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01 juin 2014

Pourquoi le MR peut (veut) encore y croire

"Un projet progressiste" ... Dans mon billet précédent je suis parti  de cette déclaration de Laurette Onkelinx et j'ai tenté de la traduire en forme de coalitions. PS-CDH en Wallonie et PS-FDF-CDH à Bruxelles, cela forme bien des majorités progressistes. Le message a d'ailleurs été reçu 5 sur 5 par le FDF qui a immédiatement souligné ses convergences de programme avec le PS et pris publiquement ses distances avec le MR. Le MR n'a pas vraiment réagi. Le CDH reste silencieux. 
Je maintiens ce que j'ai écris : ces coalitions sont pure logique et valables politiquement et arithmétiquement parlant. À conditions d'aller vite et de découpler les régions du fédéral. 
Comme je l'ai aussi écrit l'equilibre à la chambre  reste l'argument majeur du MR pour espérer rentrer dans des majorités. Et le plus simple pour vous l'expliquer est de refaire ensemble les calculs. 
Imaginons que CD&V, SPA, OpenVLD montent ensemble dans une coalition fédérale (si c'est avec les nationalistes c'est un autre cas de figure j'y reviendrais peut être dans u autre billet) , cela donne 45 sièges. Une majorité dans le camp flamand, sans la NVA s'il vous plaît.  
PS et CDH pèsent eux 32 sièges, total  45+32= 77 sièges. La majorité à la chambre c'est la moitié des députés plus un : 76. Un siège d'avance, tous les parlementaires et tous les spécialistes qui suivent leurs travaux vous le diront,  trop juste. Ils suffit de deux absents ou d'un absent et d'un grincheux pour se faire renverser par l'opposition. Se passer à la fois de la NVA et du MR est donc injouable. 

De cette démonstration les militants libéraux et  beaucoup de journalistes politiques tirent la conclusion que le MR est donc appelé à monter dans les majorités régionales. C'est un raisonnement qui manque de rigueur ou  qui appartient au passé. Dans la Belgique fédérale d'aujourd'hui rien, absolument  rien, n'impose de faire des majorités symétriques. La preuve, il suffit de regarder les majorités sortantes. Affirmer le contraire n'est plus de l'observation  mais de l'idéologie (c'est d'ailleurs amusant de lire la presse sous cet angle ces derniers jours, les orientations des confrères ou leur prisme wallon/bruxellois/belgicain sont assez lisibles, et je ne fais bien sur pas exception). On PEUT faire des majorités symétriques mais on ne DOIT pas, c'est la stricte vérité. 

À ce que j'en sais le PS étudie donc les différents scénarios. J'ai croisé des élus PS  partisans de la coalition "progressiste" , d'autres qui militent (depuis longtemps) pour la violette et il en existent quelques uns qui croient à la tripartite classique (dont je me demande quand même à quoi elle sert puisque le 3ieme partenaire est inutile au moins en région wallonne). Côté MR on veut donc croire que la messe n'est pas dite et qu'on est encore dans le jeu. On pense même que si Laurette Onkelinx a évoqué le terme de progressiste c'est avant tout pour faire monter la pression sur les libéraux. Vieille technique de marchand de tapis : faire croire que vous voulez acheter chez l'un  pour faire baisser le prix du  marchand voisin. Avec un danger réel pour les socialistes : si les négociations s'enlisent MR et CDH auront des raisons de se parler... Et peut être de s'entendre. Car c'est aussi une vérité arithmétique qui n'a échappé à personne : le PS a la main. Ni plus ni moins. En cas d'échec la main passe. Reprenons nos calcus. Au parlement wallon MR et CDH pesent 38 sieges (sur 75 la majorité est à 38, il faudrait convaincre Ecolo, difficile mais possible). A Bruxelles MR-FDF-CDH en auraient 49, c'est confortable. Bien sur le problème du fédéral reste entier.  Mais si ce n'est pas encore a l'ordre du jour  les socialistes savent donc  qu'ils ne doivent pas musarder en chemin : ils ne sont pas incontournables. 

27 mai 2014

Le "projet progressiste" et les coalitions possibles

Il faudra encore quelques jours pour entrer dans le vif du sujet. Le temps de faire baisser la pression nerveuse et médiatique. Le temps d'oublier les grandes déclarations de la campagne électorale. Le temps de quelques contacts discrets loin des regards et des oreilles de la presse. En attendant donc, on organise des rencontres et des tours de tables, on se documente. Une bouffée d'air pour réguler ardeurs et calendrier, que cela s'appelle information au niveau fédéral, ou premières consultations dans les régions, le principe est le même : temporiser. Le schéma est connu : recevoir tous les leaders politiques, puis enchaîner avec les partenaires sociaux, le monde académique, la banque nationale, le commissaire au plan, prendre quelques jours pour rédiger un rapport ou l'on tente de fixer une orientation ... Ce n'est qu'après que les choses sérieuses débuteront.

Il n'empêche. Laurette Onkelinx a donné des ce lundi soir une première indication : "dans les jours qui viennent, je vais prendre des initiatives autour d'un projet  progressite" disait-elle à l'issue du bureau de parti qui lui confiait les rênes de la négociation bruxelloise. "Projet progressite" la notion peut paraître vague (un conseiller libéral me confiait en ne souriant qu'à moitié qu'il était bien progressiste, et que les conservateurs n'étaient pas dans son camp) mais elle renvoie plutôt dans l'imaginaire socialiste à une idée de la gauche. En d'autres termes le PS va d'abord tenter de nouer des coalitions de centre-gauche. 

C'est une question de cohérence d'abord, puisque lors de la campagne plusieurs ténors socialistes ont fait part de leur désir d'éviter de préférence les libéraux "si cela est arithmétiquement possible". C'est une question de rapports humains ensuite : bleus et rouges ne se sont pas épargnés, et même si de nombreux cadres des deux formations rêvent de violette, les échanges virulents sur les plateaux TV ont laissé des traces entre dirigeants  (traiter un concurrent de menteur c'est l'argument ultime en politique et cela n'est jamais sans conséquence). Enfin c'est une question de stratégie électorale. Maintenant que le PTB pose un pied dans les assemblées, négocier avec les libéraux serait lui offrir l'argument du "gouvernement des droites" sur un plateau. Tant qu'à se faire critiquer autant que cela vienne des deux côtés, plutôt que d'être la cible exclusive de votre propre camp. Ajoutez la proximité des programmes et que vous comprenez que le PS va, dans un premier temps au moins, privilégier une alliance sans libéraux. 

