19 février 2017

Le batteur est un soliste comme les autres

Deux concerts à l'agenda cette semaine. D'abord Brad Mehdlau à Bozar, jeudi. Public d'âge respectable, francophones, anglophones et néerlandophones mélangés. La place est à 28 euros, au bar, dans le couloir latéral, on sirote du vin blanc ou une coupette de champagne avant de s'installer dans la prestigieuse salle Henry Le Bœuf. Deux jours plus tard Antoine Pierre et sa formation Urbex (en format quintet) à la Jazz Station de Saint-Josse. Le ticket est à 10 euros, le bar au fond de la salle débite ses bières spéciales, Orval ou Rochefort, le public est mélangé, des habitués grisonnants aux plus jeunes venus pour l'affiche du jour.

Silence absolu à Bozar, apres le rappel des consignes d'usage, pas de photo astublieff, les notes de Brad Mehdlau coulent comme du miel. Le musicien  est au sommet de sa gloire, probablement l'un des meilleurs pianistes  du moment (seul Keith Jarret lui résiste encore, Herbie Hanckok est dans un autre registre, plus tonique et moins mélodique). C'est du jazz cinq étoiles avec un trio remarquable : l'impeccable Larry Grenadier à la  contrebasse, impérial comme à chaque fois qu'on l'entend (que ce soit avec Joshua Redman ou Pat Metheny, excusez des références ) et surtout Jeff Ballard à la batterie. Ballades et blues, c'est le programme  avec des standards de Cole Porter ou des compositions de Mehdlau, on déroule le thème, les musiciens se partagent les solos, s'échangent des regards. La musique respire, luxe,calme et volupté,  c'est beau et aérien, pas besoin d'en rajouter sur la technique, chaque note est essentielle, au service de l'émotion. 
Urbex  sur la scène exigüe du club de Saint-Josse est plus démonstratif. Tempo assuré par le chef de bande, les gamins ont une trentaine d'année, incarnent la prochaine génération de jazzmen belges, ils ont encore des choses à prouver.  La musique ici est très écrite, priorité à l'énergie et aux contre-temps, l'improvisation est  calibrée. Jean-Paul Estievenard maîtrise la sonorité, trompette bouchée frêle, incroyable justesse, et sensibilité évidente. Gueule d'ange juvénile, Bram de Looze est concentré et souriant sur son piano, Félix Zurstrassen assure le beat à la basse. On est frappé par Bert Cools et sa science des effets qui rappelle les sonorités d'un John Mac Laughlin période électrique. Il n'est pas pour rien dans la  couleur très  70's de l'ensemble. Les compositions d'Antoine Pierre aiment la rupture et l'innatendu. Urbex, pour exploration urbaine, escalade des gratte-ciels et plonge dans le vide à la syncope suivante. 

Si on rapproche ces deux concerts c'est pour se rappeler que le Jazz est une affaire de combat et d'équilibre. Combat entre le rythme et l'harmonie, combat entre l'improvision et l'écrit, combat entre musiciens qui par leur inventivité se font une place dans l'orchestre et attirent l'attention. Il faut prendre cette musique, la renverser et lutter contre elle pour en faire une nouvelle version chaque soir. Se mesurer au solo du voisin pour y apporter sa contribution.   Que les musiciens renoncent au combat et la musique sera fade. Qu'ils y mettent toute leur force et l'équilibre sera sublime. Le Jazz est affaire de tension. Brad Mehdlau qui se tord sur son piano ou Antoine Pierre qui joue des rupture en proposent deux lectures différentes. Improvisation sereine à Bozar contre pulsation savante à la Jazz Station. 

Si on veut rapprocher ces deux concerts c'est aussi pour rendre hommage aux batteurs. Jeff Ballard joue avec deux caisses claires, avec ou sans timbre. Antoine Pierre alterne baguettes et maillets, tend un tissu pour étouffer ses peaux, impose de la main  le silence à ses cymbales . Les deux sont à la recherche d'une palette de sons la plus large possible. Aucun n'a besoin de cogner. Jeff Ballard s'affranchit volontiers du tempo et laisse la pulsation à Larry Grenadier. Son jeu fluide n'a plus rien à voir avec un soutien rythmique, la batterie est mélodie. Il est soliste au même titre que le pianiste qui l'a invité. Antoine Pierre , dans la position singulière du batteur au service de ses propres compositions, excelle dans les accents , c'est pêche et contretemps,  avant que sa musique ne se taise dans des silences soudains. 

Antoine Pierre a cité un jour Chick Correa dans ses influences. Jeff Ballard a aussi joué avec ce pianiste là. Mais ne dites pas accompagner. Pour les deux batteurs que l'on a entenducette semaine, que ce soit à Bozar ou à la Jazz Station, ce verbe ne convient pas. Un bon batteur n'accompagne pas. Il devance. 
Antoine Pierre Urbex // Les Douze Marionnettes - Live at Festival Brosella 2015, Brussels from IGLOO Records on Vimeo.

