06 décembre 2007

Montrez-vous sur Facebook



C’est le nouvel outil à la mode sur internet : le réseau « facebook » connaît un boom comme seules les nouvelles technologies sont capables d’en générer. Le principe est simple : mettre en relation des individus par le biais de leur centre d’intérêt ou de leurs parcours professionnels. Facebook repose sur le concept « d’amis » que vous autorisez (ou pas) à lire votre profil et partager vos informations. Personnellement je ne suis pas sûr d’avoir compris toutes les subtilités de l’outil, mais c’est très convivial, cela permet le partage de photos et de vidéos avec vos amis et c’est suffisamment bien construit pour qu’on y passe quelques heures sans voir le temps s’écouler.
Les hommes politiques ont compris l’intérêt de la chose. Etre sur facebook s’est mettre le pied dans un réseau où l’on peut faire passer ses infos, et surtout profiter d’une image techno, jeune et dynamique.
Sans surprise Elio Di Rupo a donc une présence militante sur Facebook et compte 277 amis à son actif.
Jean Michel Javaux, ecolo, 156 amis, affirme que l’outil est "passionnant".
Didier Reynders, sa vraie fiche est ici, compte 10 amis dont son frère et sa sœur. Joëlle Milquet n’a pas encore investi ce territoire (« toute modernité n’est pas toujours bonne à prendre » m’a répondu son porte parole visiblement peu intéressé par la chose). Plus amusant : les amitiés des uns et des autres. On notera que jean Michel Javaux est l’ami d’Anne-Marie Lizin. En revanche Elio et Didier, sur facebook, ne se sont pas rencontrés.
Coté flamand, un belle page pour Guy Verhofstadt, en revanche les profils d’Yves Leterme que j’ai trouvé ne semblent pas émaner de l’ex-formateur (glissons qu’il a peut être plus de temps pour jouer du clavier maintenant).
C’est un peu le problème et la limite de l’outil : sur Facebook on n’est pas toujours certain de l’identité de son interlocuteur. Un conseiller du ministre des finances m’indiquait la semaine dernière qu’il avait repéré 3 faux Didier Reynders. Cela peut être ludique, mais aussi dangereux. Méfiez vous donc des imitations.

04 décembre 2007

Pour son retour, Guy soigne les journalistes

On a déjà beaucoup écrit sur les relations tendues entre Yves Leterme et les journalistes (francophones en particuliers), l'ironie mordante de l'ex- formateur en interview, ses sprints devant les caméras et ses formules vides et méprisantes ("moi, Monsieur, je travaille pour trouver une solution", signifiant sans doute "quelle bête question").
Guy Verhofstadt, qui n'a pas toujours montré un grand interêt pour le confort des journalistes, a décidé d'en prendre le contrepied. Conseillé par un nouvel attaché de presse (le précédent, Didier Seeuws a repris sa carrière de diplomate au sein de la délégation belge auprès de l'UE), le premier a ouvert les portes de sa chacellerie ce vendredi. Entre chaque entrée et sortie des visiteurs, les journalistes ont donc eu accès à une salle chauffée, et même droit au café. Les services du premier n'ont pas agit sur un coup de tête : ils avaient condamner certaines portes pour éviter que la presse, tout en étant à l'abri des intempéries, ne se retrouve dans le hall ou dans l'escalier, en contact direct avec les négociateurs. Une idée qu'Yves Leterme et ses services n'ont pas eu pendant 5 mois (et pour être honnête que Guy n'a pas eu non plus pendant les 8 années précédentes). On découvre que la communication a un impact ? Et que les journalistes ont parfois mauvais caractère ?

La fin de l'orange bleue ?


Petite phrase de Didier Reynders alors qu'il sortait ce mardi soir, rue de la loi, d'un entretien avec "l'informateur temporaire" Guy Verhofstadt : " s'il n'est pas possible après six mois de faire l'orange bleue on est obligés de chercher autre chose au moins pour arrêter la crise".

