13 avril 2007

Imbroglio social à l'IEV

Que se passe-t-il exactement au centre d’étude du parti socialiste ? L’institut Emile Vandervelde est depuis deux jours au cœur d’une enquête de l’auditorat du travail. Descente d’un magistrat au siège du parti, avec journaliste opportunément prévenu : il s’agit d’un effet collatéral des affaires carolos. Les magistrats ont en effet pu découvrir que la députée Alisson De Clercq bénéficiait des services d’un collaborateur rémunéré par l’IEV. Elle n’était pas la seule : 19 élus au total auraient bénéficié de ce système (certaines sources avancent même le chiffre de 26 ou 27 élus). Pour les spécialistes en droit du travail c’est illégal. Une « mise à disposition » s’effectue dans des cadres précis avec des conventions ad hoc, ce qui n’était pas le cas ici. Coté PS on conteste : l’IEV comme les députés en question œuvre pour le parti, c’est donc la même entité qui payait les collaborateurs et bénéficiait de leur activité (on résume à grands traits, mais c’est l’argumentation défendue).
Sur le fond, ce n’est pas l’affaire du siècle. On peut reconnaître à Frédéric Delcor, patron de l’IEV et présenté souvent comme le bras droit d’Elio Di Rupo, une certaine franchise dans sa défense. Il n’y a pas eu de détournement d’argent public, juste un jeu d’écriture. Tout au plus les socialistes s’exposent-ils, si les faits devaient être poursuivis à quelques milliers d’euros d’amendes.
Su la forme c’est plus délicat. Que le parti socialiste prenne des libertés avec le droit du travail est étonnant. Que l’affaire surviennent à une encablure des élections peut être gênant : ce n’est plus la frégate carolo qui intéresse la justice du travail mais le navire amiral. S’intéresser à l’IEV c’est en effet toucher le cœur du pouvoir présidentiel. Dans un parti où les fédérations conservent une réelle autonomie le centre d’étude est au service du président. Les hommes qui le dirigent (Frédéric Delcor aujourd’hui ou André Flahaut hier) sont les véritables machinistes en chef du PS. Si l’affaire s’emballait, Elio di Rupo, qui avait affiché une certaine distance avec des socialistes carolorégiens dont les pratiques étaient présentées comme « archaïques », serait sans doute contrait de changer de posture.

PS (c’est le cas de le dire) : je constate l’arrivée de nouveau lecteurs qui découvrent « rue de la loi » par l’intermédiaire d’un lien sur le blog d’Elio Di Rupo. Je suis bien sûr honoré d’être référencé sur le blog du président du PS. Le libellé de la rubrique « blogs amis » mérite d’être nuancé. S’il peut y avoir entre un journaliste politique et un président de parti une estime intellectuelle et un respect réciproque, il ne saurait y avoir « d’amitié » au sens fort du terme. Les lignes ci dessus devraient vous convaincre de mon indépendance.

6 commentaires:

Julie K a dit…

Merci de remettre en contexte cette histoire. je ne trouve nulle part des explications l'organisation des autres partis. Si l'i.e.v. fonctionne de bonne foi de cette manière, comment les autres centres d'études et groupes parlementaires font-ils? si la loi est floue, y en a-t-il des interprétations différentes au sein de chaque parti? les partis ne doivent-ils pas remettre leurs comptes au parlement régulièrement?
merci!

Anonyme a dit…

Fabrice, l'intitulé "blog d'amis" est standard dans Word Press et est une très mauvaise traduction de "blog roll". Je pense simplement qu'ils ne l'ont pas changé.

Anonyme a dit…

@ julie et Fabrice

Voici une réaction saine Julie de s’interroger sur les pratiques des autres partis. Je n’ai pas vu beaucoup de journalistes se poser la question…

Je sais que tous les partis fonctionnent de la même manière en utilisant ces pratiques d’échanges et truchement des collaborateurs.

Ce n’est évidemment pas un argument de défense « puisque tout le monde le fait, alors pourquoi pas nous ? »…

C’est illégal. Comment je sais cela ? J’ai travaillé dans un autre parti politique que le PS. Je travaillais comme cadre du parti mais « officiellement », sur mon contrat de travail, j’étais assistant parlementaire. Mon lieu de travail était également faux.

Nous ne sommes en aucun cas dans des situations répugnantes comparables à celles de Charleroi où on détourne de l’argent public mais cela reste 1 infraction par rapport à la législation sociale.

Bonne nuit les blogeurs

NB : voici un blog étonnant. Internet existe au paradis…

http://francoismitterrand2007.hautetfort.com/


Kosmik Koala

G. a dit…

Fabrice, imaginons une second que vous soyez catalogué comme journaliste de droite ? Pensez-vous que dès lors le PS vous aurait repris comme "ami" ? Vous faites bien d'apporter la précision que vous faites mais en attendant le mal est fait ! Il devient difficile d'imaginer que vous ne soyez pas proche de ce parti même si vos commentaires se veulent les plus neutres possibles ! De la part du PS je trouve cela particulièrement pernicieux quant au procédé !!!

Fabrice Grosfilley a dit…

a G. : je trouve extremement malsaine cette habitude de vouloir "cataloguer" les journalistes comme vous le dîtes. Je ne me sens lié à aucune formation et revendique une totale indépendance.

Fabrice Grosfilley a dit…

A Julie K; : j'essaye de répondre à votre question, mais le temps me manque pour produire un billet complet. L'équivalent de l'IEV pour le MR est le centre Jean Gol dirigé par Hervé Hasquin et lancé par Didier Reynders (les réformateurs n'avaient plus de centre d'étude réellement actif). Ecolo a "Ethopia" et le CDH le centre d'études politiques économiques et sociales (cepess). Je trouve le sujet interessant, si j'ai du temps dans les prochaines semaines je tente d'y revenir avec plus de détails (financement, missions, liens avec le parti, etc...)