13 septembre 2014

Quand Maggie est super star la politique est super nulle

Elle est top. Au top des sondages, à la une des journaux et des magazines et même désormais au coeur des spéculations pour la désignation du poste de premier ministre. Maggie De Block, secrétaire d'Etat chargée de la politique d'asile et de la lutte  contre la pauvreté écrase la politique  belge d'une popularité inégalée. Le baromètre politique  RTBF/La Libre vient encore de le confirmer.   Son physique hors norme, sa voix fluette, son parcours atypique en politique (elle est médecin et est restée longtemps dans l'ombre avant d'être propulsée au devant de la scène) apportent un peu de fraicheur. 
Lorsque son nom a commencé à circuler pour le poste de chef de gouvernement j'ai d'abord  haussé les épaules. Les journalistes qui se risquent à ce genre de pronostics confondent popularité et rapport de force, médiatisation et compétences, pas la peine de s'y arrêter. Pourtant le nom de Maggie De Block a bien été suggéré lors de la fameuse nuit où le poste de commissaire européen a été attribué au CD&V et le 16 promis à un(e) libéral. Et cette semaine encore j'ai croisé deux conseillers influents et bien informés qui considéraient la candidature comme très sérieuse. 

Entendons-nous bien : je n'ai rien contre Maggie De Block. J'ai eu l'occasion de l'interviewer sur Bel RTL, c'est une personnalité plutôt agréable. Mais ce n'est pas la question. Le problème qui nous occupe est de savoir si elle peut prendre les rênes d'un gouvernement dans un contexte économique incertain, avec une coalition inédite pour laquelle le mode de fonctionnement reste encore à inventer, avec à bord un parti indépendantiste et en ayant dans 2 des 3 régions fédérées des gouvernements probablement peu coopérants. 

Non, Maggie De Block n'est pas qualifiée pour être premier ministre. Sa première élection à la chambre remonte à 1999 ce qui nous donne une 15 aine d'années d'expérience politique au niveau fédéral. Mais son accession au poste de secrétaire d'Etat ne date que de 2011. Trois ans dans un secrétariat d'Etat mineur c'est peu. Pas assez en tout cas pour maitriser une coalition, dialoguer d'égal à égal avec des présidents de parti, concilier les points de vue, maitriser les égos de vos ministres, canaliser la fougue des parlementaires et éviter les pièges de l'opposition ou de la presse. Vous imaginez Maggie De Block intercéder auprès de Jean-Claude Juncker, nouveau président de la commission ? Vous imaginez Maggie De Block négocier avec le gouvernement français pour sauver une banque ? Appeler Vladimir Poutine pour lui demander de ne pas couper le gaz ?  A moins que son nom ne soit un leurre destiné à faire baisser la pression sur d'autres candidatures, Kris Peeters, Didier Reynders et même Bart De Wever ou Koen Geens semblent bien mieux armés. Sans doute leur parti est-il moins demandeur que l'Open VLD, et c'est bien dramatique

J'imagine déjà les commentaires que les internautes ne manqueront pas de poster. Que je suis un journaliste si proche du milieu politique que je suis incapable de réinventer ma manière de voir. Sans doute parce que je sais à quel point les décisions politiques sont difficiles à prendre et les consensus pénibles à obtenir. La passe d'arme de Maggie De Block avec une sénatrice Ecolo (voir ci dessous) dans l'enceinte du sénat ou la froideur avec laquelle elle a pu commenter la mort d'un réfugié Afghan qui avait été réexpédié dans son pays par la Belgique ne laisse pas transparaitre des qualités de sang froid ou d'empathie hors normes. Pour tout dire, les positions prises par Maggie De Block donnent d'elle l'image d'une personnalité qui aime l'autorité et le bon sens commun, ce qui explique probablement son succès  : il n'y a pas beaucoup de chemin à faire  entre populaire et populiste. 
Côté bilan, le  fait d'avoir pu maitriser le flux de l'asile ou de ne pas avoir eu (trop) de SDF morts de froid n'est pas anodin, mais cela reste sans commune mesure avec les défis qui attendent le prochain locataire du 16 rue de la Loi. 

