17 février 2008

Lectures de vacances

Les gars, soyez sérieux. A chaque fois que je m'absente une semaine j'ai l'impression quand je rentre en Belgique de ne pas retrouver le pays dans l'état dans lequel je l'ai laissé en partant. Dépuis que j'ai posté mes trois lignes vous annonçant que je prenais le large une petite dizaine de jours, vous avez pu vous traiter de tous les noms (on a l'habitude) mais aussi ruiner une institution comme le secret du colloque singulier (beau travail du Standaard, même si on peut se demander à quoi ça sert de reconstruire une discussion privée quand on a une seule source), organiser une visite d'expo et un dîner grec façon "esprit d'entreprise es-tu là ?" (on notera au passage que Guy Verhofstadt se découvre des dons de psychothérapeuthe, cela peut être utile pour sa reconversion car "conseil en management gouvernemental pour pays compliqués" est un créneau porteur et assez libre, faudra le noter sur ton CV, Guy ; et que par ailleurs Didier Reynders a préféré bouder au foot, ce qui reste un sport d'équipe, même s'il était simple spectateur). Comme si cela ne suffisait pas vous trouvez le moyen d'envoyer le futur premier à l'hopital (bon rétablissement à lui) et on ne sait plus très bien à qui confier les clefs de la maison. C'est un coup à vous culpabiliser un journaliste politique en repos, ce que je trouve moyennement drôle surtout si mon rédac-chef lit ceci (je plaisante : les gars, mes vacances c'est quand je veux !).


En une semaine j'ai eu le temps de profiter de mes enfants (c'était le but, mais cela ne vous concerne pas) et de lire deux/trois bouquins. Une déception d'abord. J'ai reçu par courrier (un privilège, je le reconnais) "Objectifs blogs", un ouvrage universitaire des facultés Notre Dame de la Paix (Namur) édité par l'Harmatan. L'ensemble de cette étude est sous la direction d'une certaine Annabelle Klein, directrice de département aux facultés et sous-titrée "explorations dynamiques de la blogosphère". Je me suis jeté dessus. Bon départ pour l'intro ou l'on peut lire "le blog est un prolongement de l'activité journalistique, un espace alternatif d'expression. Bref le blogging n'a pas changé les journalistes, il leur a permis de retrouver les sources du métier". Jusque là , plutôt d'accord. La suite est décevante. Passe encore pour le style aride propre aux travaux universitaires. C'est le fond qui cloche. Je n'y ai rien appris de révolutionnaire. Pire, le chapite consacré aux journalites bloggeurs belges me semble sans aucun intéret. A mon sujet il est par exemple écrit que je suis "plus libre dans ruedelaloi.blogspot.com que sur RTL TVI" car sur mon blog précise l'auteur je pourrai "aller plus loin et proposer des analyses complémentaires". Ah bon ? C'est quoi la liberté pour un journaliste ? Et en quoi ma pratique sur ce blog est-elle différente de celle sur l'antenne de TVI (il y en a des différences, et il serait interessant de les étudier, mais pas au niveau de la liberté justement, plutôt dans le style, le rythme, le type d'infos, la périodicité, la fidélisation du lecteur, son profil plus défini, le dialogue par l'intermédiaire des commentaires, les liens, etc...). En clair, le bouquin est inachevé, j'attends le prochain (Serge Coosemans, sur le même ouvrage, est encore plus sévère que moi).


Quitte à faire la promo d'un livre de chevet, je vous recommande plutôt cette autre lecture de la semaine dernière : "Le monde est mon métier", éditions Grasset. Il s'agit d'un entretien croisé entre Jean Lacouture et Bernard Guetta, deux monstres du journalisme français. Pour le journal le Monde le premier a couvert la décolonisation, le second la fin de l'URSS. Voici deux grands témoins qui confirment qu'ils respectent le "OFF", qu'ils s'autocensurent, qu'ils essayent de comprendre le point de vue de chacun et de le restituer correctement et surtout qu'ils doutent. Dans un monde journalistique comptemporain ou l'on est maintenant si prompt à partir en croisade, où les journalistes croient après 5 ans de carrière pouvoir dire où est le bien et le mal et où l'interactivité avec l'auditeur/lecteur/telespectateur tient lieu d'éditorial et d'interview, c'est une lecture qui m'a fait beaucoup de bien. A vous aussi, les gars, je vous la recommande. L'interview d' Hô chi Minh, la bataille d'Alger, les conversations avec Mendès et le destin de Gobatchev vus par ces temoins là, cela vous changera de Bruxelles-Hal-Vilvorde.




3 commentaires:

Anonyme a dit…

Dans les facultés ou départements de journalisme de nos universités belges francophones, les jugements de valeur convenus (Style "Bourdieux pour les Nuls") ont depuis longtemps remplacé l'analyse scientifique.
Dès lors, lorsqu'ils abordent les nouveaux médias, comme ils ne savent pas quoi penser (et pour cause!), le vide de l'anlyse se remarque encore plus.

Anonyme a dit…

Je voulais lire les deux ouvrages avant de juger. Le premier est plutôt aride mais en tant que fils de (vrai) grand journaliste, j'ai l'impression que l'analyse colle assez bien. Bcp confondent le journalisme et les médias, et qqun comme le gars de la DH est bien plus libre sur son blog. VOus aussi d'ailleurs monsieur Grosfilley, vous en dites bien plus ici que dans vos 2 minutes quotidiennes dans un Journal télévisé formaté "ménagère de 40ans". Comment y mettre de la profondeur, de l'analyse qui s'élève au dessus du comptoir? (ce n'est pas une critique, juste une constation). Ceci dit, vous êtes sans doute le seul à éléver le débat sur votre chaîne (est ce pcq vs etes français?).
Le second livre est agréable mais il convient de garder un certain recul. Lire entre les lignes car sinon il s'apparente plus à une ôde aux vieux dinosaures qui regrettent la grande époque et prennent les jeunes pour des cons. Le talent n'as pas d'âge. J'ai connu de jeunes collègues de mon père qui sont très vite devenus très grands (certains ont d'ailleurs passé la frontière), et d'autres qui sont tjs restés médiocres malgré leur âge. Le livre reporche ce qu'il fait, un certain manichéisme. En ce je l'ai trouvé bien plus "inutile" que le premier.
Permettez moi de conseiller "notre métier a mal tournée" de ph. Cohen, autrement plus lucide sur une profession qui me semble en train de disparaître et pas uniquement à cause de la nouvelle génération.

ps: Laissez Coosemans là où il est, c'est à dire nulle part. Ce genre de personne ne devraient même pas être considérée comme journaliste. Du style, pas de fond. une sorte de bretteur de seconde zone qui tente d'imiter les spécialistes (français encore une fois, désolé).

Fabrice Grosfilley a dit…

Merci d'avoir pris la peine de lire les deux bouquins et de nous faire profiter de votre avis. Comme quoi les goûts de chacun...
Je ne connais pas l'ouvrage que vous recommandez, mais je vais combler cette lacune.


PS : Tant qu'à évoquer votre héritage familial pourquoi ne pas faire part de votre identité ?