A ce stade on en sait pas encre si cette déclaration enterre définitivement la coalition de centre droit ou si elle a juste pour but de faire pression sur un cartel CD&V-NVA qu'on décrit comme sens dessus dessous.

Si la première interprétation se vérifie c'est évidement un tournant dans la crise. Guy Verhofstadt se doit donc de trouver une majorité alternative. Sur le papier il n'y en a pas : sans CD&V (à moins d'imaginer travailler avec le VB mais on ne fait l'injure à personne d'envisager cette hypothèse) aucune majorité au sein du collège flamand. Le scénario bis consiste donc à "bricoler" une majorité violette "élargie" (socialistes et libéraux n'ont que 75 sièges, il en faut 76) qui pourrait compter, suivant les projets, sur un renfort du CD&V, d'Ecolo-Groen, ou du CDH, et même parfois juste sur l'abstention des uns ou des autres. C'est jouable à court terme et sur des projets "consensuels" et non communautaires, en ayant à l'idée que cette majorité reste "minoritaire" côté flamand.

Dans une seconde phase (traduisez après le lancement de la convention, si on y arrive) on cherchera alors la majorité des deux tiers. Mais pour que ça marche il faut que le SPA accepte de rester dans une "mini-majorité d'urgence"... la visite de Caroline Gennez, nouvelle présidente du SPA, chez le premier ministre ce vendredi sera donc très suivie...
Si les socialistes flamands acceptent d'entrer dans ce scénario, le CD&V pourrait se retrouver momentanément sur la touche... et serait peut être plus facilement enclin à l'une ou l'autre concession. Histoire que son champion Yves Leterme ne reste pas, pour longtemps, au balcon de l'histoire.

03 décembre 2007

Une mission camouflage

Guy Verhofstadt est donc rappellé en première ligne. Il faut lire attentivement le communiqué du palais pour se rendre compte que la mission du premier ministre est en réalité limitée. Que dit ce communiqué ? D'abord que le premier doit informer le souverain à très court terme sur une sortie de crise. Informer seulement. Le premier lui même a indiqué qu'il n'était pas sûr d'y parvenir. Caméras eteintes il indique qu'il se donne un mois. Son objectif sera donc de lancer la fameuse convention avec le plus grand nombre de participants possibles. Rendez vous fin janvier.
Deuxième mission assigné au premier : permettre des prises de décisions actuellement paralysées par le concept "d' affaires courantes". Guy Verhofstadt va donc chercher des majorités qui permettent d'avancer au coup par coup sur les dossiers les plus urgents. C'est tout.
Dans la journée l'idée d'un gouvernement d'urgence qui aurait joui d'un minimum de stabilité a donc été balayée d'un revers de la main. Il semble qu'un vote de confiance ne soit pas envisageable pour le moment. Il faut surtout constater que le souverain ne charge pas Verhofstadt de chercher un nouveau gouvernement. Albert II semble ainsi prendre acte du fait que la mise sur pied d'une majorité dans les prochaines semaines est illusoire. En chargeant son premier d'une mission d'information le communiqué du roi camoufle l'essentiel : la crise est toujours là et elle est partie pour durer.
Reste l'enthousiasme de Verhofstadt. Volontaire et communicatif. L'homme serait bien sûr ravi d'arriver à une solution et de damner ainsi le pion à son rival Yves Leterme. Verhofstadt a ainsi rencontré la presse pour un brieffing "off the record" ce soir, invitant reporters et éditorialistes francophones et néerlandophones confondus, ce que Leterme en 6 mois n'a jamais fait. Commentaire d'une consoeur : "Il est incroyable. On avait oublié que ça existait".

