04 février 2014

De l'autorité présidentielle

Officiellement il dément toute forme d'autoritarisme. Il s'agit, dit-il, de respecter les promesses faites aux électeurs liégeois lors des élections communales. Formellement Benoît Lutgen a raison : Anne Delvaux s'était bien engagée , coupure de presse à l'appui, à siéger en tant qu'Echevine. Elle avait même précisé qu'elle le ferait dans les deux ans, le temps de finir son mandat européenn. Pourtant, derrière l'argument officiel, personne n'est dupe. Le différent qui oppose le président du CDH à la députée européenne, ancienne journaliste de télévision, a aussi pour explication une opportunité à saisir (acceuillir le patron de la CSC ne se refuse pas) des questions de stratégie électorale ( les 120 000 voix d'Anne Delvaux seraient plus utiles à la chambre) un nécessaire ancrage local ( il faut renouveler les cadres à Liège) et un problème relationnel entre un homme et une femme. C'est aussi et surtout le style Lutgen qui s'affirme. En défiant ouvertement son président de parti (ce sera l'Europe ou rien) Anne Delvaux a fermé la porte des discussions dans une période ou Benoît Lutgen ne peut pas se permettre de paraître faible.
Un président ne se laisse pas dicter sa conduite, surtout pas sur la place publique, s'il veut garder la maîtrise de ses troupes. À cet égard la période est cruciale. Le pouvoir présidentiel se manifeste à deux moments clefs dans notre système politique : quand il faut confectionner les listes (nous y sommes) et quand il faut nommer les ministres (nous y serons dans un laps de temps plus ou moins long). Ces dernières semaines Benoît Lutgen a donc très clairement affirmé son statut de président de parti. D'abord en arrêtant une stratégie ( priorité aux élections régionales, pour lesquelles la plupart des ténors sont mobilisés), ensuite en assumant seul la désignation des têtes de listes  et la communication qui va avec. Mieux même, il a réussi à convaincre Joëlle Milquet de se présenter à la région bruxelloise, dont elle ne voulait pourtant pas entendre parler 3 mois plus tôt. Avec ce mouvement surprise Benoît Lutgen a gagné le statut de seul maître à bord, et Joëlle Milquet, dans une forme d'allégeance, perdu celui de belle-mère du parti. En se risquant sur ce terrain Anne Delvaux ne pouvait pas gagner.
Cette péripétie devrait attirer notre attention sur d'autres présidences qui pourraient connaître des moments de tensions au cours des prochaines semaines qui sont autant d'occasion de tester leurs pouvoirs réels. Commençons par le Mouvement Réformateur. Tout le monde à bien noté que Charles Michel et Didier Reynders ne disaient pas exactement la même chose vis à vis de la NVA. Soit. Les deux figures de proue libérales peuvent s'autoriser quelques divergences dans l'expression (ça permet de ratisser plus large). En revanche la confection des listes électorales à Bruxelles ne souffrira pas d'approximations. En cas de différents sur les places à octroyer cela finira par se savoir, un cafouillage fera mauvais genre, et ce sera l'occasion de mesurer le rapport de force triangulaire entre Reynders, De Wolf et Michel. 
La situation est encore plus délicate au Parti Socialiste, où tous les observateurs soulignent le flou qui entoure la non-candidature de Jean-Pascal Labille. La fédération liégeoise n'en veut pas, le boulevard (comprenez Paul Magnette, Elio Di Rupo et leurs conseillers) voudrait bien, et pour l'instant il semble que ce soit la fédération qui gagne. Paradoxalement, dans le plus grand parti de Wallonie, un leader tout puissant n'est pas en capacité de faire les listes. Pire même, le boulevard tente de négocier une place honorable pour Frédéric Daerden, convaincu que ses voix seraient plus précieuses sur une liste à la chambre qu'à l'Europe. Et là encore la fédération, contrôlée par Willy Demeyer, fait de la résistance. Au  final l'empereur rouge qu'on croit tout puissant se révèle bien démuni quand la compétition électorale arrive. On peut être un géant politique, auréolé de tant de victoires, et se retrouver nain au pays des fédérations.
Anne Delvaux aurait du changer de parti.


Complément d'information au 05 février, 11h30 : d'après mes dernières informations Frédéric Daerden pourrait finalement occuper la dernière place sur la liste à la Chambre. Les socialistes liégeois se sont vus en début de semaine pour mettre en place ce scénario, mais rien n'est encore définitif.


Benoit Lutgen : l’interview politique

1 commentaire:

Nicolas Lecloux a dit…

Est-ce déjà trop tard pour A Delvaux pour changer de parti?

Elle est plutôt à l'aise au PPE non?