17 décembre 2014

Myopie

Myopie : trouble de la vision qui altère la vue de loin. De près le myope voit bien, de loin tout est  flou. La myopie est d'abord une affaire de génétique, une maladie héréditaire,  mais elle peut aussi avoir des causes environnementales ou comportementales : lire beaucoup,  passer du temps sur un écran, travailler  avec un éclairage insuffisant renforce les risques myopie. La myopie est très développée en Asie, plus de la moitié des asiatiques sont concernés, elle touche un américain sur trois et  un européen sur quatre. Contrairement aux idées reçues ce  n'est pas une maladie de vieux, parmi les moins de 20 ans , 20% sont myopes.  

Pourquoi  vous parler de myopie ? Parce que depuis quelques jours nous sommes atteints de myopie collective. C'est un trait dominant des médias. Pour séduire  le public il faut s'intéresser à ce qui est près plutôt qu'à ce qui est loin et  préférer l'anecdote au discours général. Le myope focalise, ce qui veut dire qu'il concentre son regard sur ce qu'il a devant les yeux. Depuis deux jours nous focalisons sur le jet d'une paire de vêtements par une déléguée syndicale. Le myope a vu  la vidéo qui dure 50  secondes, il n'a pas vu  les dizaines de milliers de belges qui faisaient la grève, ni les dizaines d'autres milliers qui renonçaient à travailler par empêchement plus que par conviction. Le myope retient des chasubles rouges, il ne perçoit pas les nuances de verts et de bleus qui existent sur les piquets de grève. 

Cette tendance à prendre les problèmes par le petit bout de la lorgnette est permanente. La myopie c'est par exemple résumer  le bilan du gouvernement à la dernière interview du premier ministre. Vous noterez au passage que le premier ministre, comme l'auteur de cette chronique, portent des lunettes de myope. La myopie c'est ne voir dans la NVA que les seules provocations de Jan Jambon.  La myopie c'est ne pas prendre le temps de s'arrêter  ce qui s'est passé au Pakistan : 132 enfants tués dans leur école. Aller à l'école pour s'instruire et ne pas en revenir est une  barbarie absolue. Pourtant cette tuerie occupe moins de place dans nos journaux que la prise d'otage de Sydney il y a deux jours. Nous sommes myopes parce que nous regardons le monde au travers des lunettes d'Internet et de la télévision. Il y a beaucoup de caméras et d'ordinateurs en Australie ou à Namur, il y en a moins à Peshawar. Moins d'images, c'est moins d'émotion, moins de place au café du commerce,  moins de prise de conscience : au  final ces 132 enfants nous occupent donc moins que notre amie Raymonde.

Est-ce grave ? Oui parce que cette myopie intellectuelle traduit  un manque de discernement, une incapacité à voir à long terme. Sans vision, pas d'avenir, le myope raisonne à courte vue. Il existe des verres correcteurs, on peut même subir des opérations pour corriger la myopie au sens physique. Contre la myopie médiatique il faut parfois changer de journal, ou,  par moment, relever la tête. 

11 décembre 2014

Emily Hoyos préfère se retirer : Ecolo changera de présidence

Elle aura fait durer le suspense. Ce jeudi soir à la RTBF et demain dans plusieurs quotidiens Emily Hoyos annonce qu'elle ne se présentera pas aux élections internes. Le souhait de prendre du recul expliquera-t-elle sans doute. Le constat d'une impasse aussi. Comme je l'expliquais dans mon article précédent il se confirme que la co-présidente sortante a bien cherché un colistier bruxellois... mais qu'elle a eu du mal à en trouver un capable de convaincre les militants. L'annonce d'Arnaud Pinxteren se déclarant candidat avec Véronica Cremasco a donc brusqué les choses. Emily Hoyos qui avait prévu de faire part de sa décision la semaine prochaine a décidé de parler la première, histoire de donner le sentiment qu'elle fixait l'agenda et maitrisait sa sortie.  Active à la Fédération des Etudiants Francophone, Emily Hoyos était entrée en politique en intégrant le cabinet de Jean-Marc Nollet, alors ministre de l'éducation. Parlementaire, elle avait été la première femme à occuper la présidence du parlement wallon. Agée de 37 ans elle avait été élue coprésidente avec olivier Deleuze en 2012. La contreperformance de son parti aux dernières élections aura eu raison de cette ascension rapide.