01 décembre 2007

Comment Leterme a coincé le CDH

Yves Leterme n'est donc plus formateur. Sans fanfaronner excessivement je me permet de vous renvoyer à la lecture de mes billets précédents (ici et ici) : pour les lecteurs attentifs de ce blog, ce nouvel épisode de la crise ne devrait pas être tout à fait une surprise.
Ajoutons que la démission de Leterme a même été sérieusement envisagée vendredi après midi : une rumeur en ce sens courrait sur le trottoir de la rue de la loi et le journal Le soir l'a même publiée un temps sur son site internet avant de faire retirer précipitamment l'info prématurée.
En n'obtenant aucun assouplissement de son encombrant partenaire NVA le formateur était donc condamné. Il s'est livré à une dernière manoeuvre qui relève autant de la diversion que de la stratégie partisane.
Intéressons nous aux trois questions posées par Yves Leterme dans une "ultime note". Il est évident qu'elles ont pour objet de "flamandiser" leur auteur, de lui permettre de se profiler en martyr flamand de l'aventure orange bleue. Yves a donc préféré son cartel à un poste de premier.
  1. Le formateur demandait à ses partenaires s'ils étaient d'accord pour que l'on puisse discuter de tout au sein de la Convention et du bureau restreint qui la dirigerait. Cela revenait à avoir un menu ouvert, où chaque parti pouvait à tout moment amener ses points. Le CDH avait fait part de ses réticences à un menu ouvert. Le MR l'envisageait e revanche comme possible, prévenant que dans ce cas là les réformateurs y déposerait le point "élargissement de bruxelles". bien entendu le fait de déposer un point n'est pas une obligation de résultat
  2. Acceptaient-ils que les Régions puissent octroyer des incitants fiscaux aux entreprises ? Là aussi le CDH avait publiquement fait part de ses réticences pour tout mécanisme susceptibles de créer de la concurrence entre les régions (si je ne me trompe pas c'est même rappelé noir sur blanc dans un communiqué de la semaine dernière). Pour le MR le seul tabou était l'Isoc (impôt sur les sociétés). L'appellation retenue ici était donc acceptable pour les libéraux.
  3. Les ex-futur coalisés acceptaient-ils que l'on vote la réforme de l'Etat avec une majorité des deux tiers sans garantir un équilibre entre francophones et néerlandophones ? Dans ce cas un seul parti francophone allié à tous les partis flamands pourraient constituer une majorité des deux tiers. Joëlle Milquet avait publiquement dit qu'elle voulait une majorité des deux tiers"équilibrée". Le MR était moins franc mais semblait partager le même point de vue (je me permet ici une parenthèse : en combinant les points 1 et 3 on voit qu'une grande réforme de l'état devenait possible). Ici encore, le CDH avait déjà répondu non avant même que la question ne soit formulée.

Bref, c'est évident Leterme et son entourage savaient pertinemment qu'ils ne pouvaient pas obtenir de"oui" à ces trois questions de la part du CDH. De même qu'ils avaient sans doute mesuré que le MR était plus ouvert à ces questions. Conclusion : le formateur a voulu faire porter la responsabilité de l'échec à Joëlle Milquet, et épargner Didier Reynders.

Suite logique : le CD&V devrait selon toute vraisemblance passer la main dans les prochains jours et le roi se verra obliger de recruter un nouveau formateur. Après Guy Verhofstadt, reçu ce samedi soir, Didier Reynders sera consuté ce dimanche. Il ne serait pas étonnant que le président du MR se retrouve en costume de formateur dans les heures ou les jours qui viennent.

Avec quelle coalition ? Mathématiquement (et à moins de travailler avec le VB) le CD&V est inévitable. Pas le CDH. Et même si Reynders prétendait bouter les rouges dans l'opposition, la longueur de la crise et l'impasse où nous nous trouvons peut tout à fait justifier le retour du PS dans la partie. Il va falloir que l'avenue de la toison d'or et le boulevard de l'empereur se téléphonent.

