24 novembre 2013

Les rouages de l'Etat au cinéma


  Thierry Lhermitte dans une satire de Dominique de Villepin lorsqu'il était le flamboyant ministre français des affaires étrangères. C'est ce que vous verrez si vous aller voir le dernier film de Bertrand Tavernier, "Quai d'Orsay". L'oeuvre est une adaptation de la très bonne bande dessinée du même nom. Elle raconte l'organisation et la vie d'un cabinet ministériel au travers du regard d'un jeune collaborateur engagé pour être la plume du ministre, celui qui rédige ses discours. L'intérêt du film est là : dans la relation trouble qui unit les membres d'un cabinet à leur patron, mélange de dévotion et de terreur, d'abnégation et d'épuisement. J'ai beaucoup d'admiration pour ces jeunes hommes et jeunes femmes  qui choisissent de travailler pour un ministre ou un président de parti. Le grand public ne mesure pas à quel point le rythme est élevé dans le milieu du pouvoir : entre une réunion préparatoire à 7h30 et une conférence débat qui va prendre fin vers 22h, une visite de terrain le samedi, et un débat le dimanche, il y a de quoi y laisser sa santé et sa famille. J'en ai vu des membres de cabinet se sacrifier pour un patron parfois arrogant et méprisant. J'en ai vu des hommes politiques maltraiter leurs collaborateurs, les humiliant y compris devant le journaliste que je suis, et ces collaborateurs s'abstenant toujours de répondre. Ce film décrit très bien l'étrange admiration qui lie un membre de cabinet à son patron. 

  L'homme politique inspire, insuffle, conceptualise, tranche, dynamise, il est là pour ça. Son équipe tente de traduire en projets de loi, désamorce les crises, instruit les dossiers, prépare les notes et gère l'intendance. Bien sûr  le conseiller aura sa récompense en bout de course : un salaire souvent correct, un mandat d'administrateur pour compléter et penser à autre chose, un recasement en fin de parcours quand les choses ne se passent pas trop mal. Mais le carburant reste l'amour de la politique et de son patron, la passion de la chose publique, et on est prêt à donner beaucoup pour cela :  la pression est énorme, le volume de travail  considérable. Ce que j'ai vu dans Quai d'Orsay est un poil forcé (comme dans la BD un ouragan précède le ministre qui fait s'envoler les dossiers , et la porte claque à chaque passage, un des effets comiques du film) mais reste proche de la réalité, y compris en Belgique. Niels Arestrup en chef de cabinet à la voix douce mais à l'autorité incontestable y est remarquable. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire l'un où l'autre parallèle avec des situations belges que j'ai pu approcher,  je tairais les noms bien sur, même si le film reste très français. Oui, un cabinet ministériel fonctionne ainsi : avec un ministre plus ou moins flamboyant qui fixe la ligne dans des moments plus ou moins inspirés, un directeur de cabinet qui dirige réellement les opérations, un chef de cabinet qui gere la tresorerie et les problemes de voiture, des cabinetards, galériens du pouvoir, qui rament, une administration qui est considérée comme un obstacle et des parlementaires qui ne sont que des faire-valoir. Oui on y trouve cette forme de violence et un brin d'érotisme dans les rapports hommes-femmes. Oui, l'action est parfois brouillonne et irrationnelle, malgré ce que les journalistes écrivent. Et oui, le cheminement qui mène à une déclaration ou à une prise de position est parfois très étonnant.

Courrez donc voir ce film.  Et si vous voulez poursuivre la réflexion procurez vous aussi l'Exercice de l'Etat avec un Olivier Gourmet en ministre des transports cannibale et Michel Blanc en chef de cabinet sacrifié volontaire. Plus sombre, moins grand public, mais tout aussi juste dans la description des machineries ministérielles. 

15 novembre 2013

Bruxelles : les grandes manoeuvres sont lancées

Vincent De Wolf vient de lâcher le morceau. Dans l'émission Les Experts diffusée ce samedi sur Télé Bruxelles le chef de file des libéraux bruxellois reconnait que la campagne a bel et bien démarrée. D'ailleurs dimanche il organise un premier rassemblement de ses supporters au stade Constant Vanden Stock. A plus de 6 mois de l'élection c'est sans doute plus facile de dire que la campagne est lancée quand on est dans l'opposition. Dans la majorité on a plutôt intérêt à dire qu'il faut encore travailler.

