21 octobre 2007

Les pyromanes

L’orange bleue s’apprête à vivre un lundi difficile. Pour être franc l’auteur de ce blog en vient même à se demander si cette coalition pourra dépasser le stade de projet. Le ver est dans le fruit : l’orange bleue est bel et bien rongée de l’intérieur par les visées régionalistes de ceux qui prétendent vouloir la porter au gouvernement.

Commençons par le cartel CD&V/NVA. La révélation par Le Soir de la mise hors jeu d’Herman Van Rompuy par ses collègues de parti doit nécessairement inquiéter les francophones. C’est grâce à l’explorateur que l’orange bleue a pu sortir du coma dans lequel elle avait été plongée fin août. On peut bien sûr concevoir qu’il soit nécessaire de « sacrifier » Van Rompuy pour contenter la NVA et les régionalistes du CD&V. On serait dans l’ordre du symbolique. C’est injuste pour l’explorateur, mais Bart De Wever a sans doute besoin d’un scalp à brandir devant ses camarades flamands. S’il s’agit de remettre l’ensemble du compromis en question, en revanche, Yves Leterme serait bien inspiré de siffler la fin de la récréation. Quelque soit le statut du document final (« note Milquet » ou « projet Van Rompuy », approuvé ou pas) celui-ci avait le mérite de délimiter un cadre de travail et les grandes étapes des réformes à venir, et c’est bien autour de ce document que les négociateurs ont conclu à « suffisamment de convergences » pour reprendre les négociations. Le remettre en cause aujourd’hui c’est repartir de zéro, trahir la parole donnée et aller dans le décor. Ce lundi, à l’heure des bureaux de parti l’explorateur et ses relais vont devoir avoir 5 minutes de courage politique. L’heure n’est plus aux positionnements musclés, mais à une négociation raisonnable que la population attend depuis trop longtemps. Yves Leterme doit d’abord faire entendre raison à son propre cartel s’il veut avoir l’autorité qu’il revendique sur l’orange bleue.

Mais soyons de bon compte : si l’incendie couve au sein du cartel, les prises de position du FDF doivent également être soulignées. Dans un communiqué ce week end son président Olivier Maingain attise le feu de la maison social-chrétienne flamande. Ce lundi 3 bourgmestres FDF et MR des communes à facilités entendent également mener une partie de leur conseil communal en français : c’est une provocation, et ils le savent bien. On ne discute pas ici du fond de la démarche (après tout il n’est pas absurde que des communes peuplées aux ¾ de francophones puissent se diriger en français) mais bien de la date choisie. La loi impose l’emploi du néerlandais dans les conseils de Flandre (pour rappel les facilités concernent les relations du citoyen avec les administrations, pas le fonctionnement de celles-ci). Remettre en question cette loi à un moment délicat des négociations revient à durcir le ton. Il est difficile d’ imaginer que les négociateurs flamands laisseront passer sans rien dire. Et l’on peut s’interroger sur le degré de participation de Didier Reynders à la manœuvre. Si le président du MR a réellement donné son accord au FDF on pourrait y voir l’indication que sa formation ne croit plus beaucoup dans les chances de l’orange bleue, et qu’il est préférable de ne pas laisser le terrain des intérêts francophones au seul CDH. Dans le cas contraire, et si le FDF va jusqu'au bout de ses déclarations, les lignes rédigées ci dessus à l'intention d'Yves Leterme peuvent s'appliquer également au ministre des finances.

En agissant de la sorte le CD&V et le MR, principaux promoteurs de l’alliance de centre droit, en viennent donc à nous faire douter de la viabilité de leur projet commun. Aux régionalistes du CD&V et aux bourgmestres FDF on serait, à la veille de ce lundi crucial, tenté de rappeler que les pyromanes ne jouent pas sans danger avec les allumettes. Craquez celles que vous avez en main, messieurs, revient à incendier l’orange bleue. Et à prendre le risque de nous faire passer d’une crise politique à une crise de régime.

6 commentaires:

damien a dit…

Très chouette billet Fabrice ! Ce regard venu de l'intérieur est sans doute ce qui me manque le plus dans les papiers de nos confrères de l'écrit. Peut-etre autant, si pas plus, que cette capacité que tu as d'appeler un chat un chat. Bonne journée/semaine à toi ! (Tiens,"on" vous file un peu de kawa maintenant quand vous poireautez, ou bien c'est toujours la dèche ?)

Tom a dit…

Je partage l'avis de Damien. Bravo pour ce billet!

Mateusz Kukulka a dit…

Info relayée sur http://lepolitiqueshow.dhblogs.be

Bien à vous.

himself a dit…

Pour méoire, extrait de http://www.liberation.fr/actualite/monde/260635.FR.php


Né à proximité de la frontière linguistique d’un père francophone et d’une mère néerlandophone, il confiait à Libération le 17 août 2006 tout le bien qu’il pensait de «son» pays : «La Belgique n'est pas une valeur en soi, ce sont des institutions au service d'une population. Si les institutions n’évoluent pas pour s’adapter aux désirs des citoyens, ce pays n’a pas d’avenir. Je veux être clair : mon parti ne participera pas à un gouvernement, après les élections de 2007, s’il n’y a pas de nouveaux transferts de compétences vers les régions. La nécessité d’avoir un gouvernement fédéral passe au second plan par rapport aux intérêts de la Flandre. Vous savez, des gens ont vécu ici depuis des siècles et des siècles sans être Belges. La Belgique est née d’un accident de l’histoire, il ne faut pas l’oublier.» Il ajoutait, très pince-sans-rire : «Que reste-t-il en commun ? Le roi, l’équipe de foot, certaines bières.»

phil100 a dit…

Quand les parties à un conflit négocient, on instaure "une trève".

Certains (tant fr que nl) prouvent effectivement qu'ils sont des "apprentis-sorciers".

Fabrice Grosfilley a dit…

A Damien : pas encore de café, mais j'ai enregistré un progrès notable : les MP nous laissent facilement avoir accès à leur toilettes...dans le garage de la présidence.
Merci pour tes encouragements.