12 mai 2014

Ces avions qui nous empoisonnent la campagne

Une campagne électorale se découpe en séquences. Jusqu'ici on peut en compter deux. La première autour des projets fiscaux des uns et des autres, fut dominée par un affrontement PS/MR et la polémique autour du chiffrage du programme du Mouvement Réformateur. Elle commence à la fin mars et se clôture avec les discours du premier mai. La seconde démarre fin avril et court jusqu'à maintenant et se focalise autour du survol de Bruxelles. Ces deux thèmes ne sont pas exclusifs, mais ils sont suffisamment présents pour structurer le débat politique, occupent les premières pages des journaux, mobilisent les commentateurs et alimentent les interviews radio et TV. Pour qu'une séquence s'installe il faut d'abord des oppositions (sans débat point de tension, sans tension point d'attention médiatique) mais aussi des rebondissements (une information chasse l'autre, le terme de séquence renvoie donc à une succession d'informations ou de prises de positions qui font évoluer le débat et lui évite de tourner court) et enfin une certaine proximité succeptible d'intéresser les citoyens/lecteurs/auditeurs/téléspectateurs. 
Sur ce dernier point la séquence survol, qui monopolise toute l'attention depuis 3 semaines, est surprenante. 

La tension est là : elle oppose le CDH (surtout Melchior Wathelet) à la terre entière, et les coups portés ne sont pas feints. Tant le MR, que le FDF ou Ecolo ont toutes les raisons de taper fort. Les deux premiers parce qu'ils peuvent espérer détourner quelques électeurs humanistes (les électorats sont proches), les  verts parce qu'ils sont en concurrence  avec les centristes pour la place de 3ieme parti, et accessoirement parce qu'après la démission d'Isabelle Durant en 2003 ou l'épisode Francorchamps, ce dossier fait un peu figure de revanche. 

Côté rebondissement, le scénario est haletant. Un premier plan, une montée en puissance de la contestation, une seconde mouture, des desaccords au sein meme de la majorité federale, une opposition Federal/Flandre/Bruxelles, une action en justice, une manœuvre dilatoire en conflit d'interet, un premier qui voudrait jouer les arbitres et maintenant la communautarisation du problème : un  condensé du meilleur de la politique belge. L'irruption de la NVA dans le dernier chapitre résonne comme un point d'orgue. Toutes nos félicitations à l'auteur. 

Côté proximité par contre, on repassera. Ça passionne qui le dossier du survol ? Ceux qui sont concernés, bien sur. Combien sont-ils réellement à se mobiliser ? Quelques milliers. Et tous bruxellois. Pour les wallons le dossier est etrange et étranger. C'est étonnant que la séquence prenne donc tant de place dans nos médias et dans le débat politique. Qu'elle éclipse le débat sur l'emploi, la compétitivité, le redressement économique, les transports, l'enseignement, les soins de santé ou même le pouvoir d'achat, qui nous concerne tous. Je le dis d'autant plus facilement que je pense avoir été l'un des premiers journalistes à aborder la questions lors de mes interviews. 

Si la saga des avions occupe tant de place c'est d'abord parce que la nature a horreur du vide. Depuis 3 semaines aucun autre thème n'a réellement émergé. C'est aussi et surtout parce les riverains ont su se faire entendre. La mobilisation dans les quartiers survolés est forte, car le malaise réel. Et les riverains, surtout ceux du collectif Pas Question, qui semble sorti de nulle part, ont bien compris le parti qu'ils pouvaient tirer de la période électorale. Les élus (sauf ceux du CDH qui sont disqualifiés) écoutent,  acquiescent, encouragent, alimentent la contestation. Sans jouer les grincheux je redoute un danger populiste à vouloir trop personnaliser le débat. Ce ne sont pas les gentils riverains d'un côté  contre le méchant Melchior de l'autre qui permettront de comprendre un dossier qui traîne depuis les années 1970. Ayons un peu de mémoire (route Chabert, route Onkelinx, plan Ansciaux, etc.) et admettons que quelques soient les décisions prises en la matière le dossier fera toujours des mécontents. 