  Ce vendredi vous pouviez également lire dans la Libre Belgique un bon topo signé Mathieu Colleyn de ce qui vous attend pour la confection des listes électorales. Quelques inconnus, un peu d'intoxication, des élus qui se placent, le moment est propice à ces spéculations. La vérité est que les états majors ont encore quelques semaines devant eux. Au Mouvement Réformateur l'ossature des listes devrait être communiquée lors de la tournée des vœux 2014, courant janvier. Le PS se donne un peu plus de temps, ce sera probablement pour février.

   Côté têtes de liste , quelques certitudes : Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Olivier Maingain seront numéro 1 à la chambre pour leurs formations respectives. Rudi Vervoort, Vincent De Wolf, Didier Gosuin en pôle position pour la région. Au CDH c'est plus compliqué, j'y consacrerais un billet dans les prochaines heures ou prochains jours. Notez pour l'instant que Joëlle Milquet souhaite se présenter à la chambre, mais que la pression est de plus en plus forte pour lui demander d'être candidate à la région. A Ecolo Christos Doulkeridis sera numéro 1 à la région, Zoé Genot sera également sur cette liste alors que Yaron Pesztat, actuel chef de groupe annonce qu'il ne se représentera pas. Zakia Khattabi et Benoît Hellings sont en lice pour conduire la liste à la chambre.

  Ca c'est pour les grandes lignes. Je vous invite aussi à suivre la suite du casting. C'est souvent pour les places suivantes que les batailles sont les plus rudes, et les enjeux importants pour les partis. Au PS Fadila Laanan sera-t-elle en seconde position pour la région ? Rachid Madrane sera-t-il confirmé dans son rôle de ministre en décrochant la 3ieme place ? Emir Kir glissera-t-il vers la chambre ? Yvan Mayeur et Karine Lalieux seront-ils derrière Laurette Onkelinx, ou bien l'équilibre entre communes exige-t-il d'intercaler un élu qui ne vienne pas de la ville ? Au MR Françoise Schepmans sera-t-elle en deuxième position pour la région ? Où se retrouvera Françoise Bertieaux, qui fait aujourd'hui figure de principale victime de l'arrivée de Didier Reynders ? Des nouvelles venues comme Assita Kanko décrocheront-elles une place éligible? Au FDF Fatoumata Sidibé sera-t-elle numéro 2 à la région, la même place pour la chambre étant promise à Joëlle Maison ?

Ces interrogations taraudent le microcosme. Interviews, prises de position, cartes blanches : il faut lire les déclarations politiques des prochaines semaines en gardant ces questions à l'esprit. Elles vous aideront à comprendre pourquoi les uns et les autres prennent la parole. 

05 novembre 2013

Rue de la Loi: Mark Eyskens : la NVA est sur une autre planète

Rue de la Loi: Mark Eyskens : la NVA est sur une autre planète: L'ancien premier ministre et ministre d'Etat Mark Eyskens était mon invité ce mardi sur Télé Bruxelles. Il estime que les partis fla...

Mark Eyskens : la NVA est sur une autre planète

L'ancien premier ministre et ministre d'Etat Mark Eyskens était mon invité ce mardi sur Télé Bruxelles. Il estime que les partis flamands traditionnels ne pourront pas discuter du programme confédéral de la NVA. Le parti de Bart De Wever "pratique l'auto-exclusion, il est sur une autre planète" a-t-il estimé. L'intégralité de l'interview est ici : http://www.telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/linterview

04 novembre 2013

Mayeur constitue son équipe, Thielemans glisse vers Neo

C'est donc la confirmation d'un scénario dévoilé depuis longtemps. Ce lundi Freddy Thielemans, 69 ans, a confirmé qu'il mettait un terme à sa fonction de bourgmestre de Bruxelles. Un poste prestigieux, le bourgmestre de Bruxelles gère l'une des plus grandes villes du pays, et le statut de bourgmestre de la capitale lui ouvre les portes des grands de ce monde. Le successeur désigné est déjà connu : c'est Yvan Mayeur, président du CPAS qui devrait être désigné (déjà adoubé par Laurette Onkelinx, la confirmation par la section PS locale puis par la majorité communale ne semble n'être qu'une formalité).