La Flandre aime se fabriquer des héros qu'elle porte aux nues et qui dégringolent ensuite. Steeve Stevaert, Yves Leterme, Bart De Wever, et donc maintenant Maggie De Block. 
Bien sûr, lorsqu'on  présente une nouvelle tête, et que celle-ci incarne une nouvelle offre politique (une position très à droite tout en restant respectable) il n'est pas anormal d'attirer l'attention. Ajoutons que  Super Maggie peut en outre compter sur l'expérience d'Els Cleemput, efficace porte parole de l'ancienne gendarmerie qui la guide dans la jungle des médias.  Comme souvent les journalistes ont eu du mal à résister à l'effet d'emballement. Une avalanche d'interviews et de reportages, non pas sur la politique mais sur la personnalité de Maggie De Block, ça aide à devenir populaire. On pourra me reprocher d'avoir participé au phénomène : en  charge de l'interview de 07H50 ces trois dernières saisons j'ai invité une fois Maggie De Block. Je pense que c'était juste et proportionné. Je ne suis pas sur que tous mes confrères puissent en dire autant. 

Mais la responsabilité première n'est pas celle de la presse. Elle se trouve bien parmi les élus. C'est un parti, l'open VLD, qui a propulsé Maggie De Block au gouvernement fédéral. C'est un ensemble de négociateurs de 4 formations politiques distinctes qui laissent aujourd'hui circuler l'idée qu'elle pourrait faire un bon premier ministre. Courir après l'opinion publique est le meilleur moyen d'achever de décrédibiliser  la fonction politique. Ne pas revendiquer le poste de premier ministre est déjà troublant. Le confier à la personnalité la moins expérimentée du plus petit parti de la coalition sera franchement désespérant. Une véritable gifle au bon sens. La victoire définitive du spectacle sur la politique. 

Peut-être un homme ou une femme politique courageux existe-t-il qui viendra nous rappeler dans les prochains jours que la fonction de premier ministre requiert une expertise hors norme. Que caracoler en tête des sondages ne suffit pas à vous donner le poids politique nécessaire. Que la sympathie de l'opinion ne dispense pas d'avoir un projet et des compétences. 






12 septembre 2014

Le chômage révélateur du clivage nord-sud


C’est un non catégorique. Ce matin dans le journal le Soir Eliane Tillieux explique qu’elle ne veut pas entendre parler de mesures qui contraindraient les demandeurs d’emploi à effectuer des travaux d’intérêt général. Deux arguments principaux : les chômeurs ont déjà une obligation, celle de prouver qu’ils recherchent du travail, dans le cas contraire ils perdent leur indemnité. Ensuite ces travaux d’intérêts généraux risquent d’entrer en concurrence avec de vrais emplois et tirer tout le monde vers le bas.

Et la ministre wallonne de l’emploi  d’annoncer la même chose que le ministre bruxellois de l’emploi  (Didier Gosuin  s’est exprimé sur la question il y a 2 semaines) : si le fédéral décide de cette mesure Bruxelles et la Wallonie ne l’appliqueront pas.


Ce ne sont pas que des paroles. Aujourd’hui l’essentiel de la politique de l’emploi a été confiée aux régions. C'est le cas par exemple du contrôle de la disponibilité des chômeurs. Certes la gestion de l'assurance chômage reste une compétence fédérale, via la sécurité sociale. Mais en  Belgique il n’y a pas de hiérarchie des normes : une loi fédérale n’a pas plus de valeur qu’un décret régional. Ce que décide le fédéral n’a pas plus de poids que ce que décide une région. On l'a bien vu avec l'application des facilités dans la périphérie de Bruxelles : une loi fédérale a vu ses effets fortement limités par des décrets régionaux. Pour introduire des travaux d'intérêts généraux, dont l'organisation relèvera des régions,  le fédéral devra passer un accord de coopération avec Bruxelles et la Wallonie.  Réformer le chômage rime donc avec blocage.

 


Avec ces déclarations on découvre concrètement   toute la complexité d’un Etat Fédéral. Le pouvoir central et les entités fédérées sont sensées coopérer. Quand on est des adversaires politiques, quand on a une vision diamétralement opposée de ce que doivent être les politiques publiques ça devient compliqué. Sur l’emploi, mais aussi sur les transports,  l’environnement, l’immigration ou la sécurité, dont les négociateurs parlent aujourd’hui, les opinions publiques au nord et au sud du pays sont très différentes. Le risque existe de voir le futur probable gouvernement prendre des mesures qui s’appliqueraient surtout en Flandre, ou en tout cas qui feraient surtout plaisir à la Flandre.

 

Alors évidemment Eliane Tillieux n’intervient pas sur le problème du chômage par hasard. C’est un thème sensible pour l’électorat socialiste. Obliger les chômeurs à travailler ou pas c’est un vrai clivage droite/gauche. Se positionner sur cette question est très efficace en terme d’image, les socialiste dans un camp, la coalition suédoise dans l'autre. En prenant la parole la socialiste met en outre le  doigt sur un point qui fait mal. L’idée n’étant pas neuve, il existe en effet  des propositions de loi déposées à la chambre depuis 2006 et cosignées par des députés libéraux sur cette question (David Clarinval, Rik Daems) ,  mais le Mouvement Réformateur ne l’avait toutefois  pas inscrit dans son programme électoral.

