23 octobre 2014

Quand c'est Magritte qu'on assassine, c'est la Belgique qui meurt


La culture c'est l'ensemble des connaissances acquises : avoir une grande culture scientifique ou littéraire , par exemple . Par extension la culture est ce qui relève des arts et du savoir. La politique culturelle : manière dont on gère les théâtres, les musées, les cinema, les bibliothèques , comment on partage la culture.

Ce matin  dans le journal Le Soir on apprend comment le gouvernement fédéral va faire des économies en culture. Certes l'essentiel de la culture relève des communautés mais  le  fédéral gère encore en direct quelques joyaux culturels : l'opéra de la monnaie, le palais des beaux-arts rebaptisé Bozar, le musée Magritte, les musées du cinquantenaire. Toutes ces instituons ont en commun d'être bilingues et située à Bruxelles.  Elles participent  à notre rayonnement culturel, car la culture c'est aussi une question de fierté nationale , de prestige, et même d'activité économique. Oui la culture est créatrice d'emplois. Pour Bruxelles la culture est un secteur particulièrement sensible, intiment lié à l'activité touristique. Je vous renvoie à mon billet du 14 octobre où j'expliquais que cela pourrait être une cible de la NVA. Il y a des jours où l'on regrette de ne pas se tromper, ce qui est annoncé aujourd'hui est même pire que ce que j'imaginais. 

En culture donc, le gouvernement Michel ne fait pas dans la dentelle :  d'après le Soir,   il impose une diminution de 20 % pour les frais de fonctionnement ( imaginez : un cinquième du budget) mais aussi des réductions sur le  personnel, la suppression de la coupole administrative commune à toutes ces institutions qui permet pourtant des économies d'échelle  et 30% en moins sur les  investissements. La culture d'accord, à condition qu'elle soit rentable. Vous pouvez remonter dans le temps, Molière sous Louis XIV, Mozart, avec Joseph II à Vienne,  Brueghel, peintre flamand, protégé par le gouverneur des pays bas, les bâtisseurs de cathédrales, les architectes de pyramides : la culture doit beaucoup aux  pouvoirs publics. 

Vous allez me dire la culture, c'est pas grave, on en meurt pas. Pourtant si les philosophes distinguent la culture de la nature c'est parce que la culture sépare  l'homme des animaux. Notre première culture est l'agriculture. S'attaquer à la culture c'est s'attaquer à ce qui nous élève. 

Pire , pour  les sociologues ou les ethnologues, la culture est ce qui est commun à un groupe d'individus. Le mode de vie, les valeurs, les religions, la manière s'organiser notre société, c'est de la culture. Quand on parle de bière et de baraque de frite, du sporting ou du standard, d'´avoir une brique dans le ventre ou d'aller à la mer, de Stromae ou de René Magritte on parle de la culture Belge. Notre culture nous ressemble et nous rassemble, viser la  culture d'une nation c'est la priver de sa empire et lui retirer sa carte d'identité. 

Alors c'est vrai toutes les cultures finissent par disparaître. Pour la culture de la maison Belgique, la NVA, sans surprise,  voulait accélérer la démolition. Le gouvernement Michel vient de retirer la première pierre. 



14 octobre 2014

Jan Jambon et la collaboration

Il y a des sujets plus graves que d'autres à aborder. Quand on parle de seconde guerre mondiale, de génocide, de racisme, un journaliste, comme un homme politique, sait qu'il doit s´ avancer avec prudence.

Cette prudence Jan Jambon, notre nouveau ministre de l'intérieur, semble ne pas l'avoir complètement intégrée. " Les gens qui ont collaboré avaient leurs raisons". La  petite phrase , dans une interview à la Libre Belgique a provoqué un tollé. Les dégâts sont internationaux : une  dépêche de l'agence France presse a relayé ces propos dans le monde entier. 

Collaboration peut avoir 3 sens. Un sens usuel, le fait de travailler ensemble, je collabore à vivacité. Un sens juridique :  travailler pour un occupant, et un sens historique, qui désigne la coopération  avec l'Etat nazi.   
Dans le cas qui nous occupe c'est bien la période précise de 40-44 qui est visée. 

La collaboration en Belgique ce sont des autorités et des individus qui coopérèrent avec le régime du IIIeme Reich. La politique du moindre mal pour certain, une adhésion franche aux idées d'Hitler pour d'autres. La collaboration c'est la persécution et la déportation des juifs, 26 000 au total. Ils seront moins de 1000, moins de 1000, à revenir des camps. La collaboration c'est  le départ de jeunes gens sur le front de l'est . Deux divisions SS la division Wallonie pour les francophones, la division Langemark pour les flamands.   

En indiquant que les gens "avaient leurs raisons" Jan Jambon partage et propage une vision  qui imprègne le nationalisme flamand : en gros, on a collaboré avec les nazis parce qu'on voulait l'indépendance de la Flandre. La politique d'épuration imposée ensuite était une revanche des francophones.

 Cette question de la collaboration divise la Belgique depuis longtemps. Elle repose largement sur des fantasmes. Dans les faits  il y eut autant de collabos chez les francophones que chez les flamands. Ceux qui ont collaboré l'ont bien fait parce qu'il partageait une idéologie fasciste, l'autonomie de la Flandre n'était  par leur seul moteur. 