 En coulisses cela fait plusieurs semaines qu'Yvan Mayeur se prépare. Son cabinet est même déjà prêt. C'est une femme qui deviendra son bras droit à la commune : Morgane Lobjois sera sa chef(fe) de cabinet. De nationalité française, inconnue du grand public, elle est actuellement conseillère santé du groupe PS à la chambre. C'est là qu'Yvan Mayeur l'a repérée. Le poste n'est pas anodin : Freddy Thielemans et Philippe Close ont tous les deux occupés la fonction de chef de cabinet du bourgmestre, vous connaissez la suite. Ce n'est pas un hasard si Yvan Mayeur recrute sa principale collaboratrice au parlement fédéral. Député actif, il devrait continuer à y sièger. Un cumul qui risque de faire jaser : bourgmestre de la capitale pourrait être considéré un boulot à plein temps. Les contre-arguments existent : Paul Magnette et Willy Demeyer, aussi bourgmestres de grandes villes sont aussi sénateurs, Bart De Wever est bourgmestre d'Anvers et député flamand et Elio Di Rupo fut longtemps député et bourgmestre en titre de Mons. D'après mes informations Yvan Mayeur souhaiterait d'ailleurs être de nouveau candidat à la chambre en 2014, laissant à Philippe Close le soin d'être candidat à la région. Notez que le bourgmestre de Bruxelles a dans ses attributions la direction de la police et les relations publiques (classique) mais aussi la gestion du budget (un gros morceau). 
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 Ce changement de bourgmestre ne signifie pour autant la disparition de Freddy Thielemans. Ainsi qu'il me l'indiquait ce matin sur Bel RTL le bourgmestre sortant espère continuer à jouer un rôle important  sur le projet Neo. D'après mes informations il pourrait ainsi devenir directeur ou secrétaire général de la structure qui gèrera le développement du futur quartier. Ce n'est pas vraiment un boulot de retraité

03 novembre 2013

La NVA, Bruxelles, les partis francophones et les Experts

C'est Jean-Christophe Pessese qui dirigeait les débats des Experts de Télé Bruxelles cette semaine. Et il y avait du grain à moudre avec les propositions de la NVA. Pour les journalistes présents le parti de Bart De Wever réussit une nouvelle fois à dicter l'agenda médiatique et les réponses francophones paraissent faibles. Les invités politiques étaient Damien Thierry (FDF) et Françis Delpérée (CDH).

Bernard Wesphael

Je n'ai rien à vous dire sur Bernard Wesphael. D'abord parce que ce n'est pas ma rubrique. Je connais l'homme politique, je ne sais rien de l'homme privé. C'est vrai pour lui comme pour beaucoup d'autres. 
Ensuite parce que je n'ai pas beaucoup de goût pour ces matières là. C'est un drame. L'émotion nous touche tous, inutile d'en rajouter. Un peu de pudeur. 
Je n'ai rien à vous dire parce que je ne sais rien. Je laisse les enquêteurs faire leur travail. Sans juger prématurément. Sans défendre aveuglement. Il faut attendre. Le temps de la justice n'est pas le temps de l'émotion, ni celui des médias. 
Je n'ai rien à vous dire par respect pour ma consœur décédée et par respect pour ses proches. 

La seule chose que je pourrai faire c'est vous rappeler le parcours de Bernard Wesphael : ancien chef de groupe Ecolo, trublion, contestataire, sans doute amer d'avoir été écarté des fonctions ministérielles auxquelles il pensait pouvoir pretendre, candidat malheureux à la présidence de son parti, en rupture encore et toujours. Mal à l'aise à Ecolo il demissionne, mais garde son mandat de deputé regional, fonde le mouvement de Gauche, se propose en Melenchon liégeois, mais lucide, constatait récemment que ce mouvement, abritant plusieurs tendances et doublé sur sa gauche par le PTB ne prenait pas l'ampleur souhaitée. La seule chose que je peux vous dire c'est celà. Qu'il avait rêvé à un cartel à la gauche de la gauche, mais que son rêve s'enfuyait.

