14 octobre 2014

Jan Jambon et la collaboration

Il y a des sujets plus graves que d'autres à aborder. Quand on parle de seconde guerre mondiale, de génocide, de racisme, un journaliste, comme un homme politique, sait qu'il doit s´ avancer avec prudence.

Cette prudence Jan Jambon, notre nouveau ministre de l'intérieur, semble ne pas l'avoir complètement intégrée. " Les gens qui ont collaboré avaient leurs raisons". La  petite phrase , dans une interview à la Libre Belgique a provoqué un tollé. Les dégâts sont internationaux : une  dépêche de l'agence France presse a relayé ces propos dans le monde entier. 

Collaboration peut avoir 3 sens. Un sens usuel, le fait de travailler ensemble, je collabore à vivacité. Un sens juridique :  travailler pour un occupant, et un sens historique, qui désigne la coopération  avec l'Etat nazi.   
Dans le cas qui nous occupe c'est bien la période précise de 40-44 qui est visée. 

La collaboration en Belgique ce sont des autorités et des individus qui coopérèrent avec le régime du IIIeme Reich. La politique du moindre mal pour certain, une adhésion franche aux idées d'Hitler pour d'autres. La collaboration c'est la persécution et la déportation des juifs, 26 000 au total. Ils seront moins de 1000, moins de 1000, à revenir des camps. La collaboration c'est  le départ de jeunes gens sur le front de l'est . Deux divisions SS la division Wallonie pour les francophones, la division Langemark pour les flamands.   

En indiquant que les gens "avaient leurs raisons" Jan Jambon partage et propage une vision  qui imprègne le nationalisme flamand : en gros, on a collaboré avec les nazis parce qu'on voulait l'indépendance de la Flandre. La politique d'épuration imposée ensuite était une revanche des francophones.

 Cette question de la collaboration divise la Belgique depuis longtemps. Elle repose largement sur des fantasmes. Dans les faits  il y eut autant de collabos chez les francophones que chez les flamands. Ceux qui ont collaboré l'ont bien fait parce qu'il partageait une idéologie fasciste, l'autonomie de la Flandre n'était  par leur seul moteur. 

Les  propos de Jan Jambon sont-ils des propos révisionnistes ? Peut être pas. Mais ils sont ambigus. Cette ambiguïté revient  à relativiser, à banaliser la collaboration. Dans une période où la haine de l'autre est a tout les coins de rue regretter la polémique et non pas les propos qu'on vous reproche d'avoir prononcés  c'est faire pire encore. Un ministre de l'intérieur est le garant d'une  force publique au service de l'état de droit. Jan Jambon est  ce ministre.  L'idée, même confuse,  que la force publique puisse,  à nouveau, être  aussi mal employée nous est insupportable.   

5 commentaires:

Vincent Laborderie a dit…

Vous écrivez : "Ceux qui ont collaboré l'ont bien fait parce qu'il partageait une idéologie fasciste"
C'est faux. Il est dommage qu'en 2014 certains en soit restés à cette vision manichéenne. Lisez quelques livres un peu récent sur la question et vous verrez que les raisons étaient très diverses, la plus courante étant probablement la peur du communisme.

Yves Reinkin a dit…

pense que l'on devrait offrir à tous les membres du gouvernement fédéral le dernier roman de David Foenkinos : "Charlotte" (Salomon)... Sans doute se rappelleraient-ils ainsi ce qu'ont vécu au quotidien et pendant des années les victimes "des gens qui avaient leur raison pour collaborer avec les Allemands"... Et qu'ils refuseraient alors clairement de voir ce type de discours se (re)banaliser dans notre société.

Yves Reinkin a dit…

pense que l'on devrait offrir à tous les membres du gouvernement fédéral le dernier roman de David Foenkinos : "Charlotte" (Salomon)... Sans doute se rappelleraient-ils ainsi ce qu'ont vécu au quotidien et pendant des années les victimes "des gens qui avaient leur raison pour collaborer avec les Allemands"... Et qu'ils refuseraient alors clairement de voir ce type de discours se (re)banaliser dans notre société.

Fabrice Grosfilley a dit…

Vincent Laborderie : je m'étonne que vous puissiez me contredire sur ce point, des travaux de Bruno De Wever (le frère) traitent justement de cette question et établissent que la collaboration relevait d'une idéologie autre que la simple promotion de l'autonomie flamande. Ce que vous confirmez d'ailleurs dans votre phrase suivante : la volonté de combattre le communisme (a l'époque on parlait des bolcheviques) est bien une vision politique distincte.

Vincent Laborderie a dit…

Vous confondez apparemment lutte contre le communisme et adhésion à une idéologie fasciste. Ce sont deux choses distinctes.