20 juillet 2014

Le gouvernement Vervoort II entre en piste





Le gouvernement de Rudi Vervoort à prêté serment ce dimanche 20 juillet. Il devra attendre le vote de l'assemblée régionale pour être officiellement installé. Le ministre-président a d'ores et déjà présenté les grands axes de son action lors du discours de politique régionale, les chefs de groupe lui donneront la réplique mardi. En attendant, l'équipe prend la pose (photo Stephanie Meyer). 

Fadila Laanan et Cecile Jodogne complètent le casting Bruxellois du gouvernement Vervoort II

On attendait Rachid Madrane ce sera finalement Fadila Laanan.
Ainsi en a décidé Laurette Onkelinx, toute puissante présidente de la fédération bruxelloise du parti socialiste (au passage, ceux de mes confrères qui l'annonçaient à la ministre-présidence feraient bien de noter qu'un président de parti -ou ici de fédération- a au moins autant de pouvoir qu'un ministre, cela leur évitera des spéculations inutiles). À ce stade, Rachid Madrane, à moins qu'il ne soit repêché à la communauté française, fait figure de grand sacrifié. 
On hésitait entre Benard Clerfayt et Emmanuel De Bock, ce sera finalement Cecile Jodogne. Là c'est Olivier Maingain qui a tranché. Le choix de Jodogne donne raison aux schaerbekois (elle est l'échevine de Clerfayt et fut même bourgmestre faisant fonction lorsque celui était secrétaire d'état  aux finances au fédéral)  mais Emmanuel De Bock, le jeune qui monte,n'a pas tout perdu puisqu'il devient chef de groupe des FDF. 
Avec ces deux désignations l'équipe est désormais au complet. Dans quelques heures, ministres et secrétaires d'état bruxellois prêteront donc serment devant le parlement régional (au passage, sachez que ce sera en direct sur Télé Bruxelles).  Que retenir de l'équipe Vervoort II ? 
D'abord qu'elle se féminise fortement. Quatre hommes pour quatre femmes c'est du jamais vu dans un exécutif en Belgique. Le symbole est fort, surtout que ces dames sont plus jeunes que ces messieurs. Attention quand même : les 4 hommes ont rang de ministre, et concentrent l'essentiel des portefeuilles influents, tandis que 3 de nos 4 femmes ont rang de secrétaire d'état, ça peut paraître anecdotique puisque c'est lié au score des partis mais cela indique qu'un peu de chemin reste à parcourir pour une partité parfaite. 
L'équipe Vervoort II est globalement expérimentée. Seules Bianca Debaets et Cecile Jodogne n'ont pas d'expérience ministérielle. Tous les autres ont été ministres à l'un ou l'autre niveau de pouvoir. Cela garantit de pouvoir se mettre au travail très vite. À l'heure ou j'écris ces lignes de nombreux chefs de cabinet sont déjà connus et les équipes sont en train de se constituer. 
Enfin le gouvernement régional assume une forme d'équilibre géographique : deux Everois (Vervoort et Vanhengel aux postes clefs) et une Schaerbekoise (Jodogne) pour le nord-est, une Anderlechtoise (Laanan) pour le nord-ouest, deux Bruxellois (Smet et Debaets) pour le centre ville, un Auderghemois (Gosuin) et une Uccloise (Fremault) pour le sud. Deux remarques sur ce chapitre : pas de représentant pour les petites communes (genre Koekelberg, Saint-Josse ou Berchem) et surtout une faible représentation pour Bruxelles-ville (Smet n'y est pas très actif et le CD&V de Debaets y est dans l'opposition)  , quand on sait que les rapports ville-région sont souvent des rapports de concurrence on ne se facilite pas la tâche.  
Au niveau de la diversité des origines, malgré la présence de Fadila Laanan, l'équipe Vervoort II continue de ressembler au Bruxelles d'hier, et n'est pas représentative de la ville d'aujourd'hui (notez ainsi que le SPA a préféré Pascal Smet à Fouad Ahidar alors que celui-ci avait fait un plus gros score). Ce constat n'est pas réservé qu'au seul gouvernement régional, le monde des entreprises souffre du même mal,  on se rend compte à quel point ces évolutions prennent du temps. 

L'équipe Vervoort II

Rudy Vervoort (PS) ministre-président, en charge du tourisme et du port 
Guy Vanhengel (OpenVLD) ministre des finances et du budget 
Didier Gosuin (FDF) ministre de l'emploi, de l'économie, et de la formation professionnelle
Pascal Smet (SPA) ministre des transports 
Celine Fremault (CDH) ministre de l'environnement et de l'Energie 
Fadila Laanan (PS) secrétaire d'état à la propreté et la fonction publique (mais aussi ministre présidente de la COCOF ou elle aura la charge des crèches et de  l'enseignement)
Bianca Debaets (CD&V) secrétaire d'état à la sécurité routière, à l'égalité des chances et à la transition numérique 
Cecile Jodogne (FDF) secrétaire d'état en charge du commerce extérieur et du SIAMU (service incendie)  

18 juillet 2014

De Brigitte Grouwels à Bianca Debaets : pourquoi le CD&V doit rajeunir ses cadres


"Minder frans, Meer Brigitte". Le slogan de sa campagne électorale 2004 est resté en mémoire comme une carte de visite. Flamande elle était, flamande elle restera. Bruxelloise d'adoption, Brigitte Grouwels n'aura jamais coupé le cordon ombilical qui la relie à la Flandre. Mieux, au sein du CD&V elle incarnait une forme de loyauté (les mauvaises plumes écriraient soumission)  des flamands de Bruxelles vis à vis de l'état major de son parti. Un exemple ? Interrogez Brigitte Grouwels sur la nécessité de revoir le plan Wathelet ou d'étendre les restrictions de nuit jusqu'à 7 heures du matin, elle vous répondra qu'elle pourrait y être favorable, comme tous les bruxellois... mais ajoutera dans la même phrase qu'il faut consulter les compagnies aériennes parce qu'il ne faut pas nuire au développement de l'aéroport... Le genre de position qui la fait régulièrement passer pour plus sensible aux intérêts flamands qu'aux intérêts bruxellois. À tel point que pour beaucoup d'élus francophones Brigitte Grouwels était un peu l'œil de Moscou (ou celui de la place des Martyrs, siège du gouvernement flamand)  au sein de l'exécutif Bruxellois.

Soupçonnée d'informer les néerlandophone de ce qui se passait à Bruxelles et de permettre par exemple le dépôt de recours contre les décisions bruxelloises, une position pas facile à tenir. Même si cette image est en partie caricaturale, il est vrai que Brigitte Grouwels s'est d'abord fait un nom en défendant l'idée que Bruxelles n'était pas suffisamment bilingue. Une position idéologique qui débouchait automatiquement sur un rapport de conflit avec les francophones, même si devenue ministre Brigitte Grouwels  dût bien se résoudre à aborder d'autres combats, plus gestionnaires et moins communautaires, tout en se retrouvant régulièrement isolée au sein du gouvernement régional. 