 

Pointons une anomalie quand même. Le gouvernement suédois n’existe pas.  Son accord de gouvernement n’existe pas non plus. Pour l’instant Eliane Tillieux réagit à des rumeurs. Vous connaissez l’histoire : quand on crie au loup trop tôt ou trop souvent, on ne finit par ne plus être entendu quand le loup est vraiment là.

 

10 septembre 2014

De l'utilité du moratoire


Un moratoire est initialement un terme juridique. Il désigne le fait de suspendre volontairement  une action ou d’accorder un délai. Un moratoire sur une dette par exemple permet de suspendre les créances, le plus souvent pour rééchelonner les paiements.
Le moratoire du plan Wathelet veut donc dire qu’on suspend l’application du plan. Cela avait été promis par de nombreux partis politiques au cours de la campagne, à commencer par le Mouvement Réformateur. Renoncer à un plan qui suscité tant de contestation de la part des citoyens et qui a été condamné par la justice est une décision politique logique.
 
Là ou ça se complique c’est que suspendre n’est pas corriger.  Où fera-t-on passer les avions ? Les négociateurs n’ayant pas officiellement communiqué sur la question on suppute qu’ils réactiveront la fameuse route du virage gauche qui  suscite elle aussi son lot de protestations et qui également fait l’objet de recours en justice. En gros vous faites un plan, la justice le condamne, vous faites le plan suivant, la justice le condamne encore, et donc vous revenez à la première version. Dès hier soir l'UBCNA (Association Belge contre les Nuisances d'Avion, qui regroupe les riverains de l'est de Bruxelles) jugeait le retour  à l'avant 6 février totalement illégal. Au contraire l'association Bruxelles Air Libre et le mouvement Pas Question se félicitaient (on notera d'ailleurs que ce mouvement rendait hier un hommage appuyé à Charles Michel, renforçant l'idée que cette mobilisation là n'était pas exempte d'arrière-pensées politiques).

D’après la presse de ce matin si les négociateurs se sont mis d’accord sur l’idée du moratoire, ils n’ont pas arrêté  de mesures correctrices. Pas d’allongement de la nuit, qui aurait repoussé les décollages de 6 à 7 heures du matin. Pas d’allongement des pistes, qui permettrait aux avions de prendre plus d’altitude plus rapidement, pas de trafic redirigé vers Charleroi ou Liège.
Comme synonyme du mot moratoire vous trouverez report, ou temporisation. Un moratoire permet de gagner du temps. Il faut dire que sur ce dossier francophones et néerlandophones ont des intérêts divergents. A l’aéroport de Bruxelles les retombées économiques sont pour les flamands, les nuisances sont pour les francophones et on caricature à peine. A trois contre un les partis flamands risquent de faire bloc.
 
Reprenons notre dictionnaire juridique, nous y trouvons l’expression « intérêts moratoires. »  Quand on suspend une action, on doit indemniser ceux qui en subissent les conséquences. Le dossier n’est donc pas clôt. En matière d’aviation c’est donc comme en matière de dette : un moratoire suspend les paiements, au final, il risque d'alourdir l’addition. 

08 septembre 2014

Quels mots pour parler de Mehdi Nemmouche et consorts ?

De Mehdi Nemmouche nous connaissions deux photos. La première, prise par les caméras de surveillance du musée juif de Bruxelles. Casquette devant les yeux, arme à la main, sac sur le dos. La seconde diffusée par la police française après son arrestation. Photo bien en face, genre carte d’identité, cheveux courts, oreilles bien dégagées, regard fier, visage fermé. Un jeune homme en colère comme il en existe  dans les banlieues françaises ou dans certains quartiers de Bruxelles.
 
