29 mars 2015

Quand le CDH drague les déçus du MR , ou la revanche du pôle des libertés

Ce n'est pas encore l'appel solennel, franc et massif. Juste une petite musique qui s'installe peu à peu. Et si les déçus du mouvement réformateur se tournaient vers le CDH pour sanctionner les dérapages à répétition de la NVA, l'allié tout puissant auquel les réformateurs ont fait allégeance ? Ce samedi l'idée émerge de deux interviews que le CDH accorde à la presse écrite. Explicitement  dans le Soir avec Catherine Fonck  : " quand je vois les couleuvres qu’ils doivent avaler semaine après semaine"  glisse-t-elle avant d'ajouter que son parti a "la main ouverte". La cheffe de groupe donné même un nom au malaise des libéraux : celui de Renaud Duquesne, le fils d'Antoine, ancien ministre de l'intérieur qui confesse avoir mal à son libéralisme social.  L'appel du pied est plus allusif dans la Libre Belgique avec Benoit Lutgen : " j'ai annoncé que des personnes nous rejoindraient, il y a des personnalités politiques qui nous ont approchés mais je veux qu'elles nous rejoignent par conviction pas par opportunisme, j'ai connu ça dans l'autre sens, je reste donc prudent.."

On serait à la place des dirigeants du parti humaniste on agirait sans doute plus frontalement. La séquence de cette semaine illustre parfaitement l'ambiguïté du mouvement réformateur. Voici un parti démocratique qui se retrouve contraint de cousiner avec une NVA qui n'a pas la même histoire et pas la même rigueur morale. Pour Charles Michel l'équilibre à trouver est inconfortable : assumer la charge d'homme d'Etat et rester en phase avec ses valeurs (et on ne parle même pas de l'héritage paternel avec le fameux libéralisme social) d'un côté, maintenir la cohésion gouvernementale et permettre à chaque partenaire, NVA inclus, de s'exprimer de l'autre.  Les propos de Bart De Wever sont une entorse a l'antiracisme, tout le monde en convient. Le partage des rôles entre Olivier Chastel (président de parti) qui condamne et Charles Michel (premier ministre) qui avalise n'est pas des plus lisibles. Rappelons-nous qu'en pleine campagne électorale Charles Michel lui-même indiqué que  la NVA avait des "relents racistes" (c'était le 21 mai 2014 chez Bertrand Henne). Une fois installé au 16 avec le soutien de cet allié le premier ministre n'a plus la langue aussi libre, c'est une évidence. 

Il n'y a pas que le racisme et le populisme de la NVA. Il y a aussi le programme politique de la coalition. J'avais  déjà écrit dans un article précédent que le MR etait en voie de "droitisation". J'entends par ce mot une expression publique et une doctrine qui s'affirment plus franchement libérales que par le passé. Mettez les deux éléments ensemble : un estompement des valeurs morales et une plus grande radicalité des idées. Le Mouvement Réformateur sortira du gouvernement avec une image moins centriste que celle qu'il développait avant d'y entrer. 

Pour une partie de l'électorat réformateur ce compagnonnage embrassant et ce glissement idéologique peuvent devenir difficiles. Dans cette situation le CDH comme le FDF pourraient attirer un électorat de droite, mais pas trop. Un électorat à qui l'idée de faire la courte échelle aux nationalistes flamands donne des boutons. Un électorat qui se reconnait davantage dans le centrisme d'un Francois Bayrou ou le gaullisme d'un Alain Juppé que dans l'activisme de Nicolas Sarkozy. On peut pronostiquer ainsi la prochaine séquence : le MR renverra le CDH  et le FDF vers leur gauche, rappelant leur alliance avec le PS pour écarter le danger. Le CDH et le FDF cultiveront leurs caractères centristes pour s'élargir vers la droite et mettront en avant leur refus des compromissions (sur le racisme ou l'avenir du pays) pour attirer les brebis déboussolées. Et quand la FGTB, la CSC ou le PS tacleront le MR ce ne sera pas la gauche mais le centre qui en profiteront. 

L'allusion au passé de Benoit Lutgen est particulièrement révélatrice. Au CDH on a en mémoire les années 2003-2004. Quand Gerard Deprez puis Richard Fournaux avaient quitté le parti pour rejoindre le MR. A l'époque c'est Antoine Duquesne (le père de Renaud) qui avait lancé un appel à constituer un "pole des libertés" pour "créer une alternative au socialisme". La manœuvre n'avait eu qu'un succès  relatif : les libéraux avaient payé le prix fort en étant éjectés des majorités régionales par un PS qui s'était senti trahi un an plus tard.  Aujourd'hui l'idée  de lancer un "pôle  des convictions" pour "créer une alternative à la NVA et aux compromissions" apparaît comme une stratégie crédible. Le CDH salive a l'idée de prendre sa revanche. Même si les pôles, union ou tentatives de refondation du paysage politique sont rarement des réussites. 