Alors que je m'installais comme rédacteur en chef de Télé Bruxelles, Brigitte Grouwels avait tenu à me rencontrer il y a deux ans. Un déjeuner convivial, entièrement en Français, à son cabinet, la preuve que convaincre la presse et le public francophone ne lui était pas si indifférent (peu de bruxellois néerlandophones ont d'ailleurs eu cette démarche). Lors de cette rencontre je lui avait demandé si cette image de "flamande de service" ne lui pesait pas trop. Elle fit d'abord mine de ne pas comprendre la question. J'insistais, lui indiquant qu' il était très facile de la diaboliser et que cela la pénalisait dans des débats tels que l'avenue du port ou la gestion de la Stib. "C'est vraiment comme cela que vous me voyez ? " m'avait-elle repondu. On sentait la déception. Puis, philosophe, elle avait défendu sa position, expliquant qu' elle tenait au lien entre la Flandre et Bruxelles mais que c'était selon elle une forme de garantie pour les Bruxellois et que les francophones devaient comprendre qu'elle les aidait bien plus que la NVA , qui était son véritable ennemi et un véritable danger pour Bruxelles. Je garde de ce déjeuner le souvenir d'une flamande de petite taille, coquette, aux bijoux et à la mise bourgeoise impeccables, s'exprimant lentement et cherchant le mot juste mais respectueuse de ses interlocuteurs. 

À 61 ans Brigitte Grouwels passe donc le relais et retrouve un poste de sénateur de communauté (elle pourra y reprendre son combat pour l'orthodoxie linguistique). Les francophones doivent-ils s'en réjouir ? Pas sûr. Bianca Debaets, qui va reprendre le flambeau, ne leur fera sans doute pas plus de cadeaux. Rappelons nous que la future secrétaire d'Etat CD&V fut celle qui lança la polémique sur le sapin de Noël version cubiste, il y a de cela deux plaisirs d'hiver,  dénonçant un "manquement à la tradition." On a connu des prises de postions plus fines et plus progressistes. 

La vérité est que le CD&V doit faire un saut de génération. Avec seulement 2 députés régionaux  et 11% des suffrages dans l'électorat flamand le parti social chrétien est en net recul à Bruxelles , loin derrière l'open VLD, mais aussi distancé par la NVA, le SPA et Groen. Le soir même de l'élection les flamands de Bruxelles avaient compris que les jours de Brigitte Grouwels étaient comptés ( en apparté Guy Vanhengel, formateur flamand, s'en inquiétait ouvertement : des compétences pour le CD&V d'accord, mais celle qui en héritera sera-t-elle assez forte pour les assumer ? ). On est loin du temps de Jos Chabert ou le parti dominait le côté néerlandophone de la capitale. Avec Brigitte Grouwels c'est aussi la génération de Walter Vandenboscche et Steven Vanackere qui doit faire un pas de côté pour chercher un nouveau souffle susceptible de faire de l'ombre à Pascal Smet ou Bruno De Lille, côté Dansaert, tout en restant très flamand pour ne pas laisser trop d'espace à la NVA. 

La vérité encore est que cette relève est incarnée par Benjamin Dalle, tête de liste à la chambre, et non par Bianca Debaets. Mais la  tradition veut que les partis néerlandophones soient représentés par au moins une femme au sein du gouvernement régional. Le VLD et le SPA ayant désigné des hommes, c'est donc au plus petit parti de se dévouer (oui je sais, les féministes vont hurler, avec  raison, c'est bien de ce terme qu'il s'agit), et c'est le CD&V. Bianca Debaets doit donc à une sévère défaite d'arriver aux affaires. Avec ou sans sapin, ce n'est pas un cadeau de Noël. 

16 juillet 2014

Accord de Gouvernement : Bruxelles va "égaliser" les allocations familiales

En région Bruxelloise quand on parle d'un accord de gouvernement, l'expression est réductrice. En réalité ce sont 4 textes différents qui ont été négociés ces dernières semaines : un accord de gouvernement régional, qui est la pièce centrale et dont  tout le monde vous parle depuis 3 jours, un accord pour les matières communautaires francophones ( dans le jargon politique bruxellois c'est la COCOF, commission communautaire française -je suggère modestement aux politiques de lui trouver un nom plus simple et sexy - elle gère les infrastructures et politiques sociales ou culturelles propres aux francophones ), son équivalent flamand la VGC, et la commission communautaire commune, qui rassemble COCOF et VGC pour des politiques mises en commun (c'est la COCOM - je reformule ici aussi une suggestion de changement d'appellation et même si possible de fusion avec la région, ce serait plus simple, lisible et enthousiasmant pour le citoyen si il pouvait se retrouver dans cette jungle institutionnelle). Aux populistes de tous poils qui passeraient par hasard sur ce blog je signale que les membres de ces gouvernements sont les mêmes que ceux qui siègent au gouvernement bruxellois, et idem pour les parlementaires qui les contrôlent, et qu'il n'y a pas de double traitement, ne criez donc pas au gaspillage.

Avec la 6ieme réforme de l'Etat cette petite COCOM va devenir un acteur politique majeur de la capitale. La réforme prévoit en effet de transférer à la COCOM certaines compétences héritées du fédéral, un système qui permettra de maintenir la même politique (ici on parle surtout de politique sociale) pour tous les bruxellois, qu'ils soient francophones ou néerlandophones, tout en laissant ces matières dans le giron des communautés, ce qui est une exigence flamande. Techniquement cela accroît le poid flamand dans la prise de décision, la région bruxelloise statuant à la majorité simple alors que les décisions de la COCOM doivent être prises avec une double majorité. 

Donc, à côté de l'accord de gouvernement bruxellois, l'accord de la COCOM n'est pas tout à fait une anecdote. Sans entrer dans trop de détails, sachez que l'accord de gouvernement de la COCOM prévoit par exemple l'instauration d'un Plan de  Santé Bruxellois. On y sent la patte de Laurette Onkelinx qui glisse à Bruxelles quelques éléments de sa politique federale en la matière. Le plan encouragera par exemple les hôpitaux privés  et publics à développer des synergies avec la mise sur pied d'une centrale d'achat et même une pharmacie commune par exemple. 

La COCOM est également compétente pour les politiques de prévention, ou  l'encadrement des maisons de retraites. L'accord préconise aussi de rapprocher (mais pas de fusionner) les 19 CPAS de la capitale avec des outils informatique communs. 

