20 janvier 2014

Sommes-nous sortis de la polarisation ?

Cette fois les grandes manoeuvres sont lancées. Avec leur interview en commun au Soir et au Standaard  Charles Michel et Wouter Beke ont frappé fort. Annoncer un axe socio-économique qui transcende la frontière communautaire, renvoyer dos à dos NVA et Parti Socialiste, l'annonce a mobilisé à juste titre tous les commentateurs du weekend et donne indéniablement un nouveau tour à la campagne électorale.
Parce qu'elle est innovante et orginale cette prise de position. Deux partis qui se tendent la main par dessus la frontière linguistique c'est rare, d'autant plus rare qu'ils ne s'agit pas de partis frères. Ensuite parce que même s'ils parlent d'axe, et non de programme commun ou de préaccord, MR et CD&V font passer le message qu'ils se verraient bien ensemble dans une coalition fédérale. A eux deux ces deux partis ont la surface électorale nécessaire pour  contre-balancer le poids dominant du PS et de la NVA. Mieux encore, en y ajoutant le VLD on voit bien qu'un noyau substantiel est en passe de se former. Problème pour la NVA ce noyau pose comme préalable de ne plus parler de réformes institutionnelles. Problème pour le PS ce noyau est de centre-droit pour ne pas dire de droite centriste. Corollaire évident : la reconduction d'Elio Di Rupo au poste de premier ministre n'est pas gagnée  avec un tel programme. "L'avenir ce n'est pas la réforme de l'Etat c'est la réforme fiscale" résumait le président du Mouvement Réformateur sur Bel RTL ce  lundi matin.



 Wouter Beke et Charles Michel mettent donc les deux grands dans l'embarras. A l'heure où j'écris ces lignes le PS n'a d'ailleurs pas vraiment réagit. 
Cette sortie commune nous sort donc de cette double polarisation qui donnait à cette campagne électorale un air de déjà vu, avec un scénario écrit à l'avance. Une première polarisation nord-sud, avec la NVA d'un côté le PS de l'autre, chacun se posant en champion de sa communauté. Une polarisation droite -gauche ensuite, MR contre PS. Comme si CDH et Ecolo étaient hors-jeu. Car l'avantage de la polarisation c'est qu'elle focalise l'attention sur les protagonistes principaux. Plus les adversaires s'affrontent durement, plus ils se renforcent. PS et NVA s'échangeaient donc des programmes communautaires (autonomie de la Flandre d'un côté, sauvegarde de l'Etat de l'autre) PS et MR des mots doux ou des promesses socio-économiques (réforme fiscale d'un coté, sauvegarde de la sécurité sociale de l'autre). Hors de ces deux affrontements point de salut.
La double déclaration de samedi ouvre donc un autre espace. Mais restons prudents. D'abord parce qu'elle n'est pas vécue de la même manière au nord et au sud. Côté flamand Walter Vandenbossche affirmait ce midi sur Télé Bruxelles que la première victime du rapprochement MR-CD&V était la NVA, indiquant donc qu'une coalition avec le PS restait sa préférence implicite. Côté francophone dominait au contraire le sentiment que cette interview avait pour effet de mettre le PS hors jeu (et de soupçonner que le MR était ainsi prêt à monter dans un éxécutif en compagnie de Bart De Wever, comme le faisait ouvertement un communiqué du CDH). 

(l'intégralité de l'interview de Walter Vandebossche est ici)


Ensuite parce que les autres protagonistes n'ont pas dit leur dernier mot. Charles et Wouter ont enfoncé un coin dans le débat pour se placer au centre. Mais Benoit, Gwendoline ou d'autres peuvent à leur tour  s'immiscer entre les deux partenaires du moment. 

La vérité sera au bout de la campagne. Pour l'instant l'axe MR-CD&V est un axe de paroles. Il faudra attendre les débats des prochaines semaines pour voir si en matières socio-économiques ou communautaires l'attelage tient la route au delà d'une interview. Si libéraux francophones et sociaux-chrétiens flamands  sont effectivement capables de parler d'une seule voix en matière de pensions, de fiscalité, de nombre de magistrats à Bruxelles ou de nominations de bourgmestre dans la périphérie par exemple. Si oui, l'axe aura démontré qu'il s'est vraiment passé quelque chose ce weekend. Sinon ce ne sera qu'un coup de communication. Avec le risque pour les deux partis de paraitre un peu fébriles et déjà très préoccupés par leur présence dans les coalitions futures.


