22 juillet 2007

Le 21 juillet d'Yves Leterme



La Belgique présente-t-elle une valeur ajoutée ? On se souvient que l'affirmation contraire figurait dans une fameuse interview accordée à Libération par Yves Leterme. Un peu moins d'un an plus tard il était donc légitime de reposer la question à celui qui s'apprête à devenir premier ministre. Ce qu' a fait la RTBF. Au risque de déplaire à la hiérarchie de RTL, mais il faut vivre dangereusement, je vous invite donc à visionner ce reportage inspiré de Christophe Deborsu diffusé samedi soir.
Yves Leterme ignore visiblement la symbolique du 21 juillet (incapable de préciser qu'il s'agit de la date de prestation de serment de Leopold 1er, mais c'est aussi le cas de Rudy Demotte, et Guy Verhofstadt aura besoin d'un temps de réflexion). Plus spectaculaire encore : lorsqu'on lui demande de chantonner la Brabançonne... c'est le premier couplet de la Marseillaise qui sort de ses lèvres.

On peut bien sûr imaginer qu'Yves Leterme a voulu faire de l'humour au second degré. Cela ne serait qu'une faute de goût. Le premier couplet de la marseillaise une provocation.


J'ai peur que le malaise soit plus profond. Jeudi matin j'avais moi même tenté de sonder l'attachement du formateur à la date du 21 juillet, alors qu'il sortait d'un entretien avec Albert II. Cela avait donné ceci :


"-Assisterez vous aux festivités du 21 juillet ?

- Oui.

- Cette date revêt elle une importance particulière pour vous ?

- C'est la fête nationale."


Réponse courte, passons à autre chose. Leterme s'en tenait au service minimum. La nomination de Rudy Demotte comme ministre-président wallon suscitait davantage d'émotion dans ses réponses qu'une date symbolique. Le thème du 21 juillet l'avait donc déjà mis sur la défensive. Coincé 24 heures plus tard par un confrère incisif, le malaise est réel et visible.


Lorsqu'il avait participé au grand défi Yves Leterme avait reconnu dans les couloirs, une fois les micros éteints, que son interview à Libération lui avait appris une chose : le second degré ne passe pas en politique. La leçon n'a pas été retenue longtemps.


Bien sûr on m'objectera qu'un homme politique ne peut pas avoir réponse à tout. La toute puissance de la presse dans ce genre de circonstances peut s'assimiler à une dictature du reporter, qui s'arroge le droit de coincer dans les cordes le premier élu qui passe par là. Etre saisi au vol avec une caméra qui tourne n'est pas agréable, et on peut admettre qu'Yves Leterme soit accaparé par d'autres réflexions ces derniers jours. Je ne nie pas que l'immense pouvoir du reporter et de sa caméra peuvent aboutir à des dérapages. Mais dans le cas présent les interrogations du journaliste apparaissent légitimes. Nous ne sommes toujours pas sûrs que le futur premier ministre aime le pays qu'il prétend vouloir diriger. Nous conseillerions volontiers à quelques négociateurs francophones de lui poser franchement la question.

11 commentaires:

Gaetano a dit…

Ce qui est certain, c'est qu'il part avec un déficit de popularité au sein de la population francophone qui n'est pas à négliger. Et la "dictature du reporter" s'impose ici: il est quand même candidate Premier Ministre! Une connaisance minimale des classiques est un must. C'est le genre de question auxquelle un gamin de 6ème primaire doit savoir répondre. Je suis inquiet. Très inquiet.

(petit détail: la fenêtre de commentaire s'ouvre en néerlandais. Une prédiction?)

pixeline a dit…

Bah, vous le savez bien, Yves Leterme n'a pas la capacité intellectuelle de connaitre l'histoire de la Belgique.

Tiens si on créait un poste de Premier Ministre à facilité, pour accommoder son profil spécifique?

