30 avril 2007

Duels en série


Le Soir et la RTBF publient ce lundi à 40 jours des élections un intéressant sondage qui bénéficie de l'expertise du Cevipol de l’ULB. Profitons de cette photographie pour dresser un état des lieux et entrevoir ce que nous risquons de vivre dans les prochaines semaines. Si l’on en croit cette étude (à priori les grandes tendances ne sont pas très éloignées de celle des dernières livraisons du baromètre RTL-La Libre Belgique) PS et MR sont donc en recul coté francophone, tout bénéfices pour le CDH et Ecolo, tandis que le CD&V cartonne autant que le VLD s’écrase coté flamand. Le 10 juin au soir il y aura des formations qui affirmeront avoir « gagné », d’autres qui emploieront le terme « consolidé », et certaines qui auront reçu la « confiance de l’électeur ». Comprendre la campagne exige d’aller un peu plus profond dans les enjeux. Comme disent les sportifs il ya des « matchs dans le match ». Je vous propose d’en identifier quelques uns.

Le leadership francophone : PS et MR seraient donc en recul par rapport aux élections de 2003. Comme ce recul est également présent coté flamand on peut en conclure que les jours de la violette sont comptés. PS et MR se sont rendu comptes que s’ils reculent tous les deux et qu'il faut bien faire une (petite) place au gagnant seul l’un des deux pourra se maintenir au gouvernement. Dans cette perspective la place de première formation francophone reste un atout de taille, et perdre moins que son concurrent direct un argument supplémentaire. PS et MR sont donc en concurrence pour rester au pouvoir, avec pour l’instant un avantage chez les rouges, ce qui explique sans doute la stratégie des bleus : pour être sûr de rester dans la coalition, mieux vaut viser la première place, quitte à passer pour agressif et prendre le risque de tout perdre.

La deuxième place : si le PS conserve la première marche du podium, MR et CDH se disputent la deuxième place. Le MR a là une longueur d’avance. Mais le parti de Joëlle Milquet bénéficie d’un mouvement positif constant depuis plusieurs scrutins. Les centristes savent qu’à défaut d’être devant le MR, en enregistrant une nouvelle progression ils seront idéalement placés pour revenir au pouvoir. Le slogan "c'est l'heure" placardé lors du dernier congrès traduit même une certaine impatience. Tous les amateurs de football politique le savent : c’est au centre que la plupart des rencontres se jouent, et c’est donc là que la bataille est la plus âpre. On peut y ajouter un antagonisme personnel réel : Joëlle Milquet et Didier Reynders on toujours du mal à se parler.

Le gagnant des gagnants : CDH et Ecolo sont les partis en forme du moment. Etre le plus en forme des deux se joue sur deux critères : le plus fort score et la plus forte progression. L’avantage est pour l’instant au CDH mais les écolos savent qu’ils surfent sur un thème porteur (le climat). Les deux formations se disputent en outre un terrain fertile : l’éthique en politique.

Le match de la gauche : Ecolo depuis plusieurs mois affiche l’ambition de passer la barre des 10 pourcents. En privé certains de ses responsables mettent même la barre bien plus haut. Certes le parti vert a pris en 2003 une raclée monumentale, faire mieux est de l’ordre du possible, même sans se forcer. Mais pour faire mieux que mieux les écologistes devront prendre des voix au PS. La phrase de Jean Michel Javaux « le PS n’est pas le gardien de la gauche » prononcée à Mons doit être perçue par les socialistes plus comme un avertissement que comme une provocation.

Ajoutez le match Leterme-Verhofstadt au nord (avec avantage au premier pour l’instant). La liste n’est pas exhaustive, mais je crois qu’elle permet déjà d’y voir un peu plus clair.

5 commentaires:

Nathan G a dit…

L'agressivité du MR est sans doute également à mettre en parallèle avec une grande fébrilité quant à la traduction en sièges de leur prochain score électoral.