24 novembre 2007

Il est minuit moins cinq pour Yves Leterme


C'est devenu une évidence ce vendredi : Yves Leterme est désormais sous la pression de la NVA. Une évidence visible : pendant une bonne partie de la journée le formateur et les dirigeants du CD&V ont été en réunion avec Bart De Wever, le président du parti nationaliste. C'était le cas le matin (un tête à tête entre Yves et Bart si je suis bien informé), ce fût encore le cas dans l'après midi (avec au moins Vandeurzen, De Crem et Chris Peeters si je ne suis pas trop myope). En cause la note communautaire d'Yves Leterme. Celle ci ne prévoyait pas jusqu'à jeudi de régionaliser des éléments de la sécurité sociale (et Yves Leterme dans la vidéo ci dessous le confirme après un instant de réflexion). Bart de Wever a donc fait part de son mécontentement, d'où le pataquès de cette fin de semaine. Conclusion : Bart et Yves se contredisent ouvertement et publiquement.


Pour le formateur c'est une tuile de plus. Que les divisions internes de ce cartel arrivent ainsi sur la place publique ne peut que saper l'autorité d'un futur (ou ex-futur ?) premier ministre. Surtout si l'on constate que le formateur a du céder devant son allié alors que sa note, maintes fois remise sur le métier, avait , semble-t-il, été approuvée par les 4 présidents de parti. Yves Leterme ne pourra pas dire qu'il n'a pas eu sa chance. Après des pics de crise, des dramatisations, des ruptures, de gestes d'ouverture, des interventions royales et le soutien à deux reprises d'Herman Van Rompuy l'homme aurait du, depuis le temps, se trouver en position d'aboutir à un accord. Si ce n'est pas le cas il va falloir se rendre à l'évidence : s'il en a la capacité intellectuelle, Yves Leterme n'a peut être pas l'autorité nécessaire et le sens de la synthèse nécessaires pour devenir premier ministre.


Coté francophone on notera que jeudi et vendredi MR et CDH ont semblés plus en phase et communiquaient le même refus de scinder la sécu. C'est une communication de "fond" alors que ces dernières semaines le MR insistait plutôt sur les différents qui opposent CDH et CD&V que sur ses propres refus. Changement de stratégie ? Ou indice d'un climat particulièrement difficile ?

Voir le reportage

20 novembre 2007

De l'ouverture à l'essai


S’agit-il vraiment d’une ouverture réelle, ou bien simplement du 23ième rebondissement d’une négociation mal partie qui s’éternise ? A ce stade le doute est encore permis. Le mouvement réformateur a donc lancé au cours du weekend un message « d’ouverture ». A dire vrai le signal a même été émis dès vendredi matin par Didier Reynders. Au cours d’un point presse le président du MR lançait même « la Belgique de papa a vécue ». Histoire d’être sûr que le message serait bien reçu 5 sur 5 Charles Michel a fait le déplacement jusqu’aux plateaux de télévision flamands pour préciser le message : le MR est OK pour une régionalisation partielle de l’impôt et de la politique de l’emploi. L’honnêteté impose de dire que la position du MR n’est pas une nouveauté : Didier Reynders a toujours dit qu’il était ouvert à une réforme de l’état pour autant que celle-ci soit négociée. La nouveauté réside dans la tonalité employée (plus franche et clairement audible) et dans le moment choisi (un arrêt des négociations pour cause de crise confiance) que dans l’originalité de la position. L’art politique se confond parfois avec la communication : parler juste et au bon moment est parfois vital.

L’honnêteté impose également de dire que la position du président du MR, plutôt bien accueillie par le CD&V et le VLD n’est pas encore synonyme d’une sortie de crise. Car la NVA, le FDF et le CDH ont tenu à prendre leurs distances (ce qui n’est pas rien). Il n’est pas exclu que ces formations s’engouffrent malgré tout à terme dans la brèche ouverte. Prendre le risque de refuser l’ouverture c’est, alors que le ras le bol semble gagner du terrain dans l’opinion publique, prendre le risque de passer pour un facteur de crise. Le CDH n’y pas forcément intérêt (c’est plus discutable pour le FDF et surtout pour la NVA).
L’honnêteté impose enfin de rappeler qu’une ouverture n’est en rien une conclusion. A ce stade aucun acteur ne semble faire évoluer fondamentalement ses positions de fond : le CDH n’acceptera pas une réforme de l’Etat qui impliquerait une concurrence entre les régions, le MR s’oppose à une scission de BHV sans compensation, le CD&V exige des garanties sur la réforme de l’état, etc… L’ouverture seule n’est pas synonyme de déblocage, même si un nouveau climat s’installe.

