10 avril 2014

Réformes fiscales : les promesses de chacun et ce que ça couterait

C'est le sujet chaud de la campagne : peut on faire baisser les impôts,  tout en garantissant la stabilité du budget de l'Etat fédéral ? Le sujet est un thème de campagne abondamment débattu et commenté, et je vous avais promis d'y revenir (le fact-checking est le terme à la mode)  et de lister les principales propositions, histoire de vous aider à comprendre ce dossier complexe (et que ceux de mes lecteurs qui sont électeurs -il y en a quelques-uns-  puissent se prononcer en connaissance de cause) .


Le Mouvement Réformateur

Ce mercredi  le Mouvement Réformateur a apporté à la presse quelques précisions sur son projet, commençons donc par cette réforme libérale qui a déjà fait couler tant d'encre.
 
Les objectifs affichés des libéraux sont les suivants : baisser l'impôt des bas revenus pour lutter les pièges à l'emploi, rendre du pouvoir d'achat aux revenus moyens grâce à un plus grande progressivité de l'impôt, baisser le taux nominal de l'impôt des société et œuvre en faveur de la relance économique.

Concrètement le MR propose la création d'un taux zéro pour les revenus inférieurs à 13 000 euros annuels (cela signifie que ces revenus ne sont plus taxés). Cet impôt zéro serait limité à ceux qui gagnent moins de 50 000 euros (jusqu'à 70 000 euros en fonction de la composition du ménage). Cela implique un effet de seuil en l'état actuel des explications (ceux qui sont juste en dessous du seuil ont tout à gagner, ceux qui sont juste au dessus des 50 000 paieront autant qu'avant).

L'autre proposition phare du MR, même si elle est moins mise en avant, est la réforme des tranches d'imposition.
Pas de document à ce stade, mais d'après les interviews données jusqu'à présent le MR propose un nouveau barème qui passerait de 5 à 3 tranches. Pour les revenus entre 13 000 et 37 330 euros un barème de 25%, puis 40% pour les revenus entre 37 330 et  50 000 euros et un taux de 50% au delà de 50 000 euros. Cette réforme des tranches profite pleinement aux salaires moyens et aux salaires supérieurs, mais les libéraux précise bien qu'il s'agit d'un objectif à atteindre, pas d'une mesure aujourd'hui clairement arrêtée.


Reste la question centrale. Combien cette réforme va-t-elle coûter ? Charles Michel avait avancé le chiffre de 5 milliard (mais en précisant aujourd'hui qu'il visait uniquement le taux zéro). Pour la KUL (université catholique de Louvain, peu suspecte d'être aux mains du PS ou du PTB)  on en était à 15 milliards et le PS avançait le chiffre de 20. Je vous passe les péripéties qui font que l'on compare des pommes et des poires et l'imbroglio qui fait que la KUL n'aurait pas eu toutes les données en main (notamment que la mesure ne s'appliquait plus pour ceux dont les revenus sont supérieurs à 50 000 euros).  Lors de son dernier point presse l'équipe de Charles Michel a reconnu que le coût global était de 6,9 milliard, comme le montre le document ci-dessous.




 Ce chiffre de 6, 9 milliard mérite qu'on s'y arrête. D'abord il est supérieur à ce qui avait été annoncé jusqu'ici. Ensuite il intègre un effet retour (c'est l'aspect vertueux des baisses de fiscalité ou baisse de charges qui relancent la consommation ou les embauches) estimé à 30%, ce qui est une estimation relativement optimiste.  C'est donc un coût net et pas un coût brut  (et le coût net de la seule augmentation de  la quotité exemptée est de 6 milliard).  Le coût de modification des tranches n'est pas inclus, alors qu'il risque d'alourdir encore la facture , l'idée libérale serait de les modifier en fonction de la situation macro-économique (en clair la réforme verrait le jour lorsque ce coût supplémentaire serait absorbé par la croissance). En d'autres termes, si le MR veut aller jusqu'au bout de sa réforme fiscale la facture sera bien supérieure à 6,9 milliards.