15 mars 2015

Religion et citoyenneté : nous avons besoin de laïcité (à la française)

"Je suis moins radical que ma collègue du parti socialiste". C'est par cette petite phrase étonnante que Youssef Handichi,  député bruxellois du PTB, a pris ses distance avec Karine Lalieux samedi sur le plateau de l'émission "Les Experts" sur Télé Bruxelles. Un élu PTB qui se revendique moins radical que sa concurrente PS, diantre ! Nous parlions alors de cours de citoyenneté,  Karine Lalieux venait de se prononcer pour la suppression pure et simple des cours de religion. "Je veux la liberté pour les élèves, qu'ils puissent ou non aller au cours de religion, mais pas supprimer ces cours" a alors développé l'élu d'extrême-gauche. Visiblement le marxisme mode PTB s'accommode fort bien de l'opium du peuple.  

Il ne faut pas accorder une importance démesurée a cette déclaration de Youssef Handichi. D'abord le député régional participait pour la première fois à une émission de télévision, il a pu s'écarter de la ligne officielle par manque de préparation (la question du cours de citoyenneté n'est pas une matière bruxelloise  mais communautaire) combiné à une bonne dose de stress (votre premier plateau télé ce n'est pas rien). Et si en prime le PTB peut désormais s'ouvrir à des prises de paroles plus personnelles de ses élus, c'est le signe d'une évolution plus démocratique du parti.  

Je rapporte ce propos parce qu'il est toutefois emblématique d'un malaise qui traverse tous les partis : la difficulté pour les élus proches de la communauté musulmane (au sens des familles croyantes, mais aussi non-croyantes mais marquées par la culture musulmane) à condamner la religion. A l'évidence si Youssef Handichi ne veut pas la suppression des cours de religion c'est parce qu'il sait trop bien que dans son entourage on accorde de l'importance à l'enseignement religieux. On n'affronte pas les croyants impunément, parce que l'on sait que les consignes de votes négatives sont souvent suivies et  peuvent coûter cher. Mais aussi parce que l'on ne voit pas la nécessité de brusquer une communauté déjà stigmatisée et dont on est l'un des représentants. 

Prendre ses distances avec une religion ou une culture dont on est issu n'est jamais facile pour un élu. C'est prendre le risque de se brouiller avec ses électeurs mais aussi avec ses proches. Je connais beaucoup d'élus musulmans qui boivent du vin à table. Mais qui ne veulent surtout pas que cela se sache. "Ma mère le prendrait très mal" m'expliquent-ils souvent. Derrière la figure maternelle ou paternelle se cache la craindre d'être perçu comme "non-représentatif" et de tomber en disgrâce électorale. 

Ce dimanche un peu plus de 3 000 personnes ont participé au rassemblement "Together in Peace". C'est peu. Portée par les grands courants religieux et philosophiques, la manifestation de voulait une démonstration de tolérance entre chrétiens de toutes obédiences, musulmans, juifs et libre penseurs. Elle n'aura pas mobilisé énormément de monde. 

Trois jours plus tôt la cour constitutionnelle avait rendu un arrêt qui rend facultatif les cours de religion ou de morale dans le réseau officiel. La décision de la cour ébranle les fondamentaux (voir mon billet précédent) et incite le monde politique à agir vite. Il y a une fenêtre d'opportunité qui semblait impensable il y a quelques années : l'enseignement de la religion au sein des écoles publiques pourrait rapidement appartenir au passé. Une anomalie du pacte scolaire est donc en passe d'être  corrigée dans une relative indifférence, 56 ans plus tard après le vote de la loi au parlement fédéral. 

Si je  mets la déclaration de  Youssef Hendichi, la marche pour la paix et l'arrêt de la cour en parallèle c'est parce que ces trois information nous renvoient au débat sur la laïcité. Il y a entre belges et français une incompréhension majeure pour ce concept. La laïcité à la belge est un acte militant qui ressemble à la libre-pensée en France. Elle implique une forme d'hostilité pour ceux qui croient. La laïcité à la française a une tout autre définition : c'est le fait de réserver ses croyances et ses convictions à la sphère privée. On peut être un chrétien convaincu et militer pour plus de laïcité.  Si nous appliquions la laïcité à la française, personne ne devrait dire s'il est croyant ou pas, aucun élève n'aurait plus à se positionner entre cours de morale et cours de religion, la famille royale et les ministres éviteraient les déplacements à haute valeur symbolique à la côte du Vatican, et Youssef Handichi n'aurait plus à se positionner sur les cours de religion. 

Au risque de paraître donneur de leçons : la Belgique de 2015 a besoin de laïcité à la française. Pour que chacun prenne l'habitude de discuter des affaires religieuses ou philosophiques chez soi, au café,  avec des amis. Mais plus dans l'espace public en considérant que tout le monde doit le savoir. Et encore moins avec l'idée que je dois convaincre d'autres brebis égarées de suivre le bon chemin. La laïcité est un rempart contre l'obscurantisme. Une forme de discrétion qui facilite la politesse. C'est cette laïcité qui nous permettra d'éviter la surenchère, de lutter contre le déterminisme,  de monter des projets communs, de transcender les clivages. C'est cette laïcité qui nous permet de vivre nos convictions sans blesser les autres. Il y a dans la "laïcité à la française" une forme de pudeur et de retenue qui facilite le vivre ensemble. Je suis un citoyen avant d'être un croyant ou un militant. Je ne suis pas le porte-drapeau de la communauté à laquelle "on m'a confié".  Entendons-nous bien : ce concept de laïcité c'est bien le renvoi hors du débat public des convictions religieuses ou athées. Ce n'est pas la traque aux différences comme essaye de le faire croire l'extrême-droite française qui livre de la laïcité une interprétation militante et teintée d'islamophobie. 