Les  propos de Jan Jambon sont-ils des propos révisionnistes ? Peut être pas. Mais ils sont ambigus. Cette ambiguïté revient  à relativiser, à banaliser la collaboration. Dans une période où la haine de l'autre est a tout les coins de rue regretter la polémique et non pas les propos qu'on vous reproche d'avoir prononcés  c'est faire pire encore. Un ministre de l'intérieur est le garant d'une  force publique au service de l'état de droit. Jan Jambon est  ce ministre.  L'idée, même confuse,  que la force publique puisse,  à nouveau, être  aussi mal employée nous est insupportable.   

12 octobre 2014

Comment la NVA pourrait essayer d'asphyxier Bruxelles .... et Didier Reynders lui résister

Revenons un an en arrière. Nous sommes au début de la campagne électorale. Avant que le thème de la fiscalité ne s'impose comme le débat dominant, beaucoup d'interrogations tournent autour de la NVA. On attend avec impatience le programme du parti néerlandophone , en particulier sur un point : quel statut prévoit-il pour Bruxelles ? A l'époque, dès le programme connu sur cette question, la condamnation est unanime, y compris dans les rangs des bruxellois néerlandophones, Guy Vanhengel en tête , et Didier Reynders précise en novembre 2013 que le programme de la NVA pour Bruxelles ne pourra pas etre digéré. 

Un an et une élection plus tard, si la NVA reste sur les bancs de l'opposition en région Bruxelloise elle est donc désormais au cœur du pouvoir fédéral. Le poids de la NVA est évident, avec 33 sièges sur les 85 députés qui devraient voter la confiance dans quelques jours. Et depuis le fédéral la NVA a bel et bien les moyens de corseter la région bruxelloise. Ses ministres ont en main les compétences nécessaires à une asphyxie lente de la capitale. 

Jan Jambon par exemple , ministre de l'intérieur et de la sécurité, pourra peser sur le financement des zones de police. Les zones bruxelloises, parce qu'elles ont des besoins spécifiques liées à la densité de population, à la présence des navetteurs, ou aux institutions présentes sur leurs territoires auront peut être du mal à se faire entendre. Le nouveau ministre aura probablement à cœur de renforcer la lutte contre les départs pour le Djihâd. Quel dialogue (qu'on espere efficace) pourra-t-il nouer avec les bourgmestres et le ministre-président Bruxellois dans ce cadre ?  Jan Jambon est également compétent pour la politique des grandes villes. Ce programme, qui pèse une 50aine de millions, profite à 17 communes du royaume, dont 7 en région Bruxelloise (Bruxelles, Schaerbeek, Anderlecht, Forest,  Saint-Gilles, Saint-Josse et Molenbeek ). Faire des économies sur ce poste pénaliserait ces communes. Il a également en main la régie des bâtiments, un des acteurs du développement à Bruxelles. Jan Jambon pourrait ainsi  facilement accélérer ou ralentir la construction de la prison de Haren par exemple. Il interviendra dans le débat sur le palais de justice ( pour rappel le gouvernement précédent a décidé de sortir la chaîne pénale du bâtiment Poelaert , on ne sait toujours pas où, et on ignore ce qui remplacera les salles d'audiences ). Et on oubliera pas la tutelle sur les lois linguistiques. Ce ne sont que des exemples. 

Johan Van Overtveldt, aux finances, et Steven Vandeput, à la fonction publique et à la défense, n'ont pas de compétences directement en lien avec Bruxelles , mais peuvent toujours délocaliser l'un ou l'autre service. 

L'action de Theo Francken, secrétaire d'état à l'asile et à l'immigration aura forcément des répercussions plus sensibles localement : c'est dans la capitale qu'arrivent et vivent la plupart des demandeurs d'asile. Pire : c'est vers Bruxelles que de nombreuses communes renvoient ces demandeurs. 

Idem pour Elke Sleurs, chargée de la lutte contre la fraude et la pauvreté (curieuse association quand même ). Aujourd'hui un Bruxellois sur trois vit sous le seuil de pauvreté (cela concerne 4 enfants sur 10). Elke Sleurs a également la tutelle sur la politique scientifique, et à ce titre, décidera de l'avenir des musées royaux des beaux arts et du cinquantenaire. On sait déjà que la NVA ne juge pas utile de financer un musée d'art moderne, on peut même douter de sa volonté d'investir les fonds nécessaires aux travaux d'entretien, et on sera vigilant au maintien des collections à Bruxelles. Allez, je le reconnais, l'auteur de ces lignes fait un procès d'intention à la NVA. Je pars du principe qu'il vaut mieux prévenir que guérir. 