12 février 2017

Murgia et le triomphe du texte

LAÏKA teaser from Théâtre National/Bruxelles on Vimeo.

Quelques casiers de bières, un accordéoniste aux lunettes noires et un rideau rouge. Le décor est minimaliste, le monologue puissant. David Murgia seul en scène pendant une heure quinze, incarne un narrateur qui ne déteste pas le peket, cet alcool de genièvre si prisé en Wallonie. L'acteur , lui, se contente d'eau minérale entre deux tirades. Histoire de faciliter la diction. C'est qu'il y a du débit ici. Le débit de boissons du décor, et surtout le débit de Murgia. Rapide, véloce, précis.  Une fièvre de mots qui se bousculent en rafale. Le débit de la vie aussi. Des vies accidentées, cabossées, pressées, opprimées. Le pilier de bar, la vieille qui perd la tête après avoir perdu son fils, le manutentionnaire africain exploité dans un entrepôt, la prostituée. David Murgia dans son manteau noir enfile les personnages les uns après les autres. Sobre et convaincant. Et  ce débit soutenu nous enivre du début à la fin. Apres le discours à la nation, David Murgia triomphe à nouveau. Critiques enthousiastes, salles combles et applaudissements mérités, y compris quand les spectateurs se lèvent pour les rappels.
Mais le plus beau compliment qu'on puisse faire à un acteur est celui-ci : ce n'est pas le triomphe de Murgia qui compte, c'est le texte qu'il sert. Derrière le flot (on serait tenté d'écrire le flow, comme les rappeurs)  de David Murgia, ce torrent de mots qui dévale tout droit de la montagne pour envahir les salles de théâtre, il y a le texte d' Ascanio Celestini. Déjà à l'œuvre dans le "Discours à la Nation" c'est un tandem acteur/auteur qu'il faut saluer ici. Un texte à tiroirs, avec ses répétitions, ses ellipses, ses retour en arrière, et ses personnages qui finissent pas former un récit choral. Unité de lieu et d'action, multiplication des points de vue. C'est la condition des gens modestes qu'on brosse. Celle des piliers de bar, des déboussolés, qui n'ont que leurs corps ou leurs muscles à vendre au plus bas prix et dont la révolte, ils le savent bien, restera vaine. Ne pas se plaindre, quand on pense aux  100 000 réfugiés morts en tentant de traverser la Méditerranée . Le personnage central c'est Jésus et il regarde par la fenêtre disent les ciritiques... on n'a vu ni Jésus ni la fenêtre (ce drame des dossiers de presse qu'on recopie tels quels ) mais plutôt un mélange de Zola et de Karl Marx décrivant la vie d'un sous-prolétariat d'aujourd'hui. Précarisés, mais pas trop, isolés mais lucides, révoltés mais sans illusions, les personnages de Celestini sont en quête d'un collectif impossible. Comme dans la vie, le monologue rend impossible la coalition. On empile les expériences et les points de vue, on mesure leur concordance mais on ne peut pas les articuler pour en faire un levier. L'individualisation rend la révolte illusoire. Chacun pour soi et dieu pour tous. Ou plutôt chacun chez soi et misère pour tout le monde. À la différence du  Discours , Laïka n'est pas directement politique. C'est une peinture sociale et psychologique et la plume de Celestini s'est faite plus universelle. Le vocabulaire est plus accessible, le style plus implicant, qui s'adresse aux messieurs du bar... 
La pièce évoque l'intervention des forces de l'ordre face à un mouvement de grève. Elle se termine sur un passage à tabac. Des policiers face à un clochard, et trois  pauvres bougres qui tentent de s'interposer. 
C'est un dimanche matin. On écoute les infos à la radio. Il y a la colère des ouvriers de Caterpillar à Gosselies. Les gardes frontières libyens dont on voudrait qu'ils bloquent le flot de réfugiés. La bastonnade du jeune Théo dans un banlieue française, matraque enfoncée dans l'arrière train. Une manifestation féministe qui se heurte aux masculines matraques de la police bruxelloise. On revoit David Murgia qui entre et sort nerveusement les mains de ses poches. Et on se dit qu' Ascanio Celestini vient de magnifiquement dépeindre ce début d'année 2017. 