Depuis ce weekend on sait que Mehdi Nemmouche lorsqu’il se trouvait en Syrie faisait de temps à autre office de gardien de prison. Pas le gardien débonnaire qui reste devant la porte et qui vous balance de temps à autre une ration d’eau. Non, le genre à venir vous tabasser. La séance de torture commençait le soir, elle s’achevait avec la prière du matin témoigne l’une de ses victimes.  Des cris, des coups, de la violence gratuite, sauf que ce n’est pas du cinéma.
Ce matin on apprend dans le journal Libération que Nemmouche était rentré en Europe avec l’idée de commettre un attentat à Paris lors du défilé du 14 juillet. Le musée juif de Bruxelles n’était pour lui qu’une répétition avant un carnage de plus grande ampleur encore sur les Champs Elysées.
L’affaire nous heurte. D’abord elle nous rappelle qu’une photo n’est rien. Seuls les témoignages, les mots qu’on met derrière, l’émotion qui transparait nous expliquent l’horreur. L’image seule ne donne pas toujours sens à l’actualité.
Ensuite on ne peut s’empêcher de se demander combien de Mehdi Nemmouche risquent de revenir ?  Français, allemands, belges, ils sont plusieurs centaines de jeunes européens à avoir rejoint l’Etat Islamique (rien que pour la Belgique on parle de 200 personnes au moins, y compris des femmes et des enfants). Ces djihadistes voudraient qu’on les appelle combattants. N'ayons pas peur de leur répondre que l'appellation est usurpée.  Alors que nous fêtons les 70 ans de la libération ou le centenaire de 14/18 il est utile de rappeler qu’un combattant n’est ni un terroriste ni un tortionnaire. Les viols, les persécutions religieuses, les images de pendaison, de décapitation qui nous parviennent, ne sont pas l’oeuvre de combattants. Ce  sont des actes de brutes, de barbares. De fous de Dieu comme ils s’appellent plus proches de la folie que de Dieu.  S’exprimer par la parole plutôt que par la force c’est le début de l’humanité, et ce devoir d’humanité s’impose à tous, en particulier lorsqu'on se croit croyant. Les musulmans les plus pieux ne me contrediront pas.
 
Ce matin on apprend qu’Iliass Azaouaj aurait été décapité en Syrie. Ce jeune prédicateur parti d’Anderlecht aurait été soupçonné d’être un infiltré. Un espion parmi les djihadistse, mais surtout un jeune musulman décapité par d’autres jeunes qui se disent aussi musulmans. Là un second point de vocabulaire s’impose. Un Etat protège les siens, assure la prospérité et la justice. Ce n’est pas ce dont on parle ici. L’Etat Islamique n’est rien d’autre qu’une zone de non-droit, un territoire livré aux exactions. Ce n’est pas le lieu d’une guerre sainte qui verrait les musulmans (ici exclusivement les sunnites, rappelons-le)  s’opposer au reste du monde, c’est davantage le champ de bataille où des barbares venus du moyen âge s’opposent à l’humanité.
 
Ces derniers jours  beaucoup de rédactions s’interrogeaient sur la diffusion ou non d’images sanglantes venus de ces zones d’affrontement. Le questionnement est légitime pour les hommes d’images. L’homme de plume ajoutera une interrogation sur les termes employés pour rendre compte de ces exactions. Combattants, Etat  Islamique et même Musulmans, ne paraissent pas les termes adéquats.

04 septembre 2014

Charles Michel premier ministre : il peut y penser

Un premier ministre de la "famille libérale", ça veut dire quoi ? Ce soir Charles Michel parait idéalement placé, mais refuse de se dire candidat. Le faire serait s'affaiblir : les autres partenaires pourraient tenter de le lui "faire payer". D'autres options restent possibles. Petite revue des candidats potentiels, et un rappel : nous ne sommes pas au bout des discussions, il peut encore y avoir des retournements de situation.

03 septembre 2014

Le coût de Reyers


On pensait que l'affaire était pliée. Quand il annonce le 5 août la suspension des travaux de réfection du viaduc Reyers, Pascal Smet frappe un grand coup. Geler des travaux, alors que c'est l'été qu'ils sont moins gênant, et demander une étude aurait pu être une décision impopulaire. C'est tout le contraire qui s'est passé. Les communes concernées, les riverains, les associations et même les partenaires de gouvernement, tout le monde applaudit des deux mains. Début aôut les jours du viaduc sont comptes, et on se met même à rêver à la destruction du viaduc Hermann-Debroux, le tout automobile est derrière nous. On accélère.

Le 25 août, premier coup de frein. Pascal Smet qui a reçu un premier rapport demande un complément d'information à Bruxelles-Mobilité. Surtout il se terre et évite tout interview avec la presse. Pas d'interview de rentrée pour le ministre des transports : la décision n'est pas mûre. Après l'euphorie des premiers jours les partisans de la démolition sont désormais dans l'expectative. Démolir ou pas : le gouvernement Bruxellois devait décider lors de sa première réunion, ce jeudi, il n'est plus certain qu'il puisse le faire.

