28 septembre 2014

Quand Joëlle conseille les négociateurs de la suédoise

Assister à des cérémonies officielles est souvent une obligation dont on pourrait se passer. Je n'ai pas regretté de me présenter samedi aux fêtes de la fédération Wallonie-Bruxelles à l'hôtel de ville de Bruxelles. Au milieu des discours et des échanges convenus, j'ai eu le privilège d'assister à une scène surréaliste. En bon journaliste je discute avec un estimé confrère à proximité de l'allée centrale. Position idéale pour serrer quelques mains (j'avoue, quand on se rend dans ce genre d'endroit c'est aussi pour être vu et glâner quelques confidences). Charles Michel passe, salue et poursuit son chemin. Son directeur de la communication s'arrête et commence une conversation. Quelques minutes plus tard Joëlle Milquet, serre les mains des journalistes, puis reconnaissant Frederic Cauderlier, se tourne ostensiblement vers lui et entame un échange que nous serons plusieurs à pouvoir suivre. Le début peut paraître banal. La ministre de l'éducation du gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles essaye de savoir si il y aura bien un saut d'index. Elle explique que c'est primordial pour elle de le savoir avant de se lancer dans les arbitrages budgétaires. Le porte-parole, professionnel, lui répond qu'elle sera bientôt fixée , que c'est une question de jours (lui n'a visiblement pas oublié qu'il est entouré de journalistes). Joëlle Milquet poursuit. Elle enchaîne  d'abord sur les prépensions des policiers en indiquant la manière dont il faudrait, selon elle, résoudre le problème (un dispositif transitoire, les syndicats sont d'accord affirme celle qui était il y a peu ministre de l'intérieur) avant de suggérer que l'accord de gouvernement comporte également au moins une phrase sur le statut des artistes, c'est très important insite-t-elle. Entre journalistes on se regarde. On ose quelques vannes : Joëlle Milquet veut elle participer aux négociations fédérales ? La suédoise est elle prête à avoir des ministres d'ouverture CDH ? Et la ministre de l'éducation de ne pas se démonter : elle est prête à aider, c'est très important que les francophones soit unis et ce qui se passe entre partis francophones depuis quelques mois est lamentable affirme-t-elle en levant les yeux au ciel. La cérémonie va commencer, Laurette Onkelinx et Jean-Claude Marcourt viennent de passer dans son dos. Joëlle Milquet rejoint les rangs de devant, je reste sagement au milieu de la salle avec mes confrères. 
Pendant les discours je tente de donner du sens à la conversation. Certes, il est sans doute difficile lorsqu'on a été présidente de parti puis vice-première ministre d'être écartée d'une négociation fédérale. Mais il y a plus que cela. En demandant ne serait-ce qu'une ligne sur le statut des artistes celle qui est aussi ministre de la culture fait aveu de faiblesse. Les artistes dont elle a la charge ont un système de sécurité sociale qui dépend du fédéral. Il n'est pas si aisé de découpler les niveaux de pouvoir, et les  artistes iront plus facilement manifester devant les fenêtres de leur ministre de tutelle que devant un ministre des affaires sociales fédéral,  surtout s'il est néerlandophone. En n'ayant plus de relais  les ministres francophones risquent de se retrouver en position d'impuissance. Si le Parti Socialiste s'accommode de la situation en jouant la carte de l'affrontement direct avec le fédéral par Mouvement  Réformateur interposé, la stratégie du CDH est moins claire. 
En cherchant des infos et faisant mine de donner des conseils, en regrettant la situation politique du moment,  Joëlle Milquet fait également passer le message que les barons humanistes, quoi qu'on en dise en bureau de parti,  se seraient quand même bien vus aux côtés du MR. Benoit Lutgen appréciera. 
Une dernière précision, utile : à aucun moment il n'a été dit que la scène à laquelle nous assistions relevait de la conversation privée ou que les propos tenus étaient "off the record". Joëlle Milquet savait qu'elle était dans un lieu public et en présence de journalistes susceptibles de répercuter ses propos.  

22 septembre 2014

Comment le régionalisme va gagner du terrain


"Le régionalisme a gagné" : c'est une petite phrase prononcée ce weekend en marge des fêtes de Wallonie par Paul Magnette. Une petite phrase qui résume assez bien notre situation politique.
 