05 février 2017

La maltraitance des cordes

C'est un club de Jazz qui a l'avantage d'être pas loin de la maison. Il n'a pas (encore ) la réputation du Duc des Lombards, du New Morning ou du Sunset, ses homologues parisiens, mais on y boit des bières rafraîchissantes (c'est Bruxelles ) et on y écoute une programmation qui ne m'a jamais déçu. Cette semaine un violoniste (Yves Teicher)  et un pianiste (Fabian Fiorini). On y allait en mode découverte et on est resté scotché. Yves Teicher, d'abord. Sa dégaine  de "Depardieu du Jazz" cache la musicalité d'un Grappelli conjuguée à l'audace d'un Léo Ferré. Teicher déstructure, détourne, détruit, reconstruit. La virtuosité  et la vélocité d'un soliste classique, mais aussi les trémolos d'un violon tzigane et une gourmandise à tout avaler. Fabian Fiorini ensuite. Sa main gauche a les accents du ragtime, sa droite le sens du lyrisme, son sens de l'improvisation offre des harmonies d'une richesse incroyable. Les deux hommes jouent d'abord séparément. Ca bûcheronne. On cogne dur sur le clavier, on joue des dissonances sous l'archet, c'est la maltraitance des cordes. Teicher grogne comme un Keith Jarrett de mauvais poil avant de s'offrir une declamatarion magnifique sur la liberté dans le Jazz. Finalement le jazz, le punk, la liberté et la poésie c'est une seule et même révolution. Puis les deux hommes jouent ensemble. Leur virtuosité eclate. Le violon vous arrache des émotions à faire pleurer un tortionnaire de Daesh mais on n'aura jamais le temps de verser une larme. Le piano de Fiorini emporte déjà  tout comme une déferlante. Surtout les deux hommes aiment trop la musique pour la prendre au sérieux et s'installer dans la facilité. On décale, on parodie, on ironise. La truite de Schubert est définitivement envasée, les feuilles mortes sont passées au broyeur et Paganini, s'il avait assisté au concert, aurait probablement renoncé au violon. Le public (c'est nous) passe du rire au larme. Dans le registre  parodie musicale la framboise frivole prend des allures  d'aimable spectacle de collégiens. Parce qu'ici on désacralise, mais ça sonne quand même.  Avec Jean-Marie Hacquier, le critique historique de Jazz Hot (qu'il ne m'en veuille pas de préciser que l'auteur de ce blog le lisait quand il avait 20 ans) on se dit qu'on a désormais de la chance de voir les scènes de Jazz se multiplier à Bruxelles. C'était à la Jazz Station. On y est jamais déçu. 

11 décembre 2016

Théâtre : l'acteur qui fait pétroler Pasolini

C'est une performance théâtrale. Une vraie. Tenir seul un monologue d'une heure n'est pas donné au premier acteur venu. Le faire en tournant autour des spectateurs et en vidant, seul, à coup de grandes rasades,  une bouteille de Pessac-Leognan, tout  en gardant une voix qui porte et une diction impeccable mérite d'être salué. Proximité, présence, rythme : Adrien Drumel est celui qui réalise la performance. Une quinzaine de spectateurs seulement assistent à sa déclamation. Physique de Jésus-Christ au torse avantageux, il capte le regard et laisse chemise et pantalon dans la mise en scène. Sa nudité finale (on le signale quand même pour les dames que cela intéresse ou les prudes que cela rebute) est presque anecdotique. Tout ici est au service du texte. Pas de décor ni d'artifices superflus pour nous distraire (la mise en scène est signée Frédéric Dussenne). 

Pétrole est un texte inachevé de Pier Paolo Pasolini. L'errance d'un journaliste britannique qui s'offre une jeune esclave à Karthoum. Une enfant qui doit satisfaire les caprices sexuels du maître. Lequel, déçu de n'y point éprouver les émotions forres espérées   finira par la ceder à une mission chrétienne avant de rentrer en Europe. De la pédophilie sordide et du trafic d'être humain dirait-on aujourd'hui, de l'orientalisme disait-on pudiquement au 19ieme siècle. Lorsque notre héros revend son esclave sexuelle celle-ci ne se retourne même pas. L'indifférence est une giffle. Le dominant ne possède jamais que le corps de l'autre, ni son cœur ni ses pensées. La dialectique du maître et de l'esclave est au centre du texte de Pasolini. La prédation sexuelle y est le symbole de l'abus de pouvoir et de la déshumanisation de l'autre, thème déjà présent dans "Salo ou les 120 jours de Sodome".  On croise dans Pétrole, Levis-Strauss et Frans Fanon, le personnage central éreine férocement les idéalistes qui entrent en journalisme comme on se paye un safari, les clins d'œil aux débats qui agitent les chapelles  de la gauche amuseront les spécialistes. Face au progressisme de salon, l'ironie du maître fait mouche. On ressort de là en s'interrogeant sur le relativisme culturel et le sens de droits de l'homme qui seraient réservés aux seuls hommes blancs.

Heureusement pour la consommation de Pessac-Leognan et le foie d'Adrien Drumel, le spectacle ne se joue qu'une fois par semaine, le dimanche. Raison pour laquelle il vous est fortement conseillé de réserver.


Pétroler : (Figuré) (Néologisme) Se manifester avec flambant, avec énergie.