Enfin,  les libéraux restent très discrets sur la manière de compenser ce montant (même si vous êtes nul en gestion, je vous rappelle que le budget fédéral doit atteindre l'équilibre en 2015, engagement pris devant les instances européennes, et que ce qu'on offre d'un côté au contribuable doit donc être forcément compensé d'un autre, soit en baissant les dépenses soit en trouvant de nouvelles recettes). Oralement les libéraux évoquent une simplification des structures intercommunales, une réforme de la gestion des TEC ou le non-renouvellement des départs naturels dans la fonction publique wallonne. Ce raisonnement est spécieux, d'abord parce qu'il fait peser sur un niveau de pouvoir (la région) des décisions prise par un autre (le fédéral) et ensuite parce que les montants ne sont absolument pas comparables.

Sur Bel RTL Marie-Christine Marghem a même avancé qu'il ne fallait pas de compensation, ce qui revient à creuser le déficit de 6,9 milliards.... je doute qu'Olivier Chastel (ministre du budget) ou Didier Reynders (vice premier ministre) puisse sérieusement  tenir cette position lors d'une discussion budgétaire. Pour crédibiliser son projet de réforme le MR doit donc aujourd'hui crédibiliser les moyens de son financement. A ce stade je n'ai pas reçu de tableau qui explique comment le MR compte s'y prendre.

Marie-Christine Marghem : l’interview politique



Le Parti Socialiste


Le Parti Socialiste s'oppose frontalement , comme les plus perspicaces de mes lecteurs l'ont sans doute noté,  aux projets du Mouvement Réformateur et propose sa propre vision fiscale en insistant sur le caractère neutre de ses propositions. Au PS on évoque la notion de "shift" et pas de "réforme" : il s'agit de basculer la fiscalité d'un point vers un autre mais sans toucher à la masse globale, il n'y a donc pas de baisse d'impôt dans l'absolu (ce que les libéraux ne manqueront pas de  souligner) mais une répartition différente de l'impôt comme vous le verrez dans les tableaux ci-dessous.

Le PS propose 3 milliards de mesures pour le pouvoir d'achat, grâce à une réduction des cotisations sociales sur les bas salaires (techniquement  le bonus social  qui profite aux revenus inférieurs à 1 550 euros net, serait étendu jusqu'aux salaires de  2000 euros net par mois, cela représente un gain de 120 euros pour chaque salarié  ) avec un effort particulier sur les jeunes (+160 euros net par mois) et âgés (210 euros nets/mois). Le PS prévoit aussi d'augmenter les allocations d'1,5 million d'allocataires.

Au niveau de l'impôt des sociétés (ISOC)  les socialistes supprimeraient les intérêts notionnels pour les remplacer par des mesures en faveur des PME qui emploient des jeunes peu qualifiés (700 millions) ou encore un soutien à la formation et à l'investissement (580 millions).


Fiscalité sur le capital et la fortune 
              TAX SHIFT
Fiscalité sur le travail et des allocations des plus fragiles
Lutte contre la fraude fiscale 
Objectif : augmenter le pouvoir d’achat : 3 Mds



Intérêts notionnels
CIBLAGE 
  Soutien aux entreprises
       (surtout PME !)
Objectif : soutenir la création d’emplois durables : 1,5 Md


Pour financer son projet de réforme le PS propose un impôt sur la fortune qui toucherait 80 000 personnes et rapporterait 400 millions (une taxe de 1% pour les patrimoines supérieurs à 1 250 000
 euros, hors maison d'habitation et biens liés à l'activités professionnelle).

Il propose aussi et surtout de taxer à 25% tous les gains liés au plus values sur action, de supprimer certaines exonérations et d'instaurer une taxe sur les transactions financières : ce qui rapporterait au total 1,1 milliard. C'est plus substantiel et cela touche plus d'épargnant que l'impôt sur les grands patrimoines (et c'est donc moins mis en avant).

Les socialistes espèrent également renforcer la lutte contre la fraude et en retirer 1,5 milliard, notamment en renforçant les parquets .

Question : le "shift" (ou glissement)  fiscal du PS est-il crédible ?  On pourrait répondre oui dans les grandes lignes. On notera d'ailleurs que le PS a fait le choix de ne pas intégrer d'effet retour dans ses calculs, estimant que celui -ci diminue avec le temps.