La rénovation du viaduc, indispensable pour des raisons de sécurité, était estimée à 4 millions. Le chiffre de 8 millions circule désormais sous le manteau, sans qu'on sache sur quoi il repose.  Encore faut-il préciser que ces travaux ne seront pas les derniers. La structure est tellement abîmée qu'il faudra s'attendre à des rénovations régulières. 
Démonter le viaduc et le remplacer par un boulevard urbain serait encore plus cher. Entre 11 et 13 millions selon les sources. Pour passer de 4 à 11 millions, c'est 7 millions de différence, à trouver quelque part. Dans le budget des travaux publics estiment les uns, dans un nouvel arbitrage budgétaire puisque c'est de l'imprévu affirment les autres.

Ces jours-ci le gouvernement bruxellois consulte son GPS budgétaire. A 300 mètres de Reyers  le carrefour Meiser doit également faire l'objet de travaux colossaux : création de tunnels routiers et de tram ( la facture est de plus de 200 millions) et la logique serait de programmer le tout en même temps. Le hic c'est que le carrefour Meiser ne devait pas être refait avant 2019 etque techniquement   le dossier n'est nulle part. Peut-on refaire Reyers sans toucher à Meiser ? Reyers doit il attendre jusqu' à 2019 ? Peut on faire des économies d'échelle en groupant les deux dossiers ? Depuis une dizaine de jours les conseillers s'arrachent les cheveux. Le premier gouvernement bruxellois risque d'être chahuté. Le viaduc n'est pas prêt d'être démonté.

02 septembre 2014

La France des réseaux fait peur

Les réseaux sociaux, vous connaissez. Facebook, Twittersont les nouveaux lieux de la communication politique. Des places du marché virtuelles, des cafés du commerce en ligne ou on s'échange des informations et des commentaires. Le réseau social est donc devenu  le bon endroit pour lancer une rumeur, une attaque, destinée à déstabiliser un adversaire politique. Depuis deux jours les réseaux sociaux en France s'en donnent à cœur joie contre Najat Vallaud Belkacem. Cette jeune femme de 37 ans, originaire de la région du rif au Maroc, est la nouvelle ministre de l'éducation nationale du gouvernement Valls.      
Sur le net on lit donc qu'elle ne s'appellerait pas Najat Vallaud Belkacem mais Claudine Dupont. À l'appui de cette affirmation une fause carte d'identité. C'est un faux, il circule depuis deux ans déjà, mais il continue d'être tweeté, retweeté, "liké" ou partagé. Le sous-entendu est aussi injurieux  que xénophobe : si Najat Vallaud Belkacem fait carrière c'est parce qu'elle serait d'origine maghrébine. Et que bien sûr, la perverse se dissimule.
À Neuilly , un élu local  de l'UMP, la droite française, à cru bon d'ajouter à ce racisme nauséabond une pincée de sexisme, en demandant sur twitter  quelles qualités François Hollande pouvait bien trouver à Najat pour lui offrir un si gros portefeuille. Le sous-entendu est aussi grivois qu' infamant pour son auteur. Il fleure bon le machisme d'autrefois et la frustration sexuelle. 
Enfin l'éducation nationale a publié sur sa page Facebook  une photo de jeunes enfants illustrant un article sur les classes de maternelle. Comme souvent en région parisienne ces enfants sont d'origines diverses, et ici c'est une majorité d'enfants d'origine africaine ou antillaise qui sont représentés. L'éducation nationale a été inondée de messages racistes, et la photo circule désormais partout accompagnée de commentaires d'internautes qui ne la trouvent pas assez représentative. Le sous-entendu est aussi révoltant que dangereux : ces enfants ne peuvent pas être l'image de la France parce que la France veut être blanche. 
En trois Buzz voici un condensé du pire des réseaux sociaux. Et il y a de quoi s'inquiéter. Bien sûr une partie de ces réactions est l'œuvre de militants plus ou moins organisés. On peut y voir l'influence des opposants au mariage pour tous (Najat Vallaud-Belkacem en était l'une des supportrices) la patte des délirants adeptes de la fausse théorie du genre (une belle manipulation qui a pour but de justifier l'inégalité des sexes) ou même celle de simples militants de droite fermement opposés au nouveau rythme scolaire (et ne me faites pas de procès d'intention : être de gauche ou de droite c'est autre chose que ça, je le sais bien, mais il serait sain que les dirigeants de l'opposition le disent publiquement, sur la toile ou dans la vraie vie, et certains, comme Yves Jego ou Claude Goasgen s'y emploient d'ailleurs). 
Mais il y a pire. Les milliers de français qui tweetent, retweetent, likent, partagent. Dans un geste de défiance au pouvoir, on finit par propager ce qui n'est rien d'autre que du racisme pur et dur. On attaque une jeune femme parce qu'elle est jeune et d'origine étrangère. On s'autorise la calomnie, les attaques personnelles et une violence verbale inégalée. On stigmatise des enfants  en leur refusant le droit d'être français parce que leur peau est trop foncée. Il serait temps de réagir. La France des réseaux sociaux se met à ressembler furieusement à l'Allemagne des années 30. 