 



06 décembre 2016

Jacky Morael, l'homme qui fit d'Ecolo un parti de gouvernement

Une distance qui n'était pas de l'indifférence. Une extrême lucidité qui refusait le cynisme. Un pragmatisme qui ne se voulait pas résignation. Jacky Morael aura non seulement marqué à jamais la vie du parti Ecolo, il aura aussi été l'un des acteurs majeurs de la politique belge des années 90. Président de parti (à l'époque c'était un trio de secrétaires fédéraux ) dès 1986, il siège à la chambre, puis au parlement wallon avant de revenir prendre les rênes du parti en 1994. Cinq plus tard, Ecolo, porté par la marche blanche et la crise de la dioxine, est devenu incontournable. Morael négocie l'entrée des verts dans la coalition arc en ciel. Au fédéral, en région, à la communauté. C'est la consécration. C'est pourtant aussi la fin de parcours. Dans un étrange réflexe qu'ils répètent à intervalle régulier, les militants écologistes écartent celui qui leur apporte la réussite. "Morael a négocié d'égal à égal avec Louis Michel et Guy Verhofstadt c'est qu'il doit faire partie de leur monde, sacrifions-le. " Jacky Morael ne sera donc pas ministre. Olivier Deleuze et Isabelle Durant rejoignent le gouvernement fédéral. Lui, qui a transformé une association de joyeux drilles en parti de gouvernement  est mis sur le banc de touche et, déçu, se retire de lui-même. À moitié, au début. Il continue de s'exprimer, agit en coulisse, donne des conseils, intervient quand il l'estime nécessaire. Isabelle Durant est la grande sœur des écolos, Morael reste l'oncle Jacky. Celui qui guide et qu'on respecte. 
Il n'est plus en première ligne mais siège encore à Liège, au conseil communal, puis au Sénat. Il a le goût du sacrifice. Favorise l'élection  de Carine Russo en 2007. Cède la présidence du groupe du sénat à Zakia Khattabi en 2012. Mais ses interventions se font moins précises. Le verbe moins aiguisé. L'appétit disparaît. 

En interview Morael reste un témoin privilégié. Il n'aime pas la petite phrase mais donne le tempo, la tendance. Ses décryptages sont précieux, éclairants, l'homme a régulièrement un coup d'avance. Ses confidences "off the record" donnent à voir les mouvements de fond, dans sa propre formation mais aussi dans les partis des autres qu'il ausculte comme personne. Pourtant Morael ne "copine" pas avec les journalistes. La distance reste professionnelle. On ne dit pas de mal non plus, le respect de l'adversaire est réel. Pourtant  dans les médias comme dans les assemblées le moteur Morael rétrograde progressivement. Il a quitté l'autoroute du succès des années 90 et s'arrêtera bientôt en rase campagne.

Jacky Morael porte une fêlure en lui, la disparition d'un enfant. Cela lui donne de la force par moment, mais aussi beaucoup de désenchantement et une morosité qui prend régulièrement le dessus. Cette blessure, que connaît aussi  son brillant successsur Jean-Michel Javaux, lui permet sans doute mieux que d'autre, de comprendre la souffrance des parents de Julie et Melissa. Mais il a aussi la sagesse de ne pas récupérer l'affaire, alors que la tentation est grande, y compris dans son propre parti. Cette fêlure ne se résorbera pas. Elle l'entraîne plus profond dans la dépression. Jacky Morael souffre d'une dépendance à l'alcool qui ruine ses dernières années. Une fois, deux fois, dix fois, ses amis se précipitent à son chevet. Il promet de ne pas recommencer mais rechute à chaque fois. Les séjours à l'hôpital se multiplient. Même les plus proches finissent par se détourner.

En 2014, Etopia, centre d'études du parti publie encore "génération verte". Sous l'impulsion d'Eric Bierin, son ancien directeur de la communication et fidèle de toujours et de quelques autres proches, Morael y dialogue avec des militants qui ont plusieurs dizaines d'années de moins que lui. L'ouvrage est pensé comme un hommage et une  bouée de sauvetage pour le maintenir à flot. C'est déjà un passage de témoin et une forme d'adieu. Jacky Morael conserve l'estime de nombreux politiques, dans de nombreux partis, Didier Reynders en tête. La bête politique a disparu. C'est l'homme, avec ses blessures, son intelligence tactique, et sa correction humaine, qui restera. 

Photo empruntée au site d' Ecolo. 

02 décembre 2016

François Hollande et l'impossible normalité présidentielle



5 minutes de lucidité peuvent-elles racheter 5 ans d'errance ? C'est la question que nous pose François Hollande. Lorsqu'il annonce ce jeudi 1er décembre en direct à la télévision qu'il ne briguera pas de second mandat le président français entre dans l'histoire. Il est le premier président de la Ve république à quitter de plein gré  le palais de l'Elysée alors, que sur papier au moins, il pourrait prétendre prolonger son bail. Une cessation d'activité pour cause de retraite anticipé, un sacrifice utile pour les uns, une fuite piteuse pour les autres, un constat d'impuissance en tout cas, et un premier cas de burn out présidentiel peut-être... 

