Au carrefour de la politique et de la culture... Belgique, Bruxelles, la communication, le pouvoir, les idées, le théâtre ou la musique ... le blog perso du journaliste Fabrice Grosfilley
29 septembre 2018
Fabrice Murgia, Ann Pierlé et 9 femmes inventent le making off de Sylvia Plath
09 septembre 2018
Le moment antiraciste sera-t-il plus qu’un moment ?
22 avril 2018
Le Jazz est un combat... que les belges affrontent en bande
Cet esprit de compétition est-il indispensable pour atteindre un haut niveau ? Je me garderai de répondre de manière catégorique, en citant 3 ensembles qui m’ont surpris par leur cohérence et leur esprit de groupe. Le groupe de Thomas Champagne, dont le CD fut présenté au théâtre Marni il y a déjà quelques mois (oui cette chronique est aussi l’occasion pour le chroniqueur négligent de rattraper un peu de son retard). Officiellement Thomas est le leader d’une formation qui porte son nom. Mais sur scène le saxophoniste partage l’avant plan avec le remarquable Guillaume Vierset. Le guitariste prend au final la même place que le saxophoniste. Avec sa coiffure et son look soignés il semble débarquer de la scène pop anglaise. Et on se rend compte que cet esprit rock/pop où les musiciens répètent des mois inlassablement quelques mesures binaires imprègne notre culture. Efficace et cohérent comme un groupe de rock, c’est ce qu’on s’était dit en écoutant les agréables mélodies de Thomas et son quartet. Derrière les deux solistes, la rythmique (Ruben Lamon, Alain Deval, look plus proche des Clashs que de Louis Armstrong) déménage. Ce n’est pas le saxophoniste contre ses musiciens, plutôt du 2 contre deux. Si le trio Etievenart est une corrida, Random House est un match de basket, rapide, intensif, limpide. Le leader Champagne dompte ses musiciens caviar, c’est du luxe, un peu de calme et beaucoup de volupté.
21 avril 2018
Lohengrin : Olivier Py souligne l’ambiguïté de Wagner et la beauté de sa partition
25 mars 2018
Le 22 mars de la douleur des attentats à leur représentation théâtrale
Un couple qui s’avance seul au milieu de la scène et qui raconte sa sidération lorsqu’il apprend par télévision interposée que des attentats ont lieu à Bruxelles. L’ensemble des comédiens, ils sont 19, qui reprennent à capela « Bruxelles ma belle » de Dirk Annegarn. Des extraits de conversations, banales, futiles, brutalement interrompus par un bruit d’explosion. 32 extraits comme les 32 victimes des attentats. Et puis ces victimes devant vous, dressées, le visage ensanglanté. Leurs premières pensées, pas toujours très nobles, leurs appels au secours, la fumée, les blessures, la douleur. Ce sont les premiers tableaux, chocs, émouvants, de « Bruxelles, printemps noir » monté au théâtre des Martyrs (lequel aura rarement si bien porté son nom). Il y en a 19 au total. 19 scènes indépendantes les unes des autres mais qui misent bout à bout reconstituent le kaléidoscope de nos émotions au moment des attentats et aussi dans les semaines ou les mois qui ont suivi.
Un texte de fiction en écho aux témoignages des victimes réelles
Ils s’appellent Karen, Walter ou Béatrice. Vous avez pu entendre ou voir leurs témoignages à la télévision, à la radio, dans la presse. Karen cette ancienne prof de sport qui n’est toujours pas sortie de l’hôpital 2 ans plus tard. Walter, qui raconte comment il se bat pour apprivoiser sa prothèse. Beatrice, qui suit un parcours de revalidation de l’armée américaine a San Diego pour espérer remarcher. Ces trois là ont perdu l’usage de leurs jambes. Les deux attentats ont fait plus de 200 blessés. Certains s’expriment, d’autres pas. Et ces 32 morts dont on n’entendra plus les voix. Vous en connaissez peut-être directement ou indirectement. Les gorges et les poings se serrent, les regards se troublent. On se souvient des victimes. Mais on est aussi assaillis par une palette d’émotions. Cela va de la douleur à la colère, en passant par le sentiment d’injustice, la peur ou le cri de vengeance. C’est ça que permet le théâtre. Retracer le parcours de nos émotions et de nos pensées. Notre rapport a l’Islam, notre rapport à la violence, notre besoin de sécurité, notre confiance dans les médias et surtout la manière dont le discours politique s’est emparé de tous ces thèmes (cruelle scène où les marionnettes de Bart, Joëlle et Charles s’écharpent avec cynisme) en deux ans tout a changé. Le 22 mars a profondément marqué des parcours de vie, les témoignages de victimes nous le rappelle mais il aussi boulversé notre paysage mental, cette pièce, entre autre, permet d’en prendre conscience.
Deux ans après, notre capacité de résilience
La vie reprend le dessus. Nous sommes capables, individuellement , collectivement, de digérer, dépasser, surmonter les traumatismes. Dans la pièce de Jean-Marie Piemme le début est très fort. La suite, peu à peu, perd en intensité. Les émotions s’estompent. La parole prend plus de place. On commence à réfléchir et plus seulement à ressentir. On passe par la colère d’un fils contre son père , le témoignage d’un terroriste qui n’exprime aucun remord, le dérapage des policiers dans un interrogatoire. Il y a de la mise en scène, des costumes et des décors magnifiques. Une belle distribution aussi (Ben Hamidou, Itsik Elbaz, Stéphane Ledune). On a quitté le monde réel on a glissé dans le théâtre. Le grand mérite du texte est d’embrasser une large palette d’émotions et réactions provoquées par ces attentats, sans juger. Un excellent point de départ pour lancer notre introspection et comprendre les positions que l’on ne partage pas forcément. Certains moments sont oniriques, la mise en scène de Philippe Sireuil réussie, mais il y a des longueurs, un peu de bavardage. Les personnages qui semblaient unis dans la chanson de la première scène apparaissent complètement désunis dans la dernière. On ne doit pas forcément y chercher de logique. Puisque propre des attentats et des entreprises terroristes c’est justement d’échapper à la logique.
Le teaser : https://youtu.be/p3IxflkpyQw
17 février 2018
Requiem pour L : Fabrizio Cassol dépose Mozart dans un écrin africain
Un plateau envahi de formes rectangulaires noires posées à même le sol entre lesquelles chanteurs et musiciens cheminent, se posent, s’asseyent, se dressent. La référence au cimetière est explicite. C’est dans ce décor minimaliste qu’Alain Platel a déposé la mise en scène du « Requiem pour L » qu’il cosigne avec Fabrizio Cassol (saxophoniste et membre du groupe Aka Moon). Les deux hommes ont déjà souvent collaboré et signé une oeuvre unanimement saluée où ils mariaient la musique baroque de Bach aux rythmes africains (Coup Fatal, grand succès de 2014). Ils africanisent cette fois-ci Mozart et son requiem inachevé. Même démarche, même réussite.
Requiem pour L. (Fabrizio Cassol, Alain Platel, Rodriguez Vangama) - video by Jan Bosteels from les ballets C de la B on Vimeo.




