux, il me semble qu'un ministre à la région wallone ou à la communauté française a suffisamment de travail sans devoir se prêter encore une campagne électorale (à peine un an après les élections communales d'octobre 2006...). J'estime aussi que ces ministres doivent laisser une chance à d'autres personnes de se faire connaître. L'idéal serait que les femmes et hommes politiques choisissent leur carrière (fédérale ou régionale) et en restent là. Ce serait plus sain pour la démocratie et plus clair pour les électeurs qui ne s'y retrouvent plus entre tous les niveaux de pouvoir.

Anonyme a dit…

Je ne tiens pas à ce que nos hommes politiques fassent plein de concessions aux Flamands pour obtenir le poste de premier ministre francophone. Ce serait absurde. Avoir un premier ministre flamand n'a jamais empêché un ministre de se mettre en valeur (je pense, par exemple, à Louis Michel aux Affaires étrangères). A quand une circonscription nationale défendue notamment par le groupe Pavia (voir leur site Internet) et par quelques hommes politiques? Cela leur permettrait de faire le plein de voix (car il n'y a que cela qui semble les intéresser)...