01 septembre 2014

La rentrée, ou le vol du papillon


C'est la rentrée. Ce matin on pense évidement aux élèves qui fréquentent une école de la fédération Wallonie Bruxelles :   300 000 dans le primaire, 350 000 dans le secondaire. Ajoutez les maternelles, on arrive à 853 000 élèves. Avec les étudiants, on dépasse le million. C'est simple, cette semaine un francophone sur 4 reprend son cartable.

Ce matin on pense aussi aux 85 000 enseignants qui vont encadrer tous ces enfants. On pense aussi aux automobilistes qui vont retrouver les files. Rentrée  aussi pour les usagers des TEC ou de la Stib qui vont avoir la chance de voyager debout.

En lisant le mot papillon, je suis sur que vous avez pensé à la rentrée du gouvernement Di Rupo. C'était un piège. Ce gouvernement est plus proche de la sortie que de la rentrée. Le vol du papillon touche à sa fin.
 
Rentrée  en revanche pour les négociateurs de la coalition dite Suédoise. Rentrée qu'on a baptisé "seconde lecture", ça veut dire qu'on entre dans le vif du sujet. a partir d'aujourd'hui on va amender le texte, le corriger, l'infléchir et chaque formation voudra marquer des points. Tensions en perspective, alors que, c'est un paradoxe, la Suédoise avait plutôt tendance à papillonner cet été (en d'autres termes, on avançait prudemment et on s'est ménagé quelques jours de congés entre deux réunions). À propos de Suède vous apprendrez que la rentrée scolaire à Stockholm ou Göteborg a lieu aux alentours du 15 août, car en matière de rentrée la date du 1er  septembre n'est pas universelle.

Bref ce matin on est quelques centaines de milliers à être concerné par la rentrée. Quelques centaines de milliers à avoir un papillon dans le ventre. Je vous souhaite une belle semaine.

25 août 2014

Les 8 leçons belges d'Arnaud Montebourg (ou pourquoi ça n'arriverait pas chez nous)

Incontestablement, la démission d'Arnaud Montebourg du gouvernement Vals est un fait politique majeur. Pensez-donc : trois ministres (Montebourg, Hamon, Filippetti ) qui défient le président de la république et son premier ministre au nom des valeurs cela s'apparente à un bras d'honneur. Un gouvernement installé depuis 5 mois contraint au remaniement ministériel sans que la tête de l'exécutif ne soit à la manœuvre c'est la confirmation d'une crise, d'un schisme profond. Un président déjà au plus bas dans les sondages malmenés par des élus de son propre camp, le témoignage d'une perte de confiance du "peuple de gauche" dans celui qui est censé être son capitaine. Un désaccord profond avec le premier lieutenant dont on se demande s'il ne s'est pas trompé de camp. La mutinerie se déroule sous nos yeux, d'une petite phrase provocante à l'autre, d'une fête de la rose par ci à un tweet par là. Pire, en squattant les plateaux des journaux télévises ce lundi soir Montebourg et Hamon ont fort bien fait passer leur message : eux seraient fidèles à leurs engagements et veulent œuvrer à une reprise par la relance tandis que Francois Hollande et Manuel Valls trahiraient leurs électeurs et les intérêts français en sacrifiant la reprise sur l'autel d'une rigueur qui ne profiterait qu'aux entreprises. Déjà les analystes s'interrogent pour savoir quelle stratégie sera la plus gagnante tant sur le plan économique que dans la course présidentielle.  Il y aura donc un avant et un après Montebourg. Pour plus de détails je vous renvoie à mes confrères français.

Si la situation du gouvernement français est passionnante je voudrais surtout la confronter à nos débats belges du moment. On dit souvent que les belges adorent la politique française parce qu'elle est plus contrastée, passionnelle et exaltante que nos querelles communautaires. Je rencontre souvent des français qui n'entendent rien à la politique belge parce qu'elle serait  trop subtile, brouillonne, byzantine pour des esprits non-initiés. L'occasion est belle d'essayer de transposer la crise française et d'en tirer quelques enseignements. Une sorte de cours de politique belge pour les nuls (par nuls notez que je ne vise pas les français en particulier), un manuel de survie pour citoyen belge fraîchement naturalisé, ou un manifeste de la différence, parce que ce n'est pas parce qu'on parle la même langue qu'on peut forcément se comprendre. 