Ecolo étant  sanctionné par les électeurs (on voit mal la directiondu parti vendre une participation quelconque en assemblee générale ) une coalition rouge romaine, traduisez PS/CDH, semble envisageable en Wallonie, et une alliance des  mêmes avec le FDF en prime pourrait bien voir le jour à Bruxelles. Ça ressemble à un projet progressiste et cela représente une majorité.  Simple ? Oui peut être trop simple.  D'abord il faudra que FDF et CDH disent d'accord. Ensuite il ne faut pas oublier que le MR dispose encore d'une carte dans son jeu. Il a perdu l'argument du premier parti à Bruxelles qui était sans doute son meilleur biais (avoir la main à Bruxelles) pour entrer dans les majorités régionales (je te prends à Bruxelles si tu me prends en Wallonie). C'est donc de ce point de vue un échec  pour Didier Reynders et Vincent De Wolf même s'ils réalisent l'un et l'autre de très bons scores personnels. Mais  pour les libéraux il reste l'echelon fédéral. Forts de 20 députés (3 de moins que le PS) les libéraux sont un groupe qui compte lorsqu'il faudra former un gouvernement fédéral. 

Voici donc les stratégies : avancer vers des coalitions "progressistes" au niveau régional  pour le PS. Crier au loup et appeler à des gouvernements symétriques pour le MR. Vous noterez que comme ils n'ont pas la main, les libéraux communiquent beaucoup depuis deux jours sur leurs bons scores  (réels mais improductifs car le gagnant c'est toujours le plus gros, même s'il est en recul), histoire de prendre l'opinion à témoin et de faire pression sur les socialistes. 
Cette formation de gouvernement sera donc sans doute aussi une question de tempo. Si le fédéral s'enlise les régions vivront leur vie. Si les discussions y sont sérieuses, le sort des régions y sera lié. 
On connait l'argument de Charles Michel : partout ou nulle part. Sauf que Charles Michel n'a pas la main. Et que si dans quelques mois les voix du MR sont nécessaires pour sortir le pays de la crise le MR n'aura probablement pas beaucoup d'autre choix que de dire oui : on n'est pas celui qui porte la responsabilité d'une  crise de gouvernement impunément, l'Open VLD s'en souvient encore. À ce stade le rouge romain  a donc le vent en poupe. Si les choses s'enveniment la violette ou  la tripartite classique s'imposeront  comme une évidence : plus larges, plus solides, même on n'est pas aujourd'hui dans ce climat là. Et si on y arrive un jour, faire sentir que c'est une option, mais pas la seule, permet d'en faire payer le prix à vos partenaires. Paradoxalement c'est donc le MR qui aurait maintenant le plus intérêt à un durcissement du débat communautaire, parce qu'il justifierait un front francophone. 

Sprint d'un côté, marathon de l'autre. Ajoutons que le PS, s'il a la main, n'est pas numériquement incontournable, et que dans l'absolu tout est encore possible, il devra donc éviter d'humilier ses partenaires. La seule certitude ce mardi étant la quasi impossibilité de reconduire des coalitions Olivier. 
La course ne fait que commencer.


04 mai 2014

Le double clivage du débat des présidents

Permettez-moi un peu de nombrilisme. Vendredi soir Télé Bruxelles organisait un débat des présidents pour lancer son dispositif de campagne (29 émissions au total, avec dès ce lundi 5 entretiens avec les têtes de listes régionales bruxelloises, à voir à 18H25).

Ce premier débat  fut vif et tendu. Au lendemain du 1er mai il s'agissait de mesurer l'écart qui sépare les uns des autres. Durant ces 55 minutes d'échanges,  propositions et défense de programmes alternent  avec des moments d'affrontements réels. Le ton monte à plusieurs reprises, et, vu du studio, ou des loges où les poignées de main furent glaciales, ce n'était pas feint. 
Deux clivages sont ainsi manifestes. Le premier, classique, oppose Paul Magnette à Charles Michel. Sur la fiscalité (on pouvait s'y attendre) et sur la NVA les deux ténors donnent de la voix. Le président du PS, qui n'est pas venu les mains vides, exhibe  un article où Didier Reynders qualifiait Bart De Wever de premier ministre "acceptable" (c'était en janvier pour ceux qui l'ont oublié).   Son homologue du MR, sentant l'attaque sur son programme arriver préfère dégainer le premier et évoquer les projets sur la fiscalité immobilière de son vis à vis (ce n'est pas dans le programme réplique Paul Magnette).



Second clivage très net vendredi soir entre le CDH et Ecolo. Sur les vols au dessus de Bruxelles Olivier Deleuze se distancie des partis de la majorité fédérale sur le mode "il vous a fallu 3 mois pour comprendre que la décision était mauvaise, il fallait ne pas la prendre". Le CDH est directement visé. Un peu plus tard dans le débat le co-président d'Ecolo évoque l'abaissement à 14 ans des sanctions administratives communales. Benoit Lutgen réagit vivement sur le mode "Olivier Deleuze a fumé un joint il mélange des choses qui n'ont rien à voir". Ces deux moments de tensions rappellent que CDH et Ecolo sont dans une lutte sans merci pour la 3ieme place aussi bien à Bruxelles qu'en Wallonie.

Enfin Olivier Maingain  tentait de se placer vendredi soir en position d'arbitre. On notera cependant qu'il n'a pas été très tendre avec le MR lorsqu'on évoquait la situation institutionnelle et la NVA.


De ce premier débat je retiens qu'une inimitié réelle semble opposer Charles Michel et Paul Magnette (mais ça n'empêche pas de pouvoir gouverner ensemble). Que le CDH Benoit Lutgen a clairement appuyé le PS lors du passage sur la fiscalité. Que l'Olivier semble être un concept qui n'est pas si archaîque. Que le FDF ménage en partie ses concurrents, on ne sait jamais. Ce n'est que le début de la campagne. Mais ce sont des positionnements révélateurs.