Mais le point sans doute le plus attendu concerne indiscutablement les allocations familiales. Cette compétence ayant été transférée à la COCOM, cela deviendra un outil de important des politiques régionales. Les négociateurs bruxellois ont été prudents mais indiquent quand même clairement la direction à suivre. Prudents car le texte rappelle que les familles doivent bénéficier d'un "stand still" (en bon français cela signifie qu'on maintient les droits actuels et que pour les enfants déjà nés rien ne change). Prudents encore car l'office national peut gérer les allocations jusqu'en 2018 et qu'il n'est pas utile de se précipiter. Pour la suite l'accord prévoit la création d'un nouvel OIP (organisme d'intérêt public, administration subsidiée, le bras armé d'un gouvernement dans un domaine précis) qui sera dirigé par deux administrateurs généraux ( un francophone et un néerlandophone probablement même si ce n'est pas écrit dans la note que j'ai pu parcourir). Prudence toujours car l'accord prévoit de ne pas faire de réformes sans concertation préalable, que ce soit avec les autres régions ou des représentants des familles et autres acteurs concernés. Prudence enfin car le texte insiste sur la nécessité de garder une politique financable : pas de dérapage budgétaire sur les allocations. 

Cela n'empêche pas les négociateurs bruxellois d'indiquer un but à atteindre. Après 2018 la région bruxelloise songe à "égaliser les allocations" entre enfants. En clair cela signifie que les allocations seront indentiques d'un enfant à l'autre. Aujourd'hui ce n'est pas le cas : l'allocation pour le premier enfant est de 90 euros, on grimpe à 167 pour le second, et on approche les 250 euros à partir du 3ieme. A l'avenir, à Bruxelles, l'allocation sera la même pour tous les enfants, quel que soit leur rang de naissance. L'objectif est budgétaire  bien sûr, cela permettra de contrôler, voir de réduire les dépenses. Il est aussi politique : la réalité démographique est telle qu'il n'est pas utile d'encourager les naissances en Région Bruxelloise. Les familles nombreuses seront donc moins aidées dans le futur (et on précise bien que cela ne concerne que les enfants de demain, pas ceux qui sont nés aujourd'hui).  Cela implique qu'à terme, Bruxelles , la Flandre et la Wallonie auront des politiques différenciées car les réalités démographiques  ne sont pas les mêmes d'une région à l'autre. 

On peut souligner une forme de courage pour une mesure qui risque d'être impopulaire, même si l'accord prévoit que cette réforme devra s'effectuer " en garantissant les correctifs sociaux nécessaires" ce qui signifie que des familles en grande précarité pourraient bénéficier d'allocations majorées ( sans être autour de la table on imagine que le PS a du réclamer cet ajout pour donner son accord final au projet).  On n'est pas encore au bout du processus mais avec cette réforme les négociateurs bruxellois nous donnent donc un exemple de ce que peut permettre la régionalisation de certaines politiques, des le moment ou l'on possède une bonne connaissance de la réalité statistique et une vision à moyen terme. La preuve que les discussions des derniers jours peuvent déboucher sur du concret. C'est le côté réjouissant de la politique. 


15 juillet 2014

Bruxelles démarre plus vite

Les Bruxellois ont donc leur accord de gouvernement. Les 6 formations politiques (PS,CDH,FDF, OpenVLD, SPA, CD&V) regroupées autour de Laurette Onkelinx et Guy Vanhengel l'ont donc presenté à la presse hier, au terme d'une négociation qui n'est pas si rapide qu'il pourrait paraître. Six semaines de négociations c'est un laps de temps normal pour négocier ce type d'accord. Si les bruxellois paraissent rapides c'est avant tout par contraste avec le fédéral qui semble à l'arrêt. Laurette Oneklinx et Guy Vanhengel ont terminé le tour du circuit alors que Charles Michel cherche toujours à mettre la clef sur le contact. Logique puisque la coalition bruxelloise semblait évidente et que les partenaires avaient eu tout le loisir de préparer leur itinéraire avant même la fin de campagne, alors qu'au fédéral on n'est toujours pas d'accord sur le carburant à utiliser pour faire rouler le véhicule gouvernemental. Côtés wallon et flamand ont à déjà entamé les premiers virages, et on se cramponne en attaquant les raidillons.

Médiatiquement cette conclusion Bruxelloise est avant tout une mauvaise affaire pour l'informateur Charles Michel. En communiquant ce lundi les bruxellois (et cela n'aura probablement pas échappé au PS de Laurette Onkelinx) mettent l'accent sur leur capacité à conduire rondement une négociation. Ceux qui en assument la direction ( on aura donc vu hier Laurette Onkelinx mais aussi Didier Gosuin et Joëlle  Milquet chez les francophones, Guy Vanhengel, Pascal Smet et Brigitte Grouwels chez les bruxellois néerlandophones) en tirent un bénéfice d'image : ils sont des partis de solution, alors que d'autres formations politiques à d'autres niveaux de pouvoir apparaissent comme des partis de blocage, stériles à ce stade. Sollicité par Télé Bruxelles le MR bruxellois préférait ne pas réagir à l'accord régional hier soir, signifiant ainsi une certaine difficulté à communiquer efficacement dans une séquence qui consacre l'autonomie et la réussite politique des majorités régionales. Et ce n'est pas fini. Dimanche la composition de l'équipe bruxelloise sera connue. Ses ministres seront les stars du défilé. Mardi, Charles Michel sera de retour chez le roi : en cas d'échec ou de nouvelle prolongation le sentiment de sur-place au Fédéral sera plus criant encore. 

Si médiatiquement l'affaire est entendue, politiquement il est un peu tôt pour juger. Au delà de la communication d'hier nous manquons d'éléments pour établir le niveau d'ambition réelle de l'accord bruxellois. On y annonce de nouvelles initiatives intéressantes, comme la rationalisation des structures bruxelloises. Réunir une pléthore d'acteurs sociaux ou économiques dans 6 grandes agences a évidemment du sens, à condition que ces agences soient performantes, bien gérées et travaillent de concert avec le pouvoir régional. Les Bruxellois auront sans doute à méditer sur l'exemple de la Stib. Voici une structure importantissime dans la gestion de Bruxelles.  Elle dépend du pouvoir régional, mais on a bien vu ces dernières années que la STIB avait des difficultés à travailler en étroite collaboration tant avec les communes qu'avec la SNCB. Il faut se méfier des super-structures quand elles échappent au contrôle de leur créateur ou quand elles se croient tout permis. 

Ainsi au chapitre de la mobilité, on notera que le tram 71 ne semble plus aussi prioritaire qu'hier (on va phaser sa réalisation ce qui ressemble à un demi désaveu) ou que l'interdiction des quads en ville refait son apparition alors qu'elle avait été annoncée il y a un an déjà par la ministre de tutelle. Promettre 6500 logements alors qu'on peine a réaliser les 3000 de la législature précédente semble très ambitieux. La garantie jeune, autre élément fort mis en-avant, était déjà lancée, et n'apparaît pas vraiment neuve, et surtout, elle dépend fortement de fonds européens. Ce ne sont que quelques exemples. Il ne faudrait pas que l'impression de surplace, qui caractérise la scène fédérale ne  s'impose comme clef de lecture de la politique régionale.