Parce que nous ne nous réduisons pas à une seule facette de notre existence. Que nous sommes tous des individus complexes qui ne peuvent être réduits à un seul fait, un seul moment, une seule phrase. Que connaître et comprendre une personnalité demande du temps. C'est vrai pour les personnages publics comme pour les autres.

Mon témoignage ce triste week-end de Toussaint n'ira donc pas plus loin que ce rappel du parcours politique de Bernard Wesphael. L'homme n'était plus très présent dans les médias. En juin dernier je le recevais à Télé Bruxelles. Ce n'est pas notre meilleure interview, à l'un comme à l'autre. Mais c'est ce que je peux garder en mémoire, et éventuellement partager avec vous. Car sur le reste, je n'ai rien à vous dire. 

http://telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/linterview/25896-190613-bernard-wesphael

20 octobre 2013

Ecolo invente le matricide

OLYMPUS DIGITAL CAMERA C'est un drôle de parti Ecolo. Pas parce que les militants y ont régulièrement le pouvoir de nommer leurs représentants : des exercices de désignation démocratiques existent dans d'autres formations, au moins pour la présidence, et sont organisés tout aussi démocratiquement. Plutôt pour les résultats inattendus qui sortent de ces consultations. Ce n'est donc pas tant cette tradition démocratique qui fait la singularité d'Ecolo que la culture contestataire qui s'exprime à ces occasions.

Par définition un vote en assemblée générale du parti écologiste est difficile à prévoir tant les débats qui le précède sont tumultueux, ouverts passionnés. 
En tant que journaliste j'ai connu trois époques. La première, celle des assemblées générales ouvertes faisait le délice des reporters politiques. On y voyait les courants s'affronter devant les caméra, les ambitions personnelles s'exprimer sous les huées des militants, les alliances contre-nature (on a beau être chez les écologistes, ça existe aussi) s'afficher. On s'insultaient, on se comptait, et puis on quittait le parti ou se réconciliait pour le combat suivant. 
La seconde période est liée à l'essor du parti dans la vie politique et sa transformation en partie de gouvernement (comprenez que les verts acceptaient de monter dans une majorité et de mettre les mains dans le moteur pour tenter d'influer sur le cours des choses au lieu de les critiquer de l'extérieur). On a maintenu les assemblées générales, mais on a alors interdit l'accès de la presse au débat. Cela a commencé par les caméras, puis la mesure s'est étendue à toute la profession. Les joutes oratoires continuaient, mais l'effet dévastateur que cela aurait pu avoir sur l'opinion publique est devenu plus limité. 

Nous sommes maintenant dans une troisième phase, celle de la professionnalisation d'Ecolo. Les assemblées générales y ont été remplacées par des comités de listes. On fournit une liste clef en main préparée par la direction du parti, le rôle des militants dans cette phase cruciale est donc moindre. Mais il restait  une exception. La liste européenne. Vu ce qui s'est passé hier à Mons les écologistes ne pourront pas faire l'économie d'une réflexion sur ce que représente cette exception pour un niveau de pouvoir où se concentre les enjeux environnementaux qu'ils portent.

Ce week-end les écologistes ont donc préféré Philippe Lamberts à Isabelle Durant (325 voix contre 270) pour conduire la bataille européenne de mai prochain. Une bonne cinquentine de voix d'écart, ce qui est significatif quand on est 600 votants. 
On pourra voir dans ce résultat la revanche de la désignation précédente (Durant l'avait emporté d'une seule voix face à son challenger). J'ai la faiblesse d'y voir bien plus : le maintien ou la résurgence de cette culture contestataire. Le désir de la base de montrer à ses élites qu'elles sont à sa merci, quitte à se tirer une balle dans le pied. Montrer qu'on a le pouvoir en prenant une décision contraire à ses propres intérêt pour manifester son autorité est assez peu rationnel, mais vous si vous me lisez régulièrement vous savez déjà que tout n'est pas rationnel en politique.