Longtemps la société belge fut organisé sous forme de piliers : on entrait dans des associations de jeunesses libérales, catholiques ou socialistes, on adhérait au syndicat puis à la mutuelle du même pilier, etc. Cette organisation de nos vies sociales et citoyennes ne correspond plus au monde d'aujourd'hui. De plus en plus d'électeurs assument un comportement consumériste et passent d'un parti à l'autre en fonction du scrutin, les convictions  sont devenues moins fortes. Surtout nos trois pilliers ne laissaient guère de place aux citoyens belges musulmans qui ne se reconnaissaient dans aucun d'entre eux. L'affaiblissement des piliers facilitera le passage à une laïcité moderne et respectueuse des convictions de chacun. Mon medecin n'a pas à connaître mon orientation politique parce que je sors ma carte de mutuelle. 

Ramener les convictions de chacun à une place spécifique, hors du débat public,  c'est les ramener à leur juste place.  Nous n'avons pas à nous déterminer dans chaque débat  en tant que chrétien, musulman, juif ou athée. Être de droite, de gauche, conservateur ou révolutionnaire, humaniste ou dirigiste , cela devrait suffire largement à alimenter le débat. Laissons nos convictions philosophiques à la porte d'entrée. Lorsqu'on enlève ses œillères, le débat avec l'autre devient une évidence. 

13 mars 2015

Les cours de religion (ou de morale) facultatifs : révolution en vue dans l'enseignement officiel

Facultatif : qu'on a la liberté de faire ou pas. Ce qui est facultatif c'est ce qui n'est pas obligatoire. Le facultatif est possible, mais on a la faculté d'activer ou pas cette possibilité. 

Hier la cour constitutionnelle a reconnu le caractère facultatif du cours de religion. L'arrêt se base sur la convention européenne des droits de l'homme.  Pour celles-ci les jeunes européens ont droit à un enseignement neutre. Devoir choisir entre religion et morale ce n'est pas neutre. La cour s'inspire ici du concept de laïcité à la française. Mes convictions philosophiques relèvent de la vie privée, les rendre publiques doit rester facultatif. Les juges donnent donc raison aux plaignants Er à tous ceux qui les soutiennent. 

L'arrêt d'hier ne s'applique qu'aux écoles officielles, le libre n'est pas concerné. Le droit est désormais très  précis. Notre législation oblige communautés et écoles à organiser des cours de religion ou de morale ( conséquence du pacte de scolaire de 1959). L'arrêt interdit qu'on impose aux élèves de l'officiel de les fréquenter. C'est donc bien facultatif. 

L'histoire du mot facultatif est intéressante. Facultatif est l'adjectif tiré de faculté. Quand le mot apparaît, à la fin du 17ieme siècle, cela signifie quelque chose qui vous donne un pouvoir . Un diplôme  facultatif : un diplôme qui vous donne le droit d'exercer une profession. Facultatif est  alors lié à l'idée d'autorité. 100 ans plus tard le sens a changé. On est passé de la notion de droit à la notion de non-obligatoire. J'avais donc le droit de suivre un cours. J'ai désormais aussi le droit de ne pas le suivre. 

Ce matin les autorités de la fédération Wallonie-Bruxelles sont  face un à un sérieux problème d'organisation . Elles doivent se  préparer à accueillir des élèves qui ne voudrait plus  suivre un cours devenu facultatif. On voit bien le raz de marée. Des centaines d'étudiants  en salle d'étude et les enseignants de l'officiel contraints de faire du gardiennage. Depuis des mois hommes et femmes politiques discutent d'un cours de citoyenneté, d'histoire des religions ou de philosophie qui remplacerait, au moins pour moitié, le cours de religion.  Il est maintenant urgent d'organiser ce cours, de former les professeurs et de couler le tout dans un décret. La ministre de l'éducation pensait avoir du temps, elle n'en a plus. Réussir cette réforme n'est pas facultatif. C'est obligatoire. 

04 mars 2015

Pourquoi le gouvernement Michel tente de se recentrer

Corriger une image droitière, parer les coups venant de la gauche, désamorcer la grogne syndicale : voici ce à quoi le gouvernement de Charles Michel doit desormais faire face. Ces dernières semaines on assite à une vaste opération de recentrage. Cela ne va pas sans tiraillements. Le contrôle budgetaire dont on approche à grand pas devrait encore en être l'illustration. 