30 avril 2014

Vincent De Wolf ouvre le second tour

Nous sommes à la veille du premier mai. Dans quelques heures, roulement de tambour, vous entendrez les grandes déclarations de la fête du travail, non à la rage taxatoire et à l'assistanat côté bleu, non à la coalition des droites qui provoquerait un bain de sang social côté rouge (je vous jure, je caricature à peine). Rouges et bleus sont les meilleurs ennemis de la fête du muguet depuis que Louis Michel a eu l'idée (assez géniale stratégiquement parlant) d'occuper lui aussi le terrain de la fête du travail. D'une journée de commémoration (il ne faut pas oublier la répression du mouvement ouvrier qui au siècle dernier payait dans le sang des conquêtes sociales comme la semaine de 6 jours, les congés payés ou la journée de 8 heures) nous sommes passé à un temps fort de confrontation. Le premier mai c'est la journée de l'affrontement socialistes/libéraux. A tel point qu'Ecolo et CDH préfèrent passer leur tour et communiquer un autre jour. Mais ne vous trompez pas, que le bleu et le rouge s'affrontent n'écarte pas la possibilité d'une coalition violette. Car après le 25 mai il faudra bien négocier. Ce sera l'un des éléments à surveiller demain : le degré de violence verbale atteint nuit-il à l'ouverture de conversations sereines au lendemain du scrutin. Les attaques blessent-elles les hommes au point de contrarier les négociations, ou reste-t-on dans l'échange d'arguments idéologiques ? 

Avec deux jours d'avance Vincent De Wolf, chef de file du MR à la région bruxelloise vient de nous donner un indice intéressant. Au détour d'une interview celui-ci vient d'indiquer que la ministre-présidence bruxelloise n'était pas "un must absolu "pour sa formation. Explicitement le chef de groupe indique qu'entrer dans une majorité régionale est son objectif numéro 1, et que si c'est nécessaire il est prêt à ne pas revendiquer la place de chef de gouvernement.  La position semblerait  raisonnable si l'on était pas en pleine compétition électorale et que le MR ne concourrait pas pour la première place. Mais à ce stade de la campagne cette sortie est un fameux signal aux partenaires potentiels. Aussi bien à destination du PS que du CDH et Ecolo, voire du FDF, Vincent De Wolf adresse ce clin d'oeil soutenu : ne signez rien sans nous, car même si nous sommes le plus gros parti il y a une marge de négociation qui peut aller jusqu'au poste de ministre-président. 

Cela pourrait passer pour un aveu de faiblesse, un doute sur sa propre capacité à se rendre incontournable. C'est aussi un positionnement personnel, une manière de signifier que Vincent De Wolf est plus conciliant qu'un autre leader libéral bruxellois (suivez son regard). C'est en tout cas la confirmation d'une règle absolue dans un scrutin proportionnel. Il ne suffit pas de sortir premier parti, il faut encore constituer une majorité. Vincent De Wolf le rappelle à sa manière et entame ainsi le second tour de l'élection. On verra si les orateurs libéraux suivent le même chemin demain, ou s'ils préfèrent, au contraire, en rester au premier tour pour privilégier le rapport de force et l'affrontement direct.

29 avril 2014

Peut-on se passer de la NVA ?



Voici donc la question du jour : quel parti francophone acceptera de discuter avec la NVA après le 25 mai ? Ce soir la réponse est personne. Un doute subsistait sur les intentions du Mouvement Réformateur. Didier Reynders dans le Soir et Charles Michel dans le Standaard et sur Bel RTL ont donc délivré le message clarifiant. Le MR ne mènera pas de discussion avec le parti de Bart De Wever. 

Du coup tous les partis francophones se sont sentis obligés d'être explicites : discuter avec la NVA, nous? Jamais ! Très bien. Allons voir derrière le message. D'abord la déclaration de Charles Michel est soigneusement calibrée. Dans le Standaard le président du MR précise qu'il ne discutera pas avec les nationalistes " s'il a l'initiative "  en d'autres termes, si son parti décroche le statut de premier parti qui lui permettrait de revendiquer le rôle de formateur. Que  ce soit au federal ou à Bruxelles, c'est possible, mais ce n'est pas gagné. Faut-il comprendre que si c'est une autre formation qui invite le MR se retrouvera quand même autour de la table ? La réponse n'est pas claire. On notera d'ailleurs que les partis francophones manquent un peu de modestie. Le formateur est souvent un néerlandophone dans ce pays. C'est donc lui qui, formellement, décidera qui il invite (on écrit formellement, car c'est plus complexe que ça, et il faut un relatif consensus pour que les pourparlers soient rendus publics). 

Ensuite cette double sortie concertée (et il faut signaler que les deux poids lourds du MR se sont parfaitement coordonnés cette fois-ci, ce n'est pas une déclaration par accident) a surtout pour but de mettre en difficulté les autres partis francophones. Dire non à la NVA c'est contraindre le PS à devoir en faire autant. C'est une manière pour les libéraux d'intervenir dans le débat Magnette/De Wever et d'exister aussi sur le terrain communautaire. 

Enfin, l'ensemble des déclarations fluctuent. Rappelons-nous il y a quelques mois de cet appel lancé par les FDF, invitant les autres formations à bâtir un front du refus, aucun parti n'avait jugé utile de dire oui à l'époque. Au contraire on ne compte plus les déclarations indiquant qu'il ne faut marginaliser personne, que ce serait contre-productif, qu'il ne faut pas permettre à la NVA de se poser en victime, ce ne serait pas rendre service aux partis flamands,etc. Je passe sur les déclarations de Didier Reynders indiquant que Bart De Wever ferait un premier ministre acceptable. 

Osons écrire que la vérité d'un jour n'est pas celle du lendemain. Et c'est justement pour ça que les formations de gouvernement prennent parfois tant de temps : il faut permettre à chacun de justifier ses évolutions (ses revirements parfois), les semaines de blocage et le parfum de crise sont les meilleures excuses pour renier ses propos de campagne. Osons écrire aussi que si la NVA se rend incontournable (quand on séduit un électeur sur trois dans les sondages on n'en est plus très loin) il faudra bien que des francophones acceptent de discuter s'il ne veulent pas porter la responsabilité du blocage. 

Conclusion : la communication du jour est avant tout une communication de campagne. Le MR a voulu décrocher un sparadrap qui lui colle à la peau, et qui jusqu'à présent soudait l'olivier contre le présumé traitre à la cause francophone. Aujourd'hui les libéraux se sont donc désenclavés en s'éloignant de Bart De Wever. Pas plus, pas moins.

01 avril 2014

Vive le débat fiscal !

Dans ce pays il est courant de critiquer et moquer les hommes et les femmes politiques. De dire à quel point ils sont nombrilistes et  déconnectés des préoccupations des citoyens. Et je lis parfois même certains commentaires où les élus sont accusés de mettre en place un 'système' à leur profit personnel. Ce n'est rien d'autre que du populisme. Je suis peiné chaque fois qu'un journal reprend de telles arguties réductrices et caricaturales à son compte (et je dois bien admettre que certains titres et certains forums s'en font une spécialité) au prétexte de donner la parole aux lecteurs/téléspectateurs.