Les Bruxellois ont-ils été abandonnés aux mains des ministres nationalistes  ? La réponse est non, bien sûr. On scrutera ainsi avec attention les travaux de Jacqueline Galant, nouvelle ministre de la mobilité. Parce qu'elle s'occupera du survol, comme l'ont souligné tous les journaux. Mais aussi parce qu'elle a la tutelle sur la SNCB et que le dossier du RER concerne les Bruxellois au premier chef. Ses propos de l'été 2012 comparant Anderlecht à une zone de non-droit ne laissent pas transparaître un amour immodéré pour Bruxelles et ses habitants, visiblement à la peau trop basanés pour elle, mais dans la vie on peut toujours se racheter. L'annonce selon laquelle la dotation de la SNCB serait amputée de deux milliards sur les 5 prochaines années ne va probablement pas l'aider. 

Le grand défenseur de Bruxelles devra donc être Didier Reynders. D'abord parce qu'il a la main sur Beliris, le fonds qui permet de financer les travaux d'infrastructures, à hauteur de 125 millions par an. Rénovations, logements, mobilité et même espaces verts : les grands chantiers bruxellois passent par Beliris. Didier Reynders a aussi la tutelle sur les institutions culturelles fédérales ( la Monnaie et Bozar) qui participent bien évidemment au rayonnement culturel de la capitale. Enfin, en tant que vice-premier il est en mesure de voir et de bloquer des décisions qui seraient négatives pour les bruxellois. En cas d'offensive NVA c'est bien par cet homme que passe le salut de Bruxelles. Rudi Vervoort, mais aussi ses lieutenants Guy Vanhengel et Didier Gosuin, et même, en coulisse, Laurette Onkelinx, devront, si l'intérêt de Bruxelles leur tient à cœur, renouer le contact. Le gouvernement régional et le vice-premier sont condamnés à se parler, et si possible, à s'entendre. C'est l'un des grands paradoxes de notre paysage politique. Didier Reynders n'a pas, loin de là, quitté la scène bruxelloise. 





Le double déséquilibre et les mots pour le dire

Tout a déjà été dit. Tout a déjà été contredit. Dans la grande bataille de communication qui se joue sous nos yeux l'installation du gouvernement de Charles Michel donne droit à une foire d'empoigne sans précédent. Jamais les questions d'appellation n'ont, me semblent-il, revêtu autant d'importance.  Jamais les tentatives d'influence (je pourrais presque employer le terme de propagande) n'ont été aussi rapides et vives (je pourrais presque employer le terme d'agressives). Nous sommes dans une époque de marketing politique intense. Et j'ai peur que les journalistes, par complaisance, par naïveté, par manque de formation ou de rigueur, ne s'avèrent finalement des proies dociles relayant facilement ce que leurs amis de la communication politique leur suggèrent. Hier soir j'ai sursauté en entendant une présentatrice de journal télévisé annoncer que le gouvernement "de centre droit" etait installé. Centre droit, c'est l'expression utilisée  par Charles Michel lui-même, alors qu'Elio Di Rupo a préféré  "ultra droite" et Laurette Onkelinx, sur Télé Bruxelles le vocable de "droite extrême", particulièrement connoté et presque injurieux. Pourquoi ces termes et pas d'autres ? Les mots ne sont pas gratuits. Quand une appellation s'impose au détriment d'une autre c'est une vision du monde (ici une vision politique) qui s'impose avec elle. Bref, après cette semaine qui a vu l'avènement d'un nouveau gouvernement il ne me semble pas inutile de faire le point. Sereinement et le plus objectivement possible.

Le débat est à deux dimensions : un axe nord-sud, celui de notre équilibre linguistique, et un axe droite-gauche, comme dans tous les pays d'Europe. 

Commençons par écrire que ce gouvernement est bien linguistiquement un gouvernement déséquilibré. Numériquement d'abord. Premier fait incontestable :  le comptage du premier ministre sur le quota francophone. Ce n'est pas contraire à la constitution (les rédacteurs n'avaient sans doute pas été assez imaginatifs pour prévoir ce cas de figure, l'article etait donc un peu flou) mais c'est bien contraire aux usages. La tradition moderne veut que le capitaine soit au dessus de la mêlée , ce qui nous donne une équipe de 15 ministres maximum :  7 francophones + 7 néerlandophones + 1 premier qui ne compte pas. Avec le gouvernement nouveau  l'équation est de 7 + 7, ou pour le dire autrement de 6 + 7 + 1. On se doute bien que si le chef de gouvernement avait été choisi dans les rangs néerlandophones l'interprétation de la constitution aurait été fort différente. J'entends beaucoup le mot confédéralisme ces derniers jours, et il est régulièrement utilisé comme un argument à charge. Un symbole du confédéralisme  me semble être cette acception d'un premier ministre qui ne représente plus la Belgique dans son ensemble mais aussi ( d'abord ? ) la communauté dont il est issu. 