Xime a dit…

Entièrement d'accord et bravo pour l'absence d'esprit de chapelle sur ce blog...
Par contre, Deborsu risque d'être grillé pour les prochaines interviews de Leterme, non ?
Enfin, il a eu entièrement raison de poser ces questions on ne peut plus basiques, rien à voir avec ce journaliste français qui avait piégé Ségolène Royal avec une question sur le nombre de sous-marins nucléaires dans l'armée française...

ron a dit…

Un homme politiique ne peut avoir réponse à tout... mais ici on est quand même dans l'élémentaire. D'autant plus que l'ensemble de la presse avait fait écho la veille à une enquête démontrant le peu de connaissances des Belges pour leur histoire naissante... Les politiques auraient donc dû légitimement être attentifs...

philochar a dit…

Qu'Yves Leterme soit épinglé en tant que premier ministre me paraît assez normal, même si, à mon sens, il y avait du second degré quand il a entonné la Marseillaise au lieu de la Brabançonne.
Je trouve étrange par contre qu'on ne souligne pas assez que ni Rudy Demotte, le nouveau ministre-président wallon qui comme tout "novè ramon" comme disent ses nouveaux administrés ("nouvau balai" pour celles et ceux qui ne manient pas le wallon), balaie mieux, ni Guy Verhofstadt, qui achève tout de même un mandat de Premier ministre long de huit ans étaient tout aussi incapables de dire pourquoi la fête nationale belge se célèbre le 21 juillet.
Interpellant, pour le moins

G. a dit…

En voyant les images j'ai pas franchement l'impression que letherme fasse de l'humour en chantant la marseillaise !!! Je trouve qu'en tant que formateur, c'est vraiment une faute politique majeure ! Le personnage est visiblement arrogant et sur de lui ! Quand on caonnait son côté "flamingant" c'est inquiétant pour l'avenir ... De plus, ds le cadre de négociations qui s'annoncent très difficieles, je trouve lamantable de jeter du sable inutile ds les rouages ...
Tout ça n'est pas très consensuel !!

Charles a dit…

Leterme ne faisait pas de l'humour: je ne crois pas qu'il en aie. Leterme a enfilé un costume beaucoup trop grand pour lui. Probablement pas un mauvais bougre, quoiqu'on puisse en penser de ce côté-ci de la frontière linguistique, mais limité, très limité. On en regretterait presque Martens. Voire même Dehaene...
En sus, ce type a autant de charisme qu'une huître zélandaise. Creuse. Et fermée.
Revu la fameuse séquence ce soir à TF1. Hilarité dans le studio. Avec lui à la tête du gouvernement, ne nous restera plus qu'à suivre l'exemple de Brel et répondre à qui nous interroge sur nos origines, "fatigués et les larmes aux dents: ik ben van Luxembourg..."

cirdec a dit…

etant francais , et ayant vecu en belgique, je ne suis pas surpris de la reponse d'Yves Leterme car j'ai meme entendu la "marseillaise" pour des ""14 juillet " en belgique......

mais de la, a ne pas savoir l'evenement du 21 juillet .. moi-meme je le savais ... c'est le minimun ...

G. a dit…

Je propose que le 11 juillet prochain, nous entamions tous "Li bia bouquet" au lieu du Vlaams Leeuw ! Ce sera de l'humour Me Leterme ...

Fabrice, j'ai révé ou leterme a "menacé" a demi-mot Deborsu de représailles ou de s'occuper de lui à l'occasion ? (avis donné le 22/07 à VTM je crois). Est ce là une pratique normale et acceptable ?? Je n'ai pas l'impression ... Quel est votre avis ?

Nathan G a dit…

Merci de ce bel exercice de reflexion et d'introspection. Je partage votre sentiment et votre analyse.

Mais ce qui m'a le plus frappé dans cette "affaire", est la réaction de Monsieur Leterme à VTM où il assénait que "ceux qui me cherche du tort le paieront tôt ou tard". Peu de journalistes se sont arrêtés sur cette phrase objectivement plus inquiétante encore que le mépris glacial du futur premier ministre quant à l'identité nationale.

Qule est votre sentiment sur cette phrase? Comment la réconciliez-vous avec le personnage tel que vous le connaissez?

merci

marcdb a dit…

quels auraient été les commentaires en flandre si le jour de la fête de la communauté flamande, yves leterme avait entonné l'hymne national hollandais à la place du vlaams leuw? aurait-on aussi parlé d'humour? aurait-on apprécié? aurait-on du côté flamand dédramatisé? En cas de réponse négative cela prouverait que symboliquement la Flandre est plus importante que la Belgique,....