28 juin 2007

Joëlle, la solitude et la psychanalyse


Les déclarations de Joëlle Milquet de ce jeudi méritent qu’on s’y attarde. Dans une série d’interviews, au Soir et à La Libre et sur Bel RTL, entre autres, la présidente du CDH indique qu’elle souhaite qu’Ecolo assume ses responsabilités et accepte de participer à une négociation gouvernementale. De premièr abord c’est plutôt sympathique : Joëlle précise que si elle fait cette proposition c’est parce que les écolos sont les vrais vainqueurs de l’élection du 10 juin. Entre les lignes c’est plutôt rosse : si les écolos se réfugient dans l’opposition, c’est parce que leur priorité n’est pas du tout de défendre l’environnement mais plutôt de préparer les élections régionales de 2009.

Que Joëlle Milquet cible ainsi les écologistes est très révélateur : en deux entretiens successifs (l’opération est donc soigneusement pensée) la présidente du CDH désigne la formation qui lui cause le plus de soucis. Embarquée avec le PS dans les régions, et désormais dépendante du MR pour une négociation gouvernementale inévitable Joëlle Milquet va devoir doser très habilement les critiques qu’elle adresse à ces deux formations. La période de la guerre froide MR-CDH appartient au passé, les deux partis politiques vont devoir inventer un nouveau mode relationnel. Idem pour les relations PS-CDH : le couple politique formé par Elio Di Rupo et Joëlle Milquet sur fond d’exigences éthiques et de nouveau projet wallon ne peut plus être aussi exclusif que par le passé.

Tout indique que Joëlle Milquet peine à trouver ses nouvelles marques dans le jeu issu du scrutin fédéral. Alors que son parti est indispensable à l’orange bleue la présidente du CDH semble isolée. Comme si les négociations lui échappaient et qu’elle subissait la mise en place d’une nouvelle majorité à laquelle une partie (au moins) de ses troupes aspirent. Ainsi Joëlle Milquet ne reconnaît elle jusqu’à présent qu’une seule rencontre avec Didier Reynders, quand Yves Leterme en avoue au moins deux « informelles » mais en tête à tête. Mieux, Leterme et Reynders se sont chaleureusement salués au parlement ce jeudi et , d’après mes informations, s’échangent régulièrement des sms.

Ajoutons que les libéraux francophones et flamands ont eu une longue réunion mercredi soir au Lambermont, la résidence du premier ministre. D’après mes informations Reynders et De Decker, coté MR, et Verhofstadt et De Gucht, côté VLD, se sont vus jusque fort tard… sans doute pas pour parler de leurs vacances en Toscane. Joëlle Milquet en revanche ne semble pas à ce stade associée aux agapes. En haussant la voix le CDH se rappelle au bon souvenir de ses probables futurs partenaires.

A ce sentiment de marginalisation s’ajoute une inquiétude profonde. Le CDH, potentiellement le seul parti à être dans la majorité à tous les niveaux de pouvoir perçoit désormais Ecolo en ennemi dangereux. Les deux formations se partagent un électoral volatil commun. Ecolo en restant la seule formation partout dans l’opposition pourrait grignoter une partie des électeurs centristes.

Devisant avec Melchior Wathelet (CDH) ce jeudi dans les couloirs du parlement Jean Michel Javaux(Ecolo) indiquait assez clairement à son interlocuteur qu’ il s’estimait agressé par les propos de la présidente. Si l’orange peut être bleue chez Eluard et Hergé, l’orange verte est en revanche un fruit acide et visiblement loin d’être comestible.

Plus subtilement, les propos de Joëlle Milquet valent aussi, sans doute, qu’un psychanalyste s’y intéresse. Je ne suis pour ma part qu'un Freud d'opérette, mais il me semble plausible qu'en exigeant des verts qu’ils « assument leurs responsabilités » Joëlle Milquet et son subconscient indiquent un tourment qui leur est propre : le dilemme entre la participation, logique politiquement, et le refus de celle-ci, irrationnel mais tentant.

Au fond, les hommes et les femmes politiques, même quand ils évoquent les autres, parlent toujours un peu d’eux même.

4 commentaires:

charles a dit…

Très belle analyse, je trouve. D'où je suis, je ne suis pas en mesure d'en évaluer la pertinence, mais sa cohérence est parfaite! On aimerait lire ça dans la presse écrite...

Franz a dit…

Bonjour, j'avais laissé il y a quelques jours un long commentaire sur ce billet mais je ne le vois pas apparaître. Y a-t-il une raison à cela ?

Merci

Fabrice Grosfilley a dit…

Franz : je ne trouve pas trace de votre commentaire, ni dans mes mails, ni dans l'interface blogger... Si vous en avez une copie, envoyez le de nouveau...

Joe a dit…

tiens, comique, j'ai eu exactement la même chose... et je n'ai pas fait de copie!