19 janvier 2014

Demotte ironise sur l'agenda de Marcourt

   Avec l'humour on peut tout dire. Mieux même, on n'a pas  besoin d'être un psychanalyste de haut niveau pour savoir qu'il existe  des rires particulièrement signifiants. L'évènement humoristique dont je vais vous parler n'a pas été beaucoup relaté dans la presse, mais de très nombreux journalistes y ont pourtant assisté. 
   C'était le 14 janvier, mardi dernier, au château de la Hulpe. Comme chaque année les gouvernements wallon et de la fédération Wallonie-Bruxelles (ex-communauté Française) y reçoivent les journalistes. Drink debout dans les salons, puis repas dans une ambiance conviviale. C'est l'occasion d'échanger des amabilités, de converser quelques minutes en dehors d'un contexte profesionnel. Ministres, journalistes, porte-paroles, membres des cabinets ministériels se mélangent, un verre à la main et un sourire aux lèvres. Assez vite je repère deux absents : Jean-Claude Marcourt et Fadila Laanan ne sont pas là. Ils assistent à l'inauguration de la cité miroir à Liège. L'évènement liégeois était programmé à 18h, celui de la Hulpe à 20H, c'était donc en théorie compatible. Fadila Laanan arrive un peu plus tard, mais Jean-Claude Marcourt reste à Liège. 
  Puis vient le moment des discours. C'est Rudy Hermans qui prend la parole au nom de la presse wallonne et présente donc ses voeux aux gouvernements réunis. Un peu d'humour et de rosserie, c'est le principe de l'exercice "je salue la présence de Marie-Martine Schyns qui est avec nous pour la première fois et peut être la dernière " ou encore "le Wallon se demande si la dette wallonne est immense ou simplement colossale". On se détend, on rit, on applaudit les bons mots.
   Ensuite vient la réponse du ministre-président wallon. Et c'est là que ça dérape. Rudy Demotte  y explique les raisons pour lesquels Jean-Claude Marcourt est absent. Et tout sourire, précise aux journalistes qu'il ne faut pas y voir malice ou signe de mésentente entre les deux hommes. La cité miroir de Liège c'est important insiste Rudy Demotte, déjà rigolard. Et le ministre-président de citer un texte, qu'il présente comme celui de son vice-premier chargé de l'économie, ce qui donne à peu-près ceci (je n'ai pas pris de note, c'est donc approximatif) :  "la cité-miroir est un lieu ou le passé et le présent se donnent rendez-vous pour construire l'avenir". La salle explose de rire. Un tel style ampoulé, alambiqué, typique du plus mauvais guide touristique cela amuse des journalistes,  pas mécontents de moquer les discours  de communiquants qui se prennent pour des poètes. Rudy Demotte en rajoute alors deux tonnes.  "A la cité miroir l'art, la culture, la mémoire dialoguent pour nourrir votre curiosité et votre ouverture d'esprit". Cela va bien durer 2 minutes.  Le ministre-président est hilare, secoué de rires qu'il n'arrive plus à contrôler, et peine à finir ses phrases. La salle ressemble à une classe de lycée en plein chahut, les confrères rient à gorge déployée, et Jean-Claude Marcourt fait passer à tout le monde un très bon moment. 
   Dans l'assistance pourtant quelques porte-paroles et membres du cabinet Marcourt rient moins que les autres. Car tout le monde a bien compris. Demotte est en train de se moquer de l'emphase liégeoise de Marcourt. On rit de la pompe et de la prétention liégeoise. On rit du caractère parfois hautain de Jean-Claude Marcourt. On brocarde le choix d'agenda dicté par la proximité d'une élection qui a retenu l'absent loin de la presse.
   Derrière l'humour Demotte règle gentiment ses comptes avec Marcourt. Nous sommes en fin de législature. C'est peut être la dernière fois que Demotte prononce ce type de discours, il se lâche. Beaucoup de journalistes le savent : Marcourt et Demotte ne s'apprécient guère, et  espèrent ne plus se côtoyer au sein du même éxécutif. En gouvernement l'un pousse de gros soupirs et fait des réussites sur son iPad pour montrer son mépris. L'autre  utilise sa tablette pour commander un vélo quand son camarade prend la parole. Face à la presse on fait bloc. On affirme travailler en parfaite intelligence. Sauf quand l'humour, et une salle riant aux éclats, vous autorisent à dire autre chose que le discours officiel. 