De ce quinquennat fade et désespérant nous retiendrons ceci : il ne peut y avoir de présidence normale. La promesse électorale était fallacieuse. Bien sûr Hollande voulait ainsi se démarquer du bling bling de l'ère Sarkozy, mais ce fut mal entendu des français, qui crûrent  à une proximité présidentielle qui ne peut être qu'un malentendu. Le président, parce qu'il est élu au suffrage universel et incarne la nation est tout sauf un être normal. Parce que le chef de l'Etat et des armées est le porteur de la promesse républicaine, il transcende clivages et courants et appartient à 60 millions de français qui doivent, individuellement, se sentir représentés par cet homme (ou un jour peut être cette femme). La palette des opinions, croyances, postures, espoirs, craintes ou psychoses françaises doivent toutes trouver une oreille attentive au sommet de la République. Cette qualité d'écoute François Hollande l'avait peut être. Sa capacité à restituer à chacun le sentiment qu'il avait été entendu, ce mélange d' attitude paternaliste (De Gaule) monarchique (Mitterrand) ou du bon copain compréhensif (Chirac) ne fut pas exprimée. Coupé des français, Hollande entendait tout, voyait tout, mais ne renvoyait rien. Rien de significatif en tout cas. 

Son seul rebond dans les sondages fut la période qui suivit les attentats du 13 novembre. C'est malheureux, et le désir de montrer le visage d'une France debout et unie y est pour beaucoup. Sur les errements du monde, la montée des individualismes, la peur du lendemain, le sentiment de précarité économique, la désespérance de ceux qui n'ont plus de quoi vivre dignement et  l'essoufflement des autres qui s'éreintent au travail, François Hollande ne proposait ni réponse, ni message. Dans une France où le sentiment d'appartenir à un groupe s'étiole, où la société se fragmente en groupes sans cesses plus réduits, où le sentiment de concurrence et d'isolement n'a jamais été aussi grand, cette parole présidentielle, capable d'unifier et d'inspirer aurait été la bienvenue. Quand compétitivité, précarité, anxiété deviennent la devise nationale, il faut un projet fort pour s'en sortir par le haut. 

D'un président de la République nous attendons qu'il ne soit surtout pas un homme normal. Un guide, un mentor, un porteur de projet... on peut le suivre ou le combattre, mais cet homme là doit nous dire quelque chose. S'enfermer dans le silence et une fausse normalité c'était ne rien avoir compris à  la fonction présidentielle. 

09 novembre 2016

Trump for président : 3 leçons que nous pouvons en tirer

J
Pour les Européens, c'est un réveil en forme de gueule de bois. Donald Trump désigné prochain président des Etats-Unis, une victoire qui repose sur un succès démocratique incontestable. Pourquoi n'avons-nous pas pu ou voulu la voir venir, et quelles premières leçons en tirer ? 

1. Les médias et les sondeurs font partie de l'ancien monde 

Dans le dernier mois de campagne les sondeurs, à quelques exceptions près,  donnaient très largement Hilary Clinton gagnante. Ils ne remplissent plus la mission pour laquelle ils ont été créés : sentir le poul de l'opinion et prévoir le comportement de l'électeur. Les médias font à peine mieux. La plupart des journaux et télévisions ont bien perçu que Donald Trump représentait une menace et l'ont présenté comme tel. Leur pouvoir de persuasion est donc de plus en plus faible, l'analyse des journalistes ne percole plus dans l'opinion. Le débat politique se fait désormais ailleurs, sur les réseaux sociaux, dans les repas de familles, par le bouche à oreille... La défiance vis à vis du monde des médias disqualifie les professionnels (dont l'auteur de ce blog fait partie). Les appels à la raison sont contre-productifs.  L'ère de la toute-puissance des médias de masse (networks  et télévisions généralistes en tête) appartient au passé. Les journalistes et les analystes  ne sont plus écoutés, et les sondeurs ne sont plus pertinents. Le vote Trump confirme le seisme du Brexit : Il faut prendre acte du déclin de l'information traditionnelle et investir dans de nouveaux outils de mesure si l'on veut continuer à ausculter sérieusement l'opinion.

2. L'Amérique rurale reste incompréhensible aux Européens 

Nous souffrons d'un prisme déformant quand nous regardons ce qui se passe de l'autre côté de l'Atlantique. Nous confondons New-York et Washington avec les Etats-Unis. Surtout nous nous shootons à grandes doses de New-York Times et de CNN, alors que les américains plébiscitent Fox News, Facebook ou leur voisin de pallier. Pour mieux comprendre il faudrait mieux nous immerger. 
Les lunettes avec lesquelles nous regardons l'Amérique sont un miroir déformant. J'ai peur que le regard que nous portons sur la Russie, la Syrie, l'Inde ou la Chine ne soit pas plus juste. Nous devons admettre que les valeurs européennes, toutes défendables qu'elles soient, ne sont pas universelles et que nous ne pouvons pas attendre des autres qu'ils analysent le monde avec nos propres raisonnements. Le fait religieux nous est souvent incompréhensible, les inégalités nous semblent insupportables alors qu'elles peuvent être vécues ailleurs comme parfaitement légitimes, la violence nous répugne alors qu'elle est souvent un instrument de pouvoir ouvertement assumé. Bref, notre boussole n'est pas une boussole mondiale. Ce qui semble une erreur de trajectoire pour un européen est un vote libérateur pour un américain qui souhaite exprimer sa colère. 
 