Le régionalisme est, pour rappel,  une doctrine politique qui vise à affirmer l'existence ou l'autonomie d'une région. En Belgique la région ce n'est pas votre village et les villages alentours. C'est la région au sens institutionnel : Wallonie, Flandre,  région bruxelloise. Quand on parle de régionalisme on parle donc des wallons et des bruxellois, et pas des francophones. Aux fetes de Wallonie ce weekend on a d'ailleurs bien vu les représentants flamands, mais les caméras ont loupés les représentants bruxellois. Trop occupés ailleurs ?

Vous noterez au passage que la communauté germanophone n'est pas une région. Cela donne moins de droit à l'autonomie des germanophones pensent certains wallons qui ne veulent pas entendre parler d'une belgique a 4 régions. On peut être régionaliste pour soi-même mais pas pour les autres.  Ça n'empêche pas le parti régionaliste germanophone d'occuper la ministre présidence de la communauté germanophone.

En linguistique un régionalisme est un élément de langage qui ne peut être compris que d'une région particulière. Quand on pousse le régionalisme trop loin on n'est plus compris de ses voisins. On est pas certain que la définition de régionalisme ne soit elle même un régionalisme. La définition du concept n'est probablement pas la même à Bruxelles, Charleroi ou Anvers. Sinon ce serait trop simple. Il existe des régionalismes plus culturels que politiques, ou inversement, de droite ou de gauche.

 Pourquoi la Belgique entre-t-elle dans un moment régionaliste ? D'abord parce qu'il y a les transferts de compétences. Jamais autant de pouvoir n'aura été confié aux régions. Ensuite il y a cette configuration kamikazo-suedoise. Le précédent gouvernement fédéral était relativement autonome vis à vis des régions. Il ne représentait ni la majorité flamande ni les majorités francophones. Ils ne représentait pas non plus l'opposition puisque certains partis, le CD&V en Flandre, ou le PS en Wallonie étaient au pouvoir des deux côtés, c'était donc un gouvernement asymétrique, neutre d'un point de vue centrifuge ou centripète.

Avec la négociation en cours, la coalition annoncée est d'une toute autre nature. Elle  nous offrira une symétrie parfaite côté flamand : les mêmes partis en Flandre au fédéral, Et une symétrie parfaitement inversée côté francophone : le seul parti qui négocie au fédéral est dans l'opposition dans les régions du sud. Pas besoin d'avoir fait un doctorat en sciences politiques pour comprendre que ce gouvernement aura des relais du côté flamand, des boulets côté francophone. Quand on dit boulet on pense aussi bien à ceux qui ne veulent pas suivre qu'aux boulets de canon que ceux ci pourraient tirer.

Prenons un exemple concret. Depuis 4 jours les négociations fédérales sont au ralenti, pour ne pas dire à l'arrêt. C'est une question d'agenda. On laisse passer la rentrée du parlement flamand. Les partis flamands ne veulent pas faire d'ombre au discours de Geert Bourgeois. Le Regionalisme médiatique flamand dicte le tempo du fédéral. On verra dans quelques semaines si cette priorité régionaliste est limitée à l'agenda ou si elle s'applique à d'autres domaines.

 

 

 

 

 

 

 

 

19 septembre 2014

Le stade qui n'existe pas

Stade : espace aménagé pour la pratique du sport. Celui dont je vais vous parler a été qualifié de grand stade, ou de stade national, celui que la Belgique pourrait construire pour accueillir l'Euro 2020. L'UEFA , l'union européenne de football le confirmera vers 13 heures, mais les choses semblent bien embarquées.

La définition de stade n'implique pas qu'il y'a ait forcément du public. Dans le projet qui nous intéresse on a quand même prévu 62 613 places pour les spectateurs. Pour comparer, le stade du premier mai à Pyongyang , Corée du Nord, peut accueillir 150 000 personnes, avoir un grand stade est plus plus affaire de prestige que de démocratie (les grandes dictatures adorent les grands stades). Plus proche de nous, Wembley en Angleterre présente une capacité de 90 000 personnes.