Résumons les derniers jours : trois tentatives de recentrage sont en cours.  Fin des allocations de chômages pour ceux qui aident une personne malade : recentrage acquis, la mesure sera revue. Obligation de chercher du travail pour les prépensionnés : patrons et syndicats sont d'accord pour adoucir la mesure, le gouvernement tranchera vendredi,  recentrage demandé. Indexation des loyers sans indexation des salaires,   mesure  jugée injuste par plusieurs partis, recentrage souhaité. Si le gouvernement recadre ainsi sa politique c'est parce qu'il se rend compte qu'elle passe mal, mais aussi parce que l'un de ses membres, le CD&V, réclame ces corrections sociales.  Le problème pour l'équipe de Charles  Michel c'est que toutes ces mesures apparaissent comme des "marqueurs"  de droite. La NVA de Bart de Wever y tient beaucoup.  Pour elle, se  recentrer c'est prendre le risque de devenir un parti comme les autres. Recentrer c'est reconnaître implicitement qu'on a été trop loin, et ,accessoirement, qu'on a mal négocié. La manœuvre s'annonce délicate.  On a trop souvent expliqué  qu'enfin débarrassée du parti socialiste la Belgique allait être enfin réformée et modernisée. Se recentrer est donc un aveu d'échec. Les politiques de droite pure et dure ne porteraient pas leur fruit ou seraient tout simplement inapplicables en Belgique.

Le recentrage, les sociaux chrétiens du  CD&V militent pour, la NVA est farouchement contre tandis que  les libéraux flamands de l'open VLD freinent. Le mouvement réformateur du premier ministre est en position d'arbitre. Dans les années 90 le MR se réclamait du libéralisme social. L'appellation permettait de corriger une image trop droitière et de tendre la main à l'électorat socialiste. Le recentrage en cours, qui rime avec virage,  est un peu un retour à la case départ.        

20 février 2015

L'offensive socialiste et le malaise du CD&V

Offensive : attaque militaire contre l'ennemi. Précisons qu'offensive désigne une attaque de grande ampleur. On ne fait pas dans le tireur isolé mais plutôt dans l'action stratégique.  Le terme est à l'origine militaire mais on peut l'employer dans toute une série de domaine. Une offensive diplomatique (ambassadeurs et ministres multiplient les contacts), une offensive de charme (on cherche à séduire) , (une offensive hivernale la météo nous surprend).

Ce matin le parti socialiste repart à l'offensive.. Cette offensive  est  médiatique, avec prises de parole et interviews. En l'occurrence on parlera d'une double offensive :  Laurette Onkelinx accorde une interview au journal le Soir, alors  qu'Elio Di Rupo s'exprime dans la libre Belgique.  L'offensive est politique. Le PS annonce donc sa fidélité au socialisme et son intention de renouer avec les grands débats ,  le chantier des idées annonce Elio Di Rupo,  qui  sera lancée le mois prochain. En clair le PS veut réfléchir à son programme. Les critiques qui viennent du syndicat socialiste ou ce qui se passe en Grèce avec l'essor de la gauche radicale l'ont touché, face au bouleversement du monde, parole aux militants. 

Comme dans toute offensive on tente de blesser l'ennemi. Pour Laurette Onkelinx : un gouvernement qui a peur de son ombre et refuse tous les débats. Pour Elio Di Rupo : un  gouvernement fédéral qui mène une politique de papa : allusion à la fois à Louis Michel et à un gouvernement qui regarderait vers le passé. A bien y regarder cette double offensive est aussi défensive. Laurette Onkelinx y revient sur le style qu'elle imprime au parlement : une colère ça  s'exprime sincèrement explique-t-elle, quand deux ministres tiennent certains propos sur la collaboration il y a de quoi être en colère, avant d'ajouter que le mot d'hystérie ne la touche pas. 

 De son côté Elio Di Rupo balaye d'un revers de main l'idée qu'il serait trop âgé pour conduire le PS   : je mets mon expérience et ma fougue au service de la gauche en général et du PS en particulier. Les deux leaders socialistes, sur la défensive, déminent donc les critiques internes et laissent penser l'offensive redoutée viendrait de l'intérieur du parti. 

Cette double offensive inquiète-t-elle le premier ministre ? Probablement pas. Que l'opposition s'oppose c'est son boulot.  Charles Michel est donc sans doute davantage préoccupé par les états d'âme du CD&V. Le parti chrétien-démocrate flamand, membre de la majorité, demande qu'on corrige la politique gouvernementale.  Plus de justice fiscale et moins de sécuritaire. Dernier épisode en date, l'indexation des loyers, une véritable injustice pour les locataires qui sont souvent des salariés : le salaire sera bloqué, le loyer risque d'augmenter. 

Vous connaissez l'adage : en politique il faut se méfier de ses amis, pas de ses ennemis.  Charles Michel doit donc d'abord assurer la cohésion de son gouvernement : sans le CD&V il n'y a pas de majorité, et il lui faut une grande souplesse pour tenir le grand écart entre la NVA et le CD&V. Ensuite il devra  réfléchir à une contre offensive. C'est une question de positionnement et un enjeu d'image tout sauf  anecdotique : se présenter comme un gouvernement de centre droite quand les critiques viennent de l'intérieur risque de devenir compliqué. Le débat va devenir sensible d'ici quelques semaines  lorsque nous aborderons le contrôle budgétaire. Le CD&V n'est pas la gauche, ni même le centre gauche. C'est un parti du centre. Il est  aujourd'hui clairement à l'offensive. 

17 février 2015

La tentation de l'exil

Exil : situation de celui qui est obligé de quitter sa patrie. Le mot exil désigne à la fois le fait de partir mais aussi le lieu dans lequel on réside. Être en exil c'est vivre à l'étranger avec la nostalgie du pays d'origine. 