En écrivant ces lignes je devine déjà les commentaires, les tweets : Grosfilley ne comprends rien a la souffrance des riverains, il nous méprise, il ne sait pas ce que c'est que de se faire réveiller par un avion, etc. Je m'attends aux reproches personnels car ce débat est bien plus passionnel qu'idéologique. Ce que chacun défend c'est sa qualité de vie. Cela autorise la mauvaise foi, toutes les déraisons et tous les excès. C'est en partie ce qui fascine la presse et les politiques dans une époque où la passion déserte le débat politique. C'est une raison supplémentaire de se méfier de ce pugilat et de le remettre à sa juste place. Ce dossier sera un point important à régler lors des prochaines formations de gouvernement (ou avant si on peut) parce qu'il concerne le sommeil et le portefeuille de nombreuses familles (les opposants les plus farouches sont plus souvent ceux qui craignent que leur bien immobilier perde de la valeur que ceux dont les enfants se seraient réveillés, soyons honnêtes). Mais cela ne peut sûrement pas constituer l'alpha et l'oméga d'une élection  qui désigne pour 5 ans les mandataires qui dirigent l'Etat fédéral et les régions. 

Alors oui, même si je dois me faire huer,  j'espère que nous ouvrirons bientôt une troisième séquence. Que le survol de Bruxelles fasse du bruit, bien sur. Pas au point de tuer la campagne. 


13 commentaires:

Anonyme a dit…

En effet monsieur Grosfiley, je crois que vous allez vous faire huer. Sachez que je serai survolé par +/20000 avions/an et cela juste au dessus de ma maison et que suis à bout de les entendre, vraiment à bout ! Pour moi il primordial que mon bien être soit préservé et je suppose également pour la grande majorité des Bruxellois. Ce que je crois que vous n'avez pas encore compris c'est que si nous ne réagissons pas maintenant à une modification des routes, nous allons en prendre pendant des années (preuves en est d'ailleurs la réaction des néerlandophones ce 12/05). Des personnes vont perdre beaucoup d'argent dans cette affaire si cela est maintenu en état. Je discutais encore ce weekend avec deux personnes, une me disait que sa fille ne savait plus dormir 11h comme elle doit le faire pour sa santé, une autre me disait qu'elle venait d'acheter un cabinet d'osteopathie à Etterbeek pour y avoir le calme, je crois que cette dame d'un certain âge y a mis ses dernières économies... vous trouvez cela normal ! Donc non tout ne tourne pas autour d'un problème financier comme vous le dites. Avez vous lu également le dossier de l'université, je ne crois pas car sinon vous constateriez par vous même que ce dossier n'est qu'un amas de fautes graves alors que nous sommes en démocratie. En conclusion soit vous êtes/votez CDH lors des élections, soit vous n'y avez je crois malheureusement rien compris !

Philippe Schoepen a dit…

Fabrice, quand je regarde votre nuage de mots-clés, je ne vois que des noms d'hommes politiques, mais très peu de thèmes justement dont vous voudriez, sans doute pour moins lasser, tant vous-même que les auditeurs/lecteurs. Notre nuage à nous Bruxellois, francophones, néerlandophoes, expats, zinneke, survolés, survoltés, et bien il est peuplé d'avions. Le jour, la nuit, tout le temps. Cela nous empêche de penser à autre chose parfois. Parce que nous voulons dormir. Tout d'abord. Avant d'aller travailler, chercher du boulot, s'amuser, vivre quoi.
Et donc, des gens se battent contre cette ineptie, cette incurie. Contre ce danger aussi. Les dégâts sont à court, moyen et long terme. Je suis pour ma part content de ce combat politique (dans le sens premier et noble du terme) contre ce chaos qui nous a été imposés, et quand je dis nous, c'est tous les Bruxellois. Concernant la gestion par nos hommes politiques, j'émets des doutes.
Cordialement,
Philippe Schoepen

Victoire a dit…

je suis tout à fait d'accord avec vous. Faisons un moratoire sur le Plan, et parlons d'autres choses.


Moi ce n'est pas le bruit qui me fait sursauter: ce qui me scandalise, c'est :
1)le processus de décision (aucune concertation, le conflit d'intérêt, les partis qui demandent l'application du plan puis disent qu'il est éronné)
2) l' aberration de son résultat qui multiplie par 3 les victimes,
3) la résilience des politiques, qui malgré les erreurs manifestes, dont nous sommes la risée à l'étranger, espérent encore mettre le truc sous le tapis !

Anonyme a dit…

Facile à dire quand on fait partie des rares vrais bénéficiaires du plan Wathelet, monsieur Grosfilley ...

Anonyme a dit…

Moi j'aimerais surtout que les gens qui ne sont pas touchés par ce scandale démocratique surréaliste, cessent de taxer les sympathisants de PasQuestion d'égoïstes et d'agités amnésiques qui se plaignent pour finalement que très peu de choses.

