09 janvier 2008

Une note très bien vendue


Il est fort, très fort. En écoutant Guy Verhofstadt hier matin à la radio, en le croisant ensuite dans les couloirs de RTL, en l’écoutant dans l’après midi j’avais l’espoir d’une note véritablement équilibrée. Le concept de « critères de convergences », avec ses fourchettes à l’intérieur desquelles les régions devraient s’inscrire, mis en avant lors des interviews, était un bon signe : enfin une idée nouvelle que ne caressait pas l’électeur flamand dans le sens du poil.

Comme toujours, il aurait fallu se méfier davantage. La note ne fut accessible qu’à la mi-journée (et encore, d’abord dans une version en néerlandais, puis peu après 13 heures, en français : ne vous étonnez donc pas d’un certain décalage dans le traitement, j’étais, je l’avoue, plus positif dans mon reportage du journal de 13 heures que dans celui de 19 heures). Dans l’après midi tous les éditorialistes du royaume se retrouvaient au 16 pour un « brieffing » Il faut lire le document pour comprendre que le premier ministre, chouchou des francophones dans les sondages a en réalité remis une contribution très flamande.


Il faut ainsi faire la liste des matières que Guy Verhofstadt en visage de confier aux régions :


- l’assurance chômage (contrôle de la disponibilité, sanctions, montant et durée des allocations)
- les prépensions, crédit-temps et interruption de carrière
- les programmes de remise à l’emploi
- Les Ale et les titres services
- Les congés éducations et l’apprentissage
- Les conventions collectives
- L’implantation des grandes surfaces
- La politique scientifique
- La distribution électrique (jusqu’à 30 000 volts) et celle du gaz
- Le prix de l’énergie
- Sécurité routière : les limites de vitesse, les normes de sécurité, le fonds des amendes, le contrôle technique et le permis de conduire
- Justice : la formation des magistrats, le droit sanctionnel de la jeunesse
- Les allocations familiales

Ouf. Belle liste, qui reprend en réalité l’essentiel de la déclaration du parlement flamand. Compensations ? Le premier propose de re-fédéraliser les normes de bruit, ce qui revient à une belle arnaque puisque les bruxellois perdraient tout levier dans le dossier de l’aéroport de Bruxelles, ainsi que la coopération au développement, qu’aucun francophone ne réclame vraiment.

Reste la création d’une circonscription fédérale (33 députés, et un double bulletin pour tous les belges) et ces fameux critères de convergences, qui n’occupent que 18 lignes sur 19 pages (point 3.7 de la note) et dont il est indiqué qu’ils seront introduits pour « certains domaines stratégiques cruciaux (…) pour éviter que de nouvelles distorsions néfastes ne surgissent entre les communautés et régions ». Un peu flou non, pour une grande idée ?

Même topo sur BHV. La scission pure et simple. Seuls les habitants des 6 communes à facilités voteraient avec les bruxellois (la note ne précise pas si cela concerne les nouveaux arrivants). Pour faire bonne mesure Guy Verhofstadt indique que la circonscription fédérale fait partie du compromis (une seule mesure vendue à deux endroits distincts de la note, vous croyez que cela ne se voit pas ?) et préconise une solution négociée pour l’inspection des écoles de la périphérie. Enfin, pas question de toucher aux frontières des régions : la communauté urbaine de Bruxelles est une manière polie de refuser l’élargissement.

Conclusion : Guy Verhofstadt n’est, contrairement aux apparences, pas moins flamand qu’Yves Leterme. C’est une réalité que les francophones doivent prendre en compte : le programme régionaliste est porté par tous les partenaires du nord. Et si le ministre du budget passe parfois pour rigide et sans imagination, le premier ministre est tellement porté sur la communication qu’il ressemblait (hier en tout cas) à ce vendeur de voiture qui tente de vous faire croire qu’il vous propose un modèle flambant neuf alors qu'il vous refourgue une vieille occasion.