3. La diabolisation d'un adversaire n'est pas une bonne stratégie de campagne 

Qualifier Donald Trump de populiste, mettre l'accent sur son sexisme, sa vulgarité, son manque de sang-froid n'aura donc pas suffit. La leçon pourrait s'appliquer à de nombreuses démocraties. Denoncer les faiblesses de l'adversaire et focaliser le débat sur sa personnalité ne sont pas les meilleurs moyens de mobiliser l'électorat. On analysera dans les prochaines heures ou prochains jours si les partisans de Bernie Sanders ont fait défaut. Si l'on compare rapidement la campagne Obama et la campagne Clinton, on observera que le premier avait soulevé l'enthousiasme en proposant le désir (ses détracteurs diront le fantasme) d'une Amérique meilleure alors qu'Hillary Clinton se définissait avant-tout comme un rempart à Donald Trump : elle proposait juste de maintenir l'Amérique actuelle parce-que celle proposée par le camp d'en face serait bien pire. Cela manquait de souffle. 
Dans un monde où le citoyen est gagné par le pessimisme et l'inquiétude vouloir simplement reconduire ce qui existe n'est pas un discours gagnant. 
Comparaison n'est pas raison, mais pensons-y quand même un instant, en regardant vers la France. La candidature d'un Manuel Valls, d'un Emmanuel Macron ou d'un Arnaud Montebourg sont porteuses d'un changement de trajectoire. Celle d'un Francois Hollande n'est que la perpétuation d'un monde déjà connu et perçu comme insatisfaisant. Même chose pour Alain Juppé face à Nicolas Sarkozy. Pour ringardiser Marine Le Pen l'électeur français s'enthousiasmera plus facilement pour  une offre nouvelle que pour un vote qui incarne la sécurité. Donald Trump nous rappelle que le rêve mobilise plus que la raison, et que le changement est plus séduisant que l'immobilisme. 





01 octobre 2016

Danse : l'énergie primale de Kawrall, quand le geste précède le jazz

J'ai pu voir hier la première  de "Kawrall" qui entremêle le jazz hypnotique du trompettiste Laurent Blondiau et ses musiciens (le collectif Mâäk)  et l'énergie de 5 danseurs burkinabés emmenés par Salia Salou (il a dansé autrefois avec Maguy Marin).  C'est un spectacle crescendo : début un peu lent, la musique s'amuse à s'égarer un peu longtemps à mon goût, quelques minutes auraient suffit, mais la suite est magnifique et le final absolument grandiose. Les danseurs sont époustouflants, des corps hors-norme (on est grand, petit, trapu, musclé, mais toujours sensuel) avec une énergie primale convaincante. On convie les zombies et la sexualité, la révolte du corps contre les machines, y a du James Brown et des Deschiens, autant que de la danse vaudou et du west-side-story et même des déhanchements disco avec une boule à facettes. Corps déstructurés,  mouvement saccadés, solos et chorégraphies  de groupe impeccables. 

Le rapport des danseurs à la musique passe par la face à face aux musiciens. On se défie, on se bouscule, on se touche, on s'enlace. La place des instruments change, l'espace scénique évolue. Ici , et c'est une remarquable performance, ce sont les danseurs qui impriment le rythme. Si le ballet classique écrit la musique d'abord, dans Kawrall les rôles sont rééquilibrés, il nous semble même que  le mouvement donne le "la".  Les yeux précédent l'oreille. La musique ne justifie plus la chorégraphie, elle l'épouse. 

Côté Jazz le piano Fender Rhodes, la trompette aérienne la pulsation de la basse et les bidouillages électriques ne sont pas sans rappeler le Miles Davis de la période "In a Silent Way" avec l'influence de Joe Zawinul. Bref c'est un moment magique dés que l'on passe les 15 premières minutes. Lors de la première représentation ce vendredi,  rappels et grands sourires venaient récompenser cette belle rencontre de deux univers si complémentaires et deux années de création collective. Le jazz psychédélique rencontre une danse contemporaine inspirée, et les plus belles énergies de l'Afrique, de l'Europe et de l'Amérique se mélangent.

Le spectacle est encore joué ce samedi soir à Bruxelles au théâtre 140 et sera présenté à la biennale de la danse du Val de Marne au printemps 2017.

La vidéo des répétitions ici : 

La photo est de Tom Blaton pour le Théâtre 140. 


18 septembre 2016

Pourquoi Facebook et sa "bulle cognitive" nuisent au débat démocratique

Il est devenu le premier moyen d'information.  Facebook c'est aujourd'hui 1,7 milliards d'utilisateurs dans le monde. Une audience considérable, supérieure à celle de la finale d'une coupe de monde de football (un milliard de téléspectateurs dans le monde en 2014) , d'un grand prix de l'Eurovision (200 millions) ou du superbowl américain (160 millions).  Une influence qui ravale les sites du Daily Mail et du New York Times (les journaux les le plus lus au monde) et leurs 45 millions de visiteurs uniques mensuels au rang d'aimable plaisanterie. 

