Un moratoire est initialement un terme
juridique. Il désigne le fait de suspendre volontairement une action ou d’accorder un délai. Un
moratoire sur une dette par exemple permet de suspendre les créances, le plus
souvent pour rééchelonner les paiements.
Le moratoire du plan Wathelet veut donc dire
qu’on suspend l’application du plan. Cela avait été promis par de nombreux
partis politiques au cours de la campagne, à commencer par le Mouvement
Réformateur. Renoncer à un plan qui suscité tant de contestation de la part des
citoyens et qui a été condamné par la justice est une décision politique
logique.
Là ou ça se complique c’est que suspendre
n’est pas corriger. Où fera-t-on passer
les avions ? Les négociateurs n’ayant pas officiellement communiqué sur la
question on suppute qu’ils réactiveront la fameuse route du virage gauche qui suscite elle aussi son lot de protestations et
qui également fait l’objet de recours en justice. En gros vous faites un plan,
la justice le condamne, vous faites le plan suivant, la justice le condamne
encore, et donc vous revenez à la première version. Dès hier soir l'UBCNA (Association Belge contre les Nuisances d'Avion, qui regroupe les riverains de l'est de Bruxelles) jugeait le retour à l'avant 6 février totalement illégal. Au contraire l'association Bruxelles Air Libre et le mouvement Pas Question se félicitaient (on notera d'ailleurs que ce mouvement rendait hier un hommage appuyé à Charles Michel, renforçant l'idée que cette mobilisation là n'était pas exempte d'arrière-pensées politiques).
D’après la presse de ce matin si les
négociateurs se sont mis d’accord sur l’idée du moratoire, ils n’ont pas arrêté
de mesures correctrices. Pas
d’allongement de la nuit, qui aurait repoussé les décollages de 6 à 7 heures du
matin. Pas d’allongement des pistes, qui permettrait aux avions de prendre plus
d’altitude plus rapidement, pas de trafic redirigé vers Charleroi ou Liège.
Comme synonyme du mot moratoire vous trouverez
report, ou temporisation. Un moratoire permet de gagner du temps. Il faut dire
que sur ce dossier francophones et néerlandophones ont des intérêts divergents.
A l’aéroport de Bruxelles les retombées économiques sont pour les flamands, les
nuisances sont pour les francophones et on caricature à peine. A trois contre
un les partis flamands risquent de faire bloc.
Reprenons notre dictionnaire juridique, nous y
trouvons l’expression « intérêts moratoires. » Quand on suspend une action, on doit
indemniser ceux qui en subissent les conséquences. Le dossier n’est donc pas
clôt. En matière d’aviation c’est donc comme en matière de dette : un
moratoire suspend les paiements, au final, il risque d'alourdir l’addition.
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