J’aimerais aussi que les habitants anciennement survolés ou pas du tout survolés admettent qu’on ne règle pas un problème en le déplaçant sur des zones trois fois plus peuplées. La Belgique est riche et a les moyens de développer ses activités en respectant la santé de ses concitoyens. Il suffit de voir leur capacité à voter des plans d’aide internationale lorsqu’il survient une catastrophe à l’étranger. Rappelons aux belges ce qui est à l’origine de notre développement. L’Union fait la Force.

Tout le monde politique reconnaît aujourd'hui que le plan Wathelet est une erreur magistrale en ce y compris Madame Milquet et Monsieur Lutgen.

Un ami médecin attirait récemment mon attention sur l'importance de considérer toute plainte générant du stress et de la douleur avec le plus grand sérieux et d'examiner les symptômes de la maladie avec le plus grand soin pour pouvoir ensuite poser le "bon" diagnostic. Et quand il n'existe pas de soins appropriés, le devoir de tout "bon" médecin est de soulager la douleur autant que faire ce peut pendant que la recherche de solutions durables continue.
Le moratoire est le SEUL traitement qui s'impose. Si nous devons attendre que l'industrie politique teste les nouveaux médicaments appropriés la situation deviendra explosive tant notre santé continue quotidiennement de se dégrader, et tant cette situation, Monsieur Grosfilley, ne permettra pas aux Bruxellois de se concentrer sur d'autres sujets aussi importants mais pas aussi VITAUX eux. Aux politiques de prendre leurs responsabilités et de retirer IMMEDIATEMENT ce plan insensé qui fait souffrir bien plus de personnes qu'auparavant. L'étude de l'ULB démontre très clairement l'ineptie de ce plan et sa dangerosité sur le plan de la "sécurité" des citoyens.
Les politiques ont les moyens d'enrayer l'épidémie. Quel plus beau slogan pour le CDH que celui de faire preuve d'humanisme dans ce dossier. Vous en sortiriez plus forte Madame, la Ministre et vous empêcheriez ainsi la contagion. Faites-en votre priorité de campagne. Il faut vous attaquer au mal par la racine et éradiquer la maladie une fois pour toute en prenant les mesures qui s'imposent et en respectant cette fois les termes de la loi. Du bon sens indique encore la page Facebook de Melchior Wathelet. Il faut du bon sens. Monsieur Wathelet est, faut-il vous le rappeler, à l'origine de cette "dispersion" et responsable de la contamination. A lui d'apporter maintenant les preuves qu'il ne nous a pas menti, comme il s’en défend. A lui de nous montrer ses capacités à éteindre l'incendie qu'il a allumé le 6 février. Mais un incendie qui dure depuis plus de trois mois, cela laisse évidemment des traces au sein de la population touchée par ce fléau.

Nicolas L. (Auderghem)

Baudouin Peeters a dit…

Merci Fabrice pour cette analyse qui prend un peu de hauteur.
Hélas, tel un boomerang, ce dossier revient à nouveau à la une : Les tracés Radar d'Huytebroeck sont faux. L’étude de l’ULB le prouve !

Rétroactes : le jeudi 27 février 2014, la Ministre Huytebroeck convoque une conférence de presse pour présenter les cartes du survol de Bruxelles depuis la mise en application de la 6ème phase des nouvelles instructions prises par le Ministre Wathelet en exécution des accords aériens 2008/2010.

La Ministre Huytebroeck présente une carte totalement noire, où tout Bruxelles serait survolée en conséquence des nouvelles routes mises en service depuis le 6 février 2014.

Le Médiateur de l’Aéroport présente, le 28 février 2014, des cartes qui prétendent le contraire et qui démontrent que la Ministre Huytebroeck aurait modifié les tracés radar mis à sa disposition par Belgocontrol.

Ce 7 mai 2014, l’ULB présente le rapport final d’une analyse des nouvelles procédures aériennes. Le litige des cartes présentées par la Ministre Huytebroeck est évoqué en pages 67 et 68 dudit rapport. L’ULB conclut que le Gouvernement Fédéral a eu raison de réfuter en bonne et due forme les tracés présentés par le Gouvernement bruxellois.

L’ULB précise même que les documents de Bruxelles-Environnement seraient tronqués car au-delà d’une certaine altitude, les traits représentants les survols d’avions auraient été prolongés en ligne droite arbitrairement sans comparaison avec la pertinence des réels survols.