Le réseau social fait mieux (ou pire) qu' écraser la presse : il la remplace. Pour beaucoup de jeunes et moins jeunes Facebook et les réseaux sociaux sont  un moyen intuitif, pluraliste,  gratuit et légitime de s'informer. On ne contestera pas la puissance de l'outil. Dans leur principe  les réseaux sociaux mettent à ma disposition de manière instantanée l'intégralité ou presque des journaux en ligne. Un courrier international décuplé où je fais moi-même mon marché. Dans leur pratique les réseaux sociaux ne nous permettent  pourtant d'accéder qu'à une microscopique partie de cette gigantesque bibliothèque. Pire, ils ne portent à ma connaissance que ce qui ressemble au contenu que j'ai déjà apprécié. Les algorithmes qui décident quoi nous montrer sont responsables d'un appauvrissement sans précédent de l'information, et du coup de notre capacité à débattre collectivement de ce qui fait l'actualité. 

Ce phénomène, la "bulle cognitive" comme l'appellent les chercheurs, nous l'expérimentons empiriquement à chaque connection. Facebook nous propose un contenu "adapté" à notre profil. Son algorithme (baptisé Edgerank) cumule un nombre considérable de paramètres. Certains sont "fixes" (vos age, sexe, geolocalisation, ce que le réseau sait de votre profession par exemple). D'autres sont dynamiques . Ils mêlent l'affinité (je vois ce que mes "amis" publient ou recommandent) , l'interaction (quand un contenu obtient des Like, commentaires ou partages il est mis en avant ) le type de Media (image, vidéo, statut personnel sont plus valorisés que le simple lien pointant vers un article ) et l'actualité (apres quelques jours un "post" est renvoyé aux poubelles de l'histoire en ligne). En d'autres termes vous n'avez aucune chance de tomber sur un article publié par quelqu'un que vous ne connaissez pas, qu'aucun de vos amis n'aura aimé avant vous et qui a été publié il y a déjà une semaine. Parce qu'il ne vous montre que du contenu qui ressemble à ce que vous avez déjà apprécié Facebook vous conforte dans vos opinions. Le réseau social renforce vos convictions et vous coupe de ceux qui pensent différemment. La bulle cognitive vous enferme en vous donnant l'illusion de vous informer. Google, qui possède un algorithme tout aussi puissant, procède de la même manière. Faites l'expérience : lancez une recherche sur un phénomène politique. Demandez à votre voisin de faire au départ de son ordinateur  la même recherche avec les mêmes termes : vous n'obtiendrez pas les mêmes résultats. Google, Facebook, snapchat ou les autres privilégieront les journaux, blogs et sites que vous consultez régulièrement, les auteurs que vous appréciez, etc. 

C'est grave docteur ? Oui c'est grave si Facebook devient notre unique moyen de nous informer. On m'objectera qu'être abonné à un journal ou regarder la grand messe du JT ne permet pas davantage de pluralisme. Peut-être mais il y a une difference de taille : l'échelle. Dans un quotidien vous pouvez compter une moyenne de 3 articles par page (un peu moins pour les grandes enquêtes, beaucoup plus s'il y a une colonne de breves) et une bonne quarantaine de pages. En feuilletant le journal vous êtes en contact avec au moins une centaine d'articles. Un journal télévisé vous propose une quinzaine de reportages. Je ne sais pas vous, mais moi Facebook me propose royalement 5 ou 6 sujets de fond.  Même si l'élection présidentielle russe lui semble sans intérêt, le lecteur d'un quotidien ou le téléspectateur du JT finiront par en entendre parler. Celui qui ne s'informe que par Facebook passera à  côté. Depuis sa naissance la presse conjugue deux impératifs : porter des informations utiles à la connaissance du lecteur, et être suffisament attrayante pour que ce lecteur la rémunère. Les journaux parlent au citoyen et au client. Les réseaux sociaux ne connaissent que le consommateur. 

On rappellera que sur les réseaux sociaux le vrai et le faux ne sont pas hiérarchisés. Si c'est faux mais que cela fait réagir, cela sera plus visible que le vrai. La propagation de la rumeur et la manipulation sont donc favorisées. Les raisonnements rigoureux et les chiffres objectifs sont renvoyés vers des bibliothèques d'un autre âge. Facebook favorise le partage des émotions, pas des arguments. 
Surtout, et c'est là ce qui me semble le plus grave, Facebook segmente l'information. Ne me présentant que ce qui me fait réagir, encourageant mes obsessions, valorisant mes amis et faisant disparaître ceux qui ne pensent pas comme moi, individualise mon rapport à l'actualité. Le journal télévisé, avec toutes ses imperfections, offrait une base commune sur laquelle nous pouvions deviser. Ce qui était passé au JT etait connu du plus grand nombre. On pouvait le considérer comme le point de départ de la discussion. Ce point de départ à la discussion démocratique a disparu. En segmentant à outrance l'information Facebook atomise le débat. Ce n'est pas qu'une question cruciale pour les organes de presse, condamnés à se réinventer. C'est aussi la fin de la  politique dans un espace commun et partage, qui entraînera un bouleversement  majeur de l'exercice de la citoyenneté. Déjà les politiques délaissent les grands messes au profit des communications individuelles. Moins de discours universels, plus de promesses individuelles (et moins de risques d'être confronté à un journaliste contradicteur). 
Les autoroutes de l'information  nous font cheminer sur de petites routes de campagne où nous ne croisons jamais que nos propres pensées. 

