04 juillet 2014

Lenteur et vitesse

Si vous voulez une nouvelle preuve que la Belgique est désormais un État fédéral achevé (pour ne pas dire confédéral) il suffit d'observer la formation des gouvernements des différentes entités du pays.  Pas seulement parce que les coalitions s'annoncent différentes, ça vous le saviez déjà, mais aussi parce que les rythmes de négociations sont désormais complètement désynchronisés. Ainsi plusieurs  régions sont-elles ce soir en passe de boucler le premier tour de rédaction de leur accord de gouvernement. Flandre, Wallonie, Bruxelles : suivant les cas il reste quelques difficultés a surmonter, une poignée de chapitres à rédiger, une relecture sérieuse à opérer, mais l'essentiel du travail est fait. A tel point qu'on peut désormais spéculer sur la date de présentation des accords de majorité dans les entités régionales (et dans la foulée de la formation des équipes gouvernementales, ce qui prend un ou deux jours de plus, avant prestation de serment chez le roi (pour les ministres-présidents) ou devant les parlement régionaux (pour les ministres et éventuels secrétaires d'Etat). Deux dates symboliques nous attendent : le 11 juillet (fête de la communauté flamande) et le 21 (fête nationale). Il me semble désormais acquis que nous aurons tous les gouvernement régionaux avant la seconde date et peut être même (pour certains au moins) avant la première, soit des la fin de la semaine prochaine (il faudra juste bien viser pour ne pas télescoper médiatiquement un match des diables rouges ou leur retour en triomphateurs).  Bref on s'active, on avance, on accélère, et on est en passe de conclure. Les futures coalitions des régions   sont les lièvres de la négociation.  Pas question donc d'attendre le fédéral. Ces futurs gouvernements  nous prouvent ainsi, acte de naissance à l'appui, à quel point leur autonomie est réelle, ce qui ne va pas sans poser quelques questions sur les futures tensions à prévoir... Le comité de concertation, déjà renforcé par la 6ieme réforme de l'Etat,  risque d'être animé.

Si les régions galopent, le fédéral piétine. On a bien compris la stratégie de Charles Michel : arriver à convaincre d'éventuels partenaires par le biais du programme. L'informateur en entendant partenaires sociaux, banque nationale et bureau du plan, ne fait pas que renouer avec une tradition boudée par Bart De Wever. Il donne du contenu à son futur projet et tente de le justifier  par des demandes de la société civile ou des partenaire sociaux. La question ne sera plus " voulez-vous gouverner avec moi ?" mais "êtes vous prêt à appliquer ce programme " ce qui est quand même un peu plus habile. On sent d'ailleurs bien que les sorties patronales des derniers jours avaient pour objectif d'appuyer et légitimer au yeux de l'opinion  un programme plus à droite que celui du gouvernement précédent. Or installer un climat favorable il faut du temps. Charles Michel vient d'obtenir une grosse semaine supplémentaire. L'informateur royal adopte donc le rythme tortue. Paradoxalement le décalage des vitesses pourrait le servir. Une fois les exécutifs régionaux installés il deviendra déraisonnable d'espérer y entrer. Cela clarifiera le jeu pour les deux formations libérales qui réclament toutes deux une présence à tous les niveaux de pouvoir. Messieurs les libéraux, changez de demande, celle-ci ne pouvant plus être rencontrée, et dites nous donc enfin si vous êtes prêts à entrer dans un gouvernement franchement à droite. Une fois les équipes régionales formées il sera nécessaire d'abattre vos cartes : le MR et l'Open VLD sont-ils prêts à assumer cette coalition kamikaze (ou téméraire comme je l'appelai dans un billet précédent) ?

