23 février 2014

Le PTB aime les pouvoirs forts

Le parti du travail de Belgique a-t-il changé ? A-t-il vraiment abandonné les vieux réflexes marxistes-léninistes (quand j'étais jeune on écrivait stalinien) ? Oui affirment en chœur le sympathique Raoul Heddebouw et ceux qui ont décidé de le soutenir en vue du 25 mai prochain. Il faut dire que par ces temps de rigueur et de désespérance le discours a de quoi séduire : non à la crise, non à l'Europe des banques, et non aux licenciements, on est plutôt tous d'accord. Nous avons tous envie d'emplois, de croissance et d'une Europe qui nous entraîne au lieu d'une Europe qui nous comprime. Pourtant le PTB n'a pas réellement changé. Il suffit d'aller sur son site internet et de lire les textes qui s'y trouvent pour constater que ce parti est celui d'une phraséologie marxiste qui nous vient en droite ligne de Lénine. Le trotskisme, la social-démocratie et même la pérestroïka glissent sur le PTB comme des accidents de l'histoire, des incongruités. Le PTB est bien un parti qui a comme but ultime la dictature du prolétariat. En attendant le grand soir ses militants infiltrent les syndicats, se mobilisent dans les mouvements sociaux, vendent Solidaire et font des manifiestas. Il faut leur reconnaître du talent, de l'enthousiasme et des convictions. Un certain art du camouflage aussi. Le PTB avance vers les élections du 25 mai masqué. Très peu de ses électeurs potentiels connaissent son programme véritable. Dans les médias le discours est celui d'un parti contestataire  : la dénonciation plutôt que la proposition. Le PTB met le doigt là où ça fait mal, dénonce les inégalités, souligne la responsabilité des partis au pouvoir, exhorte au changement mais en se gardant bien d'avancer des propositions concrètes et réalisables. Le discours est rodé : s'appuyer sur des faits d'actualité pour expliquer que notre monde tourne mal, et vendre un monde meilleur dans la foulée, sans le décrire vraiment.
En tant qu'interviewer j'ai pu l'expérimenter ces derniers mois : jamais un candidat PTB ne vous dira qu'il lutte pour l'avènement d'un état socialiste. L'expression fait trop peur, mieux vaut l'éviter. Le militant PTB parlera de partage des richesses, de lutte contre les inégalité, de la colère légitime des jeunes. Je vous invite à voir l'interview d'Aurelie Decoene, tête de liste aux élections européennes,  que j'ai réalisée la semaine dernière sur Télé Bruxelles  pour vous en convaincre. Pourtant la dictature du prolétariat est bien le but ultime. Il suffit de lire la prose du parti et d'avoir un minimum de culture marxiste pour le comprendre. Le PTB , qui s'est bâti en opposition au PS et au Parti Communiste Belge dans le courant des annees 1970 n'a pas beaucoup changé. 
Paradoxalement c'est en parlant d'actualité internationale que l'on comprend le mieux ce qu'est le PTB. Parce qu'en lisant ses communiqués, ou son journal "solidaire" , on constate que ce parti ne prend pas vraiment de distance avec la Corée du Nord. Parce qu'il qualifiait il y a quelques jours encore de "tentative de coup d'état"   les rassemblements ukrainiens sur la place Maidan, préférant visiblement le pouvoir en place ( lire ici : http://www.solidaire.org/index.php?id=1340&L=1&tx_ttnews[tt_news]=37923&cHash=ba525865b66d980fd23c7fbca314541c ). Parce qu'il appelle à ne pas intervenir en Syrie où le régime de Bachar-El-Assad est considéré comme légitime. Parce que la mort des hommes n'a pour lui pas beaucoup de valeur face aux avancées de l'histoire du moment qu'elle va dans le bon sens. Le PTB aime les pouvoirs forts. Et même s'il est très loin d'être au pouvoir c'est pas plus mal de le savoir.

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En guise d'update ou de complément, l'interview de Raoul Hedebouw, porte-parole du PTB sur Bel RTL, quelques jours après la parution de cet article :


Raoul Heddebouw : l’interview politique

9 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca serait quand même sympa d'avoir de vrais arguments. Ou est t'il fait mention de la dictature du prolétariat par le PTB? En ce qui concerne le texte de Jean-Marie Chauvier qui a été le correspondant du Monde Diplomatique il est très bon. Et il critique le pouvoir en place. Votre billet est pas très objectif et fait beaucoup de procès d'intention sans aucun argument autre que vos dires. C'est du journalisme très partisan. Dommage.

Anonyme a dit…

Avons nous bien lu le même article?

"Le pouvoir en place est largement responsable de la crise sociale qui profite à l’extrême-droite et aux sirènes trompeuses de l’UE et de l’OTAN. Le pouvoir en place est impuissant, de fait, et défend une partie de l’oligarchie. Il a favorisé l’extension de la corruption et des pratiques mafieuses."