A ce premier pas confédéral nous ajouterons la présence de 4 secrétaires d'état néerlandophones. Certains ont des compétences anecdotiques , d'autres pas. Cela nous fait donc 11 néerlandophones pour 7 francophones. C'est une vérité arithmétique, elle aussi incontestable  : ce gouvernement est bien en déséquilibre. A y regarder de près c'est presque la clef 60/40 : 7 ministres francophones représentent 38,9 % de l'équipe gouvernementale. C'est politiquement défendable  et arithmétiquement juste. C'est douteux constitutionnellement et dangereux pour le débat communautaire. Les instituions reposent sur un équilibre d'ensemble, et nous venons de le rompre. Si j'applique la logique du rapport de force qui a prévalu à la composition du gouvernement Michel aux autres niveaux de pouvoir les néerlandophones n'ont droit au mieux qu'à un secrétaire d'Etat en région Bruxelloise  (il ne pèsent que 10% de la population mais les institutions leurs accordent une représentation minimale garantie au parlement régional et la parité ministérielle). La situation politique du moment (un seul parti francophone) justifiait qu'on soit souple, sans doute. Le retour à un équilibre plus rigoureux sera difficile. Ce 11 octobre les nationalistes flamands ne font pas qu'entrer dans le gouvernement fédéral, ils en modifient  les règles de fonctionnement. Tout retour en arrière risque d'être  difficile. 

Ce déséquilibre s'accompagne d'une répartition discutable des compétences. Sur ce point il est difficile d'être objectif, même si la presse tant francophone que néerlandophone jugeait unanimement samedi que les ministres francophones boxaient plus parmi les poids plumes que dans la catégorie supérieure.  Le poids que l'on accorde à une compétence ou une autre relève des sensibilités de chacun. Intérieur, justice, finances, affaires sociales, économie, emploi et entreprises publiques (mais pas la SNCB, qui est un enjeu communautaire crucial, il faut le souligner) sont donc gérées par des ministres néerlandophones alors qu' affaires étrangères, budget, mobilité, énergie, classes moyennes et pensions sont des dossiers francophones. Je ne soulignerai qu'un élément, qui là aussi est en rupture avec l' usage des dernières décennies : ne pas concentrer les compétences relevant d'une même thématique au sein d'une seule famille linguistique ou partisane. Jusqu'à présent si un groupe linguistique avait les finances on veillait à ce que le budget soit pour l'autre famille. Idem pour la justice et l'intérieur. Ici le choix a été fait de confier justice et intérieur, grands ministères régaliens,  aux seuls partis flamands. Il faudra donc un premier ministre attentif et un vice-premier vigilant pour faire contre poids lors des réunions du conseil restreint. 

 Reste la dénomination  du gouvernement. J'ai déjà écrit que ni Kamikaze (trop négatif) ni Suedoise (trop laudatif) ne convenaient  pour désigner la coalition en gestation. J'avais plaidé pour les termes de "libéral-flamand" ou "flamand-libéral". Je maintiens cette appellation : ce gouvernement est bien le prolongement de la majorité regionale flamande au niveau fédéral (mêmes partis qu'à la place des martyrs, siege du gouvernement régional) auquel on adjoint les seuls libéraux francophones. Sans doute l'appellation qui s'imposera sera-t-elle celle de "gouvernement Michel".  C'est la plus correcte à mes yeux même si elle personnalise le débat autour de la figure du premier ministre. Ceux qui espèrent que la route soit longue glisseront peut être "Michel 1er". Ceux qui veulent souligner l'ancrage de la NVA ont tenté "Michel-Jambon", mais l'ordre de préséance , qui a confié le second rang protocolaire à Kris Peeters lors de la prestation de serment, ainsi que le processus de co-formation, voudrait que l'on parle plutot d'un gouvernement "Michel-Peeters". 

Pour en revenir à "centre-droit"  on comprend bien que l'adjonction du mot "centre" entend corriger l'impression d'un gouvernement qui penche nettement à droite dans ses composantes. Pour être vraiment de centre-droit il faudrait que le gouvernement compte en son sein le CDH et que le CD&V ne s'y sente pas mal à l'aise. Ce n'est pas l'impression qui domine. Le mot "droite" seul semble plus juste, il est ouvertement revendiqué par la NVA mais il est sans doute plus facile à assumer en Flandre que du côté francophone. 

Bref aucune appellation n'est simple. Aucune n'est totalement dénuée d'arrières-pensées. Les journalistes seraient bien inspirés de tremper leurs plumes et leurs micros dans la distance critique avant de relayer les formules toutes faites glissées par l'un ou l'autre camp. C'est quand les temps sont agités et les paysages neufs qu' on a besoin de mots justes pour comprendre les situations et trouver nos repères. C'est toute la différence entre le journalisme et la communication.

09 octobre 2014

Rupture



La rupture c'est le fait de se casser ou de s'interrompre. Le gouvernement de Charles Michel sera  un gouvernement de rupture, en ce sens que la rupture est  l'inverse de la continuité.

Première rupture : le déséquilibre linguistique. Jusqu'à présent le gouvernement fédéral s'appuyait sur une double majorité. La moitié des 150 députés, mais aussi la majorité dans chaque groupe linguistique. Avec seulement 20 francophones sur 63, c'est la première fois dans l'histoire de Belgique qu'une majorité est aussi déséquilibrée. 

Deuxième rupture : une cohérence idéologique. Jusqu'à présent nos coalitions fonctionnent sur le  système de compromis à la belge. La gauche et la droite ensemble c'est un peu l'alliance de la carpe et du lapin, ça oblige à faire des concessions pour finalement finir au centre. Pour la première fois  tous les partenaires penchent clairement du même côté. 