02 janvier 2014

La "to do list" de Benoit Lutgen

Il y a les bonnes résolutions. Il y a aussi les dossiers urgents à résoudre. Les décisions laissées en souffrance, les questions renvoyées à plus tard faute de temps pour les étudier. Cela vous donne un petit air de "devoirs de vacances". Les présidents de parti en année électorale sont comme les étudiants en blocus : ils ne profitent pas pleinement de la trêve des confiseurs. Ils ont déjà la tête dans la confection de leurs listes.
 
Prenons la "to do list" de Benoit Lutgen, président du CDH.
 
Pendant la quinzaine de Noël le bastognard devait d'abord prendre des nouvelles de Marie-Dominique Simonet. Depuis qu'elle a mis sa carrière ministérielle entre parenthèse pour raison de santé Marie-Dominique Simonet et Benoît Lutgen ont eu une série d'entretiens téléphoniques. De courtoisie d'abord, pour savoir comment évoluait la santé de l'ancienne ministre. Mais des conversations politiques aussi pour déterminer un éventuel retour de "Marie-Do" comme on l'appelle dans son cabinet. L'interview qu'elle accorde cette semaine à Paris-Match confirme ce que Benoit Lutgen savait déjà : si les nouvelles médicales continuent d'être rassurantes Maie-Dominique Simonet reviendra bien en politique. Elle en a l'envie. Pour le président du CDH c'est un dilemme de moins à trancher dans la confection des listes pour les élections du mois de mai. A Liège vous devriez donc voir Melchior Wathelet en tête de la liste pour les élections législatives, Marie-Dominique Simonet emmènera donc la liste à la région en principauté et Marie-Martine Schyns tirera celle de l'arrondissement de Verviers. Voici don un casting de réglé, et une ligne à barrer dans la liste des cadeaux de Noël.
 
A l'autre bout de la Wallonie, le dilemme est comparable et tout aussi douloureux mais le scénario n'est pas tranché. Là aussi c'est une maladie qui complique la donne . Damien Yzerbyt échevin à Mouscron et député wallon s'apprêtait à être tête de liste aux prochaines régionales. Lui y croit toujours. Il l'annonçait d'ailleurs à des journalistes de la presse  locale  début décembre, sur le mode "bien sûr que je suis tête de liste". L'état-major du CDH  en doute pourtant. "Son état de santé ne lui permettra pas de mener campagne, ce n'est vraiment pas raisonnable" entend-on dans les couloirs de la rue de Deux-Eglises. Entre l'intérêt du parti et le message personnel douloureux à faire passer, la décision, humainement délicate, n'est pas encore tout à fait prise, et Benoit Lutgen y aura surement pensé au cours de derniers jours, soupesant le pour et le contre. A Noël, pour les présidents, il n'y a pas que des cadeaux.
 
Entre Liège et Mouscron, géographiquement, il y a Bruxelles. Ce n'est pas le nœud le plus simple à trancher. Joëlle Milquet a vocation à être tête de liste  aux élections législatives. Un combat des rois qui lui permettrait de se mesurer à Didier Reynders, Laurette Onkelinx, Olivier Maingain. Mais dans son parti beaucoup la prient de mettre son potentiel électoral au service de la bataille régionale : " à la chambre avec Joëlle Milquet  ou pas les équilibres ne changeront pas beaucoup, alors qu' à la région, elle est capable de nous faire prendre un ou deux sièges". Jusqu'à présent Joëlle Milquet ne voulait pas entendre parler de ce scénario. Son président de parti aura peut-être tenté une dernière fois de la persuader pendant la trêve. S'il n'y parvient pas il devra choisir entre Benoit Cerexhe et Céline Fremault pour conduire la liste régionale. Aux dernières nouvelles la côte de Benoit Cerexhe ne cesse de grimper : c'est lui qui a représenté le CDH lors des dernières négociations avec les partis flamands, et plusieurs observateurs  internes au parti estiment qu'il serait préférable pour Céline Fremault d'accepter la seconde position plutôt que de s'imposer en tête de liste sans avoir la garantie de faire le plus gros score. Benoit Cerexhe bénéficierait donc de la préférence de son président de parti, même si Benoit Lutgen, comme à son habitude,  ne laisse rien transparaitre.
 
