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01 janvier 2015

L'année des 3 M

Je ne crois pas au couperet du premier janvier. Il n'y a pas un "avant" et un "après" l'année nouvelle, mais bien des évolutions, une continuité et des ruptures qui peuvent survenir à n'importe quel moment. La date, accompagnée d'une certaine torpeur de l'actualité est neamoins propice aux bilans et aux exercices prospectifs. Le marronnier journalistique perd ses feuilles en automne et fouille sa mémoire en décembre, c'est un rituel immuable. L'auteur de ce blog n'étant pas plus malin que ses confrères sacrifiera donc à la tradition : profitons du moment pour tirer un bilan, un arrêt sur image, une photographie instantanée. Mais puisque je ne crois pas que la césure soit si nette, jetons aussi un œil sur l'année à venir. 

L'année 2014 est d'abord l'année qui aura vu un francophone succéder à un autre francophone au poste de premier ministre. Avouons-le d'emblée : je n'aurai pas  parié sur Charles Michel en début d'année. Je pense que je ne suis pas le seul. Son accession à la fonction de chef de gouvernement fut une surprise majeure. Certes des contacts entre les libéraux francophones les sociaux chrétiens néerlandophones et la NVA existait. On a même pu voir au cours de la crise des 540 jours que des majorités alternatives pouvaient voir le jour à la chambre sur des projets précis. Décoder que cela préfigurait une coalition en bonne et due forme avait échappé à la plupart des analystes (même si l'auteur de ce blog fut l'un des premiers à écrire que la "kamikaze", comme on disait a l'époque,  devait être tentée). Charles Michel est donc une surprise. On retiendra l'image de son discours de politique générale à la chambre, ou lui même semble étonné d'être à la tribune, comme otage d'un destin qu'il ne maîtrise pas face à une opposition plus virulente que jamais. Le nouvel homme du 16 a pris depuis un peu d'assurance et d'autorité. Certes Bart De Wever reste dans l'ombre, c'est une évidence. Mais reconnaissons que sous le gouvernement précédent ce n'était pas non plus Elio Di Rupo qui faisait seul la pluie et le beau temps. L'époque des premiers ministres capables d'incarner l'ensemble de l'équipe dans le style Dehaene ou Verhofstadt est sans doute révolu, 2014 nous le confirme. Les première semaines du nouveau premier ministre furent catastrophiques : incapable de calmer la bronca parlementaire au risque d'en paraître inexpérimenté,  contraint de ménager la NVA au point d'en paraître l'otage, impuissant face à la crise morale que représentent des propos favorables à la collaboration au point d'en paraître sans honneur, timide  sur les projets de réforme fiscale au point d'en paraître sans boussole. La fin d'année fut bien meilleure. Il y eut d'abord ce premier accord entre partenaires sociaux, puis ce sentiment que la réforme fiscale devenait possible et que le gouvernement, sous l'influence du CD&V, lui-même sous la pression du syndicat chrétien, en revenait à une politique sociale plus équilibrée. Charles Michel a commencé comme premier ministre d'un gouvernement clivant, sous domination flamande, il sait qu'il doit devenir premier ministre de tous les belges si il veut réussir son pari. Cela impose de pouvoir tordre le bras de temps à autre à un Bart De Wever qui n'a rien perdu de sa force médiatique. 

De mon poste d'observation bruxellois, l'autre homme clef de 2014 est Yvan Mayeur. Officiellement bourgmestre depuis le 13 décembre 2013 le nouveau maïeur de Bruxelles a frappé fort dès la première année. Réformer la police, vouloir mettre des caméras dans les commissariats, confirmer les projets de stade et de réaménagement du Heyzel, lancer une vaste zone piétonne. Mayeur et sa majorité réforment à toute allure. Avec de la casse et des polémiques mais au final avec des résultats. Le dossier du feu d'artifice est assez emblématique : beaucoup de bruit, des prises de position partisanes, une presse pas vraiment favorable  mais au final des festivités populaires  bien visibles. Yvan Mayeur n'a pas que des amis et ses méthodes irritent. La forte représentation du syndicat liberal aussi bien parmi les policiers que parmi les pompiers bruxellois le chatouille. On notera pourtant  que Mayeur s'appuie sur un partenaire liberal pour avancer. On notera aussi qu'il commence médiatiquement à faire de l'ombre aux autres socialistes bruxellois : Rudi Vervoort et Laurette Onkelinx devraient commencer à s'en inquiéter. Si Freddy Thielemans incarnait un bourgmestre bon enfant dont le maiorat était une fin en soi, son successeur propose  un autre profil et pourrait nourrir une autre ambition.  