Troisième rupture, on entre dans la psychanalyse :  la rupture amoureuse, la séparation. Un  gouvernement sans la famille socialiste. On vient de le réentendre  Bart De Wever a bien précisé  combien cette absence était fondamentale pour lui. Cette rupture parce qu'elle introduit l'idée d'une vengeance est  l'un des moteurs de la nouvelle coalition.

Quatrième rupture, justement : la présence d'un parti nationaliste à un échelon de pouvoir, le fédéral, qu'il prétend détruire. La rupture, ce n'est pas l'évolution douce, c'est au contraire le premier pas vers la révolution. 

La rupture  c'est aussi l'absence de dialogue, on rompt la conversation. On voit bien par exemple qu'avec les syndicats , quelle que soit leur couleur,  la rupture est totale. 

Ce terme de  rupture parce qu' il évoque quelque chose qui se brise sonne plutôt négativement. Mais la rupture c'est aussi changer de direction.  Il faut rompre avec son passé pour aller de l'avant, le sens devient alors positif. Pour le  nouveau gouvernement  la rupture c'est inventer quelque chose de nouveau. La rupture devient la condition d'une renaissance. La nouvelle coalition aura donc à cœur   de revendiquer la rupture. 

Un homme, Charles Michel,   incarne  l'ensemble de ces ruptures. On en ajoutera deux qui le concernent personnellement. La rupture avec le père : Louis Michel inventait le libéralisme social, le fils a mis le cap plus à droite. On n'oubliera pas la rupture de génération : le nouveau premier ministre n'a que 38 ans, de quoi ringardiser pas mal de ses prédécesseurs.  Le défi reste néanmoins colossal : il s'agit d'éviter que la Belgique  ne glisse de la rupture à la fracture. 


   

03 octobre 2014

Échéance


Échéance, le moment où quelque chose doit arriver. Jusqu'à présent les négociateurs de la coalition suédoise travaillaient sans échéance précise. Ils refusaient de s'enfermer dans un calendrier. Hier Bart De Wever a imposé son échéance : le 10 octobre. Le bourgmestre d'Anvers part ce jour là pour un voyage en Chine.

Le 10 octobre c'est vendredi prochain. Il reste donc 7 jours, on va dire plutôt 6 puisqu' on ne connaît pas l'heure du billet d'avion de notre ami Bart, pour au moins régler la politique sociale et économique et trancher définitivement les questions budgétaires. Faut-il conclure seulement l'accord de gouvernement ou bien faut-il avoir aussi régler la distribution des rôles et  prêté serment ? Là notre échéance reste floue : " J'espère  partir l'esprit libéré " a juste indiqué Bart De Wever.

Le fait d'arrêter une échéance  revient à fixer une date butoir. C'est à la fois dessiner une ligne d'arrivée, on sait qu'on approche de la fin, on commence à relever la tête, c'est rassurant,  c'est en même temps signifier un terme qu'on ne pourra en aucun cas dépasser. Une échéance, en terme financier, c'est la date à laquelle on doit payer une obligation ou rembourser un prêt. On s'expose à des pénalités ou même à une rupture de contrat si on ne la respecte pas. En anglais le terme deadline invoque l'idée d'une mort certaine, en français on dit qu'une échéance expire à telle date. Bref on ne rigole pas avec les échéances. Le 10 octobre est donc une borne à ne pas dépasser. Notre échéance ressemble à un avertissement après une semaine de querelles et de réunion reportée où notre coalition a donné l'impression de patiner dans le vide. 

Politiquement le fait que Bart De Wever fixe lui même la date est un symbole fort. Il apparaît de nouveau comme le vrai patron des négociations, celui qui siffle la fin de la récréation. Bart fixe l'échéance, c'est magistral,  les autres remplissent  l'échéancier, c'est besogneux. 

A toutes fins utiles on rappèlera quand même que le parlement fédéral fait depuis toujours ou presque sa rentrée le deuxième mardi d'octobre. La date est inscrite dans la constitution. C'est année ça tombe donc le 14 octobre. Ça veut dire deux choses : la première c'est que Bart brosse la rentrée parlementaire malgré son élection à la chambre des représentants. La seconde c'est que, Chine ou pas, cette échéance là était depuis bien longtemps dans toutes les têtes.


