17 avril 2007

Pourquoi la France nous passionne ?


Interrogé par l’Agence France Presse sur l’engouement du public belge vis à vis des élections présidentielles, je me dis que c’est l’occasion de partager quelques éléments de réflexion avec vous. Il est toujours délicat de décréter que le grand public se passionne pour un sujet. Depuis quelques semaines la presse, écrite ou audiovisuelle, multiplie les reportages, interviews et autres analyses sur la campagne électorale française. Partons du point de vue que les médias ne se trompent pas complètement, et que, connaissant leur public et à la manière d’un bon baromètre, ils nous indiquent un véritable intérêt de l’opinion belge pour la présidentielle française. Comment l’expliquer ?

- Le débat français est vécu chez nous comme un divertissement. Le citoyen belge, en position de spectateur et non pas d’électeur, peut à sa guise se passionner, commenter, critiquer une élection, qui a une dimension ludique à mille lieu du vote obligatoire. La démocratie française est une représentation théâtrale tandis que notre vie citoyenne est une corvée.

- Le débat français, avec son scrutin majoritaire à deux tours, favorise la bipolarisation (droite-gauche), les positionnements manichéens et les victoires franches (un camp perdant, l’autre gagnant) alors que notre système proportionnel et nos coalitions peuvent être vécus comme un compromis permanent, peu lisible et où le choix de l’électeur se dilue dans les négociations d’après scrutin.

- Le scrutin présidentiel est personnalisé à l’extrême et joue sur un lien direct et souvent émotionnel entre le candidat et la nation. En Belgique la campagne est plus ou moins collective. Le président français incarne tous les français. En Belgique ce lien symbolique est réservé à la famille royale : un homme politique est, au mieux, l’incarnation de sa communauté linguistique.

- Le président de la république concentre entre ses mains l’essentiel du pouvoir. Dans la France centralisatrice sa désignation organise la vie politique. En Belgique, si l’échelon fédéral reste central, la régionalisation de nombreuses compétences brouille la compréhension des enjeux.


Je vous invite à lire, des réflexions sur le même thème, mais avec la plume qui lui est propre, chez Prométhée.

7 commentaires:

Frédéric Brux a dit…

Bonne analyse M. Grosfilley. J'ajouterais juste qu'il s'agit actuellement uniquement d'un phénomène francophone.
Pour avoir travaillé six ans à l'agence Belga, je peux vous assurer qu'il y a également du côté belge néerlandophone une attirance pour la chose politique aux Pays-Bas.
Même si c'est vrai, ce ne sont pas exactement les mêmes proportions.

Anonyme a dit…

Personnellement, je ne m'intéresse pas trop à l'élection présidentielle française, car elles sont trop concernées sur les personnes et non sur des projets. La meilleure preuve est l'absence totale de débat entre les différents candidats avant le premier tour. C'est aberrant dans une démocratie et une telle situation est inimaginable en Belgique. J'en profite pour féliciter l'initiative commune de RTL-TVI et VTM de diffuser un débat bilingue entre Yves Leterme et Elio Di Rupo. Cela devrait se faire plus souvent.

michel a dit…

Un blog, partisan, élégant et amusant:
http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/

philochar a dit…

Comme toujours, analyse intéressante sur ce blog. Mais j'y ajouterais, moi, d'autres éléments:

- la république est la forme la plus achevée de la démocratie (ou la pire, à l'exception de tous les autres, pour reprendre l'expression de Winston Churchill), et la France est un des rares pays où le président (la présidente?) soit élu(e) au suffrage universel. Voilà qui, outre la proximité géographique, peut constituer un élément d'attractivité

- mais il y a aussi cette grande proximité culturelle: si tout homme a deux patries, la sienne et la France, selon l'expression consacrée, combien cet aphorisme se vérifie-t-il plus encore en Belgique francophone, où le rayonnement cutlurel de la France est sans doute le plus fort.

- et puis enfin, et ce n'est pas le moins important, dans notre pays dont les tendances identitaires de la Flandre hypothèquent l'avenir, la France apparaît, consciemment ou inconsciemment, comme l'ultime recours. Celui invoqué, déjà, par les congressistes wallons de 1945, dont le pari sur le fédéralisme apparaît de plus en plus aléatoire...

Fabrice Grosfilley a dit…

Philochar ne peut cacher une francophilie très liégeoise...

Anonyme a dit…

Je rejoins Pilochar sur la thèse culturelle :

Nous sommes intimement reliés à la France au niveau médiatique :
Nous disposons des 3 chaines nationales françaises (voire 5 grâce au numérique). Nos médias reproduisent également des contenus franco-français. Cela, essentiellement via RTL Group : BEl RTL reproduit une pléthore de programmes de RTL France (les grosses têtes, les Noctures,...),Plug et Club reprennent les contenus de M6 (La Nouvelle Star, ..); c'est également vrai pour NRJ, Fun Radio, Nostalgie,..
Au niveau de la presse écrite, on retrouve un même phénomène : par exemple La Libre Belgique est petit actionnaire de Libé (ce qui procure l'avantage de pouvoir récupérer des articles).
Ce ne sont que des exemples, on peut encore en trouver plusieurs.

Donc, il me semble que la francophonie (et en effet, pas la Belgique tout entière) est cutlurellement très liée à la France, et je l'explique en partie par cette dépendance médiatique à nos voisins du sud.

Nic

philochar a dit…

Fabrice a sûrement raison: le cœur de Liège et de son pays battent pour la France. Et on ne peut échapper à son environnement. Mais il faut bien constater que l'intérêt pour l'élection présidentielle française est bien plus grand chez nous que l'intérêt pour... nos prochaines élections législatives. Il ya donc là sûrement matière à réflexion...