Leçon 1 : le ministre est tenu à un devoir de réserve. 
"Un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne". La célèbre phrase est signée Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la défense de François Mitterrand, fort en gueule et lui même démissionnaire. Elle illustre bien cette obligation de réserve qui s'impose à un membre du gouvernement. Un ministre ne critique pas ses collègues et ne met pas en cause la politique suivie. C'est vrai en France, pas en Belgique. Le principe de coalition vous autorise à critiquer les collègues surtout lorsqu'ils sont membres d'une autre formation politique et donc des concurrents électoraux à intervalles réguliers. Il est plus délicat de contester la ligne générale du gouvernement, mais on peut quand même  marquer sa différence lors de chaque grand débat politique pour autant qu'on ait l'intelligence de le faire avant la prise de décision (les contrôles budgétaires servent autant à susciter le débat idéologique qu'à trouver des économies réelles). 

Leçon 2 : le chef de gouvernement nomme ses ministres et peut les révoquer
C'est vrai en France où le Président de la République  nomme un premier ministre, lequel compose son équipe avec les ministres de son choix et peut les démettre à sa guise. Hors période de cohabitation ce type de décision se prend à deux, président et premier ministre constituant un tandem, ce qui semble avoir été le cas ici. En Belgique par contre ce pouvoir n'appartient pas au chef de l'exécutif. Officiellement c'est le roi qui nomme ses ministres. Officieusement ce sont les présidents de parti qui les désignent. Si demain un ou plusieurs ministres devaient être remplacés ce sont ces présidents qui désigneraient leurs successeurs et le premier ministre n'aurait pas grand chose à dire. En Belgique Manuel Valls n'aurait donc pas pu obtenir le départ d'une partie de son équipe : le(s) président(s) de parti(s) concerné(s) s'y serai(en)t sans doute opposé(s). 

Leçon 3 : un gouvernement doit être homogène
Là on rigole. En France il y a une certaine cohérence à être de gauche dans un gouvernement de gauche et de droite dans un gouvernement de droite (notez qu'il y a quand même régulièrement des exceptions). En Belgique dans des gouvernements qui sont par nature des gouvernements de coalition la notion d'homogénéité n'a aucun sens. D'ailleurs ce n'est pas parce qu'on siège dans un gouvernement kamikaze qu'on est soi même kamikaze,  ou suédois dans une coalition suédoise. 

Leçon 4 : on peut changer de cap en cours de route 
C'est le grand argument de Montebourg : constatant l'échec de sa politique économique François Hollande devrait oser un changement de cap. Ce virage politique serait d'autant plus justifié que de nombreuses voix s'élèvent pour condamner les politiques de rigueur, et qu'on ne peut rester sourd à ces appels. Un tel changement de cap est impossible en Belgique. Le cap est fixé dans un accord de gouvernement, on n'y touche plus. Plus la coalition est hétérogène plus l'équilibre politique est difficile à trouver et plus l'accord sera détaillé. Les belges n'aiment pas l'improvisation et face à un imprévu leur capacité de réaction est proche de zéro. 

Leçon 5 : un différend idéologique justifie de faire tomber un gouvernement 
Là on reconnaîtra à Arnaud Montebourg et Benoit Hamon un certain panache. Provoquer une crise gouvernementale sur une question de politique économique c'est quand même de la politique avec un grand P. Pour comparer on se rappellera qu'en Belgique on fait tomber des gouvernements parce qu'ils n'ont pas scindé un arrondissement électoral ou parce que le premier ministre n'a pas tout à fait dit la vérité sur la situation des banques que le contribuable est prié de sortir du pétrin. 

Leçon 6 : une démission ça vous relance une carrière politique
Tout le monde en France pense que Montebourg pense à l'élection suivante. Démissionner aujourd'hui c'est prendre ses distances avec Manuel Valls et se positionner pour la prochaine présidentielle. La démission comme tremplin ? Ce n'est pas Yves Leterme qui nous contredira. Oups, pardon. 


Leçon 7 : c'est toujours un peu à cause de l'Europe 
Là-dessus les hommes et les femmes politiques de toute l'Europe se ressemblent tous un peu. Quand ça va mal c'est toujours parce qu'il a fallu suivre les recommandations de la Commission Européenne et que celle ci bride la liberté des États. Bien sûr on évitera de rappeler que ce sont les Etats qui nomment les commissaires. 