28 septembre 2014

Quand Joëlle conseille les négociateurs de la suédoise

Assister à des cérémonies officielles est souvent une obligation dont on pourrait se passer. Je n'ai pas regretté de me présenter samedi aux fêtes de la fédération Wallonie-Bruxelles à l'hôtel de ville de Bruxelles. Au milieu des discours et des échanges convenus, j'ai eu le privilège d'assister à une scène surréaliste. En bon journaliste je discute avec un estimé confrère à proximité de l'allée centrale. Position idéale pour serrer quelques mains (j'avoue, quand on se rend dans ce genre d'endroit c'est aussi pour être vu et glâner quelques confidences). Charles Michel passe, salue et poursuit son chemin. Son directeur de la communication s'arrête et commence une conversation. Quelques minutes plus tard Joëlle Milquet, serre les mains des journalistes, puis reconnaissant Frederic Cauderlier, se tourne ostensiblement vers lui et entame un échange que nous serons plusieurs à pouvoir suivre. Le début peut paraître banal. La ministre de l'éducation du gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles essaye de savoir si il y aura bien un saut d'index. Elle explique que c'est primordial pour elle de le savoir avant de se lancer dans les arbitrages budgétaires. Le porte-parole, professionnel, lui répond qu'elle sera bientôt fixée , que c'est une question de jours (lui n'a visiblement pas oublié qu'il est entouré de journalistes). Joëlle Milquet poursuit. Elle enchaîne  d'abord sur les prépensions des policiers en indiquant la manière dont il faudrait, selon elle, résoudre le problème (un dispositif transitoire, les syndicats sont d'accord affirme celle qui était il y a peu ministre de l'intérieur) avant de suggérer que l'accord de gouvernement comporte également au moins une phrase sur le statut des artistes, c'est très important insite-t-elle. Entre journalistes on se regarde. On ose quelques vannes : Joëlle Milquet veut elle participer aux négociations fédérales ? La suédoise est elle prête à avoir des ministres d'ouverture CDH ? Et la ministre de l'éducation de ne pas se démonter : elle est prête à aider, c'est très important que les francophones soit unis et ce qui se passe entre partis francophones depuis quelques mois est lamentable affirme-t-elle en levant les yeux au ciel. La cérémonie va commencer, Laurette Onkelinx et Jean-Claude Marcourt viennent de passer dans son dos. Joëlle Milquet rejoint les rangs de devant, je reste sagement au milieu de la salle avec mes confrères. 
Pendant les discours je tente de donner du sens à la conversation. Certes, il est sans doute difficile lorsqu'on a été présidente de parti puis vice-première ministre d'être écartée d'une négociation fédérale. Mais il y a plus que cela. En demandant ne serait-ce qu'une ligne sur le statut des artistes celle qui est aussi ministre de la culture fait aveu de faiblesse. Les artistes dont elle a la charge ont un système de sécurité sociale qui dépend du fédéral. Il n'est pas si aisé de découpler les niveaux de pouvoir, et les  artistes iront plus facilement manifester devant les fenêtres de leur ministre de tutelle que devant un ministre des affaires sociales fédéral,  surtout s'il est néerlandophone. En n'ayant plus de relais  les ministres francophones risquent de se retrouver en position d'impuissance. Si le Parti Socialiste s'accommode de la situation en jouant la carte de l'affrontement direct avec le fédéral par Mouvement  Réformateur interposé, la stratégie du CDH est moins claire. 
En cherchant des infos et faisant mine de donner des conseils, en regrettant la situation politique du moment,  Joëlle Milquet fait également passer le message que les barons humanistes, quoi qu'on en dise en bureau de parti,  se seraient quand même bien vus aux côtés du MR. Benoit Lutgen appréciera. 
Une dernière précision, utile : à aucun moment il n'a été dit que la scène à laquelle nous assistions relevait de la conversation privée ou que les propos tenus étaient "off the record". Joëlle Milquet savait qu'elle était dans un lieu public et en présence de journalistes susceptibles de répercuter ses propos.  

22 septembre 2014

Comment le régionalisme va gagner du terrain


"Le régionalisme a gagné" : c'est une petite phrase prononcée ce weekend en marge des fêtes de Wallonie par Paul Magnette. Une petite phrase qui résume assez bien notre situation politique.
 
Le régionalisme est, pour rappel,  une doctrine politique qui vise à affirmer l'existence ou l'autonomie d'une région. En Belgique la région ce n'est pas votre village et les villages alentours. C'est la région au sens institutionnel : Wallonie, Flandre,  région bruxelloise. Quand on parle de régionalisme on parle donc des wallons et des bruxellois, et pas des francophones. Aux fetes de Wallonie ce weekend on a d'ailleurs bien vu les représentants flamands, mais les caméras ont loupés les représentants bruxellois. Trop occupés ailleurs ?

Vous noterez au passage que la communauté germanophone n'est pas une région. Cela donne moins de droit à l'autonomie des germanophones pensent certains wallons qui ne veulent pas entendre parler d'une belgique a 4 régions. On peut être régionaliste pour soi-même mais pas pour les autres.  Ça n'empêche pas le parti régionaliste germanophone d'occuper la ministre présidence de la communauté germanophone.

En linguistique un régionalisme est un élément de langage qui ne peut être compris que d'une région particulière. Quand on pousse le régionalisme trop loin on n'est plus compris de ses voisins. On est pas certain que la définition de régionalisme ne soit elle même un régionalisme. La définition du concept n'est probablement pas la même à Bruxelles, Charleroi ou Anvers. Sinon ce serait trop simple. Il existe des régionalismes plus culturels que politiques, ou inversement, de droite ou de gauche.

 Pourquoi la Belgique entre-t-elle dans un moment régionaliste ? D'abord parce qu'il y a les transferts de compétences. Jamais autant de pouvoir n'aura été confié aux régions. Ensuite il y a cette configuration kamikazo-suedoise. Le précédent gouvernement fédéral était relativement autonome vis à vis des régions. Il ne représentait ni la majorité flamande ni les majorités francophones. Ils ne représentait pas non plus l'opposition puisque certains partis, le CD&V en Flandre, ou le PS en Wallonie étaient au pouvoir des deux côtés, c'était donc un gouvernement asymétrique, neutre d'un point de vue centrifuge ou centripète.