Historiquement un stade désigne une piste d'athlétisme. Chez les grecs anciens le stade était même une unité de mesure, 180 mètres environs , c'était la distance de la piste pour les courses à pied. Le stade dont on parle à Bruxelles va tourner le dos à l'histoire et à l'athlétisme. Il ne comportera pas de piste, juste un terrain de football. Le mémorial Van Damme ira se courrir ailleurs.

Un stade porte un nom. On connaît le stade de France à Paris, le Maracana à Rio. Pour l'instant à Bruxelles c'est l'eurostadium. C'est bof, mais il paraît qu'avec un sponsor devant ou derrière cela sera plus parlant. Un stade peut aussi en cacher un autre. Le projet Eurostadium se fera au détriment du fameux Roi Beaudoin au Heyzel. Ériger l'un c'est détruire l'autre.

Enfin un stade accueille des compétiteurs, les dieux du stade, adulés par la foule. Pour notre projet on annonce un club résident : le sporting d'Anderlecht.

Ce qui est intéressant avec le mot stade c'est qu'il désigne aussi une période ou une phase. Le stade de l'enfance par exemple, ou moins amusant, le stade terminal. Notre Eurostadium en est encore au stade de l'étude. On connaît l'emplacement, pas plus. Trois consortium ont entrés des projets, esquisses à l'appui, mais personne ne peut dire qui l'emportera, la glorieuse incertitude des marchés publics n'a rien à envier à la compétition sportive. 

L'UEFA va donc ce midi attribuer des matchs à un stade virtuel . Pour les promoteurs du projet, qu'on n'osera pas qualifier de fous du stade, ce sera comme marquer un goal alors qu'on n'a même pas de terrain. Évidement si l'UEFA ne retient pas Bruxelles le projet sera mal embarqué. En résumé ce stade qui n'existe pas en est déjà au stade décisif.





















13 septembre 2014

Quand Maggie est super star la politique est super nulle

Elle est top. Au top des sondages, à la une des journaux et des magazines et même désormais au coeur des spéculations pour la désignation du poste de premier ministre. Maggie De Block, secrétaire d'Etat chargée de la politique d'asile et de la lutte  contre la pauvreté écrase la politique  belge d'une popularité inégalée. Le baromètre politique  RTBF/La Libre vient encore de le confirmer.   Son physique hors norme, sa voix fluette, son parcours atypique en politique (elle est médecin et est restée longtemps dans l'ombre avant d'être propulsée au devant de la scène) apportent un peu de fraicheur. 
Lorsque son nom a commencé à circuler pour le poste de chef de gouvernement j'ai d'abord  haussé les épaules. Les journalistes qui se risquent à ce genre de pronostics confondent popularité et rapport de force, médiatisation et compétences, pas la peine de s'y arrêter. Pourtant le nom de Maggie De Block a bien été suggéré lors de la fameuse nuit où le poste de commissaire européen a été attribué au CD&V et le 16 promis à un(e) libéral. Et cette semaine encore j'ai croisé deux conseillers influents et bien informés qui considéraient la candidature comme très sérieuse. 

Entendons-nous bien : je n'ai rien contre Maggie De Block. J'ai eu l'occasion de l'interviewer sur Bel RTL, c'est une personnalité plutôt agréable. Mais ce n'est pas la question. Le problème qui nous occupe est de savoir si elle peut prendre les rênes d'un gouvernement dans un contexte économique incertain, avec une coalition inédite pour laquelle le mode de fonctionnement reste encore à inventer, avec à bord un parti indépendantiste et en ayant dans 2 des 3 régions fédérées des gouvernements probablement peu coopérants. 