Mais on objectera deux éléments au PS. D'abord le montant d'1,5 milliard de lutte contre la fraude : il est élevé et le PS ne détaille pas vraiment les investissements nécessaires (renforcer les parquets n'est pas gratuit, et les délinquants fiscaux sont des criminels comme les autres, ils s'adaptent et trouveront d'autres techniques... croire qu'on récupérera un tel montant de manière durable est donc un pari audacieux). Ensuite un chambardement des règles  de l'impôt des sociétés n'est jamais sans conséquences. Croire qu'on peut supprimer les intérêts notionnels du jour au lendemain sans voir des entreprises partir, et donc les recettes de l'ISOC diminuer, relève plus de la posture de campagne que du réalisme gouvernemental.

Le Centre Démocrate Humaniste


Le CDH propose lui aussi d'avoir un impôt à 0% pour les bas salaires. Il propose que cette mesure soit valable sur 11 000 premiers euros. Ensuite le parti de Benoit Lutgen propose un barème progressif (voir le tableau ci dessous).  Vous noterez que ce bareme est très progressif, et que pour les salaires supérieurs (à partir de 50 000 euros par an) il est plus favorable que les propositions libérales, les défenseurs des gros salaires ne sont pas toujours ceux qu'on croit. 

Le barème d’imposition voulu par le cdH
Revenus imposables (€)
Taux d'imposition effectif
11.000
0%
15.000
10%
18.500
15%
22.000
20%
27.500
25%
36.500
30%
50.000
35%
58.000
37,50%
75.000
40%
100.000
42,50%
150.000
45%
300.000
47,50%
500.000 et au-delà
50%

 
 
Le CDH annonce également un nouveau système de réduction d'impots pour les personne à charge : 843 (+40)  euros pour un enfant, 1 775 (+61)  pour deux, 7 705 (+79)  pour 3 enfants, etc...
Les centristes proposent également d'augmenter la réduction forfaitaire pour le secteur marchand, qui passerait de 450 euros à 540 euros ; d'augmenter le complément bas salaires, de manière à supprimer toute cotisation sur le salaire minimum, de supprimer les cotisations sur les jeunes en stage de réinsertion professionnelle.
Côté ISOC CDH propose également de ramener l'impôt des sociétés de 33,99 à 30% puis à 25% dans un second temps. Le taux d'imposition des PME dont le revenu imposable est inférieur à 150 000 euros serait de 25%. Le parti de Benoit Lutgen souhaite également supprimer en 5 ans les intérêts notionnels.
 
Pour le CEPESS (centre d'étude lié au parti) la réforme serait neutre budgétairement car le CDH espère récupérer 1,3 milliards par le biais de la lutte contre la fraude. Le CDH créerait en outre  une taxation européenne pour les produits  en provenance d'Etats qui ont des normes humaines sociales et environnementales inférieures à celles de l'union. On peut douter  de la crédibilité de cette recette  estimée à 2,3  milliards alors qu'elle dépend d'une décision des partenaires de l'union européenne. En son absence la réforme CDH accuserait donc un déficit d'environ 2 milliards. On notera que le coût de l'augmentation de la quotité exemptée d'impôt a été estimé ici à 6, 4 milliards.
 
 

 
Le tableau du CEPESS :


ISOC
Dépenses
Recettes
Diminution du taux d’imposition à 30%
Coût : 1.250 mios
Suppression des intérêts notionnels
Gain : 3.000 mios
Réinstauration de la déduction pour investissement
Coût : 500 mios
Réduction de cotisations patronales
Coût : 1.250 mios
TOTAL DEPENSES : 3 milliards
TOTAL RECETTES : 3 milliards
IPP
Augmentation quotité exemptée
Coût : 6.400 mios
Revenus du capital
Gain : 3.400 mios
Meilleure prise en compte de la situation familiale
Coût : 600 mios
Normes humaines environnementales
Gain : 2.300 mios
Lutte contre la fraude
Gain : 1.300 mios
TOTAL DEPENSES : 7 milliards
TOTAL RECETTES : 7 milliards




Ecolo

 Le parti écologiste propose une série de mesures, dont la plus spectaculaire est probablement l'intégration de tous les revenus (comprenez, les salaires, mais aussi les revenus mobiliers et immobilier)  dans le calcul d'un impôt global  : les revenus du travail sont taxés à l’IPP selon une échelle progressive, tandis que les autres types de revenus sont taxés de manière forfaitaire, à des taux plus bas (entre 15 % et 25 % pour les intérêts, 25 % pour les dividendes) pour le parti il faudrait donc que tous les revenus fassent l'objet d'un impôt progressif.