Dimanche j'ai ainsi eu l'occasion de participer à Controverse, et j'ai eu la surprise de voir des commentaires d'internautes qui allaient tous dans ce sens. C'était d'autant plus ridicule et malsain que le débat organisé par Dominique Demoulin était particulièrement vif et éclairant. Pourvoir pendant près d'une heure parler de fiscalité et du fonctionnement de la démocratie représentative, envisager des pistes de démocratie participative (ce qui est tres rare dans un média grand public  mais pu etre fait grâce à la présence de David Van Reybrouck ) et souligner les lignes de clivage ideologique, c'est le dur du débat politique. C'est tout l'honneur de la télévision de permettre qu'il ait lieu et soit vu par le plus grand nombre.
 
Au delà de ce débat en particulier  c'est toute cette première séquence de campagne qui mériterait d'être soulignée et saluee. L'affrontement entre les partis sur le thème de la fiscalité nous ramène à l'essence du débat politique : le choix entre différentes politiques publiques qui correspondent à des sensibilités distinctes, moins d'interventions de l'Etat pour les uns, maintien de la solidarité pour d'autres. Comme on l'aura vu dimanche ouvrir le débat de la fiscalité permet à chacun de rappeler ses fondamentaux en plaçant des éléments de langage significatifs ( on ainsi pu entendre Charles Michel demander la reduction du nombre d'intercommunales, Paul Magnette indiquer qu'on ne toucherait pas à la sécurité sociale par exemple). Donc non, contrairement aux discours populistes, la politique ce n'est pas un refrain de Stromae et les partis ne sont pas tous les mêmes, il ne faut surtout pas en avoir marre. 
Au cours de ce débat j'ai tendu une perche aux présidents de partis : pouvoir récolter sous forme de tableaux chiffrés les propositions de chacun, j'espère pouvoir vous les publier ici dans quelques jours, histoire de continuer à éclairer le débat.

Cette séquence  fiscale a donc une vertu pédagogique, même s'il faut en relativiser la portée.  Ceux qui s'intéressent à la gestion de l'Etat fédéral savent que la question des impôts est une porte d'entrée dans un ensemble de décision bien plus complexe. Les politiques fiscales et économiques (la relance, l'emploi) doivent être pensées globalement et elles ne peuvent faire abstraction de la croissance ou de son absence (une periode de stagnation ne permet pas les mêmes decisions qu'une croissance soutenue, cette variable est absente du débat car les partis proposent à ce stade des programmes figés). Surtout on ne peut pas négliger deux autres données fondamentales qui sont le vieillissement de la population (quel type de retraites voulons-nous, à quel âge, avec quelle qualité de soins de santé) et l'endettement de la Belgique (à quel rythme remboursons-nous). Réfléchissez encore deux minutes de plus et vous arriverez à la conclusion que les investissements dans la recherche, la qualité de l'éducation, nos modes de déplacements participent également à notre prospérité de demain. C'est ça la difficulté et la noblesse de la décision politique, et ses limites parfois : un ensemble de leviers extrêmement complexes  qui, actionnés tous ensembles,  doivent essayer de faire sens et transformer la société (si possible en mieux). On est très loin du populiste "tous pourris". 

J'emploie le terme de "séquence fiscale" car il me semble que nous arriverons bientôt au terme de ce premier débat. D'autres thèmes de campagne s'imposeront sans doute. Le communautaire rôde toujours, et il ne faudrait pas grand chose pour qu'il revienne au devant de la scène. À Bruxelles la mobilisation citoyenne autour du survol de la capitale  (1000 personnes à Auderghem il y a quelques jours, 300 à Etterbeek ce lundi soir) pourrait imposer les nuisances  sonores au cœur du débat régional. Et on ne sait pas ce que l'actualité nous réserve. Tant mieux. Le débat politique n'est pas qu'un show pour la télévision. C'est une confrontation d'idee pour nous aider à administrer au mieux la cité. Que le débat soit réel et vif, que les clivages existent, que l'on puissent entendre les arguments, les démocrates s'en réjouissent. 


29 mars 2014

Bruxelles attend les listes libérales



Le Mouvement Réformateur prend du retard. Alors que FDF, Ecolo, PS et maintenant CDH ont publié leurs listes  bruxelloises, côté libéral, rien. Certes toutes les listes ne sont pas complètes. Mais pour les autres formations ont connait au moins l'ossature centrale, qui occupe les places éligibles, qui est en"place de combat" , qui prend les premieres suppléances souvent synonymes de victoire sans combat et quels sont les soutiens placés en fin de liste.


Pour le MR officiellement on doit se limiter aux têtes de listes, Vincent De Wolf pour la région, Didier Reynders pour la chambre.

La raison de ce retard à l'allumage est double. D'abord le MR s'interroge toujours sur la probabilité de voir adopter un décret anti-cumul (voir un de mes billets precedents) qui pourrait limiter le nombre de députés-bourgmestres en région Bruxelloise. Là, le suspense n'est plus très long : l'avis du conseil d'Etat  est attendu pour la fin de la semaine prochaine et il se susurre déjà dans les cercles parlementaires qu'il est négatif. Reste à voir quelle formation tirera en premier pour saborder le texte à une encablure de l'élection. Mais il est vraisemblable que ce texte ne soit pas adopté, ce qui va simplifier  la vie des dirigeants libéraux.

Deuxième raison la nécessité de réaliser ces listes à trois. Didier Reynders a confectionné l'essentiel de la liste à la chambre, Vincent De Wolf a consulté beaucoup pour réaliser celle de la région et Charles Michel, en lien avec les deux hommes, a supervisé les arbitrages. Les trois dirigeants sont condamnés à s'entendre sur l'exercice. Selon certaines mauvaises langues (celles qui n'ont pas obtenu la place espérée peut-être)  il semble que cela n'ait pas été simple, les relations Reynders- De Wolf restant teintées de méfiance et de mépris réciproques.