En 2003, malgré un différence de + ou - six pourcents entre le MR et le PS, ils avaient obtenu un nombre presqu'équivalent de sièges: 25 au PS et 24 au MR, la clé d'Hondt de calcul de dévolution de sièges favorisant les grands partis et pénalisant les petits.
Si le CDH remonte à un vrai niveau de "parti moyen" et que le MR se tasse (et se tasse plus que le PS), il paiera vraisemblablement très cher en termes de sièges.

C'est donc un pari très risqué de la part du MR de constamment se comporter en "égal du PS" - ce n'est pas faux en sièges actuels mais c'est exagéré en termes de voix. C'est un pari risqué car la perte sèche que le parti pourrait subir le 10 juin serait d'autant plus humiliante et commentée que l'ambition affichée était forte.

En interne au MR, certains se sont agacés de voir Didier Reynders reprendre sa stratégie des dernières communales liégeoises (quand il signait affiches et courrier d'un "votre bourgmestre" très peu prémonitoire), mais le président pense que se gonfler permet de maximaliser les voix, les gens oubliant par la suite assez vite l'échec.
Le risque ici étant différent: sortir clairement perdant le 10 juin ne donne pas la meilleure image pour revendiquer et légitimer une participation gouvernementale. Surtout quand on a réussi à se mettre tout le monde à dos hormis l'appareil écolo.

D'où, semblerait-il, une transition douce vers la nouvelle stratégie de Justicier Solitaire (le cdh parlait ce weekend de Calimero); en gros, l'entourage de Reynders semble le convaincre de laisser le sarkozysme à Sarkozy et de plutot s'inspirer des manoeuvres de Bayrou.

Frédéric Brux a dit…

Une analyse complète Fabrice. Bon travail!

Hims Lapin a dit…

On soulignera, tout de même, le travail effectué par le CEVIPOL. Ce n'est pas un travail scientifique, mais ce n'est plus un sondage. On est en face-à-face, et pas au téléphone, comme trop souvent. Le CEVIPOL a triplé le corpus standard, 3000 personnes au lieu des 1000 habituels. Et surtout, on a un vrai chiffre, trop souvent occulté, des indécis. Moi, je dis bravo à P. Delwit et ses acolytes de l'avenue Fr. Roosevelt!

Viaduc a dit…

Petite interrogation de cuisine statistique...

Pouquoi le CEVIPOL a-t-il recours à un échantillon aussi grand ?

Pour le 1er tour français (marché électoral bien plus vaste), Ipsos et la SOFRES ont sondé et prédit correctement les scores sur base d'un échantillon de 1300 personnes, tout cela par téléphone. Seule exception : le FN, mais je soupçonne qu'il y ait là une démarche relevant de l'adage : "mieux vaut une bonne qu'une mauvaise surprise"...

Ici, pour la Wallonie, le CEVIPOL travaille sur base d'un échantillon de 2000 personnes qu'il rencontre en face à face (càd sur les marchés).

Loin de moi l'idée de retirer un gramme de pertinence au sondage de M. Delwit (du reste assez proche du baromètre d'IPSOS-LLB-RTL), mais c'est une curiosité méthodologique que je ne m'explique pas.

D'autant que la marge d'erreur n'est pas très différente.

Si quelqu'un a une idée... je suis preneur !

Nathan G a dit…

@viaduc:
je pense que leur marge d'erreur est plus petite que les sondages de La Libre: au lieu des habituels 3%, on est ici plus près des 2%.

Plus fondamentalement, un plus grand échantillon permet de découper en segments que l'on peut se permettre d'analyser plus sérieusement. Les études du CEVIPOL cherchent par exemple souvent à comprendre les évolutions et transferts de voix. Par exemple, quelle est l'attitude de ceux qui ont voté PS en 2004 (ou MR, ou Ecolo, etc). Ce groupe représentant 35% des 2000 personnes, on reste alors dans un échantillon relativement fiable.
De manière générale, les études qui veulent segmenter leur public pour affiner leur analyse (les femmes, les jeunes, les gens de gauche, les liégeois, les couches sociales supérieures, etc) ont intérêt à partir d'un échantillon un peu plus large. Si l'on ne s'intéresse qu'à une seule question de manière globale, un échantillon plus retreint (entre 900 et 1100) peut alors souvent suffire.