Les arguments de campagne des deux candidats l'indiquaient assez clairement. Isabelle Durant a essaye de convaincre les électeurs/militants en mettant en avant son expérience, son positionnement large (elle peut parler aussi bien de transport que d'énergie ou d'éthique) et surtout sa surface électorale (avec moins deux sièges sont possibles, sans moi, un seul est probable). Philippe Lamberts a mis en avant son bilan (être devenu l'un des parlementaires européens les plus compétents en matière de finances) et un renouveau politique dont il est indéniablement porteur (une nouvelle génération, une rupture de style, le retour aux fondamentaux : pas plus de deux mandats et le turn over assumé des élus). Lentement mais sûrement le débat européen s'est donc joué de la manière suivante à Ecolo : ceux qui pensent qu'ils faux aller au devant de l'électeur en étant le plus rassembleur possible, et ceux qui souhaitent que l'on s'en tiennent strictement au programme, peu importe qui le porte.  Gagner les elections parce que c'est la vocationd'unpart, ou garder son âme pure pour ne pas ressembler à ceux qu'on denonce. Depuis,longtemps l'un des deux candidats portait en lui un atttitude de defiance vis à vis de l'appareil, qui, disait-il, ne le soutenait pas assez. Avec lui les militants on voulu remettre ceux qui incarnent le parti dans l'opinion à leur juste place : des militants parmi d'autres. Une résurgence des combats fondi/realo des années 80. Avec Lamberts ce sont donc les fondi rigoureux qui gagnent.

Qu'on se comprenne bien. J'ai beaucoup d'estime pour Philippe Lamberts, que j'ai interviewé à plusieurs reprises et qui m'impressionne par sa connaissance réelle du dossier bancaire. Des articles du Monde et du Financial Times qui vous décrivent comme l'adversaire numéro 1 des grandes banques européennes ce n'est pas rien. L'homme est organisé, dynamique et bon communiquant. C'est un excellent député. 
Mais ce n'est pas le problème. Un bon parlementaire n'est pas forcément une bonne tête de liste. Thierry Giet fut un bon parlementaire, chef de groupe PS respecté à la chambre, mais toujours élu grâce à la suppléance. Pour  prendre un autre exemple, au sein d'Ecolo cette fois, Marcel Cheron est un négociateur incontournable des matières communautaires, il n'est pas une machine à voix. Compétence et force de travail ou puissance médiatique et pouvoir de séduction, faut pas confondre.  

Ce matin je suis sur que beaucoup d'écologistes belges ont un sentiement de gueule de bois. Après l'ivresse du coup d'eclat,  les éditoriaux moralisateurs (dont ce papier fait sûrement parti) vont leur expliquer que c'est pas terrible ce choix. Et que oui, c'est vrai, Isabelle Durant ratissait plus large et était une meilleure tête d'affiche, et que le score de mai prochain risque de s'en ressentir. 
Plus important encore, le sentiment que la vice-présidente du parlement européen se retrouve désavouée par ses propres troupes alors qu'elle aurait pu viser la place de chef de groupe avec le départ de Dany Cohn-Bendit. Que toutes les années Durant se soldent par un vote sanction. Il suffit de regarder le parcours : Isabelle Durant fut secrétaire fédérale du parti, avant de devenir la seule et unique vice première Ecolo d'un gouvernement fédéral. On peut l'aimer ou pas, mais on se souviendra qu'elle a incarné Ecolo au pouvoir, luttant becs et ongles avec Laurette Onkelinx et Didier Reynders, s'opposant aux camionneurs qui bloquaient la rue de la loi ou sortant du gouvernement sur la question des vols de nuit. C'est ce symbole là aussi, que les militants déchirent d'un geste sec, comme l'annonce d'un souhait assumé d'un retour à l'opposition en mai prochain. 

Cette assemblée générale de Mons c'est donc comme une boussole qui annonce un nouveau cap. Celui d'une reconstruction  qui passe par un changement de génération, la reapporpriation du parti par ses militants, mais aussi un éloignement du pouvoir. 
L'annonce que Jean-Marc Nollet et Marcel Cheron seront candidats à la chambre et non plus à la région confirme ce qui n'est aujourd'hui qu'un presssentiment de journaliste. Mieux vaut briller au federal qu'à la region si,on s'eloigne du pouvoir. On ajoutera que les ténors du parti, pressentant cette nouvelle tendance se sont montrés bien timides pour défendre Isabelle Durant. 
Pour conclure je voudrais renvoyer au livre 'Ecolo au pouvoir' que Chritian De Bast écrivait en 2002 (11 ans déjà !). À l'epoque l'auteur était journaliste à l'Avenir, il allait devenir quelques mois plus tard porte-parole du CDH. Dans ce livre on décrit comment Isabelle Durant était perçue comme une mère ou une grande sœur par les écolos. On explique aussi comment les dirigeants du parti  furent sans pitié avec Paul Lannoye ou Jacky Morael. À Ecolo on a n'a pas peur du parricide politique. On vient d'inventer le matricide. 