Permettez-moi cette métaphore empruntée au ballon ovale. Au rugby le demi d’ouverture (ici Didier Reynders) a pour mission d’extraire le ballon de la mêlée. C’est un rôle crucial. Un bon demi d’ouverture se doit ensuite de faire « vivre son ballon », et a la redoutable tâche d’orienter le jeu. Si le demi d’ouverture est bien inspiré et si le « collectif fonctionne » (le rugby comme une formation de gouvernement est un jeu subtil où les qualités individuelles doivent s’inscrire dans un effort collectif) le ballon est alors transmis au ¾ qui lancent un ailier qui file, si tout va bien, jusqu’à l’essai. Si cela ne marche pas il y a de fortes chances que l’un des membres se retrouve plaqué au sol, que le ballon ne « vive plus », et que le jeu étant à nouveau bloqué l’arbitre ne siffle une nouvelle melée.

14 novembre 2007

Trucs et ficelles de la négociation, épisode 2

La « case caméra »

Au paroxysme de la crise, dans les heures qui ont précédées et suivies le vote des partis flamands en commission de l’intérieur il régnait une agitation inhabituelle rue de la loi. La présence de dizaines de journalistes belges et les éditions spéciales proposées par les télévisions y sont pour quelque chose, c’est entendu. Ajoutez une dizaine de caméras de TV étrangères, et la zone neutre prenait tout à coup des airs de quartier de l’Elysée un soir d’élections présidentielles. Les hommes politiques ont bien compris l’avantage à en tirer. Olivier Maingain, Didier Reynders (2 ou 3 fois), Bart de Wever et Joëlle Milquet sont donc passés à un moment où un autre devant la meute des journalistes pour lâcher l’une ou l’autre petite phrase. On même vu des élus qui visiblement désireux de passer par la « case caméra » ce jour là empruntaient le trottoir de la rue de la loi pour se rendre de la présidence de la chambre à une salle de commission… Ah bon, c’est un détour ?

Au dessus de la mêlée

La veille du fameux vote Yves Leterme quitte précipitamment le 10 rue de la loi. Justification : le formateur ne souhaite pas participera la délibération flamande qui aboutira à la décision de voter la proposition de scission. La ficelle est grosse, mais Leterme a compris que ce geste symbolique lui permettait de prétendre rester au dessus de la mêlée… et de ne pas galvauder ses dernières chances de migrer un jour vers le 16. Problème : comment faire savoir qu’on quitte la réunion, sans être l’auteur d’une fuite ? Une sortie en voiture était trop risquée (cela va trop vite pour un moment où l’attention des journalistes s’est relâchée, et pour être franc, l’auteur de ces lignes avaient même jugé le moment suffisamment creux pour aller chercher un sandwich). Stratagème utilisé pour contourner la difficulté : le formateur est sorti à pied avec son porte-parole, pour gagner la voiture de celui-ci garée une centaine de mètres plus loin. Vous avez eu le temps de mettre en route vos caméras ? Ce soir là Leterme n’a rien dit, mais il était sûr que l’image de sa sortie existait…
Le MR suspend son bureau
C'est la guerre au MR entre Olivier Maingain, président du FDF hostile à tout tranfert significatif de compétences vers les régions , et Gérard Deprez, grand manitou du MCC plus enclin à envisager une réforme de l'état et grand défenseur du dialogue nord-sud. Ces deux là en viennent aux noms d'oiseaux. La preuve ? Pour éviter tout incident le MR n'a pas réuni son bureau ses dernières semaines. On lui préfère des réunions informelles auquelles participent (entre autres) Olivier Maingain, Charles Michel, Olivier Chastel et Sabine Laruelle. Gérard Deprez (membre de droit du bureau) n'y est pas invité...