Non, Maggie De Block n'est pas qualifiée pour être premier ministre. Sa première élection à la chambre remonte à 1999 ce qui nous donne une 15 aine d'années d'expérience politique au niveau fédéral. Mais son accession au poste de secrétaire d'Etat ne date que de 2011. Trois ans dans un secrétariat d'Etat mineur c'est peu. Pas assez en tout cas pour maitriser une coalition, dialoguer d'égal à égal avec des présidents de parti, concilier les points de vue, maitriser les égos de vos ministres, canaliser la fougue des parlementaires et éviter les pièges de l'opposition ou de la presse. Vous imaginez Maggie De Block intercéder auprès de Jean-Claude Juncker, nouveau président de la commission ? Vous imaginez Maggie De Block négocier avec le gouvernement français pour sauver une banque ? Appeler Vladimir Poutine pour lui demander de ne pas couper le gaz ?  A moins que son nom ne soit un leurre destiné à faire baisser la pression sur d'autres candidatures, Kris Peeters, Didier Reynders et même Bart De Wever ou Koen Geens semblent bien mieux armés. Sans doute leur parti est-il moins demandeur que l'Open VLD, et c'est bien dramatique

J'imagine déjà les commentaires que les internautes ne manqueront pas de poster. Que je suis un journaliste si proche du milieu politique que je suis incapable de réinventer ma manière de voir. Sans doute parce que je sais à quel point les décisions politiques sont difficiles à prendre et les consensus pénibles à obtenir. La passe d'arme de Maggie De Block avec une sénatrice Ecolo (voir ci dessous) dans l'enceinte du sénat ou la froideur avec laquelle elle a pu commenter la mort d'un réfugié Afghan qui avait été réexpédié dans son pays par la Belgique ne laisse pas transparaitre des qualités de sang froid ou d'empathie hors normes. Pour tout dire, les positions prises par Maggie De Block donnent d'elle l'image d'une personnalité qui aime l'autorité et le bon sens commun, ce qui explique probablement son succès  : il n'y a pas beaucoup de chemin à faire  entre populaire et populiste. 
Côté bilan, le  fait d'avoir pu maitriser le flux de l'asile ou de ne pas avoir eu (trop) de SDF morts de froid n'est pas anodin, mais cela reste sans commune mesure avec les défis qui attendent le prochain locataire du 16 rue de la Loi. 

La Flandre aime se fabriquer des héros qu'elle porte aux nues et qui dégringolent ensuite. Steeve Stevaert, Yves Leterme, Bart De Wever, et donc maintenant Maggie De Block. 
Bien sûr, lorsqu'on  présente une nouvelle tête, et que celle-ci incarne une nouvelle offre politique (une position très à droite tout en restant respectable) il n'est pas anormal d'attirer l'attention. Ajoutons que  Super Maggie peut en outre compter sur l'expérience d'Els Cleemput, efficace porte parole de l'ancienne gendarmerie qui la guide dans la jungle des médias.  Comme souvent les journalistes ont eu du mal à résister à l'effet d'emballement. Une avalanche d'interviews et de reportages, non pas sur la politique mais sur la personnalité de Maggie De Block, ça aide à devenir populaire. On pourra me reprocher d'avoir participé au phénomène : en  charge de l'interview de 07H50 ces trois dernières saisons j'ai invité une fois Maggie De Block. Je pense que c'était juste et proportionné. Je ne suis pas sur que tous mes confrères puissent en dire autant. 

Mais la responsabilité première n'est pas celle de la presse. Elle se trouve bien parmi les élus. C'est un parti, l'open VLD, qui a propulsé Maggie De Block au gouvernement fédéral. C'est un ensemble de négociateurs de 4 formations politiques distinctes qui laissent aujourd'hui circuler l'idée qu'elle pourrait faire un bon premier ministre. Courir après l'opinion publique est le meilleur moyen d'achever de décrédibiliser  la fonction politique. Ne pas revendiquer le poste de premier ministre est déjà troublant. Le confier à la personnalité la moins expérimentée du plus petit parti de la coalition sera franchement désespérant. Une véritable gifle au bon sens. La victoire définitive du spectacle sur la politique. 

Peut-être un homme ou une femme politique courageux existe-t-il qui viendra nous rappeler dans les prochains jours que la fonction de premier ministre requiert une expertise hors norme. Que caracoler en tête des sondages ne suffit pas à vous donner le poids politique nécessaire. Que la sympathie de l'opinion ne dispense pas d'avoir un projet et des compétences. 






12 septembre 2014

Le chômage révélateur du clivage nord-sud


C’est un non catégorique. Ce matin dans le journal le Soir Eliane Tillieux explique qu’elle ne veut pas entendre parler de mesures qui contraindraient les demandeurs d’emploi à effectuer des travaux d’intérêt général. Deux arguments principaux : les chômeurs ont déjà une obligation, celle de prouver qu’ils recherchent du travail, dans le cas contraire ils perdent leur indemnité. Ensuite ces travaux d’intérêts généraux risquent d’entrer en concurrence avec de vrais emplois et tirer tout le monde vers le bas.