09 décembre 2014

A Écolo, les couples se forment (lentement)

Ne dites pas aux écologistes que le temps passe et que rien ne bouge. Ne leur dites pas non plus qu'ils sont en train d'entrer doucement dans une période de campagne électorale. Officiellement,   il ne se passe rien. D'ailleurs l'opinion publique a les yeux occupés ailleurs : la reine Fabiola, les grèves à répétition, ou encore le black-out ou la Syrie. 

Et pourtant. Cette semaine déjà, le journal le Soir  a révélé une partie du rapport de  regénération dont des écologistes débattront ce vendredi en conseil de fédération. Fusionner  Ecolo et Groen, la grande et belle idée a déjà fait le tour des gazettes ce weekend. Derrière ce rapport c'est pourtant une autre question tout aussi fondamentale que les écologistes devraient se poser et qu'ils refusent pourtant obstinément d'aborder : qui incarnera leur projet ?

 "Dans la situation actuelle, nous n'avons pas le droit à l'erreur, l'enjeu c'est d'éviter de disparaître" commente, amer, un écologiste. C'est dire l'importance du scrutin interne annoncé. En coulisse les membres influents ne parlent donc que de ça : quel est le bon tandem pour trouver un nouveau souffle ? Dans la lumière  et face à un journaliste la question frise le tabou. "Nous avons convenu qu'aucune candidature ne serait mise sur la table avant que le rapport ne soit adopté", circulez il n'y a rien à voir.  

Vendredi l'adoption du rapport interne lancera pourtant ces hostilités que les écologistes s'acharnent à vouloir éviter. Ne leur dites que des candidats se profilent déjà, cela les ulcèrent. Officiellement personne n'est candidat. On réfléchit, on analyse, on discute. Officieusement la campagne est pourtant déjà bien lancée. Trois équipes au moins se préparent. Même s'il est possible que certains renoncent à se présenter au final.

Le premier tandem à s'avancer sur la place militante est celui que pourraient (le conditionnel est nécessaire) constituer le bruxellois Arnaud Pinxteren et la liégeoise Veronica Cremasco. Deux parlementaires régionaux qui font partie de la génération montante.  Avantage de l'équipage : ce ne sont pas des novices et ils occupent une position centrale, pas trop proches de la présidence sortante, pas catalogués comme opposants non plus, ils peuvent incarner ce qu'il faut de continuité avec une pointe de rajeunissement. Arnaud Pinxteren a reconnu ce mardi sur le plateau de Tele Bruxelles que le duo réfléchissait, mais que la candidature n'était pas formellement arrêtée. Surtout ne rien dire avant vendredi.  

Second tandem probable une équipe composée de Zakkia Khattabi et Patrick Dupriez. La députée fédérale bruxelloise alliée à l'ancien président du parlement wallon formeraient (toujours ce conditionnel) un duo plus à gauche et plus contestataire que le précédent. Il incarnerait la rupture et un parti plus en phase avec les fondamentaux militants, quitte à paraître plus radical et moins grand public pour l'électeur. 

Enfin, une troisième équipe peine à se former : celle d'Emily Hoyos. La co-presidente sortante devrait se représenter mais on ne sait pas encore avec qui (sauf que ce sera un Bruxellois comme l'exigent les statuts). D'après mes informations Benoit Hellings et Christos Doulkeridis ont été approchés et réservent leurs réponses. Hellings, qui s'était présenté contre Hoyos la dernière fois semble moyennement chaud et Doukeridis sait qu'il convainc plus facilement à l'extérieur qu'à l'intérieur de son parti. On parle désormais d'un troisième homme qui constituerait la surprise du scrutin. La puissance médiatique d'Hoyos étant largement contrebalancée par le syndrome "femme à battre" le colistier, quel qu'il soit,  sait qu'il prendra des risques.  

On en est là. Dans ce round d'observation ou tout se commente mais rien ne se confirme. Les élections sont programmées pour le printemps. Et même si les écologistes préfèrent toujours vous expliquer qu' ils  donnent la priorité aux grands discours, au programme et aux projets collectifs  ils ne peuvent oublier une réalité politique et médiatique qui s'impose à tous : celui qui incarne un parti a besoin de temps pour s'affirmer. Partir de nulle part pour des élections qui tomberont au plus tard en  2018 (on n'exclut pas que ce soit plus tôt) et qui risquent d'être très communautaires, ce n'est pas gagné. Déjà , Écolo semble inaudible dans les grands débats des dernières semaines (alors qu'on a abondamment parlé d'énergie ). Ce n'est pas la fable du lièvre et de la tortue, mais plutôt celle du loup et de l'agneau. A passer trop de temps sur la ligne de départ, on finit par être mangé avant même de se lancer.   
  