9 commentaires:

Guillaume a dit…

Cette note va devenir le minimum minimorum des flamands dans le groupe des 12 même si cette note est dite personnelle. On ne peut donc plus aller en deça de cette note. Le destin du pays est donc scellé et les francophones n'ont qu'aucune chose à faire : signer en bas du document sous peine de parler avec des gens plus radicaux et moins fréquentables en plus grand nombre après 2009, le cartel NVA-LDD pouvant dépasser le CD&V selon certains avec la possibilité de la LDD d'avoir près de 20% à elle seule. Et on essaye encore de nous faire croire côté francophone qu'ils vont faire face alors que les flamands s'y préparent depuis 10 ans et les francophones feraient mieux en quelques jours ? Il est grand temps que les hommes politiques francophones disent la vérité, que la Belgique dont ils rêvaient encore est morte, que le réveil va être très douloureux surtout pour les wallons et qu'il va falloir se serrer bien la ceinture pour pouvoir suivre le rythme de croisière de la Flandre pour éviter d'être complètement largué au niveau économique. Fini la sécurité sociale à la belge, seuls les flamands en profiteront. Eux le méritent, nous pas. C'est le constat amer que l'on peut faire et les choix des politiques à vision très court terme dans le passé nous ont amené à cette situation. Nous ne pouvons nous en prendre qu'à nos votes. L'image de la Wallonie n'a jamais été aussi désastreuse en Flandre et surtout le spectacle affligeant de batailles de clocher l'aggrave alors qu'au nord ils sont tous d'accord depuis 1999.

philou a dit…

150 pc d'accord avec Guillaume.

Ce n'est plus de la myopie du côté fr , mais une irresponsabilité politique .
Qu'ils (Milquet et le PS) relisent les fables de La Fontaine.

philou a dit…

2 suite:

Fabrice feint de découvrir que "V n'est pas moins flamand que YL"

F, je t'ai déjà connu moins mauvais ..
Allons, c'est sa dernière carte pour ne pas être bouffé par le judoka.

Tu rêves ? Non. Ne leurres pas sur ce blog la réalité que tu connais mieux que nous.

Tu aimes les métaphores et le foot:
Ok:
10 défenseurs disperses ET CLOUES dans le carré des penalties et qui reçoivent de toutes parts des boulets de 10 attaquants: resultat ?

Claude Thayse a dit…

Bravo pour cet excellent billet.
Etonnat cette découverte du fait que Verhofstadt est... Flamand !
Terriblement inquiétante aussi cette résignation dans la presse en général. Au Hasard, dans "Le Soir" : Je cite : "Dans la Belgique de Verhofstadt par exemple, chômeurs, pensionnés, candidats aux crédits-temps, enfants recevront des allocations potentiellement très différentes selon les Régions. Faut-il s’en offusquer ? L’heure n’est plus à ce sentiment."
La Belgique n'est décidément plus un Etat. Si la presse renonce à défendre - ou même à évoquer - le principe d'égalité entre les citoyens... Où allons-nous ? Jusqu'à quels renoncements les belges "pur-jus" iront-ils ?

Anonyme a dit…

Leterme était l'invité du JT de TVI hier soir. Il est passé après la conférence de presse de Sarkozy et après les élections américaines ! Je ne sais pas si vous avez vu sa tête mais c'était celle des TRES mauvais jours. Une fois de plus il était sur la défensive !! Je ne sais pas si c'est parce qu'il a du attendre le passage de Sarko mais en tout cas il l'avait mauvaise ...



Après avoir regardé Sarko à l'Elysée et puis Leterme je ne peux m'empêcher d'avoir de plus en plus de sympatie pour un rapprochement avec le France !! La note de verhofstadt est son oeuvre perso que déjà elle est vigoureusement contestée par certains francophones ! Bref ça nous réserve à mon avis le pire pour le 23 mars ... ça va être la toute gde foire d'empoigne !!!



Ducarme a raison, s'il les choses tournent mal il faudra envisager de se tourner vers la France pour les Francophones et demander un statut style "Dom-Tom" pour bxl-wallonie". Appartenir à la République avec une forme d'autonomie ds plusieurs domaines !Je me sens économiquement bcp plus proche des flamands que de certains wallons, les régionalistaions de certaines compétences ne me font pas peur (je pense que le jeu de la concurrence bénéficie aux citoyens) mais une certaine forme d'intégrisme culturel n'est pas acceptable !



Et puis, Sarko est tout de même nettement plus passionant à écouter que Leterme ou autres politicens belges ...



G.

Anonyme a dit…

Leterme, Verhofstadt ou encore De Wever, Vandelanotte... la ligne politique flamande traverse les personnes et les partis.

Je ne veux pas défendre Yves Leterme, mais s'il a hérité comme formateur de la bombe BHV, c'est bien parce que Guy Verhofstadt et tout le gouvernement précédent (dont les francophones d'ailleurs) n'ont pas su/voulu boucler ce dossier avant qu'il ne devienne à ce point explosif.

Et il en va de même pour toutes les autres revendications flamandes.