Si je vous parle d'exil ce matin c'est a cause d'une vidéo que vous avez peut être vue ou que vous verrez peut être. Tele Bruxelles y a consacré une séquence dans son journal de lundi soir, et on en parle abondamment en radio ce matin.  On y voit des citoyens belges tenir une pancarte, lettre blanche sur fond noir : je suis belge et je suis juif , dois-je partir. A voix haute, chaque intervenant explique l'histoire de sa famille :  on est arrivés en Belgique dans les années 30, on aime ce pays mais on ne s'y sent plus très bien,  faut-il partir ? Cette petite séquence est  dérangeante parce qu'elle évoque l'idée d'exil. Un exil à la différence d'une émigration est quelque chose de douloureux et de subi. On ne s'exile pas volontairement mais pour des raisons de sécurité. Chez les romains l'exil était une peine, on était banni de la république. La pratique a traversé les âges :  Bruxelles accueillit  de grands exilés en délicatesse avec leur pays d'origine comme Victor Hugo ou Karl Marx. 

Cette vidéo nous secoue parce qu'elle met un visage sur  l'antisémitisme et porte la parole de ses victimes. Bien sur il y a une part de récupération. On a repris la typographie de "je suis Charlie", parmi les anonymes se trouvent une élue du mouvement réformateur, l'intention de faire un coup politique et de frapper l'opinion est évidente. Bien sûr encore ce collectif n'est  pas représentatif, la grande majorité des juifs de Belgique n'a pas l'intention de partir, et même ceux qui figurent dans la vidéo emploient la formule avec un point d'interrogation. Cette vidéo n'annonce pas un nouvel  exode, qui signifie un départ en grand nombre, mais elle met l'accent sur un mal être et dénonce le retour d'un antisémitisme au quotidien. Il faut la voir comme un message d'alerte. Au même moment le premier ministre  israélien invite les juifs d'Europe à rejoindre Israel. Pour lui ne s'agit pas d'un exil mais d'un accomplissement. Les israéliens utilisent le terme "d'Alyah. "

L'exil ou  ou l'exode des juifs, cela  nous renvoie aux heures les plus terribles de notre histoire. Celles ou les juifs  était persécutés, éliminés pour ce qu'ils étaient. Non les juifs de  France , du Danemark ou de Belgique ne doivent pas choisir l'exil.  L'antisémitisme comme le racisme anti-musulman,  ne sont pas tolérables chez nous. Le projet européen c'est celui de la coexistence qu'on soit juif, chrétien, athée ou musulman.  Rejeter l'autre et le contraindre à l'exil  c'est donner raison aux terroristes. 

16 février 2015

Attaques et contre-attaque

Attaque : action d'attaquer, démarche violente et agressive. Le mot est au pluriel : les danois de Copenhague ont subi une double attaque. On attaque quelque chose ou quelqu'un. En l'occurrence un débat sur l'art, le blasphème et la liberté puis une synagogue où se tenait une bar-mitsva, cette cérémonie qui célèbre la "majorité religieuse" des   jeunes garçons juifs lorsqu'ils atteignent l'âge de 13 ans. 

Ces attaques danoises résonnent comme une réplique à celles de Paris. On vise les mêmes cibles :  des dessinateurs parce qu'ils usent de la liberté de dessiner un Dieu qui n'est pas le leur. Des lieux fréquentés par les juifs, parce qu'on prétend venger des palestiniens qui se trouvent à 3000 kilomètres et qui n'ont  rien demandé. On procède de la même manière, à l'arme automatique. On sait qu'on a très peu de chance de s'en sortir, et d'ailleurs on ne s'en sort pas. 

Ces deux attaques ne sont pas la preuve d'un un vaste plan stratégique, pensé, organisé et centralisé. Les attaquants se sacrifient, pas de retrait  possible, pas d'exfiltration , peu de logistique, pas de soutien apparent. Moins qu'un plan, plutôt une reproduction, une copie. Les nouveaux terroristes agissent par mimétisme. On fait comme à Paris. Ou comme à Bruxelles, car il est difficile de ne pas relier l'attaque contre le musée juif aux attaques suivantes. L'absence de coordination entre les auteurs n'interdit pas de les considérer comme une série. Ce ne sont pas de vraies guerres, même pas de vrais attentats à l'explosif comme dans les années 70 ou 80. Il y a moins de victimes, mais il y en a quand même, et c'est une injustice parce que ces hommes et ces femmes n'ont rien fait d'autre que de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. La mise en ligne d'une vidéo citant Bruxelles et Paris confirme la menace et tente d'inciter d'autres brebis égarées à passer à l'action. L'auteur de ce blog aimerait d'ailleurs que les journalistes réfléchissent à deux fois avant de décider ou non de la diffuser. 

L'Europe doit donc vivre avec ces attaques. S'y préparer, les redouter, les prévenir. 