Dans les rangs libéraux on commence du coup à s'agiter. Certes il reste plusieurs semaines pour déposer officiellement  les copies. Mais le temps tourne et sans liste impossible de mener campagne ( si un candidat ne peut pas communiquer sur sa place il ne se lancera pas vraiment). Surtout la situation devient délicate maintenant que toutes les autres formations sont prêtes ou presque. On ne peut pas se permettre de partir trop tard sans prendre le risque de jouer au lièvre et à la tortue. Le MR à beau être en bonne forme dans les sondages, une élection ne se gagne pas sans mener campagne. Surtout, attendre plus longtemps serait relancer les spéculations sur la mésentente qui règne au sein de l'écurie libérale dans la capitale. Ce week-end on annonce donc comme imminentes les listes bleues bruxelloises, comprenez qu'on devrait être fixés dans la semaine. Le problème c'est que les libéraux disaient déjà cela avant leur congrès du 8 février. Le temps passe et sœur Anne ne voit toujours rien venir. 

Soyons honnêtes. En coulisse quelques informations filtrent. Certaines sont fausses, manœuvre d'intoxication ou ballon d'essai, d'autres s'avéreront exactes. Voici, ce que je pense, de mon côté, pouvoir vous annoncer après plusieurs conversations avec des élus libéraux.
D'abord la chambre. Il se confirme que Françoise Schepmans, bourgmestre de  Molenbeek sera bien en seconde position derrière Didier Reynders, et que Damien Thiery, ex-FDF sera en dernier de liste. L'idée est de mettre en place très visible des personnalités jeunes et représentatives de la diversité bruxelloise, histoire de montrer que le MR change et s'adapte à la sociologie de la capitale.  Exit le mâle blanc de plus de 50 ans. Attendez-vous a voir de nouvelles têtes dans le top 5. 

À la région, Françoise Bertieaux et Corinne De Permentier accompagneront Vincent De Wolf aux avant-postes tandis qu'Armand De Decker poussera la liste. Là aussi il faudra mélanger jeunes et élus sortants. C'est à cela qu'on mesurera la capacité des libéraux à se renouveler. Alain Destexhe sera sur cette liste régionale et l'objectif des libéraux est d'atteindre une vingtaine de parlementaires régionaux. D'autres suppositions circulent. J'écris donc ce dont je suis à peu près certain. Et pour le reste, comme les convoyeurs, on attend.

La photo d'illustration est emprunté au site des libéraux bruxellois mr-bxl.be 



24 mars 2014

Le papillon se radicalise

Le passage de la chrysalide au papillon n'aura pas pris beaucoup de temps. Ce lundi matin sur Bel RTL Elio Di Rupo a encore franchi un pas dans sa démarche de mutation qui le fait passer de chef de gouvernement à chef de campagne. Certes le premier ministre continue d'incarner l'image d'un homme sérieux et responsable, imprégné de sa charge, conscient des difficultés du pays (termes qui reviennent souvent dans sa bouche) et comptable de l'image qu'il donne à l'étranger (il représente aujourd'hui la Belgique lors d'une réunion internationale à la Haye avant d'avoir un court entretien avec Barack Obama demain). Un petit pins aux couleurs du drapeau belge au revers du costume nous le rappelle aimablement.
Mais le candidat s'impose en parallèle du premier ministre. Ce matin Elio Di Rupo a ainsi utilisé le terme de "bain de sang social", indiquant par là que les mesures proposés par les autres formations politiques pour faire baisser les impôts risquaient de se traduire par des suppressions de postes dans la fonction publique fédérale.
"On ne peut pas dire qu'on va récupérer 10 à 15 milliards sur l'Etat fédéral. L'Etat fédéral, c'est d'abord la sécurité sociale, ce sont des policiers, des membres de la Justice, des gens qui 
travaillent au ministère des Finances, des gardiens de prison. Que va-t-on faire ? Les supprimer ?"
s'indigne le candidat-premier. "On sent qu'il y a une volonté de la droite de former un gouvernement des droites" assène-t-il également, renvoyant à une hypothèse de coalition qui verraient MR et NVA cohabiter, thème déjà  employé  lors du meeting du PS de ce dimanche par Laurette Onkelinx.
 Le premier est en campagne, on le savait depuis hier. Il n'hésite  désormais pas à employer un discours radical, prenant ainsi le leadership sur ses propres troupes et imposant un clivage fort dans l'opinion, c'est sans doute plus surprenant.

23 mars 2014

Le live-tweet est une arme de campagne massive

Autrefois les campagnes se jouaient sur les marchés, dans les cages d'escalier ou les réunions d'appartement. Dans le contact direct, moyen de se faire connaitre mais aussi de mobiliser son électorat ou de convaincre les indécis. L 'affiche, les journaux, la radio, la télévision n'ont pas supplanté ces campagnes "à l'ancienne", où l'on serre des mains par centaines. 
Si vous avez fréquenté le réseau social Twitter cette après-midi de dimanche  vous aurez constaté l'apparition d'un nouveau phénomène. La campagne se duplique désormais sur la toile. Ce n'est pas tout à fait neuf, de nombreux élus y sont présents depuis plusieurs années : la campagne de 2010 ou les communales de 2012 se sont aussi jouées sur les réseaux sociaux. Jamais cependant nous n'avions eu droit à une déferlante de messages comme ce dimanche. Le contexte s'y prête : 3 meetings en même temps ( PS, MR, Ecolo et on y ajoutera un rassemblement-manif du PTB) cela fait une belle collection de smartphones prêts à relayer les bons mots des orateurs. Mais à ma connaissance nous n'avions pas encore atteint une telle  profesionnalisation du livetweeting (pour les ignares, action de retransmettre en direct sur twitter le contenu des discours) des congrès politiques. Plus questions de laisser cette retranscription au bon vouloir des militants. Désormais ce sont les comptes officiels de partis politiques qui s'en chargent. 

Ainsi le compte officiel du PS a-t-il publié une quantité phénoménale de messages expliquant en direct ce qui se passait dans la grande salle de Flagey. Il faut y ajouter les comptes d'Elio Di Rupo , de Paul Magnette ou de différentes fédérations : ce fut une véritable déferlante. Quelques  heures plus tôt les libéraux, réunis à Charleroi, avaient fait la même chose, avec en prime un live-streaming en vidéo. 

Puisque les partis se montrent sur Twitter, jetons un coup d'oeil aux statistiques.
Au hit parade des abonnés (on dit followers dans le jargon twitter) c'est Ecolo qui arrive nettement en tête avec 8357 lecteurs. La preuve sans doute que ce réseau social reste une niche urbaine qui concerne plutôt les populations d'un certain niveau social et possédant un minimum de bagage technologique. Le MR  est en en seconde position avec 6170 abonnés, devançant assez largement le  PS avec  4555 (je compare les comptes officiels des partis nationaux, vous pouvez compléter en ajoutant les fédérations, le résultat sera alors probablement plus favorable aux socialistes).
Le PTB  est suivi par  1377 personnes, le CDH, 1061  et le FDF,  792. Voici pour les audiences globales. 