Enfin, avoir une "to do list" bien remplie  ne doit pas vous empêcher de faire face à l'imprévu et sentir les bons coups. Alors qu'il doit faire face à l'arrivée de Willy Borsus sur ses terres luxembourgeoises le président du CDH n'a pas manqué d'apporter un soutien très visible au FDF cette semaine. Son parti accordera une signature de député  à celui d'Olivier Maingain pour lui épargner la fastidieuse campagne de signature permettant de déposer une liste à la chambre. Avec la défection de Damien Thiéry le FDF n'avait  en effet plus le nombre de députés nécessaires. "Le cdH souhaite que le débat démocratique ait lieu" précise le communiqué qui annonce ce soutien trans-partisan. En réalité le risque que le FDF n'obtienne pas les signatures requises était relativement faible. L'opération était donc autant un coup de pouce à la démocratie qu'un coup de coude au mouvement réformateur, dont on souligne par la même occasion qu'il a bien débauché un député sortant dans une forme de loyauté discutable . Pour Benoit Lutgen, comme pour les autres dirigeants d'une formation politique, une pique à destination d'un parti concurrent reste  toujours une occasion à ne pas rater, que l'on soit en période de vacances ou pas.

29 décembre 2013

Les archives qui tuent

    C'est une plongée dans les archives qui vaut le détour. Alors que Damien Thiery vient d'annoncer son ralliement au Mouvement Réformateur et qu'il n'épargne pas Olivier Maingain je me suis remémoré cette interview accordée à Télé Bruxelles en septembre 2012.

   Une éternité en politique, largement le temps de changer d'avis. Au cours de cette interview Damien Thiery défend bec et ongles les dernières déclarations d'Olivier Maingain (à l'époque  le président des FDF a estimé que le premier ministre Elio Di Rupo  a donné raison aux 'fascistes' en soutenant le Gordel, exactement le type d'exces de langage que Damien Thiéry dit aujourd'hui condamner). 

   Ecoutez aux alentours de 5 minutes "le  contenu de ces propos est extrêmement pertinent " ou encore "M. Maingain a toujours défendu de la meilleure façon qui soit les francophones de la périphérie" précise le bourgmestre non-nommé , qui ne semble pas du tout enclin à critiquer son président de parti, alors qu'une présidentielle interne se profile. À l'époque ces déclarations  étaient beaucoup plus favorables à Olivier Maingain que celles tenues par Bernard Clerfayt ou Didier Gosuin qui s'interrogeaient à voix haute sur le nécessité d'avoir du sang neuf à la tête de leur formation politique. 
 
    Un an plus tard, en novembre 2013 (c'est la toussaint, il est théoriquement en pleine réflexion sur son avenir politique si j'en crois le récit proposé aujourd'hui) Damien Thiery participe aux Experts. Il décoche quelques flèches aux partis qui ont négocié la réforme de l'Etat, dont le Mouvement Réformateur :  "il faut revenir sur la parole des politiciens en 2010 qui disaient qu'en cas de scission de BHV on élargirait Bruxelles" . 'Politiciens' : le terme est péjoratif. Habituellement il désigne un homme ou une femme politique qui fait passer sa carrière et son ambition avant ses engagements.



     Pour la route, je vous ajoute cette déclaration du 15 septembre 2011, malheureusement sans lien vidéo. Ce matin-là  quelques heures avant que le FDF ne rejette officiellement l'accord sur la réforme de l'Etat, Damien Thiéry tient les propos suivants :
"Je peux difficilement m'inscrire dans ce qui a été décidé. On a utilisé la nomination des bourgmestres contre la scission de BHV. Si la nomination des bourgmestres doit être tranchée par le Conseil d'État, c'est un peu la roulette russe, car selon que le Président du Conseil sera francophone ou néerlandophone on aura une décision favorable ou pas. Je constate aussi qu'on est en train de retirer des droits aux 80 000 francophones des communes sans facilités. Il sera très délicat de dire "oui" à cet accord".