Comme Ecolo propose par ailleurs d’augmenter la quotité exemptée d’impôt,  l’opération serait  neutre ou positive pour les épargnants dont les revenus financiers sont peu élevés.La quotité exemptée d’impôt serait ainsi relevée à 12 000 euros pour les contribuables dont le revenu est inférieur ou égal à 40 000 € par an. A partir d’un revenu annuel imposable de 40 000 €, la quotité exemptée d’impôt diminuerait progressivement jusqu’à retrouver son niveau actuel.


Dans le même objectif de renforcer la progressivité de l’impôt et en complément de la globalisation des revenus, Ecolo propose de réintroduire des tranches d’impôt supérieures à 50 % pour les revenus les plus élevés, à partir de 250 000 € imposables qui correspondent à la rémunération maximale du secteur public. Le parti écologiste va donc plus loin que le PS dans la taxation des revenus supérieurs.


Enfin, Ecolo propose lui aussi  de taxer les plus-values sur actions, issues de la spéculation  et d’instaurer une cotisation de crise sur les patrimoines supérieurs à 1 million d’euros, qui seraient taxés à hauteur de 1 % à 1,5 %, avec une exonération dans la base de calcul de l’habitation principale ainsi que des biens productifs utilisés dans le cadre d’une activité professionnelle

 

Je n'ai pas de tableaux à vous proposer pour Ecolo, mais je continue de chercher.

 
 
 
 



09 avril 2014

Accord pour une liste Union des Francophones en Brabant flamand

C'était l'une des bisbrouilles des derniers mois : les partis francophones pouvaient-ils se mettre d'accord pour présenter une liste commune en Brabant Flamand ? Avec le divorce MR/FDF et le vote sur la réforme de l'Etat, les états-majors se déchiraient. Pas question de favoriser l'élection d'un FDF qui n'a pas soutenu cette réforme disaient les uns. Pas  question de sanctionner Christian Van Eyken, député régional sortant répondaient les autres.

Finalement l'accord est tombé. Il y aura bien une liste UF aux prochaines élections régionales et Christian Van Eyken (député régional sortant FDF) sera bien tête de liste. En compensation le MR obtient la seconde place et l'accord prévoit d'inverser lors de la prochaine législature (en 2019 le Mouvement Réformateur aura donc la première place). Le CDH obtient la première suppléance, le PS devrait l'avoir en 2019. Ecolo, qui est allié avec Groen, ne joue pas dans la pièce.

Selon mes informations l'accord remonte à jeudi dernier et a été pris lors d'une réunion à laquelle participaient  Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Olivier Maingain et Benoit Lutgen.  L'enjeu est de maintenir une présence francophone au parlement régional flamand (on estime à plus de 300 000 le nombre de francophones vivant en Flandre, dont la moitié dans la province du Brabant Flamand). Les plus enthousiastes n'excluent pas que la liste UF puisse même décrocher un deuxième siège.

Attention, l'accord n'est valable que pour les élections régionales. Pour les législatives il n'y aura pas de liste Union des Francophones. Les partis  francophones préfèrent inciter les électeurs des communes à facilités à voter pour les listes de l'arrondissement de Bruxelles comme le leur permet la 6ieme  réforme de l'Etat.

UPDATE à 14h45 : d'après l'agence Belga ce n'est pas Benoit Lutgen mais Benoit Cerexhe qui représentait le CDH à cette réunion. Nos excuses aux deux Benoit intéressés.

UPDATE 2 à 18h : un  autre volet de l'accord concerne les prochaines élections provinciales. Le MR et le PS auront les têtes de liste dans les deux cantons concernés à cette occasion.