27 novembre 2014

Delpérée veut des élections

Le tohu-bohu ambiant ne doit pas nous empêcher de réfléchir. Et de préférence un peu plus loin que le mois prochain, même si les temps troubles ne sont pas propices aux projections à long terme. Francis Delpérée nous offre donc ses réflexions sur le système électoral. Le bouquin est difficile à classer, ce n'est pas un livre de droit parce qu'il fourmille d'anecdotes liées au dernier scrutin, ce n'est pas un récit de campagne non plus puisque le député CDH et ex-professeur nous offre quelques détours par les concepts. On dira que c'est une balade entre actualité et convictions personnelles, un syllabus de droit constitutionnel appliqué.
Le point de départ est la défense du système électoral. Quand on y réfléchit c'est la pierre angulaire de  nos démocraties représentatives. Quand Francis Delpérée a lu "contre les élections" de David Van Reybroeck et sa proposition de tirer au sort les citoyens pour les faire travailler en parallèle avec les parlementaires,  il a donc faillit s'étrangler. Francis Delpérée aurait pu appeler son ouvrage "pour les élections" tant son livre semble une réponse au précédent. 
 Cela n'empêche pas de concéder quelques failles. Comme nous Francis Delpérée constate la défiance qui sépare citoyens et élus. Il propose quelques pistes susceptibles selon lui de dynamiser la démocratie, l'abandon de la case de tête (ou de son effet dévolutif) la suppression des suppléants et le découplage des scrutins. C'est du classique. J'ai déjà eu l'occasion de l'écrire, et je me répète donc : il y a au moins un point sur lequel je ne suis pas d'accord, c'est l'abandon de la case de tête.  Ce système permet de valoriser des candidats soutenus par leurs partis alors qu'ils n'ont pas nécessairement d'assise populaire. Cela permet de faire élire des candidats pour leur valeur et non pour leur notoriété, ce qui est très différent. Si nous supprimons cette possibilité et ne tenons compte que des scores de préférence sans aucune pondération nous accentuerons encore l'effet des candidats "attrape-voix" : vedettes de la TV, joueurs de foot et autre personnages communautaires. Ce sera le règne des campagnes personnelles et la fin de la cohérence politique propre à chaque liste. Je rappelle qu'en France les listes sont bloquées et sans score personnel : c'est l'ordre déterminé par le parti qui s'applique. Cela permet des campagnes collectives, on choisit les programmes autant que les hommes, et cela n'empêche pas la France d'être une démocratie avec un debat politique noble me semble-t-il. 
Au fil des pages Francis Delpérée livre quelques souvenirs personnels qui sont autant de clefs pour comprendre l'attitude du CDH pendant la campagne et les négociations qui ont suivi. Le CDh-bashing auquel se livrent les militants de "Pas Question" (et le député de souligner que si ses comptes de campagnes étaient plafonnés ceux de cette association ne l'étaient pas) ou encore son interview à la Première où il qualifie la NVA de raciste, recevant le soutien de son President de parti ( à lui seul cet épisode explique combien il était improbable de voir le CDH entrer dans des négociations avec la coalition Michel).  Bref pour les pasionnés de politique c'est une promenade intéressante. La confession d'un homme qui pensait ne faire qu'un mandat mais qui se reconnaît aujourd'hui accro à la politique et incapable d'en décrocher. Et qui éprouve sans doute le besoin de se confier par écrit pour aller plus loin qu'une interview ponctuelle. 