Leçon 8 :  quand il pleut , il pleut 
L'image de François Hollande s'exprimant à l'Ile de Sein restera comme l'une des images fortes de la journée. Imperméable sur les épaules, visage ruisselant, soumis aux bourrasques, François Hollande n'est pas à son avantage. Là on reconnaîtra que les Belges ne sont pas mieux lotis que les Français : le climat serait tout aussi humide et  même un peu moins favorable. C'est la raison pour laquelle, en Belgique, quand on a un discours solennel à faire et qu'à fortiori  toute la presse du pays vous guette, on installe le pupitre à l'intérieur. 

24 août 2014

Le cadre de l'interview


















C'est une image furtive, au milieu d'un reportage de Télé Bruxelles. Dominique Dufourny accorde une interview sur les problèmes de sécurité dans le quartier Matongé à Ixelles. Derrière elle, la rotonde de la maison communale. Le batiment est immédiatement reconnaissable pour tout Ixellois qui se respecte, vous trouverez son histoire prestigieuse ici.

Un œil politiquement averti décodera facilement  cette image. Evidement le cadre n'est pas choisi au hasard. Dominique Dufourny aurait pu accorder l'interview dans son bureau, ou mieux encore, dans le quartier Matongé, qui est l'objet du reportage. En choisissant de se placer devant la rotonde qui accueuille les réunions du conseil communal, l'échevine lie son image à celle du batiment. Subtilement elle nous fait passer le message : la maison communale est son biotope, la commune d'Ixelles et Dufourny ne font qu'un. Pour les non-initiés à la politique locale Ixelloise, un petit rappel s'impose : Dominique Dufourny est première échevine, en charge de l'Etat-civil, du commerce  et des sports. Rien à voir donc avec la sécurité. Elle s'exprime  donc ici en tant que "suppléante" du bourgmestre Willy Decourty (PS) parti à l'étranger.

Le communiqué de presse sur cette problématique de Matongé  est d'ailleurs sans ambiguïté : il présente Dominique Dufourny comme "bourgmestre faisant fonction" et ne fait aucunement référence à sa qualité d'échevine. Si le terme "faisant fonction" renvoie d'ordinaire à un bourgmestre qui remplace un collègue devenu ministre, il prend ici une tout autre saveur. À l'issue de l'élection communale de 2012 Willy Decourty et Dominique Defourny se sont en effet " partagé" le maiorat : 2013-2015 pour le premier, 2016-2018 pour la seconde. En profitant des vacances pour se mettre dans la peau du premier magistrat Dominique Dufourny prend un peu d'avance et marque son territoire.     

Cette "technique du cadre" est un artifice de communication que maîtrise bien la plupart des politiques, parfois même inconsciemment : dis-moi quel décor tu choisis, je te dirais quelles sont tes ambitions. Ainsi, lorsque Laurette Onkelinx confirme officiellement qu'elle est candidate la première fois à Schaerbeek elle donne rendez-vous aux équipes de télé qui veulent l'interroger au parc Josaphat (et surtout pas à son cabinet ministériel), peu avant de devenir bourgmestre Jean-Michel Javaux accordait des interviews dans son jardin d'Amay, Charles Michel s'exprime volontiers depuis Wavre, et Olivier Maingain reçoit la presse au premier étage de la maison communale de Woluwe-Saint-Lambert. Dans la grande bataille de la communication politique, associer son image à un lieu c'est renforcer son ancrage local et garantir ses chances de conquérir/conserver son bastion. 

Revenons à Ixelles. Il y a quelques années je devais recueillir une réaction de Daniel Ducarme, alors personnage influent des  libéraux bruxellois et censé habiter Schaerbeek, où il est élu communal . Nous convenons par téléphone d'un rendez-vous. Quel endroit ? "Attendez je réfléchis". Ce sera finalement devant les étangs d'Ixelles. L'homme veille à ce que ces étangs soient derrière lui pour que ce soit  "joli" dit-il,  en réalité il souhaite surtout que l'endroit soit bien reconnaissable. Une fois la camera débranchée je lui demande s'il a choisi ce lieu par hasard ? "Vous savez bien que non". Daniel Ducarme, qui venait d'être blanchi dans un dossier fiscal, venait de me confirmer qu'il envisageait de faire son retour à Ixelles. La maladie en dédidera autrement. 

En choisissant les étangs pour arrière-plan Ducarme voulait faire passer l'idée qu'il était Ixellois. Dix ans plus tard,  en optant pour la maison communale, Dominique Dufourny est un cran plus haut : elle veut nous faire comprendre qu'elle est, déjà,  la première des Ixelloises.