 Allez, vive les archives. Et les journalistes qui vont y faire un tour de temps à autre.

09 décembre 2013

Magnette et Tobback relancent la "famille socialiste"


Paul Magnette a annoncé lundi midi sur Télé Bruxelles le lancement d'une série de conférences communes avec son homologue du SPA Bruno Tobback : "on partage une philosophie, une vision de la société, des valeurs, et pour tous les grands dossiers de ce gouvernement nous nous sommes soutenus, les dossiers importants sont menés conjointement par le PS et le SPA" a indiqué le président du PS.  La première de ces conférences aura lieu mercredi sur le site de l'ULB, avant d'autres rendez-vous programmés en Wallonie et en Flandre.

Paul Magnette a par ailleurs  réclamé une réforme de la directive européenne sur le détachement des travailleurs , actuellement débattue au conseil européen "on va tuer  notre tissu économique, il faut une convergence sur les lois sociales et surtout renforcer les contrôles".

Interrogé sur la succession de Freddy Thielemans, Paul Magnette  a apporté un franc soutien à Yvan Mayeur, futur bourgmestre, " c'est un parlementaire actif, brillant qui a de l'expérience, parfois un peu raide dans l'expression mais c'est ce qui fait son charme,  vous verrez, il  fera un excellent bourgmestre". Il a en revanche été plus discret sur la désignation de Pascale Peraita à la présidence du CPAS de Bruxelles "je ne la connais pas personnellement" a-t-il  sobrement commenté. 

08 décembre 2013

Les leçons de journalisme d'Yvon Toussaint







Ce matin je réécoute deux interviews d'Yvon Toussaint sur Tele Bruxelles. L'un pour la sortie de son recueil de chronique au Soir, quelques minutes dans le cadre du journal. L'autre, plus long, consacré à l'ensemble de son parcours face à Sabine Ringhelheim pour le magazine Rencontre. 
Je me souviens être venu le saluer à l'issue de l'un de ses passages dans nos locaux. Il était souriant, joyeux, et savait parfaitement qui j'étais, ce qui m'avait flatté. En attendant son taxi nous avions parle du Soir, du journalisme, de la télé et des réseaux sociaux, des présentatrices de Télé Bruxelles qui venaient de l'interviewer et qu'il avait appréciées. 





















En postant ces liens je me propose de partager ces interviews avec vous. On y parle d'écriture et de journalisme. On y rappelle qu'Yvon Toussaint démissionna lorsque le groupe Hersant fit son entrée au capital de son journal, ce qui démontre un certain panache et un sens moral certain. Je retiens pour mes propres moments difficiles (la campagne électorale à venir y est parfois propice) que les rapports entre les journalistes et les politiques sont toujours délicats. Dans Rencontre Yvon Toussaint explique très bien qu'il trouvait sa rédaction trop proche du FDF à l'époque, et qu'il ne faut pas confondre la défense de valeurs et la promotion d'un parti sensé les porter. Au contraire disait-il, il ne faut rien laisser passer à son propre camp. Je vais essayer de mémoriser la leçon. 

01 décembre 2013

Génération Laurette

O
 
Laurette Onkelinx
C'est un  changement comme il n'en survient que tous les 10 ou 15 ans. Peu d'observateurs l'ont relevé et ce sera pourtant l'une des grandes nouveautés du scrutin de l'an prochain. Entre 2010 et 2014 les fédérations bruxelloises des deux plus grands partis francophones, le MR et le PS, ont changé de patron. Ces president(e) sont en charge de la confection des listes, c'est en cours, du programme, cela arrivera bientôt,  et de l'incarnation de la campagne dans les médias, ce sera pour l'année prochaine : de quoi conditionner une élection et donner une toute autre saveur aux analyses à venir. 

Didier Reynders et Laurette Onkelinx sont donc occupés à prendre leurs marques et à marquer de leurs empreintes respectives cette période cruciale qui précède la campagne elle-même. Je reviendrais sur Didier Reynders dans une prochaine chronique, intéressons nous aujourd'hui à Laurette Onkelinx. 