On remarquera que sur Twitter, réseau qui permet le contact direct d'individu à individu les organisations performent moins que les individus. L'auteur de ces lignes compte 8000 abonnés, ma consoeur Johanne Montay 14 000 et côté politique Charles Michel  est suivi par 16 000 personnes  ,  Paul Magnette 21 000, Didier Reynders 35 000 et  Elio Di Rupo est à 110 000 : les partis sont enfoncés. Rappelons aussi  que ce n'est pas parce que vous êtes abonné à un compte que vous allez voir tous ses messages.   Si on veut mesurer ce qui s'est passé ce weekend c'est plutôt le nombre de messages qu'il faudrait comptabiliser. Là, un outil nous aide, c'est le hashtag (cette référence permet de retrouver tous les sujets concernant un même thème, ce n'est pas l'outil parfait pour mesurer l'audience mas ça facilite les choses). 

Au MR on a été très classique ce dimanche en utilisant #MR2014 alors que PS et Ecolo ont commencé à utiliser des slogans de campagne (#plusfortsensemble à Flagey  et  #ecolo9 à Louvain-la-Neuve). 
Peu avant 18h, si j'en crois le site hastracking.com c'est le coude à coude. La mention #plusfortsensemble  du PS avait été utilisée 163 fois mais on atteignait le score  de 517 messages avec les retweets et les citations diverses. #MR2014 avait donné lieu à 275 tweets et obtenait une audience totale de 473 mentions tout compris. #Ecolo9 n'était mentionné que dans 21 tweets, repris au total dans 51 messages. Bien sûr on ne parle ici que de ce qui est mesurable : il faut y ajouter les lecteurs passifs. Sans doute faut-il multiplier ces chiffres au moins par 10. 

Ca vaut ce que ça vaut.  MR et PS sont donc mobilisés à peu près à part égale sur la toile. Je suis sûr que des geeks plus avertis que moi ou des sociétés d'études spécialisées iront plus loin dans l'analyse. Mais on notera le glissement. Pour toucher 500 personnes il faut bien faire 2 ou 3 marché et une dizaine de réunions d'appartement. En politique, Twitter et Facebook sont à la campagne ce que les grandes enseignes hypermarchés/supermarchés sont au marché d'autrefois. Le contact est moins profond, moins direct, plus impersonnel. Mais il est clairement décuplé. 

22 mars 2014

C'est le printemps, changez de costume

C'est le printemps. Cette année le printemps météorologique avait même un peu d'avance sur la date officielle du calendrier (il fait même un peu frisquet ce samedi matin, comme si le climat, se rendant compte qu'il était un peu en avance, avait fait un pas en arrière). Le printemps politique est pile à l'heure. La campagne c'est maintenant. L'avenement du printemps sonne le retour des congrès (une flopée ce week-end dont le PS place Flagey et le MR à Charleroi) et la mobilisation des militants.

 C'est le printemps, et comme à chaque saison correspond une garde-robe, c'est le moment de jeter un œil sur les artifices vestimentaires de nos candidats. Ce vendredi soir Elio Di Rupo avait ressorti un nœud-papillon rouge. Fini le subtil bordeaux ou les noeud-pap gris pour ne froisser personne. Pour la première fois depuis longtemps le premier ministre prenait la parole dans un meeting à Ostende. Double symbole : le retour du rouge indique que le premier entre en campagne, et il le fait en terre flamande pour réaffirmer son soutien au SPA et confirmer ainsi que c'est d'abord en Flandre que se joue l'avenir du pays. Sur le fond le discours du premier/candidat s'arcboute sur la défense de la sécurité sociale :" voulons-nous une société avec une sécurité sociale forte ou une société où le droit du plus fort primera ? "

Dimanche le premier ministre prendra aussi la parole au congrès du PS francophone et enchaînera avec quelques prestations médias. Noeud-papillon rouge ou chemise ouverte pour faire plus jeune, c'est en réalité le costume de candidat qu'enfile Elio Di Rupo, contraint de laisser la veste de premier ministre au vestiaire pendant la dernière ligne droite. Même si, on s'en doute, l'homme et ses conseillers essaieront de faire coexister les deux gardes robes et que ce sera un angle d'attaque pour l'opposition : choisissez votre costume ou laissez la campagne à Paul Magnette. 

On est là dans un figure classique de notre système politique, et Elio Di Rupo suit en cela les traces de Guy Verhofstadt : refuser les débats sous prétexte qu'on est au dessus de la mêlée en tant que premier ministre, éviter au plus possible les interviews politiques mais apparaître, apparaître, apparaître. On notera que la stratégie de Bart De Wever n'est pas si éloignée. Il serait pourtant sain, puisqu'ils sont candidats, que les deux hommes acceptent la confrontation avec leurs opposants. 

Si Elio ressort ses vieux nœud-pap on oubliera pas de jeter un œil aux autres congrès ce week-end. Si le rouge est vif, le bleu devrait être profond et soutenu, le vert sera brillant, et l'orange (avec une semaine de décalage car le printemps arrive plus tard à Bastogne) sera joyeux. C'est le printemps et carnaval est derriere nous : prions que les deguisements de panda ne sortent plus. Ces dernieres semaines la campagne ressemblait en effet à un champ de bataille désordonné. La violence des attaques s'accompagnait de tenues de combat plus ou moins bien camouflées. L'entrée officielle des troupes en campagne ( on attend encore quelques clarifications de listes, notamment coté MR bruxellois , pour que tout le monde soit en ordre de bataille) va permettre, on l'espère de comparer les idées. Les numéros de listes sont connus. Triez vos garde-robes. Nous votons dans 2 mois, c'est le printemps, la politique reprend des couleurs. 