17 octobre 2013

Philippe Close (PS) juge que les poteaux bleus et jaunes ne sont pas une priorité

http://telebruxelles.net/portail/emissions/magazines-a-voir-en-ligne/linterview/27823-171013-philippe-close-ps


C'est un peu le feuilleton de la semaine en région Bruxelloise. Mercredi Brigitte Grouwels annonçait son intention de peindre les poteaux de feux rouges en bleus et jaunes. Un premier test serait d'abord mené sur 16 poteaux avant de se lancer dans une opération de plus grande ampleur... c'est une question de sécurité estime la ministre CD&V qui juge les poteaux gris pas assez visibles.

Ce midi le chef de groupe PS du parlement régional Philippe Close à fait part d'où e certaine réserve. 'Ce n'est pas une priorité et sur le plan esthétique je ne suis pas sûr' a-t-il glissé, même si il a ajouté que Brigitte Grouwels peut compter sur son soutien... Il suffit de voir la vidéo de l'interview (c'est vers les 2/3 de l'entretien) pour comprendre que l'accueil est donc très tiède au sein même de la majorité.

15 octobre 2013

Pourquoi écrivent-ils ?

La rentrée littéraire est derrière nous. Mais les livres politiques fleurissent. Frédéric Daerden et Paul Magnette se sont affichés en librairie il y a quelques mois déjà. Merry Hermanus et Isabelle Durant sont actuellement sur les rayonnages. Steven Vanackere, prédécesseur de Koen Geens aux finances, publie un ouvrage ce mardi. Philippe Moureaux, déjà auteur de plusieurs récits, peaufine son prochain manuscrit. Autant de livres, autant de styles, mais une constante : en prenant la plume les élu(e)s établissent un nouveau lien avec l'opinion publique. Ils délimitent un espace, dont ils ont le contrôle, adapté à leur message, sans passer par l'intermédiaire ou le filtre d'un média. Cette liberté, outre qu'elle permet de sortir des petites phrases pour avoir le temps d'expliquer une vraie vision, nous dit beaucoup des intentions de l'auteur. La forme littéraire choisie, le contenu du récit, son articulation, nous renseignent sur le public visé, et sur la relation que l'auteur espère entretenir avec ce lecteur. Et comme du lecteur à l'électeur il n'y a qu'une lettre cela mérite qu'on s'y arrête. Je ne suis pas critique littéraire, vous me permettrez donc de passer les livres en revue sans toutefois juger les styles.

Première catégorie de livres politiques, le recueil de chroniques. Bart De Wever et Paul Magnette ont en commun de publier des billets réguliers dans un grand quotidien flamand. Les réunir sous forme de livre ne demande pas beaucoup de travail en plus. Opération gagnante qui vous permet de gagner des lecteurs au delà du lectorat du quotidien dans lequel les chroniques ont été publiées, de pérenniser votre œuvre (le journal est éphémère, le livre reste) et accessoirement de déposer votre visage dans les librairies. Si j'étais sordide je comparerais l'homme politique à une marque.  Un visage sur une couverture, c'est autant de contacts avec la marque que de clients dans les librairies. Si votre éditeur décroche le rayon livre du carrefour c'est bingo. 

Sur le contenu Paul Magnette propose une visite de l'espace francophone à destination des lecteurs flamands. Pour un bruxellois ou un wallon lire ces chroniques c'est un peu se voir dans le miroir du miroir. C'est déformant bien sur, mais ça ne manque pas d'intérêt. On y comprendra que les clichés entretenus au nord sur le sud ne pourront pas être déconstruits tant les habitants du sud les  intègrent dans la perception qu'ils ont d'eux-même. Ajoutons que c'est une lecture agréable, par chapitre ou d'un trait.