Avec la négociation en cours, la coalition annoncée est d'une toute autre nature. Elle  nous offrira une symétrie parfaite côté flamand : les mêmes partis en Flandre au fédéral, Et une symétrie parfaitement inversée côté francophone : le seul parti qui négocie au fédéral est dans l'opposition dans les régions du sud. Pas besoin d'avoir fait un doctorat en sciences politiques pour comprendre que ce gouvernement aura des relais du côté flamand, des boulets côté francophone. Quand on dit boulet on pense aussi bien à ceux qui ne veulent pas suivre qu'aux boulets de canon que ceux ci pourraient tirer.

Prenons un exemple concret. Depuis 4 jours les négociations fédérales sont au ralenti, pour ne pas dire à l'arrêt. C'est une question d'agenda. On laisse passer la rentrée du parlement flamand. Les partis flamands ne veulent pas faire d'ombre au discours de Geert Bourgeois. Le Regionalisme médiatique flamand dicte le tempo du fédéral. On verra dans quelques semaines si cette priorité régionaliste est limitée à l'agenda ou si elle s'applique à d'autres domaines.

 

 

 

 

 

 

 

 

19 septembre 2014

Le stade qui n'existe pas

Stade : espace aménagé pour la pratique du sport. Celui dont je vais vous parler a été qualifié de grand stade, ou de stade national, celui que la Belgique pourrait construire pour accueillir l'Euro 2020. L'UEFA , l'union européenne de football le confirmera vers 13 heures, mais les choses semblent bien embarquées.

La définition de stade n'implique pas qu'il y'a ait forcément du public. Dans le projet qui nous intéresse on a quand même prévu 62 613 places pour les spectateurs. Pour comparer, le stade du premier mai à Pyongyang , Corée du Nord, peut accueillir 150 000 personnes, avoir un grand stade est plus plus affaire de prestige que de démocratie (les grandes dictatures adorent les grands stades). Plus proche de nous, Wembley en Angleterre présente une capacité de 90 000 personnes.

Historiquement un stade désigne une piste d'athlétisme. Chez les grecs anciens le stade était même une unité de mesure, 180 mètres environs , c'était la distance de la piste pour les courses à pied. Le stade dont on parle à Bruxelles va tourner le dos à l'histoire et à l'athlétisme. Il ne comportera pas de piste, juste un terrain de football. Le mémorial Van Damme ira se courrir ailleurs.

Un stade porte un nom. On connaît le stade de France à Paris, le Maracana à Rio. Pour l'instant à Bruxelles c'est l'eurostadium. C'est bof, mais il paraît qu'avec un sponsor devant ou derrière cela sera plus parlant. Un stade peut aussi en cacher un autre. Le projet Eurostadium se fera au détriment du fameux Roi Beaudoin au Heyzel. Ériger l'un c'est détruire l'autre.

Enfin un stade accueille des compétiteurs, les dieux du stade, adulés par la foule. Pour notre projet on annonce un club résident : le sporting d'Anderlecht.

Ce qui est intéressant avec le mot stade c'est qu'il désigne aussi une période ou une phase. Le stade de l'enfance par exemple, ou moins amusant, le stade terminal. Notre Eurostadium en est encore au stade de l'étude. On connaît l'emplacement, pas plus. Trois consortium ont entrés des projets, esquisses à l'appui, mais personne ne peut dire qui l'emportera, la glorieuse incertitude des marchés publics n'a rien à envier à la compétition sportive. 

L'UEFA va donc ce midi attribuer des matchs à un stade virtuel . Pour les promoteurs du projet, qu'on n'osera pas qualifier de fous du stade, ce sera comme marquer un goal alors qu'on n'a même pas de terrain. Évidement si l'UEFA ne retient pas Bruxelles le projet sera mal embarqué. En résumé ce stade qui n'existe pas en est déjà au stade décisif.





















13 septembre 2014

Quand Maggie est super star la politique est super nulle

Elle est top. Au top des sondages, à la une des journaux et des magazines et même désormais au coeur des spéculations pour la désignation du poste de premier ministre. Maggie De Block, secrétaire d'Etat chargée de la politique d'asile et de la lutte  contre la pauvreté écrase la politique  belge d'une popularité inégalée. Le baromètre politique  RTBF/La Libre vient encore de le confirmer.   Son physique hors norme, sa voix fluette, son parcours atypique en politique (elle est médecin et est restée longtemps dans l'ombre avant d'être propulsée au devant de la scène) apportent un peu de fraicheur. 
Lorsque son nom a commencé à circuler pour le poste de chef de gouvernement j'ai d'abord  haussé les épaules. Les journalistes qui se risquent à ce genre de pronostics confondent popularité et rapport de force, médiatisation et compétences, pas la peine de s'y arrêter. Pourtant le nom de Maggie De Block a bien été suggéré lors de la fameuse nuit où le poste de commissaire européen a été attribué au CD&V et le 16 promis à un(e) libéral. Et cette semaine encore j'ai croisé deux conseillers influents et bien informés qui considéraient la candidature comme très sérieuse. 

