
C'est désormais une certitude : l'orange bleue ne fleurira pas sous le climat belge, trop humide et pas assez chaud sans doute pour un fruit aussi exotique. Depuis une semaine les négociateurs de tous bords cherchent une nouvelle coalition.
De préférence une coalition qui bénéficierait de la majorité des deux tiers "
ou qui en serait très proche" a précise Yves Leterme dans
un long entretien sur RTL TVI ce samedi. L'ancien formateur a également indiqué que le "
CD&V et le CDH appartiennent à la même famille européenne (le PPE, parti populaire européen qui rassemble les formations démocrates-chrétiennes)
c'est important, de plus je ne suis pas rancunier". Traduction : le CDH a bien sa place dans une coalition gouvernementale ou se trouverait le parti d'Yves Leterme et il n'a pas l'intention de laisser les humanistes dehors. Lors du même entretien l'ex- formateur a glissé que la famille socialiste "
est une famille qui compte, une famille importante qui doit prendre ses responsabilités : il y a eu des signes en ce sens puisque Monsieur Di Rupo reconnaît maintenant qu'une réforme de l'état est nécessaire". Traduisons encore : le PS est nécessaire pour atteindre une majorité des deux tiers et Elio a envoyé le signal qu'il fallait. Sauf erreur de traduction de ma part, mais je crois avoir le bon dictionnaire pour comprendre Yves Leterme :
le leader flamand souhaite publiquement que le CDH et PS participent à une grande coalition qui compterait au moins 5 partenaires .
Branchons le décodeur. Jeudi et vendredi Guy Verhofstadt a testé plusieurs formules possibles. Celle qui semblait avoir la préférence des libéraux était la suivante : CD&V-NVA et VLD côté flamand associé au MR et au PS. J'ai appelé sur l'antenne de RTL TVI cette formule "orange sanguine" pour souligner que par rapport à l'orange bleue le CDH y était remplacé par le PS (la formule est impropre puisque le bleu domine dans cette hypothèse, mais il faut parfois se montrer pédagogique, permettez moi cette liberté picturale). L'exhibition dans un reportage de la RTBF de l'inimitié que Joëlle Milquet nourrit pour Didier Reynders (et inversement, même si c'était mercredi moins visible) servait parfaitement le scénario. Mais la coalition "orange sanguine" ne permettait pas de réformer l'état. Les libéraux ont donc suggéré une "orange sanguine +" : CD&V-NVA, VLD, MR, PS, Ecolo-Groen. Cette coalition avait deux avantages : faire monter les verts (eux aussi gagnants le 10 juin) et afficher un total de 103 députés (3 de plus que la majorité des deux tiers). Elle s'est fracassée sur deux éceuils dans la journée de vendredi.
D'abord parce que Groen ne s'est pas montré très interessé. Ensuite et surtout parce que le parti socialiste n'entendait pas jouer dans la pièce. A plusieurs reprises Elio Di Rupo a souligné en interview que "Joëlle Milquet est d'une grande correction". Le président du parti socialiste n'entendait donc pas remplacer au pied levé un parti avec lequel il gouverne à Bruxelles et en Wallonie et a donc affiché un refus assez net. Les autres partenaires ont donc compris que PS et CDH monterait ensemble au pouvoir, et qu'à la limite cela simplifiera la situation de Joëlle Milquet qui pourra se caler dans la roue du PS : ce qu'Elio Di Rupo acceptera, la président du CDH devrait l'accepter aussi.
Bref, ce samedi après midi, et après avoir recoupé l'information a plusieurs sources j'arrive au pronostic suivant pour la coalition la plus probable : CD&V-NVA et VLD coté flamand (cela ne bouge pas) et MR-PS-CDH côté francophone. Total : 101 voix. Pour l'instant le SPA n'en est pas (les socialistes flamands ne sont pas demandeurs et les libéraux ont asssez dit leur hostilité à une tripartite classique) mais cela pourrait encore changer. Les voix du SPA pourraient être utiles en cas de réforme difficile à faire passer (dans le cas contraire la formule retenue ici dépend du bon vouloir des députés NVA et FDF).
Reste deux inconnues : d'abord qui sera premier ministre ? Sur RTL TVI Yves Leterme a estimé que la démocratie, avec 30 sièges pour sa formation, jouait en sa faveur "les résultats de l'élection n'ont pas changés" glissait il en affirmant que "dans ce pays ont compte les voix on les compare pas, ce sont les voix des électeurs qui comptent pas celles des analystes". On doute que Guy Verhofstadt et Didier Reynders se range facilement à cet argument.
Deuxième question, sans réponse à ce stade : cette coalition , si elle voit le jour , doit elle connaître un prolongement au niveau régional ? S'il accepte de voir Elio et Joëlle s'asseoir à ses côtés au fédéral (il n'a pas vraiment le choix) Didier pourrait demander la réciprocité à Bruxelles et Namur. Il n'est pas sûr que ses amis francophones souhaitent lui faire ce cadeau.
L'intégralité de l'interview d' Yves Leterme est
ici.