Le malaise Jambon

Malaise : défaillance,   trouble de la santé,  passager la plupart du temps. Le mot malaise désigne aussi une sensation de gêne, un sentiment d'inconfort, la contraction de "mal à l'aise". Mal à l'aise nous le sommes quand Jan Jambon explique son malaise. Le ministre de l'intérieur, vice premier ministre du gouvernement Michel a donc fait retirer les drapeaux et les photos du roi de son cabinet ministériel. Voici donc un ministre de l'intérieur qui bannit les symboles d'un État où il est pourtant le premier garant de l'ordre et de la sécurité.  Et Jan Jambon de nous faire part de son malaise : "Je suis un vice premier ministre fédéral, alors que je ne veux pas l'être. Est ce que cela a de la valeur, je me pose la question tous les jours. "

Alors bien sur ces propos ont été tenus devant un cercle d'étudiants nationalistes, le ministre y a caressé son auditoire dans le sens du cheveu coupé très court. Sans le site d'information Apache, qui est une sorte de Mediapart flamand, nous n'en saurions rien. Mais Jan Jambon assume,  son porte parole, confirme que ces propos ont bien été tenus. Il ne nie pas non plus une autre partie de l'exposé qui concerne la révision de la constitution. Dans la version officielle, pas de communautaire, on n'en a pas parlé. Dans la version Jambon un accord secret consigné dans des cahiers,  et l'article 195, celui qui empêche de réviser la constitution trop vite, serait lui même révisé. Démenti immédiat du premier ministre, et on le comprend. Le cahier Atoma c'est de la bombe atomique.

En six semaines de gouvernement c'est déjà la deuxième fois que Jan Jambon sème le trouble. Il y avait la collaboration, il y a désormais la constitution. Ces petits malaises chatouillent ou gratouillent, la question est de savoir s'ils précèdent la fièvre nationaliste qui  est un virus mortel. Jan Jambon veut la fin de la Belgique,  retirer les drapeaux n'est qu'un préambule.

Ce matin dans la presse il y a pourtant une autre nouvelle, c'est celle de la future paternité de Charles Michel. Un jeune papa au 16 voici une information people , qui fait moderne, jeune, sympathique. En temps normal on aurait pu y consacrer une chronique. Face à notre malaise cela paraît anecdotique. Pire : s'y attarder passerait pour  une distraction.

Aujourd'hui, c'est pas de chance,  le gouvernement Michel tient sa première  conférence de presse (la première  en 6 semaine de gouvernement).  On espère que Charles Michel et Jan Jambon y assisteront tous les deux et surtout que la presse pourra y poser les questions de son choix. Ce serait le seul  moyen de dissiper le malaise. Dans le cas contraire il faut se rappeler qu'un malaise est synonyme de perte de connaissance. A 14 heures le gouvernement fera de nouveau face à l'opposition lors des questions d'actualité. Après les confidences de Jan Jambon l'ambiance sera électrique.  Le gouvernement Michel est au bord de l'évanouissement.

16 novembre 2014

Télé Bruxelles s'engage pour le dialogue

 Télé Bruxelles entame cette semaine une série spéciale consacrée au dialogue interculturel. Nous sortons de notre traditionnelle neutralité journalistique pour oser poser un pas de plus : nous avons l'habitude d'écouter les Bruxellois,  nous allons essayer de faire en sorte qu'ils s'écoutent entre eux.  L'opération  « Télé  Bruxelles s'engage pour le dialogue » a débuté par un débat entre quatre jeunes et quatre grands témoins. Elle se poursuivra à 18h55 ce lundi soir avec des capsules où l'on entendra des Bruxellois, connus ou pas,  expliquer ce que sont pour eux l'identité, le respect, les discriminations, la violence (ces emissions sont visibles en cliquant ici  : http://www.telebruxelles.be/emission/tele-bruxelles-sengage-dialogue/ ). Si le "vivre ensemble" nous occupe en permanence nous avons voulu donner pendant deux semaines une visibilité particulière à ces interrogations, faire de la "télé utile" c'est mettre la force de notre média au service d'un débat vital dans une grande ville comme Bruxelles. 
Cela peut paraître basique, évident. Cela ne l'est peut être pas tant que cela. Nous avons  peu l'habitude d'être  confrontés à la parole de l'autre alors qu'il exprime ses peurs ou ses difficultés...   Dans ces témoignages on verra que musulmans, chrétiens, juifs et athées ont tous des appréhensions, mais  le désir de tendre la main est réel. L'idée de l'opération nous est venue dans la foulée de l'attentat au musée juif. En moins de deux mois une synagogue a été incendiée, une église pillée, et on a tenté d'arracher le niqab d'une touriste près de la grand-place. Il faut y ajouter les discriminations au quotidien ( à l'embauche, pour le logement) , la violence verbale, la libération d'une parole raciste qui se cache de moins en moins et le déversoir de haine sur les forums internet. On peut se contenter de hausser les épaules en attendant que reviennent des jours meilleurs. On peut se poser en  victime et décréter  qu'il appartient à l'autre, et seulement à lui, de modifier langage et comportement. Nous avons choisi une autre voie. Celle du dialogue, parce que la confrontation verbale et le choc des idées est préférable à la confrontation physique et au choc des civilisations. Nous avons préféré les témoignages de terrain de bruxellois appartenant à des cultures, des milieux, des générations différentes aux grandes envolées lyriques d'un spécialiste. Dans ces capsules nous nous interrogerons sur la place des religions, le concept de laïcité, le rôle des médias. Nous n'apportons pas de solution et ne prenons pas partie. Mais en proposant plusieurs points de vue nous montrons que la ville est plurielle et le problème complexe. Si nous pouvons simplement en prendre conscience, loin des stéréotypes véhiculés par les différentes communautés, ce sera une première victoire. Si ces emissions peuvent déclencher des debats et des initiatives qui échappent a notre contrôle, tant mieux.  Quand les tensions résonnent en ville, c'est le moment de raisonner.   