C'est donc sur la politique fiscale et sur la politique des loyers que nous suivrons avec attention la suite des débats bruxellois. En annonçant un glissement de la fiscalité du travail vers l'immobilier la nouvelle majorité est innovante. Il existe de grands propriétaires à Bruxelles qui bénéficient  d'une rente très agréable alors que d'autres ont du mal à se loger. Il existe à Bruxelles un décalage énorme entre des populations expatriées qui font grimper le prix de l'immobilier et les salaires moyens belges qui n'ont d'autres choix que de quitter la capitale. Il existe des quartiers résidentiels hors de prix, et d'autres où l'on investit plus, au risque de glisser vers l'insalubrité. Il existe des marchands de sommeil. Il existe aussi, et c'est très courant, des maisons qui se présentent comme unifamiliales alors qu'elles sont divisées en appartement et que leur propriétaire a malencontreusement oublié de le signaler. Il est sain d'y mettre un peu d'ordre et de justice sociale. 

La dualisation de la ville est réelle et c'est un enjeu énorme. La réponse fiscale ne peut pas être la seule, il faudra aussi des transports, du commerce, des écoles pour rendre Bruxelles plus agréable. Pour tout cela il faudra aussi que le pouvoir régional trouve des alliés. La région Bruxelloise aura besoin du fédéral pour financer de grandes infrastructures. Du privé pour faire fonctionner les entreprises et créer de l'emploi. Des communes pour accompagner et si possible amplifier les intentions régionales. 
Sur ces points de contacts et la capacité à monter des synergies on attend aussi de voir la nouvelle majorité à l'œuvre. 

09 juillet 2014

Primaires ou primevères : qui pour diriger Ecolo ?

A Ecolo on ne déteste pas les difficultés. Que le quatuor chargé d'analyser les résultats des élections du 27 mai recommande d'organiser une élection présidentielle n'est pas une surprise. Qu'il fixe sa date à février ou mars de l'année prochaine est en revanche déroutant  : cela veut dire que pendant les 7 prochains mois les verts seront en campagne interne, avec tous les risques de divisions que cela représente. Certes, on peut comprendre le souci vert de ne pas se précipiter  et d'accompagner en douceur la formation des différents gouvernements. Rien ne servait de voter avant septembre ou octobre. Mais renvoyer  l'échéance à février ou mars 2015 c'est s'offrir un carnaval de longue durée ... 
N'attendons pas pour tomber les masques, passons d'ores et déjà en revue les candidat potentiels. Et rappelons que la règle à ECOLO veut qu'on élise un homme et une femme, l'un(e) wallon et l'autre bruxellois. 

Des conversations que j'ai pu avoir avec beaucoup d'entre eux ces dernières semaines, voici quelques noms à suivre. 

Côté Bruxellois 

Zoé Genot est dans les starting-blocs. La nouvelle députée bruxelloise, qui vient d'être désignée cheffe de groupe incarne une ligne clairement à gauche. Elle a pour elle un long passé de parlementaire, un certain charisme, et un verbe facile. Elle est sans doute moins portée sur les relations  avec les autres formations politiques (on a pourtant encore vu récemment à quel point ça compte en période de de négociation), mais avec elle la coprésidence wallon/bruxellois serait équilibrée. Certains membres du parti la voyait d'ailleurs former un tandem idéal avec Jean-Marc Nollet, mais le dossier photovoltaïque a rendu cette hypothèse caduque. Plus neuve, et plus proche des constestataires comme Philippe Lamberts, Zakkia Khattabi est incontestablement une figure montante du parti, et l'ancienne sénatrice, désormais députée federale, pourrait avoir une carte à jouer. Barbara Trachte semble être une troisième bruxelloise capable de monter à la coprésidence (on citait son nom déjà à l'époque de Sarah Turine), mais reste moins connue que les deux premières. Pour être tout a fait complet citons la sage Marie Nagy, qui n'a plus grand chose à perdre après avoir perdu son siège au parlement bruxellois et pourrait incarner une outsider crédible, et Celine Delforge qui pourrait tenter une candidature de témoignage (à gauche toute, dans une démarche à la Wesphael) tandis qu'Isabelle Durant et Evelyne Huytebroeck ont déjà donné. 

Chez les hommes trois candidats bruxellois au moins pourraient être envisagés. Benoit Hellings, nouveau député fédéral après un passage au sénat avait déjà été candidat en 2002 en tandem avec Muriel Gerkens. Ensemble ils incarnaient une ligne de retour aux fondamentaux, qui avait contraint le duo Deleuze-Hoyos à affronter un second tour, et qui pourrait bien être ce que recherchent les militants d'Ecolo aujourd'hui. Hellings a pour lui d'incarner la nouvelle génération d'élus écolos intello-constestaires et sa campagne de 2002 avait laissé deviner quelques réelles qualités d'animal politique (comprenez une aisance orale, une intelligence des situations et aussi une envie forte de gagner). L'autre jeune de la capitale est Arnaud Pinxteren, perçu comme plus proche de l'appareil et probablement plus collectif, donc plus  consensuel. Enfin n'excluons pas Christos Doulkeridis, même si la contre-performance électorale ne plaide pas en sa faveur, il incarne la mémoire d'Ecolo dans la capitale. Philippe Lamberts désormais chef de groupe au parlement européen dit ne pas être intéressé à ce stade : pour lui la présidentielle anticipée intervient trop tard ou trop tôt. Cela ne l'empêchera pas de jouer probablement  un rôle  en soutien de l'un ou l'autre tandem. 

Côté wallon 

C'est sans doute chez les wallons que l'équation est la plus compliquée et le jeu plus difficile à décoder (ou alors c'est que je suis définitivement un journaliste bruxello-centré, ce qui n'est pas impossible). 
Commençons par citer Emily Hoyos : si Olivier Deleuze a annoncé qu'il se concentrerait sur Watermael-Boitsfort, rien ne dit qu'elle ne sera pas candidate à sa propre succession. Avec un handicap : l'actuelle co-présidente devra démontrer sa capacité à se renouveler et à évoluer. Ayant pris en apparence le dessus sur Olivier Deleuze (avec son accord) elle devra aussi constituer un tandem fort qui ne paraisse pas déséquilibré.

Si elle décide de se representer Muriel Gerkens sera incontestablement une challenger de taille. Moins jeune, et donc n'incarnant pas l'avenir  mais plus proche de la base, elle pourrait défier Emily Hoyos sur les principaux éléments pointés par le rapport d'analyse de la défaite électorale : autoriser ou encourager plus de débats internes et se profiler comme plus proche des associations que des autres partis politiques. Ce sera incontestablement l'une des favorites si elle décide d'y aller. 
 