Le troisième M de cette chronique est évidement Paul Magnette. En devenant ministre-président wallon le bourgmestre de Charleroi monte d'un cran dans l'appareil socialiste. Il devient, si Laurette Onkelinx s'efface, un dauphin potentiel d'Elio Di Rupo. A la tête d'un exécutif Paul Magnette doit désormais traduire l'image d'une gauche moderne qu'il incarne dans un bilan. Ce ne sera pas le plus simple, il devra pour cela passer du verbe aux chiffres : la performance économique, le recul de la misère en Wallonie seront son vrai bilan. Surtout, son accession à la ministre-présidence en fait une cible de ses adversaires politiques. 

Observez-bien ces trois M en 2015. Mayeur et Magnette n'épargneront pas la NVA. De leur poste local ou régional ils incarnent la résistance socialiste au nouveau pouvoir fédéral. Michel leur répondra probablement en les rappelant à leurs devoirs légaux. Car ce que nous a appris l'année 2014 c'est surtout que la Belgique était passé d'un système de consensus à une politique de l'affrontement. Notre système autrefois basé sur la concertation et les compromis se rapproche du debat français avec vainqueurs et vaincus. En 2014 l'expression politique a du prendre ce virage qui permet de parler haut et clair et d'avoir des gouvernements politiquement cohérents. Elle a gagné en lisibilité ce qu'elle a perdu en subtilité, mais cela ne devrait pas déplaire au citoyen. 2014 est l'année des 3 M pour Michel, Mayeur et Magnette.. Mais aussi pour des Majorités Matures et Martiales. 

01 avril 2014

Vive le débat fiscal !

Dans ce pays il est courant de critiquer et moquer les hommes et les femmes politiques. De dire à quel point ils sont nombrilistes et  déconnectés des préoccupations des citoyens. Et je lis parfois même certains commentaires où les élus sont accusés de mettre en place un 'système' à leur profit personnel. Ce n'est rien d'autre que du populisme. Je suis peiné chaque fois qu'un journal reprend de telles arguties réductrices et caricaturales à son compte (et je dois bien admettre que certains titres et certains forums s'en font une spécialité) au prétexte de donner la parole aux lecteurs/téléspectateurs.

Dimanche j'ai ainsi eu l'occasion de participer à Controverse, et j'ai eu la surprise de voir des commentaires d'internautes qui allaient tous dans ce sens. C'était d'autant plus ridicule et malsain que le débat organisé par Dominique Demoulin était particulièrement vif et éclairant. Pourvoir pendant près d'une heure parler de fiscalité et du fonctionnement de la démocratie représentative, envisager des pistes de démocratie participative (ce qui est tres rare dans un média grand public  mais pu etre fait grâce à la présence de David Van Reybrouck ) et souligner les lignes de clivage ideologique, c'est le dur du débat politique. C'est tout l'honneur de la télévision de permettre qu'il ait lieu et soit vu par le plus grand nombre.
 
Au delà de ce débat en particulier  c'est toute cette première séquence de campagne qui mériterait d'être soulignée et saluee. L'affrontement entre les partis sur le thème de la fiscalité nous ramène à l'essence du débat politique : le choix entre différentes politiques publiques qui correspondent à des sensibilités distinctes, moins d'interventions de l'Etat pour les uns, maintien de la solidarité pour d'autres. Comme on l'aura vu dimanche ouvrir le débat de la fiscalité permet à chacun de rappeler ses fondamentaux en plaçant des éléments de langage significatifs ( on ainsi pu entendre Charles Michel demander la reduction du nombre d'intercommunales, Paul Magnette indiquer qu'on ne toucherait pas à la sécurité sociale par exemple). Donc non, contrairement aux discours populistes, la politique ce n'est pas un refrain de Stromae et les partis ne sont pas tous les mêmes, il ne faut surtout pas en avoir marre. 
Au cours de ce débat j'ai tendu une perche aux présidents de partis : pouvoir récolter sous forme de tableaux chiffrés les propositions de chacun, j'espère pouvoir vous les publier ici dans quelques jours, histoire de continuer à éclairer le débat.