07 novembre 2014

Le casseur et le manifestant


Casseur : celui qui se livre à des actions de violences en marge d’une manifestation. Ce mot n’a pas toujours eu cette signification. Un casseur à l’origine c’est celui qui casse, volontairement ou involontairement : un casseur d’assiette. C’est ensuite une profession : casseur de pierres, cela peut aussi désigner celui qui travaille à la casse et  vit du commerce des voitures accidentées  en pièces détachées,  et en argot le casseur désigne celui qui fait un casse, donc un cambriolage.

 

Le casseur urbain, celui qu’on voit dans les manifestations, renvoie à l’idée d’une violence volontaire,  qui peut prendre différentes formes. La violence contre les magasins, on casse des enseignes et des vitrines, on pille des boutiques.  L’autre cible traditionnelle du casseur est la police. Jet de pavé,  érection de barricade,  cocktail molotov :  le casseur cherche l’affrontement avec les policiers,  il use de technique de guérilla, harcèlement, mobilité, déplacement. Le casseur adore casser du matériel urbain,  il  s’en sert alors de projectile,  il n’apprécie pas les journalistes, et encore moi leurs appareils photo qui pourrait servir à l’identifier,  il agit en groupe, un casseur seul serait facilement repéré et appréhendé.

 

Le casseur est principalement masculin, il a le visage masqué, et il profite de grands rassemblements pour passer à l’action. Est-ce de la délinquance gratuite, pas tout à fait, souvent les casseurs, expliquent qu’ils sont en guerre avec l’Etat et le capitalisme, et que s’en prendre directement à leurs représentants est un acte politique,  le passage d’un combat théorique à un combat réel. Evidement tous les casseurs ne se ressemblent pas. Il y a des adolescents casse-cou, des groupes de voyous bien organisés,  des militants  anarchistes, bref une multitude de casseurs plus ou moins délinquants ou plus ou moins politiques.

 

Hier à Bruxelles on clairement pu voir que nos casseurs portaient l’uniforme des dockers. Dockers de Zeebruge et surtout dockers d’Anvers. On a pu voir le drapeau rouge et noir qui est le drapeau des anarchistes. Le site Résistances.be identifie ce matin, photo à l’appui, des membres de l’extrême droite néerlandaise infiltrés parmi les casseurs.

 

Les casseurs habituellement ne sont pas appréciés des manifestants. En provoquant des troubles le casseur attire l’attention de la presse et ternit le message revendicatif, il « casse » l’image de la manifestation. On a même vu, en France des casseurs s’en prendre aux manifestants eux-mêmes pour dérober des appareils photos, des téléphones ou des portefeuilles.  Plus il y a de casseurs, moins les médias relayent les revendications et plus la répression de la police sera justifiée.  Un peu comme qui le casseur de grève,  le casseur, est avant tout  un casseur de manif.

06 novembre 2014

Le comptage de la manif


Compter : déterminer un nombre. On le peut faire par un recensement, je compte les élèves un par un ou les pointant du doigt, ou par un calcul. 
Le comptage des manifestants est traditionnellement la grande question d’une journée d’action. Les syndiquent espèrent aujourd’hui 100 000 personnes dans les rues de Bruxelles. La police en attend 80 000.
 