Anonyme a dit…

C'est marrant de voir qu'à un certain moment, les journalistes, observateurs et chroniqueurs "neutres" finissent par faire des sorties maladroites, quitte à sombrer dans la malhonnêteté intellectuelle. C'est triste !

Anonyme a dit…

Fabrice, vous me décevez. En regardant cette interview d'Aurélie Decoene, j'avais pourtant trouvé que votre départ d'RTL vous avait donné des ailes. Cependant, vous êtes effectivement trop partisan dans ce billet. Le PTB n'avance certainement pas masqué, il le dit ouvertement, c'est marqué dans ses statuts (publics) qu'il veut en finir avec le capitalisme. Parler d'état socialiste fait peur, oui, et je les comprends. Cependant, si vous aviez lu "Comment osent-ils ?" de Peter Mertens et "Première à gauche" de Raoul Hedebouw, vous auriez eu des éléments pour modérer votre discours vis-à-vis d'eux. Le PTB n'est pas un parti de bisounours, ils l'affirment eux-mêmes. Mais ce que vous entendez par dictature du prolétariat est malhonnête car vous vous gardez bien d'expliquer le concept en lui-même et d'argumenter sur son actualité au sein du PTB. Le parti est en congrès (son 9ème) depuis décembre, celui-ci prendra fin en janvier 2015. Pendant ce laps de temps, plusieurs centaines de personnes procèdent à un gigantesque brainstorming pour construire la vision long terme du PTB de manière concrète. Mais aussi, et c'est très important pour les militants, des balises éthiques qui sauvegardent les principes et empêchent de tomber dans des excès. On ne peut pas changer un pays de manière durable à partir du moment où on exerce une contrainte sur la population, ce que le PTB veut, c'est provoquer le débat de société. Quant à la Corée du Nord, le parti se présentait autrefois comme ambassadeur de tout ce qui était fait au nom du communisme, cette position n'est plus d'actualité car assimilée à du gauchisme, la Corée du Nord n'est plus reconnue comme un régime communiste par le parti. Vous semblez attendre du PTB qu'il prenne résolument position pour ou contre tel ou tel régime, je vous dis que le parti ne fonctionne pas comme ça. Il ne pose aucun jugement de valeur sur les régimes, excepté lorsque la peste brune refait surface, car ses membres ne connaissent pas tout les tenants et aboutissants et défendent farouchement le droit à l'auto-détermination des peuples. A l'heure actuelle, le PTB travaille plutôt à apaiser les deux Corée pour prôner le dialogue entre les communautés. En ce sens, le rôle du parti est éminemment pacifique et totalement en accord avec sa ligne politique. Je pourrais sans doute en parler encore longtemps mais je vais m'arrêter là.

Un sympathisant du PTB

Anonyme a dit…

Je ne peux qu'abonder dans le sens des commentaires plus haut, le lien que vous affichez pour prouver que "[...]qu'il qualifiait il y a quelques jours encore de "tentative de coup d'état" les rassemblements ukrainiens sur la place Maidan, préférant visiblement le pouvoir en place" est plus que curieux.
Ce lien dirige vers un interview de Jean-Marie Chauvier, et je ne vois nulle part mentionné ce que vous affirmez plus haut. Alors soit ce lien est erroné, soit vous faites preuve de malhonnêteté intellectuelle.
C'est votre droit le plus strict de ne pas aimer le PTB. Le critiquer, de manière partisane, en tant que journaliste, c'est très limite, mais d'étayer vos propos comme vous le faites, c'est un manque de professionnalisme évident.Revoyez donc votre copie...

Alexandre Greimers a dit…

Vous mentionnez des communiqués et des articles de journaux ... pouvez vous donner vos sources afin que nous puissions nous en faire une idée par nous même plutôt que de devoir se fier à votre interprétation ?

Anonyme a dit…

Je partage tout à fait cette analyse, et notamment le "révélateur" de la politique internationale (le PTB a encore soutenu le régime nord-coréen par un message de soutien en janvier 2011). En ce qui concerne l'Ukraine, Solidaire avait posté ce WE un article ahurissant, concernant les déclaration de Di Rupo, dans le chapeau duquel l'organe du PTB mettait sur a même ligne les manifestants "nazis" et "pro-européens" de Maïdan (que Di Rupo aurait du condamner collectivement). Cet article a mystérieusement disparu de son site après la chute de Ianoukovitch et l'ouverture de son palais à Kiev...

Anonyme a dit…

Les commentaires sous cet article démontrent suffisamment ET avec arguments (ce qui n'est pas le cas de l'article) que vous menez une croisade contre le PTB. C'est une vision assez sectaire et de parti pris pour un journaliste qui est censé faire la synthèse et faire preuve d'une certaine neutralité en exposant des faits, pas des suppositions, des raccourcis ou intérprétations. Pourrions-nous avoir votre réponse aux critiques émises sous l'article?

Anonyme a dit…

Félicitations pour votre analyse. Il est toujours bien que les masques tombent quel que soit le parti.