Et la ministre wallonne de l’emploi  d’annoncer la même chose que le ministre bruxellois de l’emploi  (Didier Gosuin  s’est exprimé sur la question il y a 2 semaines) : si le fédéral décide de cette mesure Bruxelles et la Wallonie ne l’appliqueront pas.


Ce ne sont pas que des paroles. Aujourd’hui l’essentiel de la politique de l’emploi a été confiée aux régions. C'est le cas par exemple du contrôle de la disponibilité des chômeurs. Certes la gestion de l'assurance chômage reste une compétence fédérale, via la sécurité sociale. Mais en  Belgique il n’y a pas de hiérarchie des normes : une loi fédérale n’a pas plus de valeur qu’un décret régional. Ce que décide le fédéral n’a pas plus de poids que ce que décide une région. On l'a bien vu avec l'application des facilités dans la périphérie de Bruxelles : une loi fédérale a vu ses effets fortement limités par des décrets régionaux. Pour introduire des travaux d'intérêts généraux, dont l'organisation relèvera des régions,  le fédéral devra passer un accord de coopération avec Bruxelles et la Wallonie.  Réformer le chômage rime donc avec blocage.

 


Avec ces déclarations on découvre concrètement   toute la complexité d’un Etat Fédéral. Le pouvoir central et les entités fédérées sont sensées coopérer. Quand on est des adversaires politiques, quand on a une vision diamétralement opposée de ce que doivent être les politiques publiques ça devient compliqué. Sur l’emploi, mais aussi sur les transports,  l’environnement, l’immigration ou la sécurité, dont les négociateurs parlent aujourd’hui, les opinions publiques au nord et au sud du pays sont très différentes. Le risque existe de voir le futur probable gouvernement prendre des mesures qui s’appliqueraient surtout en Flandre, ou en tout cas qui feraient surtout plaisir à la Flandre.

 

Alors évidemment Eliane Tillieux n’intervient pas sur le problème du chômage par hasard. C’est un thème sensible pour l’électorat socialiste. Obliger les chômeurs à travailler ou pas c’est un vrai clivage droite/gauche. Se positionner sur cette question est très efficace en terme d’image, les socialiste dans un camp, la coalition suédoise dans l'autre. En prenant la parole la socialiste met en outre le  doigt sur un point qui fait mal. L’idée n’étant pas neuve, il existe en effet  des propositions de loi déposées à la chambre depuis 2006 et cosignées par des députés libéraux sur cette question (David Clarinval, Rik Daems) ,  mais le Mouvement Réformateur ne l’avait toutefois  pas inscrit dans son programme électoral.

 

Pointons une anomalie quand même. Le gouvernement suédois n’existe pas.  Son accord de gouvernement n’existe pas non plus. Pour l’instant Eliane Tillieux réagit à des rumeurs. Vous connaissez l’histoire : quand on crie au loup trop tôt ou trop souvent, on ne finit par ne plus être entendu quand le loup est vraiment là.

 

10 septembre 2014

De l'utilité du moratoire


Un moratoire est initialement un terme juridique. Il désigne le fait de suspendre volontairement  une action ou d’accorder un délai. Un moratoire sur une dette par exemple permet de suspendre les créances, le plus souvent pour rééchelonner les paiements.
Le moratoire du plan Wathelet veut donc dire qu’on suspend l’application du plan. Cela avait été promis par de nombreux partis politiques au cours de la campagne, à commencer par le Mouvement Réformateur. Renoncer à un plan qui suscité tant de contestation de la part des citoyens et qui a été condamné par la justice est une décision politique logique.
 