 
Comment compte-t-on les manifestants ? La première méthode consiste a installer un point de comptage.  A un endroit donné du parcours une personne munie d’un compteur, un petit boitier  on appuie dessus avec le pouce, et on essaye de dénombrer le nombre de personnes qui passent devant. Ce n’est pas la méthode la plus fiable. La plupart du temps le comptage se fait plutôt par un calcul de la surface qu’occupent les manifestants. Ou commence le cortège ou s’arrête-t-il, quelle est la largeur des rues, ca vous donne une idée de la place occupée par la manifestation.  Là encore la contestation du comptage est possible : faut-il prendre en compte les gens sur les trottoirs ou seulement ceux  sur la chaussée et puis surtout quelle est la densité de la foule, en rang serré ou pas ?  Dans le comptage de la police, un manifestant par mètre carré, dans le comptage des syndicats on dénombre plutôt une personne et demi par mètre carré. Aujourd’hui le comptage s’effectue aussi par hélicoptère, quand on prend de la hauteur on a une meilleure vue d’ensemble.
Aujourd’hui dans la manifestation il y aura un double comptage : le nombre global de manifestants, mais aussi la proportion de francophones et de néerlandophones, montrer que la mobilisation n’est pas qu’une histoire de sudistes … Comment l’hélicoptère de la police fait-il le tri entre les flamands et les wallons, on n’a pas la réponse.
 
En attendant le comptage réel, nous sommes, avant le départ de la manifestation dans une phase d’extrapolation. Police et syndicats  se basent sur les informations  comme nombre de cars mobilisés, les calicots fabriqués, les billets de  trains vendus,  pour aujourd’hui il y a eu 60 000,  pour arrêter une première estimation, qui n’a donc rien à voir avec le comptage.
 
Pourquoi ce comptage est-il important ? Parce que les manifestants sont là pour se compter. Faire masse, prouver que les mécontents sont nombreux  pour que ça compte car compter, c’est être pris en considération, la manif  ne compte pas pour du beure. Les manifestants ont des revendications, ils comptent les faire entendre, compter c’est aussi avoir une intention et de la volonté. : je compte bien que vous m’écoutiez.  
 
Evidement le chiffre de 100 000 représente une barre symbolique. La manifestation contre l’austérité sous le gouvernement Di Rupo  en février l’an dernier avait réuni 80 000 personnes ; il faut donc faire mieux, pour des questions politiques évidentes. Les belges ne sont pourtant pas des grands manifestants. La plus grande manifestation de l’après-guerre est la marche blanche en octobre 1996, en pleine affaire Dutroux, 300 000 personnes (chiffre de la police, certains membres des comités blancs avancent le chiffre de 500 000). Ce soir les syndicats auront probablement compté plus de 100 000  personnes. Stratégie de communication : quand on annonce un objectif c’est pour l’atteindre ou le dépasser, sinon mieux vaut s’abstenir. Le chiffre de la police tombera vers la mi-journée. La question c’est de savoir si le policier chargé de comptage, après avoir compté les manifestants,  compte aussi ses heures.

23 octobre 2014

Quand c'est Magritte qu'on assassine, c'est la Belgique qui meurt


La culture c'est l'ensemble des connaissances acquises : avoir une grande culture scientifique ou littéraire , par exemple . Par extension la culture est ce qui relève des arts et du savoir. La politique culturelle : manière dont on gère les théâtres, les musées, les cinema, les bibliothèques , comment on partage la culture.

Ce matin  dans le journal Le Soir on apprend comment le gouvernement fédéral va faire des économies en culture. Certes l'essentiel de la culture relève des communautés mais  le  fédéral gère encore en direct quelques joyaux culturels : l'opéra de la monnaie, le palais des beaux-arts rebaptisé Bozar, le musée Magritte, les musées du cinquantenaire. Toutes ces instituons ont en commun d'être bilingues et située à Bruxelles.  Elles participent  à notre rayonnement culturel, car la culture c'est aussi une question de fierté nationale , de prestige, et même d'activité économique. Oui la culture est créatrice d'emplois. Pour Bruxelles la culture est un secteur particulièrement sensible, intiment lié à l'activité touristique. Je vous renvoie à mon billet du 14 octobre où j'expliquais que cela pourrait être une cible de la NVA. Il y a des jours où l'on regrette de ne pas se tromper, ce qui est annoncé aujourd'hui est même pire que ce que j'imaginais. 