Alors que la presse cherche les nuances entre Leterme et Verhofstadt, les francophones eux commencent à discuter...

Soyons honnêtes, ils semblent désemparés et sans réponse (à part une série de "Non", qui montrent ses limite).

Les leaders du sud n'ont en tous cas pas encore su s'entendre sur une parade à la détermination flamande.

Quant au rattachement à la France que beaucoup évoquent plus haut, je n'y crois pas.
J'imagine d'ailleurs une conséquence très paradoxale, le jour où qqs politiques flamands freineraient le mouvement régionaliste (pour conserver les postes clés de la Maison belgique : 1er ministre, affaires étrangères...) ceux-là apparaitront comme les sauveurs d'un pays fuit par les francophones.

Mais on en est pas là, ouf!


Michel de Bruxelles

Francis a dit…

Une intéressante remarque lue quelque part : sur les 7 participants flamands au Groupe des 12, 4 sont d'ex-Volksunie. Belle réussite pour un parti disparu !

Comment voudrait-on que les francophones fassent passer leurs revendications ?

Chaos Theory a dit…

Le « Front » du non ou la technique des socialistes français…

Dans la négociation actuelle, y a-t-il encore un espoir pour les Wallons?
J'ai de plus en plus la désagréable impression que l'attitude irresponsable de nos élites politiques du sud du pays ne peut aujourd'hui que mener au clash.
Quand donc comprendront-ils que les Francophones ont 10 ans de retard sur les Flamands? Par leur propre faute, par leur nombrilisme?

La Wallonie depuis les années soixante, c'est l'histoire d'un état médiéval où se battent des baronnies. Chacun défendant son fief sans réfléchir aux interactions entre les fiefs! "Ah mais si Liège reçoit autant, alors Mons doit recevoir le même montant!" "Vous dites? Ils implantent une centrale à Charleroi? Ah mais on veut la même chose à Huy!" etc.
L'histoire pourtant nous a montré que la richesse et la prospérité d'une nation viennent des échanges qu'elles entretiennent, des mécanismes subtils de coopétitions (néologisme formé de "Coopé" pour coopération et "pétition" pour compétitions. Mais en aucun cas par le renfermement sur soi.
L'attitude de se battre entre nous pour recevoir la même chose que l'autre est puérile. Dans une entreprise, je voudrais voir la tête du CFO si un chef de projet débarque dans son bureau en demandant une enveloppe "x" parce que l'autre chef de projet a reçu "x"... Mais bon dieu, il l'a reçue cette enveloppe parce qu'il développe un projet. Projet qui s'aligne par ailleurs avec la vision et la stratégie de l'entreprise!!! Le pré-requis est donc d'avoir un Capitaine à bord qui dise OÙ nous voulons allez.
"On n'est demandeur de rien", on crée une "stratégie de réponse"... un front francophone pour répondre au front flamand...
Moi, en tant que citoyen, j'estime être face à une classe politique irresponsable!
J'en reviens à mes analogies habituelles: Toute entreprise qui joue en défense a déjà perdu. Les francophones jouent en défense, ils n'ont pas réalisé que les flamand poursuivent un plan de bataille développé et affiné il y a des années. Que ce plan a été établi sur base d'une vision, d'un projet flamand, d'une perspective d'avenir à long terme. Je vous prie messieurs les politiciens (dommage, j'aurais aimé dire politi-citoyens) francophones d'accepter mes excuses pour ce que je vais dire.
Que l'on soit ou non d'accord avec les flamands et les politiciens flamands... il n'en reste pas moins qu'ils ont réussi, au delà des clivages de partis, au delà des difficultés interpersonnelles, au delà des générations - car ce plan, court sur plusieurs générations - à tenir un cap. Que l'on soit où non d'accord, ils sont pour la Flandre de véritables hommes et femmes d'états qui ont développé une vision, créé la stratégie et l'organisation qu'il fallait pour l’atteindre. Je vous l'accorde, ça ne fait pas plaisir à entendre. Mais cessons d'être aveugle, c'est bien de cela qu'il s'agit.

Et pendant ce temps, les francophones se laissaient enfumer par des "détails", se concentraient dessus, rongeaient l'os donné par les Flamands sans voir le dessein bien plus large en arrière plan. Avouons aussi que vous leur avez facilité la vie, non seulement vous ne regardiez que l'os... mais en plus vous vous le disputiez âprement pour savoir quel bastion sous-régional allait y avoir droit.