Entendons-nous bien : je n'ai rien contre Maggie De Block. J'ai eu l'occasion de l'interviewer sur Bel RTL, c'est une personnalité plutôt agréable. Mais ce n'est pas la question. Le problème qui nous occupe est de savoir si elle peut prendre les rênes d'un gouvernement dans un contexte économique incertain, avec une coalition inédite pour laquelle le mode de fonctionnement reste encore à inventer, avec à bord un parti indépendantiste et en ayant dans 2 des 3 régions fédérées des gouvernements probablement peu coopérants. 

Non, Maggie De Block n'est pas qualifiée pour être premier ministre. Sa première élection à la chambre remonte à 1999 ce qui nous donne une 15 aine d'années d'expérience politique au niveau fédéral. Mais son accession au poste de secrétaire d'Etat ne date que de 2011. Trois ans dans un secrétariat d'Etat mineur c'est peu. Pas assez en tout cas pour maitriser une coalition, dialoguer d'égal à égal avec des présidents de parti, concilier les points de vue, maitriser les égos de vos ministres, canaliser la fougue des parlementaires et éviter les pièges de l'opposition ou de la presse. Vous imaginez Maggie De Block intercéder auprès de Jean-Claude Juncker, nouveau président de la commission ? Vous imaginez Maggie De Block négocier avec le gouvernement français pour sauver une banque ? Appeler Vladimir Poutine pour lui demander de ne pas couper le gaz ?  A moins que son nom ne soit un leurre destiné à faire baisser la pression sur d'autres candidatures, Kris Peeters, Didier Reynders et même Bart De Wever ou Koen Geens semblent bien mieux armés. Sans doute leur parti est-il moins demandeur que l'Open VLD, et c'est bien dramatique

J'imagine déjà les commentaires que les internautes ne manqueront pas de poster. Que je suis un journaliste si proche du milieu politique que je suis incapable de réinventer ma manière de voir. Sans doute parce que je sais à quel point les décisions politiques sont difficiles à prendre et les consensus pénibles à obtenir. La passe d'arme de Maggie De Block avec une sénatrice Ecolo (voir ci dessous) dans l'enceinte du sénat ou la froideur avec laquelle elle a pu commenter la mort d'un réfugié Afghan qui avait été réexpédié dans son pays par la Belgique ne laisse pas transparaitre des qualités de sang froid ou d'empathie hors normes. Pour tout dire, les positions prises par Maggie De Block donnent d'elle l'image d'une personnalité qui aime l'autorité et le bon sens commun, ce qui explique probablement son succès  : il n'y a pas beaucoup de chemin à faire  entre populaire et populiste. 
Côté bilan, le  fait d'avoir pu maitriser le flux de l'asile ou de ne pas avoir eu (trop) de SDF morts de froid n'est pas anodin, mais cela reste sans commune mesure avec les défis qui attendent le prochain locataire du 16 rue de la Loi. 

La Flandre aime se fabriquer des héros qu'elle porte aux nues et qui dégringolent ensuite. Steeve Stevaert, Yves Leterme, Bart De Wever, et donc maintenant Maggie De Block. 
Bien sûr, lorsqu'on  présente une nouvelle tête, et que celle-ci incarne une nouvelle offre politique (une position très à droite tout en restant respectable) il n'est pas anormal d'attirer l'attention. Ajoutons que  Super Maggie peut en outre compter sur l'expérience d'Els Cleemput, efficace porte parole de l'ancienne gendarmerie qui la guide dans la jungle des médias.  Comme souvent les journalistes ont eu du mal à résister à l'effet d'emballement. Une avalanche d'interviews et de reportages, non pas sur la politique mais sur la personnalité de Maggie De Block, ça aide à devenir populaire. On pourra me reprocher d'avoir participé au phénomène : en  charge de l'interview de 07H50 ces trois dernières saisons j'ai invité une fois Maggie De Block. Je pense que c'était juste et proportionné. Je ne suis pas sur que tous mes confrères puissent en dire autant. 

Mais la responsabilité première n'est pas celle de la presse. Elle se trouve bien parmi les élus. C'est un parti, l'open VLD, qui a propulsé Maggie De Block au gouvernement fédéral. C'est un ensemble de négociateurs de 4 formations politiques distinctes qui laissent aujourd'hui circuler l'idée qu'elle pourrait faire un bon premier ministre. Courir après l'opinion publique est le meilleur moyen d'achever de décrédibiliser  la fonction politique. Ne pas revendiquer le poste de premier ministre est déjà troublant. Le confier à la personnalité la moins expérimentée du plus petit parti de la coalition sera franchement désespérant. Une véritable gifle au bon sens. La victoire définitive du spectacle sur la politique. 

Peut-être un homme ou une femme politique courageux existe-t-il qui viendra nous rappeler dans les prochains jours que la fonction de premier ministre requiert une expertise hors norme. Que caracoler en tête des sondages ne suffit pas à vous donner le poids politique nécessaire. Que la sympathie de l'opinion ne dispense pas d'avoir un projet et des compétences.