Comme au football, face à l'attaque il faut organiser sa défense. Comme au football  on aurait tort de croire qu'aligner des hommes empêchera l'attaquant de percer nos lignes. Avant de chausser les chaussures à crampon une analyse lucide ne fait pas de tort. Ces attaques ne sont pas celles du monde musulman contre les juifs, les chrétiens ou les athées. Ces attaques sont celles des obscurantistes contre la lumière. L'attaque des violents contre les tolérants. L'attaque de la bêtise, de la frustration, de la vengeance. Pour riposter il faut viser juste. Se préoccuper d'abord de ce califat qui ronge le moyen orient. Attaquer Daesh, couper son financement, protéger ses victimes, qui sont d'abord des victimes musulmanes. Régler la coexistence entre israéliens et palestiniens, car chaque injustice commise au nom de l'Occident est un argument de propagande contre l'Occident. Former des imams au lieu d'importer des individus en décalage avec le monde dans lequel il prêche. Considérer nos compatriotes musulmans au lieu de les rejeter. Mais aussi s'interroger  sur ces armes qu'on trouve si facilement dans nos grandes villes. Et, même sur l'éducation qui reste le meilleur rempart contre la bêtise. Face aux attaques il ne faut pas  foncer tête baissée sur le chiffon rouge qu'on agite devant vous.  Les tacticiens du football le confirmeront : les meilleures  contre-attaques sont celles où l'on relève la tête. 

01 février 2015

Trois leçons à tirer de l'affaire Vervoort

Nous venons de traverser une semaine qui marque probablement un tournant dans l'histoire du gouvernement Michel. Une semaine qui aura vu deux camps se radicaliser : d'un côté la majorité gouvernementale avec la NVA dans le rôle du parti moteur, et un MR qui semble enclin à lui emboîter le pas avec de moins en moins de réserves, de l'autre un PS qui se cherche et n'arrive plus à trouver le ton juste. Entre les deux un CD&V qui met en musique ses difficultés et ses états d'âme comme une manière de se démarquer et d'exister,  et le reste de l'opposition francophone qui peine à se rendre audible. Beaucoup de choses ont été écrites, mais il me semble qu'on peut aller un peu plus loin. Ce n'est pas parce qu'on est ému ou choqué qu'on doit se contenter d'une analyse à courte vue.
 
Reprenons la séquence. Tout part d'une interview de Rudi Vervoort à Martin Buxant pour l'Echo.
"La déchéance de nationalité cela a toujours  arme utilisée par les régimes extrêmes. Quand on voit Auschwitz, quand on voit que dans l'Allemagne hitlérienne, les premières lois qui ont été votées, ce sont les déchéances de nationalité pour les Juifs. Le contexte est différent, mais regardez, on reprend quand même ces vieilles recettes aujourd'hui."
Ou encore : "La déchéance de nationalité, c'est une recette qui a été utilisée par les Allemands pour considérer que les Juifs n'étaient pas des citoyens à part entière. Le régime de Vichy a fait la même chose: les lois d'exception de Vichy, c'était aussi la déchéance de nationalité des Juifs français à qui on retirait tous leurs biens. La déchéance de nationalité, ça a une histoire". 

Quand on développe deux fois la même idée cela ne relève pas de la distraction. Les propos sont plus que maladroits : ils sont choquants, parce qu'ils mettent sur un même pied des hommes et des femmes déchus de leur nationalité pour ce qu'ils étaient (les juifs des années 30) avec des hommes qui risquent de l'être pour ce qu'ils auront fait (les jihadistes reconnus coupables de crime). Derrière la charge excessive se cache une faute morale évidente. C'est aussi une erreur politique majeure, on y reviendra. Elle est surprenante car personne ne soupçonne Vervoort de racisme (ce qui le différencie d'un Franken par exemple).  C'est enfin une boulette de communication digne d'un débutant. Le moindre député sait qu'on ne compare pas la politique d'aujourd'hui avec le nazisme sous peine de s'exposer à une volée de bois vert (le fameux point Godwin), un ministre-président doit donc l'avoir intégré depuis longtemps. Surtout, se retrouvant face à Martin Buxant, journaliste expérimenté et dont le sens de l'accroche n'est plus à démontrer, le ministre-bruxellois aurait dû préparer son interview. Calibrer ses phrases, tester des formules, définir son discours. A lire l'article c'est tout l'inverse.

Si la référence au nazisme n'avait pas attiré le regards et les commentaires, nous aurions aussi pu débattre du reste de l'interview. Quand Rudi Vervoort énonce que la fédération Wallonie-Bruxelles est une "phase transitoire" vers l'autonomie des régions, cela n'a sûrement pas le caractère scandaleux d'une comparaison avec le nazisme, cela n'en reste pas moins une déclaration forte et novatrice, en rupture totale avec l'affirmation de la communauté comme lien intangible des francophones (discours  qui constituait le dogme absolu du tandem Di Rupo-Milquet sous la précédente législature). Petit à petit Vervoort tient des propos de plus en plus ouvertement régionalistes. Petit à petit il s'émancipe de la doctrine du boulevard de l'Empereur. C'est la première leçon, même si la boulette de communication va temporairement l'affaiblir : le ministre-président a la velléité de s'affirmer et d'incarner un discours pro-bruxellois. La dynamique qu'il réussira ou pas à créer avec des régionalistes wallons comme Jean-Claude Marcourt sera intéressante à observer. 