Côté homme on écarte pour l'instant l'hypothèse d'une candidature de Jean-Marc Nollet. Beaucoup d'écologistes le jugent responsable de la défaite et voit en lui un forme d'entêtement technocratique sanctionné par les électeurs. Rappelons juste que 7 mois c'est long et que cela peut permettre de faire évoluer ce genre de perception. Philippe Henry pourrait être un outsider intéressant. Enfin beaucoup de militants pensent à Marcel Cheron mais jusqu'à présent celui-ci a toujours refusé ce genre de mise en avant (il fut souvent cité comme ministrable mais n'a jamais voulu l'être). 

Pour être complet là encore citons Stephane Hazé, technicien reconnu, mais dont la capacité à mener un parti à la bataille reste à démontrer, ou encore Christian Noiret (qui n'avait pas obtenu la tête de liste dans sa circonscription) et Manu Disabato (qui n'a pas été réélu) et qui pourraient l'un comme l'autre se rappeler au bon souvenir des militants (quitte à utiliser une telle candidature pour viser un autre poste). 

Voilà pour le casting. Il est provisoire. J'ai sans doute oublié l'un(e)  ou l'autre candidat(e) potentiel(le). La première étape sera de constituer les fameux duos homme/femme. Cela donnera une première indication. Entre les partisans de la direction actuelle et ceux qui veulent un virage à 180 degrés il existe toute une gamme de nuances. Le problème des nuances c'est que, comme les primevères, elles tardent à percer . En 7 mois de campagne, l'hiver ECOLO sera long et rigoureux. 



04 juillet 2014

Lenteur et vitesse

Si vous voulez une nouvelle preuve que la Belgique est désormais un État fédéral achevé (pour ne pas dire confédéral) il suffit d'observer la formation des gouvernements des différentes entités du pays.  Pas seulement parce que les coalitions s'annoncent différentes, ça vous le saviez déjà, mais aussi parce que les rythmes de négociations sont désormais complètement désynchronisés. Ainsi plusieurs  régions sont-elles ce soir en passe de boucler le premier tour de rédaction de leur accord de gouvernement. Flandre, Wallonie, Bruxelles : suivant les cas il reste quelques difficultés a surmonter, une poignée de chapitres à rédiger, une relecture sérieuse à opérer, mais l'essentiel du travail est fait. A tel point qu'on peut désormais spéculer sur la date de présentation des accords de majorité dans les entités régionales (et dans la foulée de la formation des équipes gouvernementales, ce qui prend un ou deux jours de plus, avant prestation de serment chez le roi (pour les ministres-présidents) ou devant les parlement régionaux (pour les ministres et éventuels secrétaires d'Etat). Deux dates symboliques nous attendent : le 11 juillet (fête de la communauté flamande) et le 21 (fête nationale). Il me semble désormais acquis que nous aurons tous les gouvernement régionaux avant la seconde date et peut être même (pour certains au moins) avant la première, soit des la fin de la semaine prochaine (il faudra juste bien viser pour ne pas télescoper médiatiquement un match des diables rouges ou leur retour en triomphateurs).  Bref on s'active, on avance, on accélère, et on est en passe de conclure. Les futures coalitions des régions   sont les lièvres de la négociation.  Pas question donc d'attendre le fédéral. Ces futurs gouvernements  nous prouvent ainsi, acte de naissance à l'appui, à quel point leur autonomie est réelle, ce qui ne va pas sans poser quelques questions sur les futures tensions à prévoir... Le comité de concertation, déjà renforcé par la 6ieme réforme de l'Etat,  risque d'être animé.

Si les régions galopent, le fédéral piétine. On a bien compris la stratégie de Charles Michel : arriver à convaincre d'éventuels partenaires par le biais du programme. L'informateur en entendant partenaires sociaux, banque nationale et bureau du plan, ne fait pas que renouer avec une tradition boudée par Bart De Wever. Il donne du contenu à son futur projet et tente de le justifier  par des demandes de la société civile ou des partenaire sociaux. La question ne sera plus " voulez-vous gouverner avec moi ?" mais "êtes vous prêt à appliquer ce programme " ce qui est quand même un peu plus habile. On sent d'ailleurs bien que les sorties patronales des derniers jours avaient pour objectif d'appuyer et légitimer au yeux de l'opinion  un programme plus à droite que celui du gouvernement précédent. Or installer un climat favorable il faut du temps. Charles Michel vient d'obtenir une grosse semaine supplémentaire. L'informateur royal adopte donc le rythme tortue. Paradoxalement le décalage des vitesses pourrait le servir. Une fois les exécutifs régionaux installés il deviendra déraisonnable d'espérer y entrer. Cela clarifiera le jeu pour les deux formations libérales qui réclament toutes deux une présence à tous les niveaux de pouvoir. Messieurs les libéraux, changez de demande, celle-ci ne pouvant plus être rencontrée, et dites nous donc enfin si vous êtes prêts à entrer dans un gouvernement franchement à droite. Une fois les équipes régionales formées il sera nécessaire d'abattre vos cartes : le MR et l'Open VLD sont-ils prêts à assumer cette coalition kamikaze (ou téméraire comme je l'appelai dans un billet précédent) ?

A cette question aux libéraux, s'ajoute celle qu'on est également en droit de poser à la NVA et au CD&V : alors les gars, téméraires ou pas  ? La réponse n'est pas évidente. Certes la NVA et le CD&V ne manquent pas d'envie de renvoyer le PS dans l'opposition et de montrer à la flandre qu'ils peuvent imposer leurs vues sur un pouvoir fédéral jugé ces dernier temps trop favorable  aux  francophones. Mais ce serait se priver de l'argument calimero dont les nationalistes raffolent. Ce serait surtout oublier que laisser  l'Open VLD sur le bord du chemin est une motivation tout aussi forte. Avec l'épisode eurosceptique du parlement européen, et la candidature Dewael contre Bracke à la présidence de la chambre, on a eu un échantillon des relations entre nationalistes et libéraux. Et contrairement aux idées reçues il n'est pas exclu  que pour beaucoup de nationalistes ou de démocrates-chrétiens, faire disparaître l'Open VLD soit bien plus amusant (et stratégique)  que de renvoyer le PS dans l'opposition. Sur ce point notre histoire de formation ressemble davantage à un match de foot qu'aux  fables d'Esope ou de La Fontaine : quand la rencontre est en cours, la morale de l'histoire n'est pas encore écrite. 

29 juin 2014

Pourquoi Charles Michel doit tenter la coalition téméraire





C'est une question de vocabulaire.
En imposant le terme de "coalition kamikaze" pour désigner une alliance NVA-CD&V-OpenVLD-MR la presse n'aide pas les libéraux. Lancée par les journaux flamands, avant d'être reprise, comme souvent, par les commentateurs francophones, l'expression décrit bien ce qui ressemble à un raid aérien, aux pulsions guerrières plus ou moins assumées (éliminer les socialistes) mais suffisamment risquée pour que ses auteurs craignent d'y laisser leur peau. 