03 avril 2014

Pascal Delwit et les 2 visages du PTB



J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire dans une précédente chronique : il n'est pas facile de saisir ce qu'est réellement le Parti du Travail de Belgique. Parce que Raoul Heddebouw et Peter Mertens, qui dirigent et incarnent le PTB côté francophone et néerlandophone, ont réussi ces dernières années une opération de marketing (ils vont détester le terme) sans précédent : changer radicalement l'image d'un parti marxiste microscopique et perçu comme sectaire en un mouvement proteiforme militant, offensif mais ouvert, protestataire   mais sympathique,  médiatiquement reconnu et désirable pour de nombreux électeurs. 
Pour tous ceux qui le liront, l'ouvrage de Pascal Delwit ( PTB , nouvelle gauche vieille recette, éditions Luc Pire) permet de se faire une idée précise et sans ambiguïté de ce qu'est ce parti, au delà de sa superficielle (mais très réussie) communication publique. J'ai déjà expliqué dans ce blog que les militants du PTB étant particulièrement bien formés aux techniques de communication et que c'est finalement sur le terrain international qu'il était le plus facile de saisir leurs références et leur idéologie véritable. C'est donc sans surprise par un long détour consacré au soutien au communisme chinois que Pascal Delwit nous entraîne . Le talent de l'auteur est d'avoir combiné des recherches d'historien avec ses compétences de politologue et d'y avoir ajouté un travail d'enquête proche du journalisme en allant à la recherche de documents et en réalisant toute une série d'entretiens, auprès des dirigeants du parti, de ses militants ou de ceux qui l'ont quitté. Fort de 6800 adhérents, le PTB a aujourd'hui conquis une influence considerable sur le debat politique, grâce au discours de ses principaux leaders dans les médias combiné à  une politique d'entrisme (Trotsky, ce faux-frère n'est pas loin) dans les syndicats, ou encore grâce aux organisations satellites que sont Médecine du Peuple ou le Comac (mouvement de jeunesse qui compte 700 adhérents très actifs). 
Mais qui  sait encore que le PTB est un parti communiste pur et dur qui se reclame du Marxisme-Léninisme  ? Que ses militants, se donnant corps et âmes , faisaient quasi vœu de pauvreté et  reversaient (faut-il réellement employer l'imparfait ?) une partie substantielle de leur salaire à l'organisation , s'interdisant par exemple l'achat d'un bien immobilier ? Qui se souvient que l'organisation a connu des hauts et des bas qui se sont traduit par des "rectifications" et autant de départs ? Pascal Delwit détaille ces soubresauts minutieusement et livre de nombreuses citations de courrier ou de PV de réunion (on écrit  beaucoup chez les marxistes, ce qui est une grande qualité, je le dis sans ironie). Le mérite de l'auteur est d'autant plus grand que le PTB verrouille ses archives et contrôle toujours plus sa communication. J'ai ainsi ou moi-même constater qu'un document cité lors d'une interview radio (celle de Josy Dubié) qui attestait du caractere révolutionnaire du parti (comprenez peu compatible avec la democratie parlementaire) n'était plus accessible quelques jours plus tard. Pascal Delwit a rencontré les mêmes difficultés dans ses recherches. Il décrit un parti qui présente volontiers  une salle de restaurant flambant neuve mais dont la cuisine interne doit rester soigneusement cachée. Comme le politologue ne se refait pas, vous trouverez aussi de nombreux tableaux des résultats électoraux obtenu par le PTB dans le passé et une analyse de son électorat, le rappel de ses différentes campagnes, l'influence des  partis frères, notamment le SP néerlandais, etc. 
L'ouvrage explique donc parfaitement pourquoi ce PTB aux deux visages est devenu si influent. Peut être même que les dirigeants des partis traditionnels devraient le lire. Pour comprendre que quelques recettes simples permettent de porter loin un discours efficace. Et on conseillera aux journalistes et même aux électeurs de le lire aussi. On est jamais trop informé. 


01 avril 2014

Vive le débat fiscal !

Dans ce pays il est courant de critiquer et moquer les hommes et les femmes politiques. De dire à quel point ils sont nombrilistes et  déconnectés des préoccupations des citoyens. Et je lis parfois même certains commentaires où les élus sont accusés de mettre en place un 'système' à leur profit personnel. Ce n'est rien d'autre que du populisme. Je suis peiné chaque fois qu'un journal reprend de telles arguties réductrices et caricaturales à son compte (et je dois bien admettre que certains titres et certains forums s'en font une spécialité) au prétexte de donner la parole aux lecteurs/téléspectateurs.