J'écris cet article apres la participation à ce débat : 

http://www.rtbf.be/auvio/detail_les-decodeurs-rtbf?id=2142439



07 mai 2016

La solitude des Bruxellois

Ce n’est pas une fête de l’Iris comme les autres.  « Fêter » la région Bruxelloise,  6 semaines après les attentats du 22 mars  serait d’ailleurs déplacé. Mais dire que Bruxelles est un poumon économique indispensable à tous, qu’il faut y  investir et que la vie doit repartir  est une nécessité politique. Sans surprise les discours de cette fête de l’Iris ont donc commencé par un hommage  aux victimes des attentats et à leurs sauveteurs avant d’embrayer sur la remise en marche de la capitale.

Dans l’ordre Charles Picqué, le président du parlement régional, son vice-président Fouad Ahidar et le ministre-président Rudi Vervoort. Chacun dans son style, avec des accents distincts ont donc lancé une forme d’appel aux autres niveaux de pouvoir.

« Bruxelles a un genou à terre » reconnaît sans ambages Rudi Vervoort, « Bruxelles vit les heures les plus terribles de son histoire ». Il n’y a pas que le 22 mars, le ministre-président remonte deux ans en arrière, à l’attentat de Medhi Nemmouche contre le musée juif et n’élude pas le malaise après le 13 novembre : « nous avons découvert avec effroi que les auteurs des attentats étaient issus de nos quartiers, qu’ils y avaient vécu, qu’il s’y cachaient ». 

Fouad Ahidar s’en prend à la presse « j’en ai marre d’une certaine presse, de ces journaux sensationnalistes, nous avons aussi besoin d’une presse qui relaie les initiatives positives ».  

Charles Picqué se lance dans une parabole avec fourmis, acacia et girafe pour défendre le principe d’un fédéralisme de coopération (si on a bien compris quand l’acacia fournit moins de sève, les fourmis s’en vont, la girafe arrive et mange plus de feuilles, il est finalement préférable que chacun y trouve son compte de manière équilibrée) avant d’asséner « nous perdons notre culture pragmatique du dialogue ». 

Le fédéralisme de coopération, Rudi Vervoort le défend également.  Et tend la main au fédéral « l’heure n’est pas aux jeux politiques, nos concitoyens méritent mieux que des débats institutionnels ».  Le propos est apaisant, la main tendue au fédéral évidente, même si fermer le dossier des réformes institutionnelles bloque aussi le débat sur les zones de police. Faisons fonctionner nos institutions d’abord, c'est le mot d'ordre. C'est le moment que choisit Karl Vanlouwe, un dur de la NVA, pour prendre Rudi en photo avec son smartphone.

La tonalité de ce « standby institutionnel » contraste singulièrement avec l' interview de LauretteOnkelinx au journal Le Soir. D’ailleurs la présidente de la fédération bruxelloise du PS, souvent décrite comme belle mère du gouvernement régional,  n’est pas là alors qu’ Elio Di Rupo a fait le déplacement. C'est toujours instructif de vérifier qui est présent ou pas lors de ce genre d'occasion. 

Coté fédéral Christine Defraigne (présidente du sénat) et Sigfried Bracke (président de la chambre) sont bien visibles, ainsi que les ministre Maggy De Block et François Bellot. Protocolairement il n’y a donc rien à redire. Mais pas de vice-premier ministre (notamment Didier Reynders en charge de Beliris, l'accord de coopération qui finance les grands travaux en Region Bruxelloise, mais qui est en déplacement au proche orient) ni de parlementaires  de la majorité fédérale à l’exception de Françoise Schepmans. Le MR, dans l’opposition à la région, boude la cérémonie : Vincent De Wolf et Françoise Bertieaux sont ailleurs,  seul Olivier De Clipelle représente le groupe libéral. Côté wallon, Paul Magnette n'a pas fait le déplacement non plus. Pour la fédération Wallonie-Bruxelles c'est Philippe Courard (président du parlement) qui assure une présence. 

Dans le jardin, pendant la réception qui suit on mélange un peu tout : les attentats, le piétonnier, les tunnels, les zones de police.  « Ce n’est pas de la faute des Bruxellois si Bruxelles est compliquée, c’est le résultat de compromis avec les communautés » rappelle Charles Picqué.  On glisse encore que ce qui nous tue pas nous rend plus fort. Mais l’enthousiasme fait défaut.


Ce samedi la région Bruxelloise ressemble à un boxeur encore un peu KO qui appelle à l’aide. Et qui doit bien constater que ceux qu’elle appelle ne sont pas venus l’écouter.