24 janvier 2007

Guy et Elio face à face


C’est une opposition particulièrement télégénique. Ce mercredi matin, dans un discours on ne peut plus officiel , le premier ministre a donc fait savoir qu’une réforme de l’état était à ses yeux « souhaitable, et même indispensable »(le texte intégral est ici). Quelques minutes plus tard Elio Di Rupo faisait savoir aux journalistes présents, qu’il désapprouvait le contenu du discours et qu’il allait le faire savoir au principal intéressé. Sur le papier, ce n’est pas anodin. Que le premier puisse dans un pareil contexte (tous les acteurs de la Belgique officielle étaient présents) lire un texte qui n’aurait pas l’assentiment de sa majorité, même en période pré-électorale, est, disons, étonnant. Que l’un des partis de cette majorité se croit autorisé à le faire publiquement savoir également.
A y regarder de plus près Guy Verhofstadt et Elio Di Rupo viennent sans doute de prendre une posture qu’ils ne quitteront plus. Le premier ministre n’oublie pas qu’il est aussi le « père spirituel » du VLD a défaut d’en être formellement le président. Il lui revient d’assurer un succès électoral, et d’imposer la présence de son parti dans le meilleur des rapports de force possible après le 10 juin. Indiquer que les intérêts de la Flandre lui importe autant que ceux de l’état fédéral coupe l’herbe sous les pieds d’Yves Leterme. Le faire à l’occasion d’une cérémonie au palais, lui permet de profiter d’une formidable caisse de résonance tout en indiquant qu’il n’est pas « prisonnier » de sa fonction du 16 rue de la loi.
Pour Elio di Rupo la posture est symétrique. Réagir vite et fort confirme le statut de « premier des francophones » qu’endosse régulièrement le président du PS, et évite de laisser un terrain inoccupé au CDH ou au FDF. Accessoirement, douter des analyses du locataire du 16 permet d’insinuer qu’on y ferait aussi bien si la place devait se libérer.C’est donc un grand classique des campagnes électorales. Guy et Elio ont tout intérêt à se positionner en leader de leur camp linguistique, à souligner leurs divergences et à indiquer, chacun dans leur communauté, qu’ils sont le meilleur rempart contre les intentions de l’autre . Electoralement, ces « frères ennemis » s’aliment donc l’un l’autre, et comme ils ont tous deux une longue expérience, il n’est pas exclu qu’ils réussissent à nous livrer quelques passe d’arme spectaculaires sans jamais porter un coup qui serait fatal à la Belgique. Ce jeudi, en tout cas, le duo fonctionne à merveille.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne suis pas d'accord avec cette analyse sur la symétrie. Je crois plutôt que le 1er ministre vient de doubler Di Rupo sur le fil et donner l'opportunité à Reynders de challenger le premier socialiste francophone. Non ?

G. a dit…

Tel une question de votre collègue Vrebos, s'il fallait choisir entre un premier ministre francophone socialiste et un néérlandophone libéral, sans AUCUNE hésitation, je choisis le néérlandophone libéral !

Ce pays n'a que trop connu l'ultra-socialisme, il suffit de voir ou en est la Wallonie pour comprendre l'échec cuisant du P.S. !

Anonyme a dit…

Pour la prochaine réforme de l'Etat, il faut créer une circonscription nationale, supprimer les provinces, refédéraliser le commerce extérieur, régionaliser l'emploi et transformer le Sénat. C'est tout. Et pas touche à la monarchie!