Dimanche j'ai ainsi eu l'occasion de participer à Controverse, et j'ai eu la surprise de voir des commentaires d'internautes qui allaient tous dans ce sens. C'était d'autant plus ridicule et malsain que le débat organisé par Dominique Demoulin était particulièrement vif et éclairant. Pourvoir pendant près d'une heure parler de fiscalité et du fonctionnement de la démocratie représentative, envisager des pistes de démocratie participative (ce qui est tres rare dans un média grand public  mais pu etre fait grâce à la présence de David Van Reybrouck ) et souligner les lignes de clivage ideologique, c'est le dur du débat politique. C'est tout l'honneur de la télévision de permettre qu'il ait lieu et soit vu par le plus grand nombre.
 
Au delà de ce débat en particulier  c'est toute cette première séquence de campagne qui mériterait d'être soulignée et saluee. L'affrontement entre les partis sur le thème de la fiscalité nous ramène à l'essence du débat politique : le choix entre différentes politiques publiques qui correspondent à des sensibilités distinctes, moins d'interventions de l'Etat pour les uns, maintien de la solidarité pour d'autres. Comme on l'aura vu dimanche ouvrir le débat de la fiscalité permet à chacun de rappeler ses fondamentaux en plaçant des éléments de langage significatifs ( on ainsi pu entendre Charles Michel demander la reduction du nombre d'intercommunales, Paul Magnette indiquer qu'on ne toucherait pas à la sécurité sociale par exemple). Donc non, contrairement aux discours populistes, la politique ce n'est pas un refrain de Stromae et les partis ne sont pas tous les mêmes, il ne faut surtout pas en avoir marre. 
Au cours de ce débat j'ai tendu une perche aux présidents de partis : pouvoir récolter sous forme de tableaux chiffrés les propositions de chacun, j'espère pouvoir vous les publier ici dans quelques jours, histoire de continuer à éclairer le débat.

Cette séquence  fiscale a donc une vertu pédagogique, même s'il faut en relativiser la portée.  Ceux qui s'intéressent à la gestion de l'Etat fédéral savent que la question des impôts est une porte d'entrée dans un ensemble de décision bien plus complexe. Les politiques fiscales et économiques (la relance, l'emploi) doivent être pensées globalement et elles ne peuvent faire abstraction de la croissance ou de son absence (une periode de stagnation ne permet pas les mêmes decisions qu'une croissance soutenue, cette variable est absente du débat car les partis proposent à ce stade des programmes figés). Surtout on ne peut pas négliger deux autres données fondamentales qui sont le vieillissement de la population (quel type de retraites voulons-nous, à quel âge, avec quelle qualité de soins de santé) et l'endettement de la Belgique (à quel rythme remboursons-nous). Réfléchissez encore deux minutes de plus et vous arriverez à la conclusion que les investissements dans la recherche, la qualité de l'éducation, nos modes de déplacements participent également à notre prospérité de demain. C'est ça la difficulté et la noblesse de la décision politique, et ses limites parfois : un ensemble de leviers extrêmement complexes  qui, actionnés tous ensembles,  doivent essayer de faire sens et transformer la société (si possible en mieux). On est très loin du populiste "tous pourris". 

J'emploie le terme de "séquence fiscale" car il me semble que nous arriverons bientôt au terme de ce premier débat. D'autres thèmes de campagne s'imposeront sans doute. Le communautaire rôde toujours, et il ne faudrait pas grand chose pour qu'il revienne au devant de la scène. À Bruxelles la mobilisation citoyenne autour du survol de la capitale  (1000 personnes à Auderghem il y a quelques jours, 300 à Etterbeek ce lundi soir) pourrait imposer les nuisances  sonores au cœur du débat régional. Et on ne sait pas ce que l'actualité nous réserve. Tant mieux. Le débat politique n'est pas qu'un show pour la télévision. C'est une confrontation d'idee pour nous aider à administrer au mieux la cité. Que le débat soit réel et vif, que les clivages existent, que l'on puissent entendre les arguments, les démocrates s'en réjouissent.