Là ou ça se complique c’est que suspendre n’est pas corriger.  Où fera-t-on passer les avions ? Les négociateurs n’ayant pas officiellement communiqué sur la question on suppute qu’ils réactiveront la fameuse route du virage gauche qui  suscite elle aussi son lot de protestations et qui également fait l’objet de recours en justice. En gros vous faites un plan, la justice le condamne, vous faites le plan suivant, la justice le condamne encore, et donc vous revenez à la première version. Dès hier soir l'UBCNA (Association Belge contre les Nuisances d'Avion, qui regroupe les riverains de l'est de Bruxelles) jugeait le retour  à l'avant 6 février totalement illégal. Au contraire l'association Bruxelles Air Libre et le mouvement Pas Question se félicitaient (on notera d'ailleurs que ce mouvement rendait hier un hommage appuyé à Charles Michel, renforçant l'idée que cette mobilisation là n'était pas exempte d'arrière-pensées politiques).

D’après la presse de ce matin si les négociateurs se sont mis d’accord sur l’idée du moratoire, ils n’ont pas arrêté  de mesures correctrices. Pas d’allongement de la nuit, qui aurait repoussé les décollages de 6 à 7 heures du matin. Pas d’allongement des pistes, qui permettrait aux avions de prendre plus d’altitude plus rapidement, pas de trafic redirigé vers Charleroi ou Liège.
Comme synonyme du mot moratoire vous trouverez report, ou temporisation. Un moratoire permet de gagner du temps. Il faut dire que sur ce dossier francophones et néerlandophones ont des intérêts divergents. A l’aéroport de Bruxelles les retombées économiques sont pour les flamands, les nuisances sont pour les francophones et on caricature à peine. A trois contre un les partis flamands risquent de faire bloc.
 
Reprenons notre dictionnaire juridique, nous y trouvons l’expression « intérêts moratoires. »  Quand on suspend une action, on doit indemniser ceux qui en subissent les conséquences. Le dossier n’est donc pas clôt. En matière d’aviation c’est donc comme en matière de dette : un moratoire suspend les paiements, au final, il risque d'alourdir l’addition. 

08 septembre 2014

Quels mots pour parler de Mehdi Nemmouche et consorts ?

De Mehdi Nemmouche nous connaissions deux photos. La première, prise par les caméras de surveillance du musée juif de Bruxelles. Casquette devant les yeux, arme à la main, sac sur le dos. La seconde diffusée par la police française après son arrestation. Photo bien en face, genre carte d’identité, cheveux courts, oreilles bien dégagées, regard fier, visage fermé. Un jeune homme en colère comme il en existe  dans les banlieues françaises ou dans certains quartiers de Bruxelles.
 
Depuis ce weekend on sait que Mehdi Nemmouche lorsqu’il se trouvait en Syrie faisait de temps à autre office de gardien de prison. Pas le gardien débonnaire qui reste devant la porte et qui vous balance de temps à autre une ration d’eau. Non, le genre à venir vous tabasser. La séance de torture commençait le soir, elle s’achevait avec la prière du matin témoigne l’une de ses victimes.  Des cris, des coups, de la violence gratuite, sauf que ce n’est pas du cinéma.
Ce matin on apprend dans le journal Libération que Nemmouche était rentré en Europe avec l’idée de commettre un attentat à Paris lors du défilé du 14 juillet. Le musée juif de Bruxelles n’était pour lui qu’une répétition avant un carnage de plus grande ampleur encore sur les Champs Elysées.
L’affaire nous heurte. D’abord elle nous rappelle qu’une photo n’est rien. Seuls les témoignages, les mots qu’on met derrière, l’émotion qui transparait nous expliquent l’horreur. L’image seule ne donne pas toujours sens à l’actualité.
Ensuite on ne peut s’empêcher de se demander combien de Mehdi Nemmouche risquent de revenir ?  Français, allemands, belges, ils sont plusieurs centaines de jeunes européens à avoir rejoint l’Etat Islamique (rien que pour la Belgique on parle de 200 personnes au moins, y compris des femmes et des enfants). Ces djihadistes voudraient qu’on les appelle combattants. N'ayons pas peur de leur répondre que l'appellation est usurpée.  Alors que nous fêtons les 70 ans de la libération ou le centenaire de 14/18 il est utile de rappeler qu’un combattant n’est ni un terroriste ni un tortionnaire. Les viols, les persécutions religieuses, les images de pendaison, de décapitation qui nous parviennent, ne sont pas l’oeuvre de combattants. Ce  sont des actes de brutes, de barbares. De fous de Dieu comme ils s’appellent plus proches de la folie que de Dieu.  S’exprimer par la parole plutôt que par la force c’est le début de l’humanité, et ce devoir d’humanité s’impose à tous, en particulier lorsqu'on se croit croyant. Les musulmans les plus pieux ne me contrediront pas.
 