10 novembre 2007

Faut-il tuer l'orange bleue ?



L'orange bleue n'aura donc été qu'une chimère. C'est la conclusion à laquelle nous conduisent les soubresauts de ces dernières heures et une situation politique qui a rarement été aussi chaotique. Les acteurs, à peine libérés d'un problème se précipitent sur le suivant et tombent à chaque fois plus bas. L'observateur que je suis concède ce week end, après une semaine éprouvante, une pointe d'agacement et de désillusion. Je l'ai déjà souligné : ce projet de coalition manque de souffle et les participants semblent plus préoccupés par les régionales à venir que par le succès de la négociation.




En trois jours on aura vu l'impensable : le vote d'une communauté contre une autre, une intervention inhabituelle du palais dans un registre qui n'est habituellement pas le sien, et un regain de tension là ou on espérait l'apaisement. C'est surtout cette dernière phase qui doit retenir l'attention. Tout commence mercredi après midi, lorsque commentant le communiqué du palais royal, Didier Reynders muscle son discours : pas de reprise des négociations sans un geste d'apaisement du CD&V. Le FDF amplifie le lendemain en répétant qu' Yves Leterme n'est pas, du point de vue des francophones, un premier idéal. Riposte du CD&V : une réforme de l'état reste indispensable, aux francophones de faire un geste.



Bien sûr on peut penser qu'il ne s'agit ici que d'une musculation classique. Le bureau de la NVA ce samedi peut légitimer une certain radicalisation des propos. L'accusation (non démontrée) d'un scénario arrangé autour du vote en commission de l'intérieur peut amener à vouloir créer des contre-feux.



C'est sous-estimer la détermination des acteurs que j'ai le privilège de rencontrer et l'importance de l'incompréhension qui règne désormais entre les deux communautés. J'ai bien entendu des francophones refuser catégoriquement toute réforme de l'état et souhaiter ouvertement transformer le mandat donné aux présidents de la chambre et du sénat en manoeuvre dilatoire. Cela ne peut, côté flamand, qu'être perçu comme une agression. J'ai également vu cette semaine un CD&V déboussolé. Voter contre l'autre communauté et s'en excuser presque le lendemain, pour finalement revenir à la position initiale deux jours plus tard manque singulièrement de cohérence. J'ai vu vendredi un président du CD&V qui m'a semblé réellement meurtri... et perdu.




Au risque de passer pour un renégat communautaire l'auteur de ces lignes souhaiterait dire aux francophones que le principe d'une réforme de l'état est inévitable. Qu'il faut avoir le courage de le dire publiquement et envoyer ce signal positif vers la Flandre. Le processus proposé par le palais ne peut pas être un simple "encommissionnement". Il faut donc en accepter le principe, ce qui n'empêche pas d'être ferme sur les points "non-négociables". Je suis même surpris que ce fameux communiqué, et dont on imagine que les termes qui y sont utilisés ont été un peu négociés et soufflés au palais, aient pu donner lieu à une contestation publique. Le découplage entre formation et réforme de l'état était écrit noir sur blanc, il n'était pas nécessaire d'en rajouter, sauf à vouloir humilier le cartel emmené par Yves Leterme. A l'inverse ce communiqué évoque également sans détour une réforme du système fédéral actuel, ne pas vouloir en tenir compte est intellectuellement malhonnête.