Sur le plateau de Télé Bruxelles le député bruxellois Boris Dillies, l'un des rares libéraux à s'exprimer ce weekend (l'émission a été enregistrée vendredi juste avant que son état major ne donne une consigne de silence aux troupes parlementaires, elle est au bas de ce billet) a d'ailleurs bien pris soin de récuser l'appellation. "Ne parlons pas de coalition kamikaze mais de coalition de l'audace" a-t-il plaidé dès que le sujet fut abordé. Audace, voici un terme diablement plus positif, qui selon ses partisans définirait bien ce qu'une coalition très ancrée à droite pourrait proposer : une rupture avec les gouvernements plus ou moins centristes des dernières décennies, un attelage inhabituel certes, mais qui aurait le mérite de la cohérence idéologique et qui pourrait se lancer dans des réformes spectaculaires et politiquement marquées. Sortir du compromis à la belge qui consiste à donner autant de la main droite que de la main gauche, assumer un cap, et un seul (plus libéral en l'occurrence) : voici ce que les audacieux kamikazes envisagent. A ce stade la question du vocabulaire n'est pas tranchée et les plus lettrés de mes lecteurs pourraient suggérer "coalition téméraire", qui est à mi-chemin entre l'audacieuse et la kamikaze. 

En devenant  informateur Charles Michel doit donc d'abord vérifier si cette coalition a une chance de décoller (on s'occupera du crash sur la cible ennemie plus tard). Non pas parce qu'il serait lui-même kamikaze, mais parce qu'il me semble que cette option est celle qui doit être étudiée à ce moment précis, et cela pour plusieurs raisons. 

D'abord c'est une question de séquence. La coalition de centre droit étant (au moins temporairement) exclue par le refus de Benoit Lutgen de s'assoir à la même table gouvernementale que Bart De Wever il faut trouver d'autres combinaisons. Je ne vous dresse pas toute la liste (tripartite classique ou papillon,  4G, miroir), il y a plusieurs possibilités. La logique politique du moment veut que l'on teste d'abord ce qui est possible avec la NVA, vainqueur des élections en Flandre. Et la logique politique du moment veut aussi qu'on laisse de côté quelques temps le CDH. Enfin, les propos particulièrement agressifs de Charles Michel vis à vis des socialistes  ne lui permettent pas d'être très crédible dans une autre recherche. Certes l'informateur aura à cœur de donner une image d'impartialité dans sa démarche (et renouer ainsi avec la tradition d'information qui explore plusieurs piste, la mission de conclure étant confié au seul formateur). Prendre de la hauteur, calmer le jeu, occuper les caméras quitte à cacher ce qui se passe dans l'arrière cuisine  : on n'est pas informateur, et fils d'informateur, pour rien. La première mission de Charles Michel est donc bien celle-ci.  Il faut vérifier cette possibilité avant de passer éventuellement à autre chose. Dans le cas contraire l'option kamikaze deviendra la coalition fantasme et elle risque de tout bloquer. La recherche d'une majorité fédérale  obéit à cette règle : ouvrir une porte puis la refermer et passer à la suivante. Quand on ouvre toutes les portes en même temps on ne pend guère de risque mais on n'avance pas. Vérifions la temeraire, donc, ça me semble pure logique. 

Ensuite c'est une question de personne. Il ne vous a pas échappé que Charles Michel a le coeur qui penche à droite. Plus nettement à droite que celui de son père qui avait tendu la main vers l'électorat de gauche en inventant le "libéralisme social" et en investissant les débats internationaux avec des prises de position progressistes qui pouvaient froisser les Etats-Unis (de quoi séduire les pulsions anti-amércanistes ou pro-pays émergents qui sommeillent chez de nombreux électeurs classés à gauche). En s'opposant jusqu'à l' excès au PS d'Elio Di Rupo et de Paul Magnette (dire du bien d'Elio Di Rupo est impossible, confiait -il à Pascal Vrebos il y a 2 semaines),  en se fâchant tout bleu sur le dos de Benoit Lutgen, en se profilant comme plus proche de l'Open VLD et du CD&V que de n'importe quel autre formation francophone, le président du MR s'est lui même placé (ses détracteurs diront "enfermé") dans une position ou la coalition de droite semble la seule en cohérence avec son discours. Charles Michel est donc au pied du mur : il a la possibilité de réaliser son programme avec une coalition en phase, il se doit donc d'essayer de  concrétiser dans les faits ses offensives verbales. On ne peut pas taper avec autant de force sur les socialistes pour aller les rechercher la semaine suivante. 

Question de personne encore : il est le mieux placé pour tenter de débloquer ce qui hypothèque la mise en place de la coalition kamikaze. Aujourd'hui l'Open VLD conditionne sa participation fédérale à une présence en Flandre. La NVA et le CD&V n'y sont pas favorable. Pour que la kamikaze décolle il faut donc un Yalta flamand. Pour permettre aux partis néerlandophones  de débloquer ce point il est logique de faire appel au seul francophone qui a intérêt à mettre cette alliance en route. Mettre les trois formations flamandes sur le même longueur d'onde sera probablement le plus délicat, Charles Michel devra user de diplomatie et je n'écris pas qu'il va nécessairement réussir. 

Enfin, cette coalition de droite est aussi une question de dynamique de parti. Ayant échoué dans leur conquête de Bruxelles (qui leur aurait permis de faire levier sur la Wallonie) les libéraux avaient besoin d'une stratégie de rechange. Voir Charles Michel avoir la main au fédéral est inespéré pour un parti qui accumulait déception et rancoeur ces dernières semaines. Si le président lui-même n'était semble-t-il pas convaincu de la pertinence de l'option "seul au fédéral", beaucoup de ses barons le poussent ouvertement dans cette direction. Au MR on piaffe d'impatience de se venger du PS et du CDH. Déjà il se dit qu'une majorité de "téméraires" existe au sein du bureau du MR. Les barons se frottent les mains en pensant aux 7 ministères à se partager. Un étage plus bas, les militants rêvent de réforme fiscale et de politique migratoire durcie. Une élection se gagne traditionnellement au centre. Pour la première fois depuis longtemps l'après élection pourrait se gagner par un coup de barre à droite.  

Ajoutons la situation personnelle de Charles Michel. Renvoyé dans l'opposition à tous les niveaux de pouvoir pour 5 ans le MR entrerait en ébullition. Vous avez sans doute comme moi noté le silence assourdissant de Didier Reynders depuis le 25 mai. Que le ministre des affaires étrangères boude à ce point les médias est inhabituel. Certes, en ne prenant pas la première place à Bruxelles, Didier Reynders est co-responsable de la situation du parti et ne parait pas en mesure de revendiquer la présidence à ce stade. Mais il ne faut pas sous-estimer le choc que pourrait représenter une coalition sans libéraux au sein du MR. Puisqu'il a la main Charles Michel doit donc tout faire pour l'éviter. Le président de parti est comme un cycliste  : personne dans son entourage ne lui reprochera que l'ascension soit difficile, tant qu'on a une chance d'arriver en haut du col. S'il met pied à terre, la situation sera très différente.