Ce matin on apprend qu’Iliass Azaouaj aurait été décapité en Syrie. Ce jeune prédicateur parti d’Anderlecht aurait été soupçonné d’être un infiltré. Un espion parmi les djihadistse, mais surtout un jeune musulman décapité par d’autres jeunes qui se disent aussi musulmans. Là un second point de vocabulaire s’impose. Un Etat protège les siens, assure la prospérité et la justice. Ce n’est pas ce dont on parle ici. L’Etat Islamique n’est rien d’autre qu’une zone de non-droit, un territoire livré aux exactions. Ce n’est pas le lieu d’une guerre sainte qui verrait les musulmans (ici exclusivement les sunnites, rappelons-le)  s’opposer au reste du monde, c’est davantage le champ de bataille où des barbares venus du moyen âge s’opposent à l’humanité.
 
Ces derniers jours  beaucoup de rédactions s’interrogeaient sur la diffusion ou non d’images sanglantes venus de ces zones d’affrontement. Le questionnement est légitime pour les hommes d’images. L’homme de plume ajoutera une interrogation sur les termes employés pour rendre compte de ces exactions. Combattants, Etat  Islamique et même Musulmans, ne paraissent pas les termes adéquats.

04 septembre 2014

Charles Michel premier ministre : il peut y penser

Un premier ministre de la "famille libérale", ça veut dire quoi ? Ce soir Charles Michel parait idéalement placé, mais refuse de se dire candidat. Le faire serait s'affaiblir : les autres partenaires pourraient tenter de le lui "faire payer". D'autres options restent possibles. Petite revue des candidats potentiels, et un rappel : nous ne sommes pas au bout des discussions, il peut encore y avoir des retournements de situation.

03 septembre 2014

Le coût de Reyers


On pensait que l'affaire était pliée. Quand il annonce le 5 août la suspension des travaux de réfection du viaduc Reyers, Pascal Smet frappe un grand coup. Geler des travaux, alors que c'est l'été qu'ils sont moins gênant, et demander une étude aurait pu être une décision impopulaire. C'est tout le contraire qui s'est passé. Les communes concernées, les riverains, les associations et même les partenaires de gouvernement, tout le monde applaudit des deux mains. Début aôut les jours du viaduc sont comptes, et on se met même à rêver à la destruction du viaduc Hermann-Debroux, le tout automobile est derrière nous. On accélère.

Le 25 août, premier coup de frein. Pascal Smet qui a reçu un premier rapport demande un complément d'information à Bruxelles-Mobilité. Surtout il se terre et évite tout interview avec la presse. Pas d'interview de rentrée pour le ministre des transports : la décision n'est pas mûre. Après l'euphorie des premiers jours les partisans de la démolition sont désormais dans l'expectative. Démolir ou pas : le gouvernement Bruxellois devait décider lors de sa première réunion, ce jeudi, il n'est plus certain qu'il puisse le faire.

La rénovation du viaduc, indispensable pour des raisons de sécurité, était estimée à 4 millions. Le chiffre de 8 millions circule désormais sous le manteau, sans qu'on sache sur quoi il repose.  Encore faut-il préciser que ces travaux ne seront pas les derniers. La structure est tellement abîmée qu'il faudra s'attendre à des rénovations régulières. 
Démonter le viaduc et le remplacer par un boulevard urbain serait encore plus cher. Entre 11 et 13 millions selon les sources. Pour passer de 4 à 11 millions, c'est 7 millions de différence, à trouver quelque part. Dans le budget des travaux publics estiment les uns, dans un nouvel arbitrage budgétaire puisque c'est de l'imprévu affirment les autres.