NB : photo d'illustration trouvée  sur le site www.premier.be 

22 février 2014

Comment la proposition anti-cumul retarde la confection des listes bruxelloises

C'est le suspense de cette fin de législature. Le parlement bruxellois adoptera-t-il une disposition limitant le cumul des mandats ? La proposition a été prise en considération ce vendredi (reportage de Marc Debont ici :  http://www.telebruxelles.net/portail/info/255-info-regionale/30224-parlement-bruxellois-le-cumul-des-mandats-en-question )  et immédiatement renvoyée au conseil d'Etat. L'avis du conseil, pour une fois, devrait être déterminant (j'écris "pour une fois" car les législateurs savent aussi passer outre les avis quand ça les arrange). 
Rappel des faits. En début de législature les partenaires de la coalition olivier avaient convenu de limiter le cumul député régional/mandataire communal. Mais ce qui était possible en région wallonne ne l'était pas en région bruxelloise : il fallait attendre que la réforme de l'Etat accorde l'autonomie constitutive à la régions Bruxelloise. C'est désormais chose faite. Maintenant que la réforme est votée et les arrêtés publiés les députés bruxellois peuvent donc travailler. Mais on sent bien que l'enthousiasme n'y est pas. 
La proposition bruxelloise prévoit donc de limiter à 25% par groupe le nombre de députés bruxellois qui exerceraient également un mandat exécutif au niveau communal (bourgmestre, échevin, président de CPAS). Regardez la composition actuelle : au MR, au CDH, au PS ou au FDF une grande partie des parlementaires bruxellois sont également des élus communaux (si vous n'etes pas fort en maths mon confrère Mathieu Colleyn a fait le cacul dans cet article : http://www.lalibre.be/regions/bruxelles/la-course-a-la-bonne-gouvernance-s-engage-a-bruxelles-5306499235708d729d7d3f39) . Et  c'est justement le problème : le parlement régional a trop souvent l'air d'un super-conseil communal ou chacun défend des interets locaux au lieu d'etre porteur d'une vision régionale.
Limiter le cumul, l'idée est purement francophone, puisqu'il s'agit de ne pas se laisser distancer par le parlement wallon. Les flamands de la capitale, si prompts à donner des leçons d'éthique, ne sont, et c'est un euphémisme, pas franchement enthousiastes. À tel point que le texte actuel prévoit une exception pour les échevins surnuméraires flamands (ces échevins qui permettent aux communes d'avoir une petite rallonge budgétaire, institués lors des accords du lombards). Cette exonération flamande est sans doute l'un des points sur lesquels le conseil d'Etar pourrait tiquer. Et mobilise les secrets espoirs des opposants au projet. Les états majors ont fait passer le message : pas de vagues sur le cumul. Passer pour un parti qui s'oppose à une telle mesure serait suicidaire à 3 mois des élections. Le jeu pour beaucoup d'élus consiste donc à faire semblant d'être pour, au nom de l'éthique, mais à vouloir son rejet, au nom de la place qu'on espère conserver. Les plus téméraires vous expliqueront qu'être  bourgmestre et échevin en même temps que député régional est un gage d'efficacité , et que rien ne vaut un élu en prise avec le réel, et même que cela permet de faire des économies.
Si la proposition anti-cumul  devait passer le parlement régional changerait profondément de visage. La plupart des  partis retiennent donc leur souffle et s'abstiennent donc de boucler leurs listes. Et émettent un vœu (ou brulent un cierge) : que le conseil d'Etat émettent suffisamment d'objections pour justifier un report. Et que l'on puisse finir ces listes comme si de rien n'était. 

01 décembre 2013

Génération Laurette

O
 
Laurette Onkelinx
C'est un  changement comme il n'en survient que tous les 10 ou 15 ans. Peu d'observateurs l'ont relevé et ce sera pourtant l'une des grandes nouveautés du scrutin de l'an prochain. Entre 2010 et 2014 les fédérations bruxelloises des deux plus grands partis francophones, le MR et le PS, ont changé de patron. Ces president(e) sont en charge de la confection des listes, c'est en cours, du programme, cela arrivera bientôt,  et de l'incarnation de la campagne dans les médias, ce sera pour l'année prochaine : de quoi conditionner une élection et donner une toute autre saveur aux analyses à venir. 

Didier Reynders et Laurette Onkelinx sont donc occupés à prendre leurs marques et à marquer de leurs empreintes respectives cette période cruciale qui précède la campagne elle-même. Je reviendrais sur Didier Reynders dans une prochaine chronique, intéressons nous aujourd'hui à Laurette Onkelinx. 

Depuis qu'elle a pris les rênes de la fédération socialiste  le rythme de travail de la vice-première ministre  s'est encore accéléré. Considérée comme un élément central du gouvernement fédéral, ce n'est pas moi qui le dit mais un ministre flamand avec qui j'ai eu l'occasion d'en discuter : 'Laurette Onkelinx possède une grande connaissance de ses dossiers, défend crânement ses positions, sait faire preuve de caractère mais respecte les accords et les concessions obtenues par ses adversaires.' Un sans faute et beaucoup de louanges au delà de son propre camp.  
Au niveau bruxellois par contre cela reste à prouver. Un patron de fédération c'est un peu de visibilité et beaucoup d'ennuis en plus. L'accession de Laurette Onkelinx à ce poste s'est faite en douceur, avec l'aval (et même l'appui, ce qui est rare) de son prédécesseur. Un passage de témoin plutôt qu'une conquête. Inconvénient de la situation : à gagner des batailles sans combattre on n'est qu'un général de pacotille, sans connaître l'état de ses troupes ni ses ennemis intérieurs, on joue l'autorité sans savoir si on la possède vraiment. La préparation des listes et la campagne à venir sont donc le baptême du feu de Laurette en terre régionale. 

Ce baptême du feu commence à la fin de l'année dernière. Lorsque les socialistes décident de placer Rudi Vervoort à la ministre-présidence en remplacement de Charles Picqué. C'est assurément l'acte fondateur de la présidence Onkelinx. 'À ce stade Laurette et Rudi s'entendent parfaitement c'est un atout pour nous' me confiait la semaine dernière un haut dirigeant socialiste. Un homme incarne cette entente, c'est Yves Goldstein, chef de cabinet du ministre-président. En tant que secrétaire du gouvernement bruxellois il prépare les décisions, assiste au conseil des ministres, règle les relations avec les autres partis de la majorité, trouve les compromis et ajuste les budgets. Et en plus de tout ça il informe et conseille la présidente de la fédération. Car Yves Goldstein, comme Ridouane Chahid, chef de cabinet adjoint, vient de la sphère Onkelinx. Il fut longtemps le monsieur Europe du cabinet de la vice première, avant de devenir aussi le Schaerbekois de l'équipe, pilotant les deux campagnes électorales communales. Un homme de confiance. Le placer chez le ministre président c'était indiquer que la présidente de la fédération entendait être bien informée et gérer les choses en direct. 'Il n'y a plus une nomination d'huissier qui lui échappe' confie un autre socialiste. Goldstein, Chahid, mais aussi Mayeur, Madrane,  Laaouej, Vannomeslaeghe : ce sont les yeux et les oreilles de Laurette Onkelinx. Une nouvelle génération d'élus, qui l'informent, la conseillent, filtrent et font remonter l'information, et redescendre les décisions. Retenez ces noms. Si Laurette Onkelinx perdure à la présidence ce sont les décideurs du Bruxelles de demain. 