La deuxième leçon à retenir c'est le Mouvement Réformateur qui l'offre, avec une réaction virulente qui relance l'antagonisme bleu/rouge. C'est Didier Reynders qui, une fois encore, donne le ton, en évoquant des propos "indignes" dés le matin chez Bertrand Henne à la RTBF. La polémique est lancée. Le mot sera repris par tous les élus et militants MR. La déferlante est énorme, de la page Facebook des militants jusqu'à une déclaration du premier ministre Charles Michel. Là aussi tout le monde ne calibre pas sa communication avec le même professionnalisme. Lorsque Richard Miller rétorque dans le Soir que "dans national-socialisme il y a socialisme" il est exactement dans le même registre que Rudi Vervoort. C'est donc tout aussi indigne, tout aussi lourd, tout aussi scandaleux. Mais cela fera moins de bruit. Peu de journalistes le relèveront et personne au MR ne rectifiera. On doit bien parler d'indignation sélective et politiquement orientée. 

Cette semaine on assiste donc à la mise en place de ce clivage caricatural  : les pro-musulmans avec le PS, les pro-juifs avec le MR. Les accusations  d'antisémitisme et de communautarisme d'un côté contre un abandon (pour ne pas dire une stigmatisation)  des quartiers populaires et immigrés de l'autre. Puis-je écrire que c'est aussi puéril que dangereux ? Et que les hommes d'Etat des deux camps devraient  s'abstenir d'instrumentaliser des sentiments aussi bas ? Condamner tous les racismes est un examen de conscience qu'on devrait s'imposer en permanence. 

 On retiendra aussi et surtout de l'épisode que le MR assume une politique sécuritaire qui commence pourtant à gêner  le CD&V. C'est vrai pour la déchéance de la nationalité mais aussi pour la présence des militaires en rue. La NVA propose, le MR approuve, le CD&V renâcle. Laissons nous un peu de temps pour la confirmer mais posons cette hypothèse : en montant au pouvoir avec la NVA et en constatant les succès médiatiques et politiques de Bart De Wever le Mouvement Réformateur est en train de glisser vers la droite. Comme si les libéraux voulaient se "décomplexer" et qu'après avoir longtemps voulu gagner les élections au centre (le fameux libéralisme social) ils entendaient désormais faire pencher le balancier plus clairement et se distancier de toutes les autres formations francophones. L'état de choc de l'opinion après les attentats et le populisme ambiant dans la presse et sur les réseaux sociaux encouragent sans doute  une politique sécuritaire forte. Il est singulier de voir que c'est désormais le CD&V qui incarne la résistance aux risques de dérives en la matière. 

Si le CD&V fait entendre sa différence c'est parce que l'opposition s'est tue et c'est la troisième leçon de la semaine. Le debat sur la pertinence et l'efficacité du retrait de la nationalité mérite d'être défendu. Si le CD&V s'en saisit c'est bien parce que les interrogations posées dans le fameux interview polémique étaient légitimes mais exprimées de manière excessive. La forme a tué le fond.  La faute de Rudi Vervoort disqualifie son parti et est un revers politique majeur pour le PS, aux conséquences électorales imprévisibles. Parce que les libéraux ont tapé fort et instrumentalisé l'incident, on l'a vu. Mais aussi parce que cela tombe dans un moment où les pouvoirs en place sont légitimement confortés (les périodes d'incertitudes, parce qu'elles poussent au réflexe d'union nationale sont bonnes pour tous les gouvernements, ce qui est vrai pour Francois Hollande l'est aussi pour Charles Michel). Ici cet effet est décuplé par la boulette et son tohu bohu médiatique. Ce n'est pas tout. Cela ruine aussi le discours de respectabilité que tente d'incarner Elio Di Rupo." Nous  sommes le parti de gouvernement et de stabilité alors que les libéraux sont des aventuriers" : cette stratégie de communication n'est plus possible. 

Pire encore,  les libéraux obtiennent une belle revanche sur la séquence Jambon-Franken de la rentrée d'octobre. Dans le registre des comparaisons douteuses avec la seconde guerre mondiale c'est désormais 1-1. Et même si on notera que les  libéraux les plus culottés dans leur critique du ministre-président bruxellois étaient ceux qui étaient les plus cléments avec leurs alliés de la NVA, voici le PS privé d'un de ses meilleurs arguments. La NVA était infréquentable, mais après  l'affaire Vervoort, le soupçon s'est déplacé. Le silence d'Elio Di Rupo, éloquent, témoigne d'un président de parti tétanisé. 
  

26 janvier 2015

La rébellion n'est pas une provocation

Rébellion : action de se rebeller ou de se révolter contre l'autorité. Le peuple grec en votant massivement pour le parti Syriza a émis un vote de rébellion. 

Pour comprendre la portée du phénomène il faut se rappeler que Siryza est au départ une petite plateforme de formations d'extrême gauche, fondée en 2002. On y retrouve des militants communistes, des écologistes radicaux, des euro-sceptiques. Un cartel qui ne recueille la première année que 3% des voix,  13 députés en 2009, 50 en 2012,150 aujourd'hui. Première  force politique de Grèce, les rebelles viennent de prendre le pouvoir. 