Deuxième registre le livre-entretien, genre très prisé, que ce soit en duo avec un journaliste, ou comme dans le cas de Frédéric Daerden avec un interlocuteur artificiel censé incarner monsieur ou madame tout-le-monde. L'interlocuteur pose des questions, le politique y répond. L'ouvrage ici a une visée pédagogique. Frédéric Daerden y a même ajouté des fiches d'explication (qu'est ce que la subsidiarité ou une majorité qualifiée). On sent la patte des collaborateurs derrière l'ouvrage qui veut rapprocher l'électeur du fonctionnement du parlement européen. On est ici entre l'ouvrage scolaire et la profession de foi, et l'ouvrage sera instructif pour tous les étudiants en sciences politiques. On peut y voir, aussi, en creux, un malaise : celui d'un élu très implanté localement mais confronté au déficit d'explication des qu'on parle d'union européenne. Mais que fais-je donc si loin de vous, chers électeurs, lorsque je suis à Bruxelles ou à Strasbourg ? 

Toujours dans la catégorie Europe, Isabelle Durant a opté pour le livre-manifeste. Là aussi c'est un classique de la littérature politique, où l'auteur fait part de sa vision du monde et dévoile ce qui s'apparente à un programme. C'est dense, touffu, cela invite à la réflexion, et cela demande sans doute plus d'effort de la part du lecteur. Comme pour le livre précédent on notera toutefois une volonté pédagogique et ceux qui aiment l'Europe prendront un réel plaisir à découvrir quelques anecdotes sur le fonctionnement du parlement européen (Isabelle Durant en est vice-présidente et n'est pas tendre avec Herman Van Rompuy, le président du conseil). Particularité de l'ouvrage de l'euro députée ecolo celui- ci à été écrit à 4 mains avec une partenaire n'est pas membre du même parti (la socialiste allemande Gésine Scchwan) ce qui lui permet de sortir du lot des nombreux ouvrages qui proposent une vision européenne. 

Avec Merry Hermanus c'est une autre catégorie qui s'offre à nous, celle des livres-souvenirs. C'est déjà le second ouvrage du genre de l'ancien secrétaire général de la communauté française. Dans le précédent (l'Epreuve) l'auteur se concentrait sur les affaires Inusop et Agusta-Dassault qui lui ont valu d'être condamné. Dans ce qui pourrait paraître comme une suite Merry Hermanus dresse surtout le récit de ses jeunes années dans les cabinets ministériels. Des situations croquignoles, des anecdotes, un livre de récits savoureux où l'on croise les grands formats des années 70/80. Hermanus veut s'y poser en concurrent de Philippe Moureaux qu'il égratigne au passage. On y sent aussi le désir de crier 'ma vie ne se résume pas aux procès que vous connaissez'.

Philippe Moureaux justement prépare aussi une galerie de portraits. On y croisera de grands noms de la politique comme Wilfried Martens. Je suis prêt à parier qu'on y parlera pas beaucoup de Merry Hermanus. 

Enfin Steven Vanackere nous offre aujourd'hui le livre justification. Dans la premiere pierre il nous invite à suivre les vices de nos politiques mais c'est pourtant la vertu que l'ancien vice-premier ministre  décrit dans ses pages. Pourquoi faut-il faire de la politique semble vouloir nous expliquer le ministre démissionnaire, qui se decrit plus vertueux que vicieux, préparant sans doute ainsi son come back : il pourrait être candidat aux élections européennes de l'an prochain. L'ouvrage n'est à ce stade publié qu'en néerlandais. 

Notons que tous ces ouvrages ne feront pas la fortune des éditeurs. En Belgique francophone le livre politique se vend correctement  mais l'étroitesse du marche fait que l'exercice est rarement rentable. Il faut déborder sur le marché français pour atteindre le vrai succes. Il y a quelques années beaucoup d'ouvrages politiques s'editaient ainsi à compte d'auteur. Pour certaines maisons d'édition on demandait au candidat-écrivain de financer lui même l'exercice en achetant à l'avance de grandes quantités ou en s'engageant à reprendre les invendus. On n'est pas sûr que ces pratiques aient disparues. La preuve : de nombreux ouvrage paraîtront sûrement juste avant le début de la campagne officielle au printemps prochain. En faisant bien attention à la date, car une fois la campagne officiellement lancée les frais d'édition risquent d'être incorporés aux comptes de campagne. Et ça, même quand on aime beaucoup écrire, on préfère éviter.