En culture donc, le gouvernement Michel ne fait pas dans la dentelle :  d'après le Soir,   il impose une diminution de 20 % pour les frais de fonctionnement ( imaginez : un cinquième du budget) mais aussi des réductions sur le  personnel, la suppression de la coupole administrative commune à toutes ces institutions qui permet pourtant des économies d'échelle  et 30% en moins sur les  investissements. La culture d'accord, à condition qu'elle soit rentable. Vous pouvez remonter dans le temps, Molière sous Louis XIV, Mozart, avec Joseph II à Vienne,  Brueghel, peintre flamand, protégé par le gouverneur des pays bas, les bâtisseurs de cathédrales, les architectes de pyramides : la culture doit beaucoup aux  pouvoirs publics. 

Vous allez me dire la culture, c'est pas grave, on en meurt pas. Pourtant si les philosophes distinguent la culture de la nature c'est parce que la culture sépare  l'homme des animaux. Notre première culture est l'agriculture. S'attaquer à la culture c'est s'attaquer à ce qui nous élève. 

Pire , pour  les sociologues ou les ethnologues, la culture est ce qui est commun à un groupe d'individus. Le mode de vie, les valeurs, les religions, la manière s'organiser notre société, c'est de la culture. Quand on parle de bière et de baraque de frite, du sporting ou du standard, d'´avoir une brique dans le ventre ou d'aller à la mer, de Stromae ou de René Magritte on parle de la culture Belge. Notre culture nous ressemble et nous rassemble, viser la  culture d'une nation c'est la priver de sa empire et lui retirer sa carte d'identité. 

Alors c'est vrai toutes les cultures finissent par disparaître. Pour la culture de la maison Belgique, la NVA, sans surprise,  voulait accélérer la démolition. Le gouvernement Michel vient de retirer la première pierre. 



14 octobre 2014

Jan Jambon et la collaboration

Il y a des sujets plus graves que d'autres à aborder. Quand on parle de seconde guerre mondiale, de génocide, de racisme, un journaliste, comme un homme politique, sait qu'il doit s´ avancer avec prudence.

Cette prudence Jan Jambon, notre nouveau ministre de l'intérieur, semble ne pas l'avoir complètement intégrée. " Les gens qui ont collaboré avaient leurs raisons". La  petite phrase , dans une interview à la Libre Belgique a provoqué un tollé. Les dégâts sont internationaux : une  dépêche de l'agence France presse a relayé ces propos dans le monde entier. 

Collaboration peut avoir 3 sens. Un sens usuel, le fait de travailler ensemble, je collabore à vivacité. Un sens juridique :  travailler pour un occupant, et un sens historique, qui désigne la coopération  avec l'Etat nazi.   
Dans le cas qui nous occupe c'est bien la période précise de 40-44 qui est visée. 

La collaboration en Belgique ce sont des autorités et des individus qui coopérèrent avec le régime du IIIeme Reich. La politique du moindre mal pour certain, une adhésion franche aux idées d'Hitler pour d'autres. La collaboration c'est la persécution et la déportation des juifs, 26 000 au total. Ils seront moins de 1000, moins de 1000, à revenir des camps. La collaboration c'est  le départ de jeunes gens sur le front de l'est . Deux divisions SS la division Wallonie pour les francophones, la division Langemark pour les flamands.   

En indiquant que les gens "avaient leurs raisons" Jan Jambon partage et propage une vision  qui imprègne le nationalisme flamand : en gros, on a collaboré avec les nazis parce qu'on voulait l'indépendance de la Flandre. La politique d'épuration imposée ensuite était une revanche des francophones.

 Cette question de la collaboration divise la Belgique depuis longtemps. Elle repose largement sur des fantasmes. Dans les faits  il y eut autant de collabos chez les francophones que chez les flamands. Ceux qui ont collaboré l'ont bien fait parce qu'il partageait une idéologie fasciste, l'autonomie de la Flandre n'était  par leur seul moteur. 

Les  propos de Jan Jambon sont-ils des propos révisionnistes ? Peut être pas. Mais ils sont ambigus. Cette ambiguïté revient  à relativiser, à banaliser la collaboration. Dans une période où la haine de l'autre est a tout les coins de rue regretter la polémique et non pas les propos qu'on vous reproche d'avoir prononcés  c'est faire pire encore. Un ministre de l'intérieur est le garant d'une  force publique au service de l'état de droit. Jan Jambon est  ce ministre.  L'idée, même confuse,  que la force publique puisse,  à nouveau, être  aussi mal employée nous est insupportable.