Il s'git ici d'une preuve manifeste confirmée par deux autorités neutres et indépendantes (Le Médiateur de l’Aéroport et l’ULB) que la Ministre Huytebroeck a menti et qu’elle a utilisé des faux pour induire en erreur. Il s’agit d’une faute grave d’une Ministre qui pourrait être poursuivie pénalement pour faux et usage de faux.

B.P.
Journaliste

Unknown a dit…

Je pense que comme tout le monde, on se passerait bien de ce sujet. Moi qui suis fan des périodes d'élections avec tous ses sujets d'importance, j'ai gâché cette période. Et pourquoi ? Tout simplement parce que même si ce sujet ne concerne que 5% de la population belge, on ne peut pas se laisser faire par cette décision politique absurde qui risque de nous empoisonner la vie pendant des dizaines d'années.

C'est vrai que nous sommes privilégiés et que d'autres que nous vivent des situations plus dramatiques. C'est vrai que les sujets abordés devraient plus avoir trait à eux et à des sujets d'ordre général.

Mais bien vivre à Bruxelles, est-ce trop demandé ? Parce que nous sommes des classes plus aisées, nous devrions laisser se détériorer notre cadre de vie pour ne pas polluer la campagne ?

Cette problématique n'est que la pointe de l'iceberg : Bruxelles va mal depuis trop longtemps. Ce n'est pas que Zaventem le problème, il s'agit de la cohésion sociale inexistante, des TC inefficaces, du sous-financement de l’enseignement, des crèches, etc, etc.

Que font-ils ces politiques ? Ils viennent faire un tas de promesses alors qu'ils n'ont même pas tenu le 1/4 des anciennes.

Allez-y M. Grosfilley, faites-vous plaisir. Interrogez les donc sur leurs bilans (c'est-à-dire en ayant fait des recherches préalables sur leurs réalisations) parce que moi c'est la seule chose qui m'intéresse : un débat contradictoire sur leurs actions menées. De toute façon, niveau promesse ils disent la même chose à quelques points insignifiants près.

Michel Fouarge a dit…

BHV nous a aussi empoisonné nos campagnes ! Pourquoi ? Parce que dans un cas comme dans un autre les politiques no'ont pas été conséquents avec eux-mêmes. Mais curieusement Mr Grosfilley n'a pas dit la même chose au sujet de BHV à l'époque ! Le bien-être des citoyens serait-il moins important que les problèmes de politicards entre eux ? Je crois que vous avez fait une erreur d'appréciation Mr Grosfilley ! Ce ne sont pas les citoyens qui doivent être au service ce la politique mais la politique qui devrait être au service des citoyens !

Anonyme a dit…

Cher M. Grosfilley: Permettez -moi de vous dire qu'en Brabant wallon, et particulièrement sur un axe allant de La Hulpe à Wavre, les nuisances (déjà présentes en réalité depuis 2004) se sont maintenant fortement aggravées avec aussi réveil des 6h00, en tous cas à La Hulpe. Et des citoyens sont également là pour s'en plaindre. Certes moins qu'à Bruxelles mais tout de même!

Anonyme a dit…

Dans les pages blanches, j'ai trouvé un F. Grosfilley qui habite à kraainem là ou le nombre d'avions a fortement dimiué. Au cas ou il s'agit de vous, je pense que la déontologie voudrait que vous vous absteniez d'écrire sur le sujet.

Anonyme a dit…
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Fabrice Grosfilley a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Fabrice Grosfilley a dit…

Au dernier anonyme : je ne me cache pas. Il se trouve que j'écris, commente et interviewe tous les jours sur beaucoup de sujets. Et que j'essaye de faire la part des choses entre mes opinions et le traitement journalistique des questions que j'aborde. Je fais ce métier depuis 25 ans. Et sur ce dossier, je pense que la première interview qui mettait le problème sur le devant de la scène politique fut celle que j'ai réalisé avec Didier Gosuin sur Bel RTL. J'ai posé énormément de questions tout au long de la campagne, parce que j'avais bien perçu que ce thème était important. Je n'ai donc pas fait preuve de la partialité dont vous m'accusez sournoisement.

En termes de déontologie je n'ai sûrement pas de leçons à recevoir d'un citoyen qui épluche l'annuaire, jette mon adresse en pâture et reste courageusement anonyme. Au moins pendant la dernière guerre on sait de quel côté vous vous seriez trouvé.

C'est la joie des réseaux sociaux de se croire tout permis. Je publie votre message pour montrer à quel point certains militants perdent le sens de la mesure et du respect élémentaire.
11:20 AM