Cette séquence  fiscale a donc une vertu pédagogique, même s'il faut en relativiser la portée.  Ceux qui s'intéressent à la gestion de l'Etat fédéral savent que la question des impôts est une porte d'entrée dans un ensemble de décision bien plus complexe. Les politiques fiscales et économiques (la relance, l'emploi) doivent être pensées globalement et elles ne peuvent faire abstraction de la croissance ou de son absence (une periode de stagnation ne permet pas les mêmes decisions qu'une croissance soutenue, cette variable est absente du débat car les partis proposent à ce stade des programmes figés). Surtout on ne peut pas négliger deux autres données fondamentales qui sont le vieillissement de la population (quel type de retraites voulons-nous, à quel âge, avec quelle qualité de soins de santé) et l'endettement de la Belgique (à quel rythme remboursons-nous). Réfléchissez encore deux minutes de plus et vous arriverez à la conclusion que les investissements dans la recherche, la qualité de l'éducation, nos modes de déplacements participent également à notre prospérité de demain. C'est ça la difficulté et la noblesse de la décision politique, et ses limites parfois : un ensemble de leviers extrêmement complexes  qui, actionnés tous ensembles,  doivent essayer de faire sens et transformer la société (si possible en mieux). On est très loin du populiste "tous pourris". 

J'emploie le terme de "séquence fiscale" car il me semble que nous arriverons bientôt au terme de ce premier débat. D'autres thèmes de campagne s'imposeront sans doute. Le communautaire rôde toujours, et il ne faudrait pas grand chose pour qu'il revienne au devant de la scène. À Bruxelles la mobilisation citoyenne autour du survol de la capitale  (1000 personnes à Auderghem il y a quelques jours, 300 à Etterbeek ce lundi soir) pourrait imposer les nuisances  sonores au cœur du débat régional. Et on ne sait pas ce que l'actualité nous réserve. Tant mieux. Le débat politique n'est pas qu'un show pour la télévision. C'est une confrontation d'idee pour nous aider à administrer au mieux la cité. Que le débat soit réel et vif, que les clivages existent, que l'on puissent entendre les arguments, les démocrates s'en réjouissent. 


09 décembre 2013

Magnette et Tobback relancent la "famille socialiste"


Paul Magnette a annoncé lundi midi sur Télé Bruxelles le lancement d'une série de conférences communes avec son homologue du SPA Bruno Tobback : "on partage une philosophie, une vision de la société, des valeurs, et pour tous les grands dossiers de ce gouvernement nous nous sommes soutenus, les dossiers importants sont menés conjointement par le PS et le SPA" a indiqué le président du PS.  La première de ces conférences aura lieu mercredi sur le site de l'ULB, avant d'autres rendez-vous programmés en Wallonie et en Flandre.

Paul Magnette a par ailleurs  réclamé une réforme de la directive européenne sur le détachement des travailleurs , actuellement débattue au conseil européen "on va tuer  notre tissu économique, il faut une convergence sur les lois sociales et surtout renforcer les contrôles".

Interrogé sur la succession de Freddy Thielemans, Paul Magnette  a apporté un franc soutien à Yvan Mayeur, futur bourgmestre, " c'est un parlementaire actif, brillant qui a de l'expérience, parfois un peu raide dans l'expression mais c'est ce qui fait son charme,  vous verrez, il  fera un excellent bourgmestre". Il a en revanche été plus discret sur la désignation de Pascale Peraita à la présidence du CPAS de Bruxelles "je ne la connais pas personnellement" a-t-il  sobrement commenté. 

01 septembre 2013

Les stratégies de rentrée


Nous y sommes. Demain, ou les jours suivants, les écoliers reporteront le cartable. Les politiques eux sont déjà de retour sur les plateaux TV et dans les pages "interviews" des quotidiens. Cela mérite qu'on s'y arrête. Le contenu de ces déclarations le moment ou elles prononcées, et même le média choisi, cela nous dit beaucoup sur les objectifs de communication que s'assigne chaque formation politique. Derrière ces communications on devine un peu de l'image que se font les partis des rapports de force, des attentes du public, de leur propre position sur l'échiquier et donc un peu des stratégies de campagne à venir. Distinguons 4 grandes tendances :


 1)Les offensifs 
Ce sont ceux qui sont les premiers à prendre la parole. Faire votre rentrée avant les autres, cela permet d'essayer de donner le "la" et d'obliger les autres à se positionner autour de vos propositions. C'est la stratégie suivie par le Mouvement Réformateur où Charles Michel puis Didier Reynders ont accordé leur interview de rentrée dès la semaine dernière. Les mauvaises langues glisseront que le MR pouvait ainsi mettre un terme aux polémiques du mois d'août (Gaëlle Smet, Jacqueline Galant) pour réorienter le débat. Cela indique une volonté de corriger son image, de se repositionner, ou tout simplement de commencer à peser sur la campagne. Limite de la formule : sortir le premier c'est parfois sortir trop tôt, quand tous les électeurs ne sont pas rentrés.