Depuis qu'elle a pris les rênes de la fédération socialiste  le rythme de travail de la vice-première ministre  s'est encore accéléré. Considérée comme un élément central du gouvernement fédéral, ce n'est pas moi qui le dit mais un ministre flamand avec qui j'ai eu l'occasion d'en discuter : 'Laurette Onkelinx possède une grande connaissance de ses dossiers, défend crânement ses positions, sait faire preuve de caractère mais respecte les accords et les concessions obtenues par ses adversaires.' Un sans faute et beaucoup de louanges au delà de son propre camp.  
Au niveau bruxellois par contre cela reste à prouver. Un patron de fédération c'est un peu de visibilité et beaucoup d'ennuis en plus. L'accession de Laurette Onkelinx à ce poste s'est faite en douceur, avec l'aval (et même l'appui, ce qui est rare) de son prédécesseur. Un passage de témoin plutôt qu'une conquête. Inconvénient de la situation : à gagner des batailles sans combattre on n'est qu'un général de pacotille, sans connaître l'état de ses troupes ni ses ennemis intérieurs, on joue l'autorité sans savoir si on la possède vraiment. La préparation des listes et la campagne à venir sont donc le baptême du feu de Laurette en terre régionale. 

Ce baptême du feu commence à la fin de l'année dernière. Lorsque les socialistes décident de placer Rudi Vervoort à la ministre-présidence en remplacement de Charles Picqué. C'est assurément l'acte fondateur de la présidence Onkelinx. 'À ce stade Laurette et Rudi s'entendent parfaitement c'est un atout pour nous' me confiait la semaine dernière un haut dirigeant socialiste. Un homme incarne cette entente, c'est Yves Goldstein, chef de cabinet du ministre-président. En tant que secrétaire du gouvernement bruxellois il prépare les décisions, assiste au conseil des ministres, règle les relations avec les autres partis de la majorité, trouve les compromis et ajuste les budgets. Et en plus de tout ça il informe et conseille la présidente de la fédération. Car Yves Goldstein, comme Ridouane Chahid, chef de cabinet adjoint, vient de la sphère Onkelinx. Il fut longtemps le monsieur Europe du cabinet de la vice première, avant de devenir aussi le Schaerbekois de l'équipe, pilotant les deux campagnes électorales communales. Un homme de confiance. Le placer chez le ministre président c'était indiquer que la présidente de la fédération entendait être bien informée et gérer les choses en direct. 'Il n'y a plus une nomination d'huissier qui lui échappe' confie un autre socialiste. Goldstein, Chahid, mais aussi Mayeur, Madrane,  Laaouej, Vannomeslaeghe : ce sont les yeux et les oreilles de Laurette Onkelinx. Une nouvelle génération d'élus, qui l'informent, la conseillent, filtrent et font remonter l'information, et redescendre les décisions. Retenez ces noms. Si Laurette Onkelinx perdure à la présidence ce sont les décideurs du Bruxelles de demain. 

Yvan Mayeur est probablement le plus connu d'entre eux. Dans quelques semaines bourgmestre de Bruxelles, il jouit d'une relative autonomie : la présidente de la fédération s'est bien gardée d'intervenir dans l'affaire Pereita. Cela aurait pourtant permis d'assoir son autorité et d'éviter une campagne de presse très négative pour le PS ( sans compter que l'argument pourra ressortir en campagne). Mais c'est le pré carré d'Yvan. Celui-ci comme Rachid Madrane a pour lui d'avoir été formé et propulsé par Philippe Moureaux. Ces deux-là jouissent donc d'une double légitimité : choisis par le bourgmestre de Molenbeek et confirmés par la vice-première ils incarnent une forme de continuité, l'avant-garde de la génération Onkelinx en quelque sorte. Tous les deux peuvent aussi faire valoir une réelle expérience d'élus communaux. Madrane, comme Vervoort réussit en outre un bon démarrage gouvernemental.  Ahmed Laaouej affiche un profil plus technicien : spécialiste des questions fiscales du PS, il participe à ce titre à une partie des négociations gouvernementales aux cotés d'Elio Di Rupo. Il est une figure qui monte, le probable leader du PS sur le nord ouest de Bruxelles même s'il n'a pas encore de grande base électorale et qu'il affiche un caractere plus gestionnaire que conquérant. Stéphane Vannomeslaeghe est l'homme de l'ombre, celui qui gère la fédération pour le compte de la présidente. 