Le bras de fer de ces dernières heures ne rend service à personne et réduit à néant les effets bénéfiques qu'on pouvait attendre d'un engagement du roi. Si l'on venait à la conclusion que cette intervention d'Albert II dans le champ politique a été souhaitée par ceux qui finalement la conteste ce serait dramatique. Le pugilat observé au parlement de la communauté française (le reportage est visible ici )s'ajoute à cette dimension délétère. On en vient à se demander si le personnel politique est à la hauteur de la situation, et je ne suis pourtant du genre à dénigrer les élus, qu'ils soient du nord ou du sud.


La coalition associant libéraux et sociaux chrétiens est la plus légitime politiquement. Elle n'est pas mathématiquement la seule possibble. Depuis la mi août l'orange bleue est en soins intensifs. L'intervention des docteurs Van Rompuy et Albert II aurait pu aider à trouver la voie de la guérison mais le malade refuse de suivre les prescriptions proposées. La patience des belges est à bout. Il est temps de mettre fin à l'acharnement thérapeutique.


Voir ici la déclaration intégrale du CD&V.

09 novembre 2007

La grande Bénédicte

Une actualité dense m'a tenu éloigné de ce blog plus longtemps que je ne le pensai. Même avec un peu de retard je ne voudrai pas revenir vers vous sans rendre d’abord hommage à Bénédicte Vaes. Les obsèques de ma consœur du service politique du Soir ont eu lieu ce vendredi matin à Wezembeek. Notre champ d’action professionnel nous amenait à nous croiser régulièrement. Bénédicte, grande taille, port de reine, avait, sur le plan humain toute ma sympathie, et sur le plan professionnel, ma plus grande estime.
Pour le Soir, elle suivait donc l’actualité politique, en particulier les grands débats communautaires et l’actualité sociale. Elle maitrisait les moindres détails des dossiers qu’elle traitait, capable de décoder les mouvements des grandes profondeurs tandis que le journaliste de télé que je suis se contente de l’écume de la surface. C’est Bénédicte la première, si ma mémoire ne me fait pas défaut, qui mit la main sur le texte du pacte entre les générations du gouvernement Verhofstadt. Un scoop parmi d’autre : sa grande connaissance du terrain et les liens qu’elles avaient tissés avec de nombreux acteurs lui permettaient d’avoir une longueur d’avance. Mais ce n’était pas tout. La « grande Béné » avait des convictions. De gauche, assurément. Parfois ouvertement exprimées dans ces papiers. Toujours motivées par les valeurs qu’elle défendait : un idéal de justice sociale, d’antiracisme et de tolérance.

Bénédicte Vaes avait le sens du contact et du respect. Face au journaliste relativement inexpérimenté que j’étais en débarquant dans les négociations interprofessionnelles il y a une dizaine d’année elle aurait pu me prendre de haut (au sens propre comme au sens figuré). Ce fût le contraire : discussions, parfois passionnées, toujours intéressantes. Les longues heures d’attente dans le hall de la FEB furent avec elle beaucoup moins longues. Bénédicte avait un grand sens de l’humour et de l’ironie, ce qui ne gâche rien.

Il y a quelques années Guy Verhofstadt avait convié la presse politique à une sortie vélo suivie d’un repas dans un restaurant du brabant wallon. Beaucoup de collègues s’étaient contentés de la deuxième partie du programme. Nous n’étions qu’une dizaine d’inconscients à nous risquer à prendre la roue du premier ministre, visiblement désireux de monter à « ses journalistes » sa supériorité physique. Avec deux collègues de RTL nous n’avons pas tenu 500 mètres. Le premier ministre s’est envolé, et passée la première côte, n’était déjà plus visible pour nous. Bénédicte Vaes, sportive exemplaire, fût la seule à ne pas être décrochée. Le premier, surpris, lui rendit d’ailleurs un hommage vibrant ce soir là.

La maladie fût plus forte qu‘un premier ministre surentraîné. Bénédicte, malgré sa combativité, et elle n’en manquait pas, a perdu son dernier sprint. Les propos de son compagnon, Claude Demelenne et de ses collègues du Soir témoignaient ce vendredi matin d’une personnalité à l’exceptionnelle humanité.