La rébellion c'est la colère et le désir de changement,  dirigé contre une autorité ou une situation. Dans le cas de Syriza, on se rebelle contre la politique d'austérité. L'ennemi de Syriza est autant intérieur (les partis traditionnels qui ont conduit la Grèce au chaos) qu'extérieur : ce sont les créanciers, donc les banques, et surtout les autorités internationales qui ont imposé une programme d'économies drastiques. Couper dans les dépenses, licencier des fonctionnaires, diminuer les salaires, rogner sur les dépenses sociales : cela n'a pas relancé l'économie et des centaines de milliers de grecs ont basculé dans la misère ou la précarité.

 En s'opposant à la fameuse Troika ( qui réunit le fonds monétaire international, la banque centrale et la commission européenne)  et en désignant la rigoureuse Angela Merkel comme responsable des malheurs grecs, Syriza joue a la fois sur la fibre d'une  gauche authentique, sur la dénonciation d'un système injuste et  sur la fierté nationale. La rébellion c'est la volonté de dire non  à l'oppresseur. Mieux encore c'est le courage de dire que rien n'est immuable, au contraire de la soumission. Parce qu'ils renversent une montagne Alexis Tsipras et ses camarades ont transformé la révolte en espoir. Ils prouvent qu'en démocratie, c'est le peuple qui décide, pas les banquiers. 

Après voir dit non, il faudra bien sûr trouver une manière de diriger le pays.  Renégocier la dette, sortir des programmes d'austérité et tenter une relance par la consommation. Au niveau des programmes Syriza est proche du front de gauche de Jean-Luc Mélanchon en France, et ne serait pas très éloigné du PTB de Raul Hedebouw, même si lui ne soutenait pas Syriza mais une petite formation concurrente nettement moins moderne dans son approche (il faut toujours faire confiance aux marxistes les plus durs pour se diviser et s'ex-communier, c'est dans leurs gènes).  Imaginez Raul Hedebouw en passe de devenir premier ministre, vous comprenez que la rébellion grecque a des allures de révolution.

Ce matin je voudrais qu'on ne confonde pas rébellion et provocation. La rébellion implique une lutte, on s'y implique. La provocation, ce mot dont on a tant parlé ces dernières semaines à propos de Charlie Hebdo, pousse l'autre dans ses retranchements.  Les rebelles se fixent un but, les provocateurs peuvent vivre sans. Une provocation peut être gratuite, une rébellion ne l'est jamais. Les grecs se sont rebellés contre une politique financière. Les supporters du standard ont déployés, par provocation, une banderole dont on ne voit pas très bien ce qu'elle porte  d' autres valeurs que la violence et la haine de l'autre. C'est toute la différence entre les deux démarches. Le rebelle s'oppose et  finit par renverser. Le provocateur n'arrive qu'à diviser. 

25 janvier 2015

Pouvons-nous garder la mesure ?

Mesure :  moyen mis en œuvre dans un but déterminé.  Une mesure de police ou une mesure de justice, décision prise par la police ou la justice, une mesure gouvernementales,  décision du gouvernement. Depuis deux semaines nous parlons abonnement  de mesures de sécurité. C'est l'alerte de niveau 3  : policiers sur leur gardes, contrôles renforcés,  renfort des militaires.  Jeudi soir deux mesures supplémentaires ont été annoncées. La mise sous protection rapprochée de personnalités , hommes politiques ou magistrats, et l'annulation du festival Ramdam à Tournai.

Toutes ces  mesures ont pour ambition de prendre la mesure du danger pour y  répondre de manière approprié. Mesure signifie alors évaluation. Je prends la mesure de mon adversaire, je jauge sa force, sa détermination  pour pouvoir y répondre.  Il y a dans mesure l'idée de quantité. L'unité de mesure, qui nous permet de mesurer.  La mesure de musique, est un moyen de diviser la partition. On mesure une taille, en centimètre, une surface, en mètre carré, on peut même mesurer le temps avec une montre ou un chronomètre.  

La mesure c'est aussi la modération. Être mesuré se tenir à l'écart des passions, réagir avec calme, raisonner avec discernement. C'est la grande difficulté de la période que nous traversons. Par mesure de précaution, nous avons pris l'habitude de nous prémunir de tout. Face au terrorisme nous prenons donc un arsenal de mesures censés nous protéger. Quand on annule purement et simplement un festival de cinéma, la mesure est si forte qu'elle est pourtant sans commune mesure avec ce que nous connaissons.   Les autorités qui prennent la décision ont  leurs raisons, comme nous n'avons pas le même degré d'information nous ne pouvons que leur faire confiance. 

L'annulation d'une exposition, a Louvain La Neuve,  la fermeture d'un festival à Tournai, la présence de militaires en ville, sont des mesures exceptionnelles. Ce matin on ne veut pas, on ne peut pas crier à la démesure, parce que nous savons que l'heure est grave et les menaces réelles. La démesure c'est l'exagération, l'outrance, tout ce qui est disproportionné. Nous tâcherons donc de rester mesurés dans la critique. Juste pour rappeler, quand même, que si ces mesures d'exceptions deviennent la règle,  ce sont les terroristes qui auront gagné. Quand la peur étouffe la culture, la terreur prend la mesure de nos libertés.