À ce stade Philippe Close et Karine Lalieux, aux profils plus Di Rupiens semblent dans un second cercle. Mais ça ne veut pas dire sans contact. C'est le propre d'un président de fédération de s'appuyer sur tout le monde est de ne pas se contenter de sa garde rapprochée si il/elle veut durer. Et on notera que Philippe Moureaux est loin d'avoir disparu, qu'il continue de voir Laurette Onkelinx régulièrement, que Rudi Vervoort n'est pas qu'un représentant de commerce et qu'il maîtrise bien ses dossiers, et que Charles Picqué n'est pas aussi effacé qu'il le dit. 
Voici l'équipe. Et devant Laurette Onkelinx, déjà quelques solides dilemnes. Par exemple pour la seconde place à la chambre. Faut il reconduire Yvan Mayeur ou lui  préférer Émir Kir ou  Ahmed Laaouej ? Mayeur, c'est la continuité et un parlementaire de grande qualité. Mais n'est ce pas trop pour un seul homme ? Kir c'est l'assurance d'un gros score, Laaouej un pari sur l'avenir mais une inconnue électorale.  Pas simple. Idem pour la liste à la région. Mettre en ordre la génération Onkelinx prendra encore quelques mois. 

24 novembre 2013

Les rouages de l'Etat au cinéma


  Thierry Lhermitte dans une satire de Dominique de Villepin lorsqu'il était le flamboyant ministre français des affaires étrangères. C'est ce que vous verrez si vous aller voir le dernier film de Bertrand Tavernier, "Quai d'Orsay". L'oeuvre est une adaptation de la très bonne bande dessinée du même nom. Elle raconte l'organisation et la vie d'un cabinet ministériel au travers du regard d'un jeune collaborateur engagé pour être la plume du ministre, celui qui rédige ses discours. L'intérêt du film est là : dans la relation trouble qui unit les membres d'un cabinet à leur patron, mélange de dévotion et de terreur, d'abnégation et d'épuisement. J'ai beaucoup d'admiration pour ces jeunes hommes et jeunes femmes  qui choisissent de travailler pour un ministre ou un président de parti. Le grand public ne mesure pas à quel point le rythme est élevé dans le milieu du pouvoir : entre une réunion préparatoire à 7h30 et une conférence débat qui va prendre fin vers 22h, une visite de terrain le samedi, et un débat le dimanche, il y a de quoi y laisser sa santé et sa famille. J'en ai vu des membres de cabinet se sacrifier pour un patron parfois arrogant et méprisant. J'en ai vu des hommes politiques maltraiter leurs collaborateurs, les humiliant y compris devant le journaliste que je suis, et ces collaborateurs s'abstenant toujours de répondre. Ce film décrit très bien l'étrange admiration qui lie un membre de cabinet à son patron. 

  L'homme politique inspire, insuffle, conceptualise, tranche, dynamise, il est là pour ça. Son équipe tente de traduire en projets de loi, désamorce les crises, instruit les dossiers, prépare les notes et gère l'intendance. Bien sûr  le conseiller aura sa récompense en bout de course : un salaire souvent correct, un mandat d'administrateur pour compléter et penser à autre chose, un recasement en fin de parcours quand les choses ne se passent pas trop mal. Mais le carburant reste l'amour de la politique et de son patron, la passion de la chose publique, et on est prêt à donner beaucoup pour cela :  la pression est énorme, le volume de travail  considérable. Ce que j'ai vu dans Quai d'Orsay est un poil forcé (comme dans la BD un ouragan précède le ministre qui fait s'envoler les dossiers , et la porte claque à chaque passage, un des effets comiques du film) mais reste proche de la réalité, y compris en Belgique. Niels Arestrup en chef de cabinet à la voix douce mais à l'autorité incontestable y est remarquable. Je n'ai pas pu m'empêcher de faire l'un où l'autre parallèle avec des situations belges que j'ai pu approcher,  je tairais les noms bien sur, même si le film reste très français. Oui, un cabinet ministériel fonctionne ainsi : avec un ministre plus ou moins flamboyant qui fixe la ligne dans des moments plus ou moins inspirés, un directeur de cabinet qui dirige réellement les opérations, un chef de cabinet qui gere la tresorerie et les problemes de voiture, des cabinetards, galériens du pouvoir, qui rament, une administration qui est considérée comme un obstacle et des parlementaires qui ne sont que des faire-valoir. Oui on y trouve cette forme de violence et un brin d'érotisme dans les rapports hommes-femmes. Oui, l'action est parfois brouillonne et irrationnelle, malgré ce que les journalistes écrivent. Et oui, le cheminement qui mène à une déclaration ou à une prise de position est parfois très étonnant.