24 juin 2014

Le CDH et la logique des blocs

Le CDH a donc dit non à la NVA. En soi ce n'est pas une surprise. Sur le fond, Benoit Lutgen et ses lieutenants (à commencer par Françis -l'antiraciste- Delpérée) avaient annoncé la couleur dans la dernière ligne droite de la campagne : rien de commun entre les démocrates humanistes francophones et les nationalistes flamands. L'alliance était impensable avant le 25 mai, elle l'est toujours après. C'est logique et honorable.  Sur la forme en revanche, la séquence d'aujourd'hui peut laisser perplexe. D'abord parce que la note produite par Bart De Wever est suffisamment tiède et générale pour qu'elle puisse sembler, à première vue, une base de discussion acceptable y compris pour un parti francophone. Ensuite parce que Benoit Lutgen motive son refus au moins autant parce qui se trouve dans la note que par ce qui ne s'y trouve pas. On n'est donc pas loin du procès d'intention (on notera toutefois qu'au moment ou je mets ce billet en ligne le CDH publie un communiqué un peu plus consistant qui détaille ses inquiétudes sur des initiatives communautaires possibles à la majorité simple, l'absence d'engagement sur le maintien de la pension à 65 ans,  la perspective d'une modération salariale ou un financement insuffisant des soins de santé par exemple, mais il faut rappeler que ce n'était qu'une feuille de route pas un projet abouti). Et surtout on ne comprend pas pourquoi le CDH demandait une note si c'est pour donner l'impression que ce refus était acquis d'avance.

Dans la réalité les choses sont plus complexes. Benoit Lutgen avait sans doute la conviction dès sa première rencontre avec l'informateur que le scénario proposé n'etait pas possible pour lui. D'abord parce qu'il ne partage pas le programme de la  NVA. Ensuite parce qu'il se sentait mal à l'aise dans un projet de coalition ou son parti aurait incarné une aile gauche numériquement faible et peu susceptible d'imposer ses vues face à trois partis nettement  plus à droite. Parce qu'avec De Wever le courant ne passe pas. Parce qu'avec les libéraux le courant ne passe pas mieux (et même moins bien). Parce que le CD&V est un faux parti frère (et donc pas loin du parti faux-frère). Et parce qu'être le seul à siéger  à tous les niveaux de pouvoirs, quand le régional tire à gauche et le fédéral à droite, c'est prendre le risque d'etre écartelé  et de prendre des coups de tous les côtés. La position de refus  du nouveau Monsieur Non ne faisait pourtant pas l'unanimité au sein de ses propres troupes. Pour certains membres du bureau humaniste, la coalition federale de "droite" était une occasion unique de montrer son indépendance vis à vis du PS et de priver le MR de l'argument du "scotchage". C'était démontrer que le CDH était au centre politiquement mais aussi stratégiquement parlant. La discussion interne fut donc une véritable discussion. A tel point qu'en cours de journée la rumeur annonçait que les humanistes n'allaient peut être pas fermer la porte, mais poser des questions à l'informateur. Le souci de cohérence l'a finalement emporté sur la tentation du bon coup. 

Ce soir, en fonction de vos convictions vous partagez probablement l'une des lectures suivantes. 

Soit vous trouvez que le CDH a été logique, qu'il respecte les positions prises dans la campagne, et qu'on ne peut s'allier à la NVA qu'en tout dernier recours. Monter dans une telle coalition présentait des risques sociaux pour les francophones et le CDH ne pouvait pas faire partie de ceux qui par petites touches risquaient de rogner sur la protection sociale ou dégraisser l'Etat Fédéral. Dans ce cas vous noterez que c'est finalement le MR qui fait la mauvaise opération de la journée en étant le seul parti francophone à avoir montrer qu'il était prêt à entrer dans ce genre de discussion avec un Bart De Wever qui reste un grand méchant loup temporairement déguisé en Mère Grand. 

Soit vous trouvez que le CDH manque de courage. Que la note de Bart De Wever était une base de discussion acceptable, qui préservait l'essentiel pour les francophones et surtout que c'était une occasion unique de pratiquer une forme d'alternance au niveau fédéral. Vous regretterez alors sûrement que le CDH finisse dans les faits par toujours s'aligner sur le PS et que ces deux partis soient indissociables depuis 10 ans à tel point que le vote CDH soient en passe de devenir inutile, que Benoit Lutgen est un Pinocchio ardennais dans les mains d'un Gepetto montois et que ses électeurs doivent constater que leurs suffrages théoriquement au centre servent à maintenir des coalitions à gauche. 

Je vous propose un autre niveau de  lecture. Celui de la logique des blocs. En optant pour le refus et en le motivant par les arguments employés ce mardi soir Benoit Lutgen défend son projet politique bien sur, mais renforce malgré tout la division de la Belgique en deux blocs que tout opose : la langue, mais aussi la sensibilité politique , le rapport à la sécurité sociale, le rythme de réforme, etc. 
Schématiquement le bloc flamand s'organise autour de la NVA, le CD&V et dans une moindre mesure l'open VLD en sont des satellites proches tandis que Groen et le SPA évoluent à la marge du système, dans un rôle d'opposants peu audibles. Le groupe francophone s'organise autour du PS avec le CDH et potentiellement le FDF et Ecolo en satellites proches tandis que le MR est désormais à la marge du bloc francophone.   

De bloc à blocage il n'y a qu'un pas. On ne voit pas aujourd'hui qui peut lancer des ponts d'un bloc à l'autre. Imaginer que le système flamand ne tourne plus autour de la NVA et que ce bloc néerlandophone va se fissurer pour laisser le parti de Bart De Wever sur le bord de la route federale est un pari hasardeux. Croire que le bloc francophone peut s'organiser sans le PS vient d'etre démenti par les faits. Nous revenons donc à la situation de 2010 quand PS et NVA se faisaient face. Mais on notera que ces deux acteurs majeurs ont bâti leur (relatif) succès électoral  sur la dénonciation de l'autre. Il faudra beaucoup de doigté et sans doute pas mal de temps pour contourner la logique des blocs. Vous pouvez lancer le compteur.

19 juin 2014

La négociation en trois vidéos

Parfois quelques secondes de télévision sont plus explicites qu'un long article. Voici trois vidéos pour comprendre le paysage dans lequel nous nous trouvons pour quelques jours encore (et vous noterez au passage qu'il se dit beaucoup des choses sur Télé Bruxelles).

1) Le CDH se méfie de Bart De Wever
Les démocrates humanistes n'ont pas encore dit non à l'informateur. Mais ils demandent des garanties. Dans l'idéal le CDH voudrait que l'informateur lui remettre un document détaillé de ses intentions pour la législature. Présentez-nous directement l'addition qu'on voit si cela est supportable, avant de négocier le menu en quelques sortes. C'est Benoit Cerexhe qui l'explique ici (et on notera qu'après cette interview les CDH ont reçu pour consigne d'éviter les studios de radio et de télévision).