A cette question aux libéraux, s'ajoute celle qu'on est également en droit de poser à la NVA et au CD&V : alors les gars, téméraires ou pas  ? La réponse n'est pas évidente. Certes la NVA et le CD&V ne manquent pas d'envie de renvoyer le PS dans l'opposition et de montrer à la flandre qu'ils peuvent imposer leurs vues sur un pouvoir fédéral jugé ces dernier temps trop favorable  aux  francophones. Mais ce serait se priver de l'argument calimero dont les nationalistes raffolent. Ce serait surtout oublier que laisser  l'Open VLD sur le bord du chemin est une motivation tout aussi forte. Avec l'épisode eurosceptique du parlement européen, et la candidature Dewael contre Bracke à la présidence de la chambre, on a eu un échantillon des relations entre nationalistes et libéraux. Et contrairement aux idées reçues il n'est pas exclu  que pour beaucoup de nationalistes ou de démocrates-chrétiens, faire disparaître l'Open VLD soit bien plus amusant (et stratégique)  que de renvoyer le PS dans l'opposition. Sur ce point notre histoire de formation ressemble davantage à un match de foot qu'aux  fables d'Esope ou de La Fontaine : quand la rencontre est en cours, la morale de l'histoire n'est pas encore écrite. 

1 commentaire:

Michaël de Borman a dit…

Bonjour Monsieur Grosfilley.

Très bonne analyse!
Sauf son point de départ !

En quoi tout ce que vous décrivez parfaitement bien aux niveau des entités fédérées voudrait-il dire que nous sommes entrés dans une ère confédérale ?
Not.

C'est la normalité, le rythme de croisière normal d'un pays "régionalisé". On doit simplement s'y faire.

Ce qui est sûr, et positif, c'est que personne n'a encore réussi à prendre le Fédéral en otage, et c'est tant mieux!

L'entonnoir du fils Michel va bientôt se resserrer autour de (je vous le donne dans le 1000!) … la même coalition que la fois passée!

Ceci adviendra une fois ravalée la Sainte-Nitoucherie libérale des premiers jours post "njiet" de leur présence au niveau des régions.

Mais l'Enlèvement des Fédérales par les Gele Kabouters, on l'a frôlé de près.
Si Bart et ses amis sépa-rascistes de la NVA (Nieuwe Vlaamse Azijnpissers) avaient réussi leur coup de force de mener la Flandre a avoir la première son exécutif installé, avant qu'un premier round ne sonne au Fédéral.

Mais Bart a été appelé par le Palais directement après le 25 mai pour essayer son tour de passe-passe au Fédéra (quel Bon Roi quand même!), et forcé du coup de laisser ses billes VL Gewest dans les pattes de Pisse-Vinaigre en chef Bourgeois, qui n'est pas encore son maître.

C'était la meilleure chose qui eusse put arriver pour renvoyer Bartje hors d'état de nuire.

Maintenant, il doit courir pour finaliser en Flandre avant que les Diables ne ramènent leur Coupe dorée au pays.
Rhaaaaa, tous ces drapaux-crapeaux!
Ca ne tombe vraiment pas au bon moment.
Allei, tournée générale de pilule anti-diarhée pour tout le monde à la NVA!
Si la Coupe revient au pays, c'est 5 ans de chiasse assurée!
Presque de quoi faire pencher la sécu sociale du Nord du pays dans un trou bien plus profond que les baraquais de Wallons n'ont pu le faire en 20 ans !

Santé Bart, y'aura comme un petit goût amer, mais on n'a rien sans rien.
Ca va d'aller Bartje, mais pas sur la piste aux étoiles inter-Fédérales.

Juste en Flandres.

Rien de nouveau donc, sauf qu'on aura mis cette fois moins d'une 5ème du temps que l'exercice avec Bart dans les pattes avait duré la fois passée.

Finalement, ce n'est donc pas si grave, Monsieur Grosfilley!
Heureusement que Benoît Lutgen a eu l'oeil perçant sur ce coup!

Puis-je terminer avec mon traditionnel: Le Roi, la Loi, la Liberté ?
Santé. Leve België, vive la Belgique!

Bien à vous,
Michaël de Borman
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