13 mai 2014

Un empereur sans empire

RTL TVI et VTM voulaient en faire une émission phare de la campagne. Ce n'est peut être pas tout à fait vrai, mais c'est indéniablement  en terme de show TV ce qu'on appelle "un bon coup". Mettre Bart De Wever face à un francophone, quel qu'il soit, dans un débat c'est rare. Et du coup c'est instructif. 
Ce mardi soir on a donc vu les présidents de la NVA et du PS s'affronter durement. Violemment. Les coups ont été rudes, y compris dans le conclusion lors que Bart De Wever annonce qu'il ne négociera pas "avec ce PS là". 

Bien sur la confrontation avait des airs de catch, ces combats spectaculaires qui sonnent un peu faux parce que trop mis en scène. C'est dû en partie à la scénographie adoptée et à la présence très envahissante d'un public qui chauffe ses champions à coup d'applaudissement sonores (ce qui rendaient presque inaudibles certaines répliques). Bart et Paul n'avaient pourtant pas besoin de ces supporters, ils étaient bien assez chauds. C'est aussi dû à notre géographie électorale qui implique que NVA et PS jouent dans deux championnats séparés et que plus on tape fort sur l'autre plus on semble être le champion de sa communauté. De ce point de vue les autres formations politiques (MR en tête)  ont raison de dire que le PS ne pouvait sortir  que renforcé de ce duel. 

Une fois ces réserves posées, essayons d'aller plus loin. De nombreux francophone auront découvert ce soir un Paul Magnette qu'ils ne connaissaient pas. Ultra préparé et ultra combatif. À coup sûr  le président remplaçant du PS accède avec cette émission à une nouvelle dimension : il sera désormais l'homme qui est capable d'affronter Bart De Wever sur son terrain de prédilection (le show télévisé en public, ce qui implique de faire simple, d'être rapide et  de frapper fort et juste si on veut gagner) sans perdre la face. Car c'est une évidence : Bart De Wever n'était pas aussi à l'aise qu'à l'accoutumée. Le simple fait qu'il ne gagne pas haut la main un duel télévisé est en soi une information nouvelle. Après un face à face tendu avec Kris Peeters voici deux difficultés en deux jours pour le président de la NVA. 
La pugnacité de Magnette a son revers : elle aura sans doute été perçue comme de la combativité par ses supporters, mais aussi comme une forme d'arrogance pas ceux du camp  d'en face qui auront pu regretter que leur champion ait rarement eu l'occasion de finir ses phrases. 

L'autre enseignement réside dans la permanence du positionnement de la NVA. Rien n'a changé depuis 2010. Dans la dernière ligne droite de l'émission le président du PS (les deux journalistes en remettront une couche après) a clairement contraint Bart De Wever à reconnaître que la scission du pays était son objectif premier et que les réformes économiques avaient moins d'intérêt  qu'une avancée vers le confederalisme. Que le gouvernement flamand pourrait être réalisé rapidement sans qu'on se préoccupe du fédéral. Et que Bart De Wever souhaitait bien la scission de la sécurité sociale. Cette démonstration est une efficace piqûre de rappel et à elle seule justifiait la tenue du débat  (et que les libéraux se rassurent, cette démonstration n'implique pas qu'il faille voter PS pour contrer la NVA, ça n'a tout simplement rien à voir). Donc, oui, cette émission à permis de comprendre les points de blocage, parfois de manière très concrète (les allocations de chômage ou la couverture santé, l'index, la compétitivité) et avait donc des vertus pédagogiques. 

Enfin, si ce duel nous occupe c'est aussi parce que les interventions de Bart De Wever côté francophone se font de plus en plus  rares. Que la NVA ne communique plus avec le sud. Simple constat personnel : il m'a été impossible d'inviter un représentant de la NVA tant à Bel RTL qu'à Télé Bruxelles ces dernières semaines. Je crois comprendre que Bertrand Henne se heurte aux mêmes refus. À la NVA seul Bart parle aux médias. Surtout quand ils sont francophones. Comme si l'empereur de Flandre (surnom qu'il a réfuté en fin d'émission) interdisait à ses généraux de mener bataille en son nom. 

Ce soir il faut rappeler pourtant que la NVA n'est pas toute la Flandre. Représenter un électeur sur trois (on vérifiera le 25 mai) c'est ne pas représenter les deux autres. Ce que ne montre pas ce débat c'est le relatif isolement de Bart De Wever depuis que Kris Peeters l'attaque de front. Et ça c'est la mauvaise nouvelle de la semaine pour Bart, plus encore qu'un débat à moitié raté.  La NVA considère le SPA et Groen comme ses ennemis et rêve d'une coalition de centre-droit avec le CD&V et l'openVLD. Si le CD&V ne joue pas dans la pièce Bart De Wever se découvre impuissant. En Belgique, et même en Flandre, il faut toujours 2 ou 3 partenaires pour former une coalition. Sans alliés pour le réaliser, votre programme n'est qu'un morceau de papier. Vous n'êtes au final qu'un empereur sans empire. 

3 commentaires:

Dimitri a dit…

Bonjour mr Grosfilley,

Je dois être une ecxeption dès lors. En tant que francophone, j'ai découvert un personnage (Paul Magnette) mal préparé et attaquant seulement pour masquer le fait qu'il n'avait strictement aucun argument valable et aucun chiffre réel pour s'affirmer (sauf peut-être l'augmentation du chômage à Anvers).

Cela dit, ce débat en lui-même n'avait aucun intérêt, vous le dites vous-même. Le PS et la N-VA n'ont aucune raison de débattre ensemble. Cela aide seulement les deux partis à s'affirmer de leur côté de la frontière linguistique. Quant à donner à ce show des allures de piqûre de rappel pour montrer les raisons d'un possible blocage, navré, mais puisqu'encore une fois, les Wallons ne peuvent rien faire pour empêcher les votes pour la N-VA, et vice versa, c'est juste jouer sur la diabolisation de l'autre des 2 côtés. Cela ressemble à une polarisation volontaire de l'opinion publique.

Et oui, le MR et les autres partis francophones ont bien raison, tout est fait pour favoriser l'image du PS "sauveur".

Une dernière chose, je n'ai pas entendu le PS dire non, nous ne négocierons pas avec la N-VA. J'ai entendu un "pas si cela porte sur la destruction de la Belgique et de la Sécurité Sociale". En bref, ce sera oui.

renaud a dit…

bonjour,

excellent analyse du débat par Mr Grosfilley. Je l'ai resenti tel que vous le décrivez.

André Melin a dit…

Un peu Naïf votre commentaire. Seriez-vous du PS ? Monsieur Magnette est un homme sans éducation, mal poli. Un pure réprésentant de ce qu'est l'avenir de la Wallonie dans ce désastre. Les techniques Goebeliennes de la communication sont très connues du PS et vous admirez cela. Pauvre jeune homme, vous avez encore beaucoup à apprendre et connaitre l'histoire.