2) Le MR a envie d'y aller
Encore sous le coup de la colère, les libéraux rêvent de prendre leur revanche sur les régions et d'envoyer le PS dans l'opposition au fédéral. Avec le CDH si possible, avec les libéraux  flamands si le CDH fait défaut. Ce que ne dit pas Armand De Decker dans l'interview c'est que la méfiance vis à vis du CDH est telle que la seconde option (celle ou le MR serait le seul parti francophone de la coalition) a la préférence de certains libéraux. D'autres ont bien perçu qu'elle pouvait être dangereuse (on la surnomme option kamikaze) : les libéraux restent partagés sur la question.



3)Le PS se dit "disponible"
Ce jeudi soir Elio Di Rupo était à Jeudi en Prime sur la RTBF. On retiendra deux messages. D'abord que le MR avait annoncé qu'il ne gouvernerait pas avec la NVA, s'il monte dans une colation avec l'informateur il aura donc trompé ses électeurs. Ensuite le PS est "prêt à prendre ses responsabilités". Entendez qu'en cas d'échec de Bart De Wever les socialistes seront ravis d'entrer en négocitions. Un message qu'André Flahaut délivrait lundi en éclaireur.

16 juin 2014

Le diable est dans les questions

Ce mardi deux événements se partageront la une de l'actualité. Il y aura d'abord le rendez-vous de l'informateur avec le roi Philippe. Il y aura ensuite l'entrée en lice des diables rouges à la coupe du monde de football. Ce n'est manquer de respect ni à l'empereur de Flandre ni au roi des Belges que de prévoir un intérêt plus grand pour les 11 diables qui défendront les couleurs nationales sur une pelouse brésilienne que pour nos deux hommes et leur conversation dans un salon du palais de Bruxelles. L'enthousiasme pour les diables sera d'autant plus partagé qu'un match de football est un spectacle par nature public et compréhensible, alors que le conciliabule qui se tient loin des yeux et des oreilles du public est au contraire subtilement opaque.

En attendant le coup d'envoi des deux rencontres, essayons quand même de lever un coin du voile sur celle de Bruxelles (ce n'est pas que je me désintéresse de l'autre match mais je crains que vous ne me lisiez pas pour mes talents de commentateur sportif, ça me chagrine, mais j'en prends acte). 
Il y a une semaine Philippe avait donné une semaine à Bart pour lui remettre un rapport. Sept jours plus tard, le constat est là : nous n'avons, en apparence, pas vraiment progressés.  Mais comme la bouteille federale est à moitié vide seulement, nous pouvons aussi prendre le problème dans l'autre sens et constater que Bart De Wever continue de parler avec plusieurs partenaires potentiels, le processus est en cours, ce n'est pas encore l'echec. Depuis ce weekend le milieu politico-médiatique s'attend d'ailleurs à une reconduction de l'informateur, ou, formule plus subtile, à la mise entre parenthèse de sa mission le temps d'un approfondissement (l'infomateur serait "suspendu" ou "gelé" mais pas démis de sa mission, qui pourrait donc reprendre ultérieurement. 

Le président de la NVA travaille à une coalition des droites. Trois partenaires seraient d'accord : la NVA, le CD&V et le MR. Chez les libéraux francophones ce n'est pas l'unanimité, mais plusieurs ténors confirment que l'idee d'une participation a de plus en plus de partisans. Le hic c'est qu'il faut un 4ieme participant pour former une majorité. L'informateur doit donc convaincre soit le CDH soit l'open VLD de rejoindre son "noyau dur". Lequel ? C'est toute la question, et elle est diabolique. 
Bien sur personne ne vous confirmera ce dilemme officiellement, la version des portes-paroles se résumant, tous partis confondus à un " no comment" tant que le rapport n'est  pas sorti ou la mission pas prolongée. "On ne va pas commenter des hypothèses" réagissait un conseiller aujourd'hui. Et tous les états major ont fait passer le message : pas de déclarations à la presse sur ces histoires de coalition. 

Examinons les deux options. La première, convaincre le CDH d'en être. Pas facile. Quand on a accusé la NVA de racisme en fin de campagne, il est délicat de vous assoir à la table du diable (et je ne parle pas de foot mais bien de politique ici). Surtout la NVA ne lui inspire guère confiance. Invité sur Télé Bruxelles Benoit Cerexhe a ainsi explicitement demandé que l'informateur communique une note, une sorte de menu de la négociation avant d'aller plus loin. Difficile à envisager pour un processus aussi peu avancé. Benoit Lutgen, on le sent bien, négocie du bout des lèvres, mais la conviction n'y est pas. Les libéraux francophones expliquent à qui veut l'entendre leur désamour du CDH (ils soupçonnent les humanistes de préparer une orange bleu bis : des négociations qui s'enlisent puis capotent, ouvrant du coup la voie à une tripartite classique, ce qui aurait pour effet de rappeler les socialistes) : ce scénario est possible mais poussif. 

Seconde option : rappeler l'open VLD. Là il y a une double difficulté. D'abord convaincre les libéraux flamands, alors qu'ils annoncent aujourd'hui refuser de monter au fédéral s'ils ne sont pas à la région. Ensuite ce scénario implique que le MR se retrouve seul francophone a la table des négociations. Pas facile à assumer. A bonne source on me dit que les libéraux sont plutôt enclins à y aller, mais que cette position ne fait pas l'unanimité chez eux. On peut le comprendre : être seul parti francophone dans un cabinet fédéral très flamand risque d'être difficile à porter. Mais surtout ce sont la NVA et le CD&V qu'il faut convaincre. Rappeler les libéraux flamands alors qu'on vient de les écarter à la région flamande, c'est prendre le risque de déstabiliser la région. Quand on est capable de gouverner à deux, il n'y a pas de raison d'appeler un troisième larron. 

De l'informateur on attend donc qu'il écarte ou confirme ces options. Tant que ces questions sont ouvertes la négociation ne débutera pas vraiment. Bart De Wever a sans doute besoin d'une semaine de plus pour y voir clair et essayer de lancer un gouvernement sans socialistes. Il ne doit pas trop traîner. Déjà aujourd'hui André Flahaut rappelait que le PS n'avait pas vocation à être écarté du fédéral. Une offre de service qui  ressemble moins à une main tendue qu'à un tacle en bonne et due forme. Le président actuel de la chambre vient de dévoiler la stratégie socialiste : parier sur un pourrissement de la situation, un échec  de la NVA, qui pourrait bien remette le PS de nouveau au centre du terrain. Ce mardi les diables (ceux du Brésil) seront les alliés de Bart De Wever. En focalisant l'attention du grand public ils laissent à l'informateur un espace de travail dans la discrétion. Après-demain le temps qui coule plaidera pour d'autres formules.