Yvan Mayeur est probablement le plus connu d'entre eux. Dans quelques semaines bourgmestre de Bruxelles, il jouit d'une relative autonomie : la présidente de la fédération s'est bien gardée d'intervenir dans l'affaire Pereita. Cela aurait pourtant permis d'assoir son autorité et d'éviter une campagne de presse très négative pour le PS ( sans compter que l'argument pourra ressortir en campagne). Mais c'est le pré carré d'Yvan. Celui-ci comme Rachid Madrane a pour lui d'avoir été formé et propulsé par Philippe Moureaux. Ces deux-là jouissent donc d'une double légitimité : choisis par le bourgmestre de Molenbeek et confirmés par la vice-première ils incarnent une forme de continuité, l'avant-garde de la génération Onkelinx en quelque sorte. Tous les deux peuvent aussi faire valoir une réelle expérience d'élus communaux. Madrane, comme Vervoort réussit en outre un bon démarrage gouvernemental.  Ahmed Laaouej affiche un profil plus technicien : spécialiste des questions fiscales du PS, il participe à ce titre à une partie des négociations gouvernementales aux cotés d'Elio Di Rupo. Il est une figure qui monte, le probable leader du PS sur le nord ouest de Bruxelles même s'il n'a pas encore de grande base électorale et qu'il affiche un caractere plus gestionnaire que conquérant. Stéphane Vannomeslaeghe est l'homme de l'ombre, celui qui gère la fédération pour le compte de la présidente. 

À ce stade Philippe Close et Karine Lalieux, aux profils plus Di Rupiens semblent dans un second cercle. Mais ça ne veut pas dire sans contact. C'est le propre d'un président de fédération de s'appuyer sur tout le monde est de ne pas se contenter de sa garde rapprochée si il/elle veut durer. Et on notera que Philippe Moureaux est loin d'avoir disparu, qu'il continue de voir Laurette Onkelinx régulièrement, que Rudi Vervoort n'est pas qu'un représentant de commerce et qu'il maîtrise bien ses dossiers, et que Charles Picqué n'est pas aussi effacé qu'il le dit. 
Voici l'équipe. Et devant Laurette Onkelinx, déjà quelques solides dilemnes. Par exemple pour la seconde place à la chambre. Faut il reconduire Yvan Mayeur ou lui  préférer Émir Kir ou  Ahmed Laaouej ? Mayeur, c'est la continuité et un parlementaire de grande qualité. Mais n'est ce pas trop pour un seul homme ? Kir c'est l'assurance d'un gros score, Laaouej un pari sur l'avenir mais une inconnue électorale.  Pas simple. Idem pour la liste à la région. Mettre en ordre la génération Onkelinx prendra encore quelques mois. 

15 novembre 2013

Bruxelles : les grandes manoeuvres sont lancées

Vincent De Wolf vient de lâcher le morceau. Dans l'émission Les Experts diffusée ce samedi sur Télé Bruxelles le chef de file des libéraux bruxellois reconnait que la campagne a bel et bien démarrée. D'ailleurs dimanche il organise un premier rassemblement de ses supporters au stade Constant Vanden Stock. A plus de 6 mois de l'élection c'est sans doute plus facile de dire que la campagne est lancée quand on est dans l'opposition. Dans la majorité on a plutôt intérêt à dire qu'il faut encore travailler.

  Ce vendredi vous pouviez également lire dans la Libre Belgique un bon topo signé Mathieu Colleyn de ce qui vous attend pour la confection des listes électorales. Quelques inconnus, un peu d'intoxication, des élus qui se placent, le moment est propice à ces spéculations. La vérité est que les états majors ont encore quelques semaines devant eux. Au Mouvement Réformateur l'ossature des listes devrait être communiquée lors de la tournée des vœux 2014, courant janvier. Le PS se donne un peu plus de temps, ce sera probablement pour février.

   Côté têtes de liste , quelques certitudes : Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Olivier Maingain seront numéro 1 à la chambre pour leurs formations respectives. Rudi Vervoort, Vincent De Wolf, Didier Gosuin en pôle position pour la région. Au CDH c'est plus compliqué, j'y consacrerais un billet dans les prochaines heures ou prochains jours. Notez pour l'instant que Joëlle Milquet souhaite se présenter à la chambre, mais que la pression est de plus en plus forte pour lui demander d'être candidate à la région. A Ecolo Christos Doulkeridis sera numéro 1 à la région, Zoé Genot sera également sur cette liste alors que Yaron Pesztat, actuel chef de groupe annonce qu'il ne se représentera pas. Zakia Khattabi et Benoît Hellings sont en lice pour conduire la liste à la chambre.

  Ca c'est pour les grandes lignes. Je vous invite aussi à suivre la suite du casting. C'est souvent pour les places suivantes que les batailles sont les plus rudes, et les enjeux importants pour les partis. Au PS Fadila Laanan sera-t-elle en seconde position pour la région ? Rachid Madrane sera-t-il confirmé dans son rôle de ministre en décrochant la 3ieme place ? Emir Kir glissera-t-il vers la chambre ? Yvan Mayeur et Karine Lalieux seront-ils derrière Laurette Onkelinx, ou bien l'équilibre entre communes exige-t-il d'intercaler un élu qui ne vienne pas de la ville ? Au MR Françoise Schepmans sera-t-elle en deuxième position pour la région ? Où se retrouvera Françoise Bertieaux, qui fait aujourd'hui figure de principale victime de l'arrivée de Didier Reynders ? Des nouvelles venues comme Assita Kanko décrocheront-elles une place éligible? Au FDF Fatoumata Sidibé sera-t-elle numéro 2 à la région, la même place pour la chambre étant promise à Joëlle Maison ?

Ces interrogations taraudent le microcosme. Interviews, prises de position, cartes blanches : il faut lire les déclarations politiques des prochaines semaines en gardant ces questions à l'esprit. Elles vous aideront à comprendre pourquoi les uns et les autres prennent la parole.