A côté donc de nos baronnies, je trouve des politiques francophones de Belgique ressemblant furieusement aux socialistes français n'ayant aucun programme. Enfin, si... comme les socialistes français, vous faites de "l'anti-", du "non à..." et en prime vous vous battez en interne pour savoir qui est le leader des francophones. Le problème des socialistes français pourrait être légèrement différent, leur truc ce n'est pas de manquer d'un leader mais d'en avoir trop. Ici, on pense qu'on en a trop mais je serais déjà bien heureux d'en avoir un.
Bref, mes représentants se contentent de "répondre". Mais où pensez vous allez comme ça. Dans une interview, celui qui mène la danse c'est celui qui pose les questions. Aux échecs, les blancs ont plus de chance de gagner car ils ont un coup d'avance. Vous jouez en défense, et tant que vous serez en défense vous en subirez toute la pression. A force de tirer, l'équipe adverse fini toujours par marquer un goal... il est temps que vous vous dirigiez vers l'autre côté du terrain.
Que ce soit une entreprise, un couple, une famille, une région, un pays... on ne réussit que si on a un projet, que si on développe une vision de ce que doit être notre avenir. On attribue à Lao-Tseu la citation suivante : "Si tu ne sais pas où tu vas, ne t'étonnes pas de ne pas y parvenir..." C'est tellement dans le contexte!
Alors que diable messieurs, un peu d'ambition, un peu d'envie, un peu de vision! Répondre ne suffit pas, il faut que, tels des chefs d'entreprise, vous développiez une vision, un projet ORIGINAL. Osez la différence, les entreprises et les régions qui réussissent sont celles qui osent avant les autres, sont celles qui développent un secteur original. Le premier sur le marché prend le marché. Il n'y a pas besoin d'aller loin pour s'en rendre compte, certaines régions européennes se sont fort bien développées, redéployées alors qu'elles étaient dans un état pire que la Wallonie. Mais pour cela, ils ne se sont pas contenté de répondre aux coups, ils ne se sont pas contentés d'imiter ce que les autres faisaient, ils en prenaient le meilleur, le recontextualisaient et inventaient en même temps un projet, un secteur de manière originale.
En introduction, je vous disais que l’attitude de nos politiciens ne pouvait que mener au clash, c’est un des résultats attendus d’une stratégie de réponse… On entre dans la surenchère. Quand on me dit, établir un recensement linguistique, quand on me dit revenir aux anciennes circonscriptions, quand on exige l’élargissement… on surenchérit… Quelle erreur, ça mène au clash. Quand les Flamand demandent quelque chose, ils savent POURQUOI ils le demandent, ils savent à quel partie de la vision flamande ça correspond, ils savent pourquoi le changement d’organisation est nécessaire et pourquoi on met en place ce projet. Parce que ça « colle » avec la vision, avec la stratégie long terme. Quand vous répondez, quand vous exigez à votre tour… vous faites de « l’anti », du « tout sauf ». Votre réponse ne s’insère pas dans un projet économico-social, dans une vision de société. C’est une erreur.
Pensez-vous qu’Apple existerait encore aujourd’hui s’il s’était contenté de faire de « l’anti-microsoft », « anti-PC », « anti-IBM ». La réponse est simple... non. Apple n’a pas eu la vie facile, Apple est plus petit que Microsoft mais Apple a développé un monde différent et dire qui est leader sur le marché devient un peu plus tricky qu’auparavant… Car, de quel marché parle-t-on ? Inventez vous, inventez nous un marché messieurs. Inventez une vision, posez la stratégie, mettez en place l’organisation, fonctionnez en projets.
Pour 2008... O-SEZ! Cessez de vous contenter de répondre aux attaques flamandes. Bien sur, vous devez aussi le faire, mais en même temps, développez notre projet! Les Flamands en sont eux doté depuis plus de dix ans. En Wallonie rien de tout cela, on s’est contenté de répondre, de se battre en interne. Stratégie de suiveur, même pas de challenger, conséquence, ne vous étonnez pas de jouer en seconde division, d'être les low-costs... non, pardon, les "low-results" "high-costs" de la politique en Europe. Messieurs, comme des chefs d’entreprises qui font vivre un pays, tels ces chefs d’entreprises que vous nous demandez d’être, ayez l’ambition, la vision, la stratégie et l’organisation.

Anonyme a dit…

Il convient aussi de se méfier de la refédéralisation des normes de bruit. La majorité flamande pourrrait parfaitement sacrifier la santé de dizaines de milliers de Bruxellois au profit de l'emploi de quelques dizaines de Flamands à "Zaventem provinciaal"