Ces jours-ci le gouvernement bruxellois consulte son GPS budgétaire. A 300 mètres de Reyers  le carrefour Meiser doit également faire l'objet de travaux colossaux : création de tunnels routiers et de tram ( la facture est de plus de 200 millions) et la logique serait de programmer le tout en même temps. Le hic c'est que le carrefour Meiser ne devait pas être refait avant 2019 etque techniquement   le dossier n'est nulle part. Peut-on refaire Reyers sans toucher à Meiser ? Reyers doit il attendre jusqu' à 2019 ? Peut on faire des économies d'échelle en groupant les deux dossiers ? Depuis une dizaine de jours les conseillers s'arrachent les cheveux. Le premier gouvernement bruxellois risque d'être chahuté. Le viaduc n'est pas prêt d'être démonté.

02 septembre 2014

La France des réseaux fait peur

Les réseaux sociaux, vous connaissez. Facebook, Twittersont les nouveaux lieux de la communication politique. Des places du marché virtuelles, des cafés du commerce en ligne ou on s'échange des informations et des commentaires. Le réseau social est donc devenu  le bon endroit pour lancer une rumeur, une attaque, destinée à déstabiliser un adversaire politique. Depuis deux jours les réseaux sociaux en France s'en donnent à cœur joie contre Najat Vallaud Belkacem. Cette jeune femme de 37 ans, originaire de la région du rif au Maroc, est la nouvelle ministre de l'éducation nationale du gouvernement Valls.      
Sur le net on lit donc qu'elle ne s'appellerait pas Najat Vallaud Belkacem mais Claudine Dupont. À l'appui de cette affirmation une fause carte d'identité. C'est un faux, il circule depuis deux ans déjà, mais il continue d'être tweeté, retweeté, "liké" ou partagé. Le sous-entendu est aussi injurieux  que xénophobe : si Najat Vallaud Belkacem fait carrière c'est parce qu'elle serait d'origine maghrébine. Et que bien sûr, la perverse se dissimule.
À Neuilly , un élu local  de l'UMP, la droite française, à cru bon d'ajouter à ce racisme nauséabond une pincée de sexisme, en demandant sur twitter  quelles qualités François Hollande pouvait bien trouver à Najat pour lui offrir un si gros portefeuille. Le sous-entendu est aussi grivois qu' infamant pour son auteur. Il fleure bon le machisme d'autrefois et la frustration sexuelle. 
Enfin l'éducation nationale a publié sur sa page Facebook  une photo de jeunes enfants illustrant un article sur les classes de maternelle. Comme souvent en région parisienne ces enfants sont d'origines diverses, et ici c'est une majorité d'enfants d'origine africaine ou antillaise qui sont représentés. L'éducation nationale a été inondée de messages racistes, et la photo circule désormais partout accompagnée de commentaires d'internautes qui ne la trouvent pas assez représentative. Le sous-entendu est aussi révoltant que dangereux : ces enfants ne peuvent pas être l'image de la France parce que la France veut être blanche. 
En trois Buzz voici un condensé du pire des réseaux sociaux. Et il y a de quoi s'inquiéter. Bien sûr une partie de ces réactions est l'œuvre de militants plus ou moins organisés. On peut y voir l'influence des opposants au mariage pour tous (Najat Vallaud-Belkacem en était l'une des supportrices) la patte des délirants adeptes de la fausse théorie du genre (une belle manipulation qui a pour but de justifier l'inégalité des sexes) ou même celle de simples militants de droite fermement opposés au nouveau rythme scolaire (et ne me faites pas de procès d'intention : être de gauche ou de droite c'est autre chose que ça, je le sais bien, mais il serait sain que les dirigeants de l'opposition le disent publiquement, sur la toile ou dans la vraie vie, et certains, comme Yves Jego ou Claude Goasgen s'y emploient d'ailleurs). 
Mais il y a pire. Les milliers de français qui tweetent, retweetent, likent, partagent. Dans un geste de défiance au pouvoir, on finit par propager ce qui n'est rien d'autre que du racisme pur et dur. On attaque une jeune femme parce qu'elle est jeune et d'origine étrangère. On s'autorise la calomnie, les attaques personnelles et une violence verbale inégalée. On stigmatise des enfants  en leur refusant le droit d'être français parce que leur peau est trop foncée. Il serait temps de réagir. La France des réseaux sociaux se met à ressembler furieusement à l'Allemagne des années 30.