Courrez donc voir ce film.  Et si vous voulez poursuivre la réflexion procurez vous aussi l'Exercice de l'Etat avec un Olivier Gourmet en ministre des transports cannibale et Michel Blanc en chef de cabinet sacrifié volontaire. Plus sombre, moins grand public, mais tout aussi juste dans la description des machineries ministérielles. 

15 novembre 2013

Bruxelles : les grandes manoeuvres sont lancées

Vincent De Wolf vient de lâcher le morceau. Dans l'émission Les Experts diffusée ce samedi sur Télé Bruxelles le chef de file des libéraux bruxellois reconnait que la campagne a bel et bien démarrée. D'ailleurs dimanche il organise un premier rassemblement de ses supporters au stade Constant Vanden Stock. A plus de 6 mois de l'élection c'est sans doute plus facile de dire que la campagne est lancée quand on est dans l'opposition. Dans la majorité on a plutôt intérêt à dire qu'il faut encore travailler.

  Ce vendredi vous pouviez également lire dans la Libre Belgique un bon topo signé Mathieu Colleyn de ce qui vous attend pour la confection des listes électorales. Quelques inconnus, un peu d'intoxication, des élus qui se placent, le moment est propice à ces spéculations. La vérité est que les états majors ont encore quelques semaines devant eux. Au Mouvement Réformateur l'ossature des listes devrait être communiquée lors de la tournée des vœux 2014, courant janvier. Le PS se donne un peu plus de temps, ce sera probablement pour février.

   Côté têtes de liste , quelques certitudes : Laurette Onkelinx, Didier Reynders, Olivier Maingain seront numéro 1 à la chambre pour leurs formations respectives. Rudi Vervoort, Vincent De Wolf, Didier Gosuin en pôle position pour la région. Au CDH c'est plus compliqué, j'y consacrerais un billet dans les prochaines heures ou prochains jours. Notez pour l'instant que Joëlle Milquet souhaite se présenter à la chambre, mais que la pression est de plus en plus forte pour lui demander d'être candidate à la région. A Ecolo Christos Doulkeridis sera numéro 1 à la région, Zoé Genot sera également sur cette liste alors que Yaron Pesztat, actuel chef de groupe annonce qu'il ne se représentera pas. Zakia Khattabi et Benoît Hellings sont en lice pour conduire la liste à la chambre.

  Ca c'est pour les grandes lignes. Je vous invite aussi à suivre la suite du casting. C'est souvent pour les places suivantes que les batailles sont les plus rudes, et les enjeux importants pour les partis. Au PS Fadila Laanan sera-t-elle en seconde position pour la région ? Rachid Madrane sera-t-il confirmé dans son rôle de ministre en décrochant la 3ieme place ? Emir Kir glissera-t-il vers la chambre ? Yvan Mayeur et Karine Lalieux seront-ils derrière Laurette Onkelinx, ou bien l'équilibre entre communes exige-t-il d'intercaler un élu qui ne vienne pas de la ville ? Au MR Françoise Schepmans sera-t-elle en deuxième position pour la région ? Où se retrouvera Françoise Bertieaux, qui fait aujourd'hui figure de principale victime de l'arrivée de Didier Reynders ? Des nouvelles venues comme Assita Kanko décrocheront-elles une place éligible? Au FDF Fatoumata Sidibé sera-t-elle numéro 2 à la région, la même place pour la chambre étant promise à Joëlle Maison ?

Ces interrogations taraudent le microcosme. Interviews, prises de position, cartes blanches : il faut lire les déclarations politiques des prochaines semaines en gardant ces questions à l'esprit. Elles vous aideront à comprendre pourquoi les uns et les autres prennent la parole. 

05 novembre 2013