 2) Les Sphinx 
Ce sont ceux qui décident d'en dire le moins possible. Quand les choses marchent, que vous êtes persuadé que votre image est bonne, il faut surtout ne pas vous abîmer dans des déclarations qui constituent toujours une prise de risque. Le sphinx ne fait pas d'interview de rentrée. Au pire il le fait en dernier, après tout le monde, histoire de marquer son autorité. Cette technique est depuis longtemps celle d'Elio Di Rupo : pour la rentrée de septembre, comme pour les voeux de janvier, l'homme au noeud papillon intervenait après tous ses camarades. Cette année, outre le premier ministre, Paul Magnette et Bart De Wever appliquent la communication du sphinx : aucune interview à ce stade. Le patron de la NVA a même indiqué à une consoeur qu'elle ne pouvait pas attendre une interview avant 2014. Limite de la posture : se taire vous donne un caractère hautain, méprisant, et en cas de problèmes vous paraitrez éloigné des difficultés.

 3) Les opposants et leurs cibles
 Il en va des interviews de rentrée comme des autres déclarations : les nuances s'évaporent, les petites phrases perdurent, surtout quand elles ciblent vos adversaires. L'interview sert alors à cliver le débat, à souligner les lignes de fractures. C'est ce à quoi s'emploient Emily Hoyos et Ecolo : se poser fortement en opposition avec le Mouvement Réformateur. Ce n'est pas qu'un différent idéologique. Certes Ecolo et le MR n'ont sans doute pas la même vision économique et budgétaire. Mais en tentant d'isoler le MR (en mettant le financement de l'école au centre de l'attaque) Ecolo renforce l'Olivier... Limite de la tactique : cela ressemble à un sauvetage de dernière minute, et on attend que les autres partis se positionnent. Si Benoit Lutgen a raillé la réforme fiscale Columbo du MR on ne sent pas la même ferveur.

 4) Les francs-tireurs
 Dans tout parti, la communication est un dosage subtil entre les consignes présidentielles et les aspirations personnelles. Les interviews de rentrée c'est aussi l'occasion de jouer une carte personnelle, pour mettre en avant un accent particulier et espérer soigner sa notoriété. Les médias adorent les petites musiques originales, qui passent parfois pour des couacs dans la belle mélodie partisane. Siegfried Bracke vient de nous en livrer un bel exemple en plaidant pour un gouvernement fédéral plus soucieux d'économie que de réformes institutionnelles. Coté francophone Alain Destexhe essaye de jouer une partition ouvertement sécuritaire, flirtant avec des thèmes utilisés par des partis peu démocrates. Avec une différence : la ligne Siegfried a été immédiatement corrigée par Bart De Wever. Alain Destexhe, comme le souligne Marcel Sel, bénéficie du silence de son président.

04 janvier 2008

Magnette double Dupont


C'est une intéressante sortie du ministre du climat, Paul Magnette, dans la presse flamande ce matin : le nouveau ministre PS y lance des pistes pour faire baisser le prix de l'énergie. Sur le fond, rien d'étonnant. Paul Magnette a compris que c'était l'enjeu du moment (le litre d'essence est désormais à 1 euro 50, un seuil symbolique) et que les politiques avaient tout intérêt à occuper ce terrain sensible, sans doute plus porteur auprès de l'électeur moyen que les querelles qui nous occupent depuis 6 mois.


Déjà mercredi sur Bel RTL Paul Magnette avait donc lancé deux pistes : élargir le fond mazout et négocier avec les producteurs. Mais sur la forme, ce matin, Paul Magnette allait plus loin en s'exprimant dans la presse du nord et en avançant des chiffres il a donné du corps à son positionnement. La réaction ne s'est pas fait attendre : Yves Leterme et Didier Reynders (cela tombait bien : ils tenaient une conférence de presse) ont rapidement fait savoir que c'est le gouvernement qui trancherait (sous entendu : avant de faire des promesses et d'avancer des chiffres, attendez d'abord qu'on calcule ce qu'on veut bien que cela nous coûte).


Il y a même au gouvernement fédéral un ministre qui a du s'étrangler en lisant les interviews de Magnette : son camarade Christian Dupont. Vérifiez la liste des compétences : le fonds mazout relève du ministre de l'intégration sociale, pas de celui de l'énergie. Magnette a donc fait des propositions en marchant sur les pieds de son voisin carolo. Pas sûr que celui ci apprécie.

On retiendra de l'épisode que l'ex-politologue est déjà au combat, et que le terrain médiatique ne lui fait pas peur. On peut même deviner que c'est sans doute sa mission : apparaître rapidement comme un nouveau porte drapeau des valeurs de gauche au sein du gouvernement. Et que Paul Magnette n'aime pas perdre de temps.